‹ Pensées (volume 2)Chapitre 86 sur 306 · VII · texte numérisé non relu

VII

4. Suppl. : qu'il n'y a d'autre bien que la vertu. A quoi ?ascal eût répondu sans doute avec saint Augustin, que cette vertu parfaite est un idéal chimérique, que la vertu réelle est une lutte déchirante contre le mal et qu'enfin la perfection la plus haute ne nous assure nullement le bonheur. (Civ. D., XIX,

5. Epictète disait : Rien du dehors ne peut nous troubler au dedans.

Pascal répond : Nos passions et les objets qui les excitent nous jettent dehors.

trouverez votre bien ; on ne les croit pas, et ceux qui les croient sont les plus vides et les plus sots ^

4. Stoïqneg. ...Ils concluent qu'on peut toujours ce qu'on peut quelquefois, et que, puisque le désir de la gloire fait bien faire à ceux qu'il possède quelque chose, les autres le pourront bien aussi. Ce sont des mouvements fiévreux, que la santé ne.peut imiter*. Épictète conclut, de ce qu'il y a des chrétiens constants, que chacun le peut bien être 3.

5. Les trois concupiscences ont fait trois sectes, et les philosophes n'ont fait autre chose que suivre une des trois concupiscences4.

6. Nous connaissons la vérité 5, non seulement par la raison* mais encore par le coeur; c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point part, essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison*; cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l'incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace, temps, mouvement, nombres, est aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances du cœur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours. Le cœur* sent qu il y a trois dimensions dans l'espace^, et que les nombres

1. S. Augustin termine un exposé analogue du stoïcisme par un mouvement tout semblable ; a O excès, ô extravagance de l'orgueil humain!., pourquoi faut-il que sa superbe «mpêche l'homme d'avouer sa misère 1 » (Lelt. à Macèd., fin.)

2. Épictète assurait que le sage a toujours la santé ; cette prétendue santé, répond Pascal, estune véritable fièvre.

3. Épigramme malicieuse à l'adresse d'Epictète ; ce philosophe ne sait pas que la constance du chrétien est un miracle.

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