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Non seulement nous regardons les choses par d'autres

de Pascal, c'est le règne du peuple et des habites. Celui des philosophes du xvm" siècle, ce sera au contraire le règne des demi-savants, et Condorcet appellera de ses vœux le jour où il n'y aura plus d'homme de génie, où toutes les facultés supérieures seront nivelées au profit de la médiocrité universelle.

I. On a, résumée en ce court fragment, toute l'Apologie de Sebonde.

11 n'est pas jusqu'aux expressions mêmes qui ne soient empruntées à Montaigne : « Cette même piperie que les sens apportent à notre enten-

dement, ils la reçoivent à leur tour; nostre âme parfois s'en revenche de même ; ils mentent et se trompent à l'envi. » {Ess., 2, 12.)

2. On connaît la boutade analogue de Fr. Bacon : « Si tous les hommes atteints de la même folie extravaguaient précisément de la même manière, ils pourraient encore s'entendre assez bien. »

3. L'association des idées, dont Pascal a si bien montré les bizarreries et les ridicules, a donc aussi ses avantages et peut rendre plus d'un service.

ARTICLE Ul

côtés, mais avec d'autres yeux ; nous n'avons garde de les trouver pareilles '.(XXV, 4.)

23. Nous nous connaissons si peu, que plusieurs pensent aller mourir quand ils se portent bien, et plusieurs pensent se porter bien quand ils sont proches de mourir, ne sentant pas la fièvre prochaine ou l'abcès prêt à se former. (XXV, 8.)

24. N'aiure corrompne. L'homme n'agit point par la raison qui fait son être-. (XXV, 27.)

25. Bassesse de l'homme, jusques à se soumettre aux bêtes, jusques à les adorer 5. (XXV, 28.)

26. M. de Roannez disait : Les raisons me viennent après, mais d'abord la chose m'agrée ou me choque sans en savoir la raison, et cependant cela me choque par cette raison que je ne découvre qu'ensuite, mais je crois, non pas que cela choquait par ces raisons qu'on trouve après, mais qu'on ne trouve ces raisons que parce que cela choque 4. (XXV, 56.)

27. La prévention induisant en erreur. C'est une chose déplorable de

voir tous les hommes ne délibérer que des moyens, et point de la fin. Chacun songe comme il s'acquittera de sa condition ; mais pour le choix de la condition, et de la patrie, le sort nous le donne. C'est une chose pitovable, de voir tant de Turcs, d'hérétiques, d'infidèles, suivre le train de leurs pères par cette seule raison qu'ils ont été prévenus* chacun que c'est le meilleur. Et c'est ce qui détermine chacun à chaque

1. Ainsi uos jugements changent suivant notre intérêt, et nos croyances selon notre disposition. (Cf. 10.)

2. Montaigne dans l'Apologie de Sebonde et Boileau dans la huitième satire ont montré le peu de raison dont témoigne l'animal raisonnable.

Pascal tire du même fait cette conclusion que la nature de l'homme est corromoue.

3. C'est le même égarement de nos puissances trompeuses qu'ont décrit Bossuet {Discours, II, 5) et Boileau {Sat., 8, 266) :

Et sur les bords du Nil les peuples imbé-

[ciles

L'encensoir à la main chercher les croco-

[dUes.

4. On a dit souvent depuis Pascal que nos opinions dépendent le plus souvent de notre humeur et que la philosophie même des penseurs les plus abstraits n'est que l'expression de leur caractère ou de leur tempérament.

condition de serrurier, soldat, etc. '. C'est par laque les sauvages n'ont que faire de la Providence 2. (XXV, 80.)

28. Pensées. Tout est un , tout est divers. Q ue de natures en celle de l'homme ! que de vocations ! Et par quel hasard chacun prend d'ordinaire ce qu'il a ouï estimer ! Talon tien tourné'. (XXV, 80 his.)

29. Talon de soulier. Oh! que cela est bien tourné! Que voilà un habile ouvrier! Que ce soldat est hardi! Voilà la source de nos inclinations, et du choix des conditions. Que celui-là boit bien ! que celui-là boit peu ! Voilà ce qui fait les gens sobres et ivrognes, soldats, poltrons, etc. (XXV, 80 ter.)

30. La nature de l'homme est toute nature, omiie an i mal*. Il n'y a rien qu'on ne rende naturel; il n'y a naturel qu'on ne fasse perdre. (XXX, 83.)

31. La vraie nature étant perdue, tout devient sa nature ; comme, le véritable bien étant perdu, tout devient son véritable bien. (XXV, 84.)

32. Inconstance et bizarrerie. Ne vivre que de son travail, et régner sur le plus puissant Etat du monde, sont choses très opposées. Elles sont unies dans la personne du Grand Seigneur des Turcs). (XXV, 102.)

33. La puissance des mouches. Elles gagnent des batailles, empêchent notre âme d'agir, mangent notre corps ^. (XXV, 120.)

1. Pascal a déjà fait remarquer que la coutume, la prévention, le hasard disposent de notre vie. Chacun suit la route qui passe dans son village.

2. Autre exemple de préjugé ou de préoccupation : les sauvages qui croient que leur pays est le plus beau du monde.

3. Louez le travail d'un cordonnier {Talon lien tourné!) : il n'en faut pas plus pour décider la vocation de tel ou tel. On a rappelé à ce propos que certains solitaires exerçaient par humilité la profession de cordonniers et cité le mot de Boileau à un jésuite qui prétendait que Pascal lui-même faisait des souliers : En tout cas,

mon père, avouez qu'il a vous a porté de fameuses 'oottes.

4. Comme dans l'arche : omne animal secundum genus suuin. La nature de l'homme est aussi variée que les coutumes qu'on lui fait prendre. (Cf.

5. C'était une légende alors accréditée que le sultan la'pourait la terre. J.-J. Rousseau y voit un bel exemple pour établir la nécessité du travail manuel. Pour Pascal, c'est une preuve de plus de l'incohérence et de la bigarrure (inconstant et bizarrerie) des coutumes humaines.

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