‹ Pensées (volume 2)Chapitre 7 sur 306 · Dès les premières lignes des · texte numérisé non relu

Dès les premières lignes des

Pensées nous rencontrons une réminiscence de Montaigne : Cette grande image de notre mère nature en son entière majesté... {Ess., 1, 25).

4. Images expressives que les éditeurs de Port-Poyal avaient remplacées par ces termes vagues : Qu'il ne s'arrête pas à regarder simplement les objets qui l'environnent.

5. Montaigne avait comparé un royaume au tracé d'une pointe très dèli-

marnent embrassent'. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre : elle se lassera plus tôt de concevoir que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en^ approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part5. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.

Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature, et que, de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends runivers4, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.

Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? Mais pojr lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron 5 lui oftVe dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs

catc : Pascal, renchérissant sur Montaigne, ne prête pas plus d'étendue au vaste tour que le soleil décrit. On voit qu'il se place ici dans l'hypothèse commune que c'est le soleil qui tourne autour de la terre ; dans les Provinciales, il p.arlait au contraire, en uni passage fameux, la langue des astro-k nomes et des savants : « Si l'on avait des obser\'ations constantes qui prouvassent que c'est la terre qui tourne, tous les hommes ensemble ne l'empêcheraient pas de tourner, et ne s'empêcheraient pas de tourner aussi avec elle. » {Prov., i8.)

1. Il n'est pas jusqu'à ce rythme suspendu qui ne contribue, aussi bien que les périphrases majestueuses qui précèdent, à rendre l'immensité de la nature.

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