Sur cette phrase brisée, V. Gr
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De sorte que cela ne pouvait induire en erreur, et qu'il n'y avait qu'un peuple aussi charnel qui s'y pût méprendre.
Car, quand les biens sont promis en abondance, qui les empêchait d'entendre les véritables biens, sinon leur cupidité, qui déterminait ce sens aux biens de la terre? Mais ceux qui n'avaient de bien qu'en Dieu les rapportaient uniquement à Dieu. Car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes, la cupidité et la charité*. Ce n'est pas que la cupidité ne puisse être avec la foi en Dieu, et que la charité ne soit avec les biens de la terre. Mais la cupidité use de Dieu et jouit du monde; et la charité, au contraire '.
Or, la dernière fin est ce qui donne le nom aux choses ^ Tout ce qui nous empêche d'v arriver est appelé ennemi. Ainsi les créatures, quoique bonnes, sont ennemies des justes, quand elles les détournent de Dieu ; et Dieu même est l'ennemi de ceux dont il trouble la convoitise 3.
Ainsi, le mot d'ennemi dépendant de la dernière fin, les justes entendaient par là leurs passions, et les charnels entendaient les Babyloniens : et ainsi ces termes n'étaient obscurs que pour les injustes. Et c'est ce que dit Isaïe : Signa Jcgem in electis vieis*, et que Jésus-Christ sera pierre de scandale. Mais, « Bienheureux ceux qui ne seront point scandalisés en lui ! » Osée. tilt. >, ledit parfaitement: « Où est le sage? et il entendra ce que je dis. Les justes l'entendront, car les voies de Dieu sont droites ; mais les méchants y trébucheront. »
7 his. ...De sorte que ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ, qui leur a été en scandale, sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui et qui disent qu'il sera rejeté et en scandale ; de sorte qu'ils ont marqué que c'était lui en le refusant, et qu'il a été également prouvé, et par les justes Juifs qui l'ont reçu, et par les injustes qui l'ont rejeté, l'un et l'autre ayant été prédits.
8. Le temps du premier avènement^ est prédit; le temps du second ne l'est point, parce que le premier devait être caché; le second
1. Tandis que la cupidité prend Dieu pour moyen et le monde pour fin. la charité se sert du monde comme d'un moyen, pour atteindre sa fin qui est Dieu. (Cf. s. /., 4, 16.)
2. La formule pourrait être de saint Thomas. Cf. Suin. 22 q. 174.
3. La. convoitise ou concupiscence a pour dernière fin les biens terrestres, tandis que la dernière fin des justes, c'est Dieu.
4. « L'Éternel sera un sanctuaire, mais aussi une pierre d'achoppement :
enveloppe cet oracle, sceUe cette révé-
lation parmi mes disciples. » (7^., 8, 14.) Texte capital dans la théologie des Pensées.
5. Osée, dern.chap., où le prophète parle de l'aveuglement des méchants, mais sans assigner pour cause à leurs erreurs l'obscurité de la parole divine.
6. La date de sa naissance humaine, par opposition à la date de son retour glorieux quand il viendra juger le monde : 0 Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne les sait, pas même les anges au ciel, pas même le Fils, maisle Père seuL » {Marc, XIII, 32.)
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doit être éclatant et tellement manifeste, que ses ennemis même le devaient reconnaître. Mais, comme il ue devait venir q-i'obscurement, et que pour être connu de ceux qui sonderaient les Écritures'...
8 bii. Que pouvaient faire les Juifs, ses ennemis? S'ils le reçoivent, ils le prouvent par leur réception, car les dépositaires de l'attente du Messie le reçoivent*; s'ils le renoncent, ils le prouvent parleur renonciation ?.
9. Fac seciindum exemplar qiiod lihi ostensum est in monte*. La religion des Juifs a donc été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie; et la vérité du Messie a été reconnue par la leligion des Juifs, qui en était la figure.
Dans les Juifs, la vérité n'était que figurée. Dans le ciel, elle est découverte. Dans l'Église, elle est couverte et reconnue par le rapport à la figure. La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure >.
10. Qui jugera de la religion des Juifs par les grossiers, la connaîtra mal. hlle est visible dans les saints livres, et dans la tradition des prophètes, qui ont assez fait entendre qu'ils n'entendaient pas la loi à la lettre. Ainsi notre religion est divine dans 1 £vangile, les apôtres et la tradition ; mais elle est ridicule dans ceu.x qui la traitent mal*.
Le Messie, selon les Juifs charnels, doit être un grand prince temporel. Jésus-Christ, selon les Chrétiens charnels 7, est venu nous dispenser d'aimer Dieu, et nous donner des sacrements qui opèrent tout sans nous. Ni l'un ni l'autre n'est la religion chrétienne, ni juive. Les vrais Juifs et les vrais Chrétiens ont toujours attendu un Messie? qui les ferait aimer Dieu, et, par cet amour, triompher de leurs ennemis.
1. Suppl. : il fallait que l'' annonce de sa naissance eût plus de précision que celle du second avènement, manifeste pour tous les hommes.
2. Car ils reconnaissent ainsi que les prophéties sont accomplies.
j. Car il est prédit que le Messie sera renoncé, méconnu.
4. « Regarde, dit l'Éternel à Moïse, et travaille (pour construire le t.îbernacle) sur le modèle qui t'est montré sur cette montagne.» (f.r., 24, 40). Le modèle sur lequel a travaillé Moïse n'est autre, d'après Pascal et saint Augustin, que la religion chrétienne.
5. Cf. Bossuet : « La loi est un Évangile caché et l'Évangile est une Loi expliquée. » {Sermon sur les Deux Alliances, 1654.)
6. Il s'agit delà doctrine de certains casuistes, qui provoque l'admirable explosion d'éloquence que l'on sait i la fin de la X° ProvinctaU : « Oh ! mon Père, il n'y a point de patience que vous ne mettiez a bout et on ne peut ouïr san;' ho'reur les choses que je viens d'entendre... »
7. Bossuet n'a pas moins à cœur que Pascal de réfuter cette maxime « que la crainte de l'enfer, sans aucun mélange d'amour de Dieu, suffit à mériter le ciel. » C'est le sujet de la prernière partie de VInstruction sur les États d'Oraison, i" Traité, et de VÉpitre de Boiieau sur l'Amour de Dieu. Fénelon, allant pliis loin, voulait qu'on épurât cet »mour de tonte crainte et de tout désir intéressés.
10 iis. Deux sortes d'hommes en chaque religion. Parmi les païens, des adorateurs des bêtes, et les autres, adorateurs d'un seul Dieu dans la religion naturelle '. Parmi les Juifs, les charnels, et les spirituels, qui étaient les Chrétiens de la loi ancienne. Parmi les Chrétiens, les grossiers, qui sont les Juifs de la loi nouvelle. Les Juifs charnels attendaient un Messie charnel ; et les Chrétiens grossiers croient que le Messie les a dispensés d'aimer Dieu. Les vrais Juifs et les vrais Chrétiens adorent un Messie qui les fait aimer Dieu^
11. Les Juifs charnels et les païens ont des misères, et les chrétiens aussi. Il n'y a point de rédempteur pour les païens, car ils n'en espèrent pas seulement. Il n'y a point de rédempteur pour les Juifs, ils l'espèrent en vain. Il n'y a de rédempteur que pour les chrétiens.
11 bis. ...Le voile qui est sur ces livres pour les Juifs y est aussi pour les mauvais chrétiens et pour tous ceux qui ne se haïssent pas eux-mêmes. Mais qu'on est bien disposé à les entendre et à connaître Jésus-Christ, quand on se hait véritablement soi-même 3 !
12. Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les chrétiens et les païens. Les païens ne connaissent point Dieu, et n'aiment que la terre. Les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n'aiment que la terre. Le^ chrétiens connaissent le vrai Dieu, et n'aiment point la terre. Les Juifs et les païens aiment les mêmes biens. Les Juifs et les chrétiens connaissent le même Dieu. Les Juifs étaient de deux sortes : les uns n'avaient que les affections païennes, les autres avaient les affections chrétiennes.
13. ...C'est visiblement un peuple fait exprès pour servir de témoin au Messie : J5., xliii, 9; xliv, S*. Il porte les livres, et les aime, et ne les entend point. Et tout cela est prédit : que les jugements de Dieu leur sont confiés, mais comme un livre scellé?.
1. Pascal se sépare ici de la théologie janséniste qui n'accordait aux païens nuUe espèce de lumières ni de mérites, et semble se rapprocher de la théologie plus humaine et plus clémente d'un Chrysostome ou d'un Grégoire de Nazianze.