‹ Pensées (volume 2)Chapitre 87 sur 306 · L'orgueil, entend Pascal, a en · texte numérisé non relu

L'orgueil, entend Pascal, a en

gendré le stoïcisme ; la volupté a produit l'épicurisme et la curiosité a donné naissance à l'intellectualisme de Platon etd'Aristote : or, si chaque secte naît d'un vice, la philosophie est du même coup condamnée.

5. Il suffit d'opposer ce seul fragment à ceux qui accusent Pascal de scepticisme. Ne pas oublier sa terminologie : cœur et instinct = intuition, raison = raisonnement, discours = démonstration.

6. On dirait aujourd'hui : c'est un jugement intuitif ou immédiat d'affirmer qu'il y a trois dimensions dans l'espace.

sont infinis ; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l'un soit double de l'autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent ; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies. Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur* des preuves de ses premiers principes, pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre, pour vouloir les recevoir'.

Cette impuissance ne doit donc servir qu'à humilier la raison 2 qui voudrait juger de tout, mais non pas à combattre notre certitude, comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire. Plût à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct* et par sentiment*. Mais la nature nous a refusé ce bien; elle ne nous a, au contraire, donné que très peu de connaissances de cette sorte; toutes les autres ne peuvent être acquises que par le raisonnement.

Et c'est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et bien légitimement

fiersuadés. Mais ceux qui ne l'ont pas, nous ne pouvons la leur] donner que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur donne par sentiment du cœur, sans quoi la foi n'est qu'humaine, et inutile pour le salut 5.

7. La mémoire, la joie sont des sentiments*, et même les propositions géométriques deviennent sentiments, car la raison rend les sentiments naturels, et les sentiments naturels s'effacent par la raison4.

1. On démontre par ex. le théorème du carré de l'hypoténuse. Il faudrait être doué d'un génie géométrique bien extraordinaire pour en avoir l'aperception immédiate ou, comme dit Pascal, le sentiment.

2. Leibniz estime, comme Pascal, que tout en mathématiques a besoin de démonstration, et que l'appel à l'évidence intuitive n'est jamais qu'un pis-aller. Si évidente, dit-il, que soit cette proposition : Dans un triangle un côté est toujours plus petit que la somme des deux autres, Euclide a bien fait de la démontrer.

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