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GÎpale occupation de ces illustres solitaires étoit d'instruire la jeunesse : c est dans leur école que Racine pnisa la connoissance des langues grecque et latine , le goût de la saine antiquité , et les principes de ce stjde harmonieux et enchanteur qui le caractérise, et qui lui a donné la première place snr le Parnasse françois. Pascal désira de les connoitse , et bientôt il fut admis à leur familiarité la pins intime. Sans prendre parmi eux detablissement tlxe, il leur iaisoit^^^ar intervalles , des vi« sites de trois ou quatremois.ll tronyoitdaos leurs entretiens tout ce qui pou voit lintéresscr : raison^ éloquence, dévotion sincère et éclairée. De leur cAtéy ils ne tardèrent pas à reconnoitre 1 étendue et la profondeur de son génie. Rien ne lui parois- I soit étranger : la variété de son savoir,, et i*esprit d invention qui dominoit en lui , le mettoient à portée de s exprimer ayec intelligence , et même de répandre des idées neuves sur toutes les matières que Ton agitoit. Il s*acqntt ladmiration et i*amour de tous les solitaires. Saci , en particulier, avoit pour lui une estime remarquable dans son genre. Ce savant laborieux , qui passoit sa vie à , étudier récriture sainte et les ouvrages des Pères, s'étoit pris d une passion violente ponr saint An» < gustin : il y trouvoit , par réminiscence , tout ce qu*U entendoit dire d extraordinaire. Dana cette pieuse illusion, aussitôt que Pascal laissoit échapper qnelques-^ins de ces traits snMimm qui lui étoient familiers, Saci se rappeloit avoir lu la même chose dans son miMeav hvon ; mats il ne
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soit qu en admirer davantage Pascal , et il ne pou- ▼oit comprendre comnient un jeune hommé , «ftu§ avoir jamais lu les Pères, se rencontroit néan^ moins toujours , par la seule pénétration de son esprit, avec le plus célèbre docteur de 1 Eglise. On ne se doutoit pas encore que ce jeune homme dût itte bientôt le défenseur et le plus ferme appui de Port-lloyal. Je demande la permission d entrer, à ce sujet , dans un certain détail , et de reprradre les choses d*un peu haut. Ce n'est pas comme théo* logien que Pascal est le plus ^and aïkx yeux de la postérité; mais c'est par-là qu il a eu peut-être le plus de réputation dans son temps ; et le tableau succinct des opinions qu il a combattues ou embrassées offire un point de vue qui peut fournir la matière de plusieurs réflexions philosophiques.
Tout le monde comeioif la fameuse querelle du moUnisme et du jansénisme , qui a si long*temps agité rJÈglise de France, troublé TÉtat , et fait le malheur d une ibule d'hommes respectables dans les deux partis. Il s agissoit d expliquer l'action de la grâce sur notre volonté » et de concilier la prédestination avec le libre arbitre : grands problèmes qui , sous des noms divers ^ ont été dans tous les temps^ le tourment et l écueil de la. curiosité hur^ aiaine.
Nous avons la conviction intérieure que nous sommes libres : c*est d*après cette conviction que 1 homme ose apprécier ses actions et celles, des au-« très , qu*il approuve ou qu*il blâme, qu*id jouit du témoignage dune conscience pure^ ou. qu'il eat
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êèébité par ses remords : cest d'après elle qu'iJ -Voit d nn œil bien differeot le traître qui l^astaa^ 'Bine et la pierre qui le blesse par sa chute. Mais commeiit l'hoinme e^t-il libre ? Comment cette li- «berté se concilie-t-elle avec l inûuence des motifs sur la Tolonté , arec l'action universelle et contî^ nue de la cause première et toute-puissante dont •tsha^ue chose tient Tétre et la manière d être, avec la connoissailce certaine qu*a la Divinité , ivon- Seulement du passé et du ptésent , mais encore de lavenir? L examen de ces questions occupa, et bientôt dirisa les premiers philosophes grecs. Les lins sè déclarèrent pour la liberté absolue de rhomme; les autres ne virent en Itii qu'un idstrament passif, sans cesse entraîné par la force irré- .siAtible d'une puissànce aveugle, appelée destin, ({ixif selon eux, gouvernoit 1 univers. Ces deux systèmes eurent à peu près un nombre égal de partisans. £t dès4ors on put observer ^ue Ifis défenseurs du dogme de la fatalité faisoient profession de la morale la plUs rigide dans la spéculation et dans la pratique i comme si, à force de vertus , et en portant Tausiérité jusqu à l'excès , • ils avoient voulu expier envers la société les conséquences destructives de toute morale, qu'on imputoit à leur doctrine mciaphysique I
Les hommes^ même en soumettant leur raison k des dogmes qu'ils respectoicut comme enseigués immédiatement par la Divinité , n'ont pu renoncer à cette curiosité ardente et indiscrète qui les {vDUSse à raisonner sur tout > et à vouloir tout ex^
tt Lté OtrTRAGES DE t>ASCAt. 4^
pliquer. La même diversité d*opiiiion9 qtLi avmt régné entre les philosophes de 1 antiquité a par-^ tagé lea éeolea des théologiens , et a formé , dans toutes les religions , des sectes rivales^ Parmi les mahométans , les questions de la |yrédestiiiation et du libre arbitre sont un des principaux points qui divisent les sectateurs d*Omflreteeuxd*Aii. C étoit chez les Juiis un des objets de dispute enti^ lei Pharisiens et les »Saddiicéens. Dans le cliristiaabme, la foi enseignant d'un côté que Thomma «st libre, qu il a le pouvoir Je mériter et de démériter ; de 1 autre , que la sanrtiiieation est Ain dou de Dieu, que les hommes ne peuvent rien sans son secours ^ que la vocatiou à la foi et au salut est absolument gratuite; l opposition apparente entre oes vérités a redoublé encore Tépaisseur du voile ({ui couvre cet abime«
Cependant les premiers Chrétiens, occupés à la j^tique des vertus ^ adoroient en paix des mystères qulls ne pouvoient pénétrer. Les dissensions ae s élevèrent que lorsque^ cette ferveur venant à dfaninuer ^ Tattention commença k se fixer sur les parties spéculatives delà religion. C'est alors que ^ dans 1 embarras d*aceorder le libre arbitre avec I action de la grâce, on vit les esprits se partager i adopter et exagérer les vérités qui étoient les plus aaalogues à leur caractère , à leur manière de voir tt de sentir, et surtout celles qui paroissoient se prêter le plus aux explications systématiques qu*ils
permettoient d'imaginer. De là tous ces écarts ^ui y tantdt d un côté, tantôt de Tautre , ont altéré
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U pureté du do^e ^ et qui , se reproduisant sens
dilTér^ntes formes dans la suite des siècles , ont été tour k tour frappés des anathèmes de l'Eglise.
Saiut Augustia » par le zèle et les lumières qu il déploya dans sa dispute contre Pélage , partisan outré de la liberté , mérita d'être appelé par excellence le docteur de ta grâce. Avant cette dispute, il < avoit combattu les erreurs des manichéens , cou* ' traires au libre arbitre. Par cette circonstance*U même , les théologiens des écoles opposées ont pu puiser des armes dans ses ouvrages ; mais comme ' la controverse qu*il soutint contre les pélagien» fut plus longue et plus animée , le parti dout les opinions s eloignoient le plus des erreurs péla» gienues a trouvé plus de facilité à s*atppujrer de | iK>n autorité y et s est toujours particulièrement fait gloire de marcher sous sa bannière.
Les ténèbres et Tignorance qui suivirent Is condamnation des pélagieus , et les guerres où le» Cibrétiens furent occupés , semblèrent amortir la curiosité sur ces questions. On en disputa ccpen* dant encore dans les couvents des moines , et de- | puis dans les universités ^ lorsque les études aco- j [astiques se ranimèrent. L'école de saint Thomas- | d*Aquîn , qui adopta ce que la doctrine de saint Augustin avoit de plus rigide , parut y ajouter quelque chose de plus rigide encore, en voulant | lexpliquer par le système de la promotion pfaf* sique : système suivant lequel Dieu lui-même imprimeroit k la volonté le mouvement qui la déter* mine» Les franciscains et d*autres théologiens s e-
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levèrent fortement contre cette tloctrine. Od aecQsoîc ki thomistes d^introduire le iatalisMe , de rendre Dieu auteur du péché , de le représenter tomme ub tjran qui , après aroir dé&ndu le crime il rhomme , le nécessite à devenir coupadl>le , et le punit de ravoir été. Les thomistes à leur tour reproehoient à leurs adversaires de transporter à la eréature une puissancequin appartient qu à Dieu, et de miouveler lee erreurs de Pelage en aaém^ tissant le pouvoir de la grâce ) et en faisant Thomme aateur de son saint.
Malgré Taigreiir de ces imputations récipro«> qnes , et l'animosité qu'elles dévoient inspirer , nn concours heureux de circonstances en modéra les effets. Les deux opinions opposées àvoient partagé les universités y et chaque parti avolt à sa téte àtnx ordres rivaux , tons deux puissants , tous deux rccommandahles par une égale réputation de tcienee et de piété , tons deux également ^ers au tiége de Aome par le zèle in&tigable avec lequel ils travail loient à étendre son autorité. Les papes mient un trop grand intérêt à conserver œs deux ippuis de leur puissance pour faire pencher la balance en fivenr de Tun on de Tantre. Le peuple i^e prit aucune pai*t à ces disputes qu'il n entendoit pas; la foi n j étoit point intéressée; Rome gardoit le silence; et jamais une question sur la* luelle Tautorité a laissé librement soutenir le pour tt le contre n a occasionné et n occasionnera de ttttuhlen.
Luther et Calvin parurent ; ces deux nouveaux
Digi
féfengsflteiirs , ardents k chercher des contrariété
entre la crojrance de l'église catIioli(|ue et ia doc; trine des premiers siècles dn christianisme , pré< tendirent embrasser , mais ouu*e-pa9sèr(i$nt beaueouples principes que saint Augustin avait déTf^ loppés contre les pélagiens. Il esn vrai q[ue l»î liïthériens ne âircnt pas long-temps sans reirrâir i 4es prijicipes plus doux, et (j[ue, même parmi les
. calvinistes , Arminius et sessectatenrs abap4opnè-! cent tout-À-,fait la doctrine de Calvin pour prapdpe celle de Pelage. Mais, lors de .1 établissement dt| protestantisiue » le sjrstème de la prédestination la plus rigide étoit un des points que les novateurs prêchoientMvec le plus d eatlioasiasme , et que les théologiens catholiques $*attachcreAt le plu|i à
. réhiter.
Les jési^ites, dont la société avoit pris uais* sance dans ces temps d*orage et de dissensions , se livrèrent à la controverse avec toute Tactivité que pottvoit inspirer Tambition d*acquérûr la pirépon^ dérance dans l Eglise. Lue métaphysique* iag&^ uieuse et séduisante leur attira des élèves 0t des sectateurs. Fiers de leurs succès ^ ils ne se bornèrent pas à combattre Luther et Calvin : ils tou^ lurent élever une nouvelle écoie contre cçUe de saint Tlumias. I«.e systèpiie du jésuite espagnol MoUaa, sur laccord de la grâce et 4n libre ar* bitre , balança la ptémotion physique. Dans 06 ' sjrstème , Dieu voit d'abord, par une prévision de simple intelligence , toutes les choses possibles ; ij voit > par um autre prévision , que MoUna appelle