‹ Pensées (volume 2)Chapitre 150 sur 306 · Cf. saint Jean, VIII · texte numérisé non relu

Cf. saint Jean, VIII

6. Les Juifs croyaient que le Messie aurait un commencement, mais qu'il n'aurait pas de fin.

7. C'est le reproche qui est sans cesse adressé aux Juifs dans l'Évangile. (Mrt«., XXII, 45 ; Jean, XII, 34, etc.)

prétexte. Cela est admirable, d'avoir rendu les Juifs grands amateurs ■des choses prédites, et grands ennemis de l'accomplissement '.

7. Raison pourquoi figures. Il fallait que, pour donner foi au Messie, il y «ùt eu des prophéties précédentes, et qu'elles fussent portées par des gens non suspects, et d'une diligence et fidélité et d'un zèle extraordinaire^, et connus de toute la terre.

Pour faire réussir* tout cela. Dieu a choisi ce peuple charnel, .auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie, ■comme libérateur et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimait; et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes, •et a porté à la vue de tout le monde ces Hvres qui prédisent leur Messie, assurant toutes les nations qu'il devait venir, et en la manière prédite dans les livres qu'ils tenaient ouverts à tout le monde. Et ainsi ce peuple, déçu par l'avènement ignominieux et pauvre du Messie, ont été ses plus cruels ennemis. De sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser, et le plus exact et le plus zélé qui se puisse dire pour sa loi et pour ses prophètes, qui les porte incorrompus.

C'est pour cela que les prophéties ont un sens caché, le spirituel, ■dont ce peuple était ennemi, sous le charnel, dont il était ami. Si le sens spirituel eût été découvert, ils n'étaient pas capables de l'aimer; et, ne pouvant le porter, ils n'eussent pas eu le zèle pour la conservation de leurs livres et de leurs cérémonies. Et s'ils auraient ? aimé ces promesses spirituelles, et qu'ils les eussent conservées incorrompues jusqu'au Messie , leur témoignage n'eût pas eu de force, puisqu'ils en eussent été amis. Voilà pourquoi il était bon que le sens spirituel fût couvert. Mais d'un autre côté, si ce sens eût été telleaient caché qu'il n'eût point du tout paru, il n'eût pu servir de preuve au Messie . Qu'a-t-il donc été fait ? Il a été couvert sous le temporel en la foule des passages, et a été découvert si clairement •en quelques-uns (outre que le temps et l'état du monde* ont été prédits si clairement, qu'ils est plus clair que le soleil); ce sens spirituel^ est si clairement expliqué en quelques endroits, qu'il fallut un aveuglement pareil à celui que la chair jette dans l'esprit quand il lui est assujéti, pour ne le pas reconnaître.

Voilà donc quelle a été la conduite de Dieu. Ce sens est couvert •d'un autre en une infinité d'endroits, et découvert en quelques-uns rarement, mais en telle sorte néanmoins que les lieux où il est caché sont équivoques et peuvent convenir aux deux ; au lieu que les lieux où il est découvert sont univoques*, et ne peuvent convenir qu'au sens spirituel.

1. On a déjà rencontré ce procédé de logique audacieuse qui tourne 3'objection en argument. (Cf. 12, 6.)

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