Résumé d'un chapitre célèbre des Essais (l
3. Ess., III, 13. Pascal, sans y i'enser, amollit son stj'le pour peindre
l'iniiolence de Montaigne ; Boileau a fait autrement d'efFo:îs pour décrire la mollesse au chant III du Lutrin; mais son art industrieux a-t-il rien rencontré qui égale « cette sagesse folâtre, couchée mollement dans le sein de l'oisiveté tranquille?... »
savoir : ou qu'il y a un Dieu, et alors il v place son souverain bien ou qu'il est incertain, et qu'alors le vrai bien Test aussi, puisqu'il en est incapable ^ J'ai pris un plaisir extrême à remarquer en ces divers raisonnements en quoi les uns et les autres sont arrivés à quelque conformité avec la sagesse véritable, qu'ils ont essayé de connaître. Car s'il est agréable d'observer dans la nature le désir qu'elle a de peindre Dieu dans tous ses ouvrages, où l'on en voit quelque caractère, parce qu'ils en sont les images, combien est-il plus juste de considérer dans les productions des esprits les efforts qu'ils font pour imiter la vérité essentielle ^, même en la fuyant, et de remarquer en quoi ils y arrivent et en quoi ils s'en égarent, comme j'ai tâché de faire en cette étude.
« Il est vrai, monsieur, que vous venez de me faire voir admirablement le peu d'utilité que les chrétiens peuvent faire de ces lectures philosophiques. Je ne laisserai pas néanmoins, avec votre permission, de vous dire encore ma pensée, prêt néanmoins de renoncer à toutes les lumières qui ne viendront point de vous 3, en quoi j'aurai l'avantage, ou d'avoir rencontré la vérité par bonheur, ou de la recevoir de Lui 4 avec assurance.il me semble que la sourcedes erreurs de ces deux sectes est de n'avoir pas su que l'état de l'homme à présent diffère de celui de sa création; de sorte que l'un, remarquant quelques traces de sa première grandeur, et ignorant sa corruption, a traité la nature comme saine et sans besoin de réparateur, ce qui le mène au comble de la superbe; au lieu que l'autre, éprouvant la misère présente et ignorant la première dignité, traite la nature comme nécessairement infirme et irréparable, ce qui le précipite dans le désespoir d'arriver à un véritable bien, et de là dans une extrême lâcheté. Ainsi ces deux états, qu'il fallait connaître ensemble pour voir toute la vérité, étant connus séparément, conduisent nécessairement à l'un de ces deux vices, d'orgueil ou
1. Le dilemme est le suivant : Ou il y a ua Dieu, et alors le souverain bien est possible avec son aide, ou il n"v a pas de Dieu, et alors l'homme,
■ '.'.lit à ses seules forces, ne peut atteindre le souverain bien.
2. M. de Sjci doit reconnaître ici au passage une des plus belles idées de son saint Augustin : Si les réalités du inonde sont comme le reflet des Idées
et des perfections divines, les pensées des hommes ne sont pas moins l'image de cette Vérité essentielle.
3. M. de S ici était devenu, après M. Singlin, le directeur de Pascal.