‹ Pensées (volume 2)Chapitre 214 sur 306 · Ent. : quand ils semblent dirigés contre lui · texte numérisé non relu

Ent. : quand ils semblent dirigés contre lui

4. Pascal, grand physicien, pénétré de l'idée du déterminisme universel, sait mieux que nul autre apologiste la force probante du miracle.

5. Où Moïse déclare faux tout miracle qui mène à l'idolâtrie.

6. « Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sa-

gesse; nous, nous prêchons Jésus crucifié. » (ICor., i, 22.) Pascal ajoute en se tournant vers ses propres adversaires : « Mais ce Jésus est riche en miracles, riche en sagesse, tandis que vous, ce que vous prêchez, c'est un Christ non crucifié, une religion sans miracle et sans sagesse. » Ou sait qu'à Port-Royal le grand savoir théologique des jésuites, comme Petau et Sirmond, Labbe et Halloix, paraissait entaché de ce qu'on a nommé depuis rationalisme.

7. « Mais vous ne me croyez pas, parce que vous n'êtes pas du nombre de mes brebis. »

8. « Ils n'ont pas reçu en eux l'amour de la vérité pour être sauvés. »

avoir : de même que, si un homme se vantait d'empêcher de mourir, personne ne le croirait, parce qu'il n'y a aucun exemple de cela Mais comme il y [a] eu quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables, par' la connaissance même des plus grands hommes, la créance des hommes s'est pliée par là; et cela s'étant connu possible, on a conclu de là que cela était. Car le peuple raisonne ordinairement ainsi : Une chose est possible, donc elle est ; parce que la chose ne pouvant être niée en général, puisqu'il y a des effets particuliers qui sont véritables, le peuple, qui ne peut pas discerner quels d'entre ces effets particuliers sont les véritables, les croit tous. De même, ce qui fait qu'on croit tant de faux effets de la lune, c'est qu'il y en a de vrais, comme le flux de la mer^.

Il en est de même des prophéties, des miracles, des divinations par les songes, des sortilèges, etc. Car, si de tout cela il n'y avait jamais eu rien de véritable, on n'en aurait jamais rien cru ; et ainsi, au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles parce qu'il y en a tant de faux, il faut dire au contraire qu'il y a certainement de vrais miracles, puisqu'il y en a de faux, et qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais.

Il faut raisonner de la même sorte pour la religion; car il ne serait pas possible que les hommes se fussent imaginé tant de fausses religions, s'il n')' en avait une véritable. L'objection à cela, c'est que les sauvages ont une religion ; mais on répond à cela que c'est qu'ils en ont ouï parler, comme il paraît parle déluge, la circoncision, la croix de saint André, etc. î

24. Il est dit : Croyez à l'Eglise, mais il n'est pas dit : Croyez aux miracles, à cause que le dernier est naturel, et non pas le premier. L'un avait besoin de précepte, non pas l'autre.

25. ...Ces filles, étonnées de ce qu'on dit, qu'elles sont dans la voie de perdition; que leurs conlesseurs les mènent à Genève*; qu'ils leur inspin-nt que Jésus-Christ n'est point en l'Eucharistie, ni en la droite du Père : elles savent que tout cela est faux, elles s'offrent donc à Dieu en cet état : Vide si via iniqiiilaiis in me esfi. Q.u'arrive-t-il là dessus? Ce lieu qu'on dit être le temple du diable, Dieu en fait son temple. On dit qu'il en faut ôter les enfants : Dieu les y guérit. On dit que c'est l'arsenal de l'enfer : Dieu en fait le sanctuaire de ses grâces. Enfin on les menace de toutes les fureurs et de toutes les vengeances du ciel : et Dieu les comble de ses

i. Par ;= à. V. Gr., 37.

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