‹ Pensées (volume 2)Chapitre 279 sur 306 · Var : Vous (=: M. de Saci). Ed · texte numérisé non relu

Var : Vous (=: M. de Saci). Ed

Desmolets. Pascal semble plutôt parler de Dieu qu'il vient de considérer comme le véritable Maître intérieur.

de paresse, où sont infailliblement tous les hommes avant la grâce, puisque, s'ils ne demeurent dans leurs désordres par lâcheté, ifs en sortent par vanité ', tant il est vrai ce que vous venez de me dire de saint Augustin, et que je trouve d'une grande étendue: car en effet on leur rend hommage en bien des manières.

« C'est donc de ces lumières imparfaites qu'il arrive que l'un, connaissant les devoirs de l'homme et ignorant son impuissance, se perd dans la présomption, et que l'autre, connaissant l'impuissance et non le devoir, il s'abat dans la lâcheté; d'où il semble que, puisque l'un est la vérité, l'autre l'erreur ^, l'on formerait en les alliant une morale parfaite. Mais, au lieu de cette paix, il ne resterait de leurs assemblages qu'une guerre et qu'une destruction générale : car l'un établissant la certitude et l'autre le doute, l'un la grandeur de l'homme et l'autre sa faiblesse, ils ruinent la vérité aussi bien que la fausseté l'un de l'autre. De sorte qu'ils ne peuvent subsister seuls à cause de leur défaut, ni s'unir à cause de leurs oppositions, et qu'ainsi ils se brisent et s'anéantissent pour faire place à la vérité de l'Évangile. C'est elle qui accorde les contrariétés par un art tout divin, et, unissant tout ce qui est de vrai 3, et chassant tout ce qu'il y a de faux, elle en fait une sagesse véritablement céleste où s'accordent ces opposés, qui étaient incompatibles dans ces doctrines humaines 4. Et la raison en est que ces sages du monde placent les contraires dans un même sujet, car l'un attribuait la grandeur à la nature et l'autre la faiblesse à cette même nature, ce qui ne pouvait subsister ; au lieu que la foi nous apprend à les mettre en des sujets différents; tout ce qu'il y a d'infirme appartenant à la nature, tout ce qu'il y a de puissance appartenant à la grâce. Voilà l'union étonnante et nouvelle qu'un Dieu seul pouvait enseigner, et que lui seul^pouvait faire, et qui n'est qu'une image et qu'un effet de l'union ineffable de deux natures dans la personne d'un Homme-Dieu s.

1. Nouveau dilemme : ou la raison périt par vanité avec Épictète, ou elle succombe par lâcheté avec Montaigne.

2. Ent. : puisque d'après Ëpictète la vérité existe, et que d'après Montaigne il n'y a qu'erreur.

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