V. Gr
ARTICLE XV 19 r'.
Le monde ayant vieilli dans ces erreurs charnelles', Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l'éclat attendu ; ei ainsi ils n'ont pas pensé que ce fût lui. Après sa mort, saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figures^ ; que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l'esprit; que les ennemis des hommes n'étaient pas les Babyloniens, mais les passions ; que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié; que la circoncision du corps était inutile, mais r^u'il fallait celle du cœur ; que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel, êtes.
Mais Dieu n'ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple, qui en était indigne, et ayant voulu néanmoins les prédire afin qu'elles fussent crues, il en a prédit le temps clairement, et les a quelquefois exprimées clairement, mais abondamment*, en figures, afin que ceux qui aimaient les choses figurantes s'y arrêtassent, et que ceux qui aimaient les figures les y vissent. (Je ne dis pas bien*.)
4. Les Juifs charnels n'entendaient ni la grandeur ni l'abaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils l'ont méconnu dans sa grandeur prédite, comme quand il dit que le Messie sera seigneur de David, quoique son fils, et qu'il est devant qu'Abraham, et qu'il l'a vu 5. Ils ne le croyaient pas si grand, qu'il fût éternel* : et ils l'ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie, disaient-ils, demeure éternellement, et celui-ci dit qu'il mourra. Ils ne le croyaient donc ni mortel ni éternel : ils ne cherchaient en lui qu'une grandeur charnelle 7.
5. Les Juifs ont tant aimé les choses figurantes, et les ont si bien attendues, qu'ils ont méconnu la réalité, quand elle est venue dans le temps et en la manière prédite.
6. Ceux qui ont peine à croire en cherchent un sujet en ce que les Juifs ne croient pas. Si cela était si clair, dit-on, pourquoi ne croiraient-ils pas? Et voudraient quasi* qu'ils crussent, afin de n'être point arrêtés par l'exemple de leur refus. Mais c'est leur refus même qui est le fondement de notre créance*. Nous y serions bien moins disposés, s'ils étaient des nôtres. Nous aurions alors un plus ample
1. L'erreur était de prendre des allégories pour des réalités, et il n'en était pas de plus enracinée parmi les Juifs. (Cf. Lev., 24, 21.)