Pascal reconnaissait à la fois
les inconvénients et la nécessité de la méthode figurative ou allégorique telle que l'avaient pratiquée Origène et saint Augustin, dans l'interprétation de l'Écriture.
4. Cette théorie capitale dans la philosophie de Pascal se trouve es^ quissée dans une lettre que le jeune
tance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle I.
Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre* pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit. La grandeur des gens d'esprit ^ est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair 5. La grandeur de la Sagesse, qui n'est nulle part sinon en Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres diflférant en genre.
Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire et leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles, où 4 elles n'ont pas de rapport. Ils sont vus, non des yeux, mais des esprits; c'est assez. Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles > n'ont nul rapport, car elles n'y ajoutent ni ôtent ^. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps, ni des esprits curieux : Dieu leur suffit.
Archimède, sans éclat 7, serait en même vénération. Il n'a pas donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Oh! qu'il a éclaté aux esprits ^î Jésus-Christ, sans bien et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n'a point donné d'invention, il n'a point régné ; mais il a été humble, patient,
géomètre écrivait à la reine Christine en lui envoyant sa machine arithmétique : « Les mêmes degrés se rencontrent entre les génies qu'entre les conditions ; et le pouvoir des rois sur les sujets n'est, ce me semble, qu'une image du pouvoir des esprits sur les esprits qui leur sont inférieurs... Ce second empire me parait même d'un ordre d'autant plus élevé que les esprits sont d'un ordre plus élevé que les corps. » (1652.) Ces deux ordres de grandeur devaient, dans la pensée de Pascal, s'effacer comme on va le voir ici, devant l'ordre de la charité.
I. Ent. : distance infiniment plus infinie, parce qu'elle est surnaturelle.
Ce sont donc, comme disent les mathématiciens, trois ordres de grandeur sans proportion l'une avec l'autre, et dont le dernier est proprement à l'infini.
2. Ent. : ceux dont l'ordre est celui de l'esprit, ou de la pensée.
3. Pour mesurer la force de l'expression, se rappeler le style de cour qu'il parodiait ailleurs d'un ton si sarcastique (V, 7) : 0 Le sentiment de la divinité est empreint sur son visage... »