‹ Pensées (volume 3)Chapitre 11 sur 54 · ET L£5 OUVRAGES DE PASCAL · texte numérisé non relu

ET L£5 OUVRAGES DE PASCAL

h setênce moijenne , ou la «cienee des ftaufw condi^

quenee de telle ou telle condition , mais enoore oe qui Mçoit arrivé (et qui n'arrivera pas), ai telle ou telle condition avoit eu lieu; tous los hommes sont contioueiiement muais de grâces suffisantes pour opérer leur salut, grâces qui deviennent ef^ ficaces ou qui demeurent sans effet , selon, le libre usage qu- ils. eu font; lorsque Dieu yeut convertir , ou sauyex un pécheur , U lui accorde les grâces au^cju^Ues ijl prévoit i par la science mojeniât: , que la pàcheiir consentira , et qui ie feront perse véseff dans le bien. Ou voit par ce précis qMc Moli^a, cherchant à sauver la lil>erté humaine^ lui donne une étendue trop illin^itée, trop indépcudante^diu Créateur. U n a mèifï^ fait que substituer à la pten aière diûiculté ujie dilEoilté semblable , et peutitre plus grapde : car , suivant ses principes y la presciepqe évén.empat cox^ditionnel.qui: ne

doit pas arriver .est fondée sur une jconnexion^ntre cet événement et la condition dopt il dépeudpit i connexion absolumuent incomj^véhensible , et Cfr* pjBudant nécessaii*e par ellermâme» puisque ^laoouy diiiou n'ayant point été et ne devant point être téalisée, il n*a existé , ni n*<Bxistara aucun exercice de la liberjlc , aucune déti^rmioatipn qui . puisse en être reffet.^

Suarez lit quelques corrections au système 4e Molina, et crut pouvoir expliquer,, par le çon* cours simultané de Dieu et 4e Tbomme , comment la grâce opère infailUblemeKi.t son effet, sans que

5o X>lfiC017AS SUB LA VIE

l*homme en soit moins libre d y céder ou d y reftister; mis ectle association de la Divinité au actes de notre volonté foible et changeante est encore un mystère Bon moins impénétrable que tous les autres points de la dispute.

Malgfé les objedioM qni Atoontroient Tincertitude ou même la fausseté de leur doctrine , les jésuites la produisoient partout avec confiance, comme le véritable dénoûment des difficultés que les saints Pères avoient trouvées à concilier la liberté des actions bnmaine» avec la prescience divine. Cette orgueilleuse prétention blessa les aneiemies écoles. On &it indigné de la supériorité que ces nouveaux docteurs vouloient s'attribuer , pour avoir intvodnat dans la théologie quelqna subtilités métaphysiques, qui, dans le fond, n'éclaireiisoient rien , et qui même se contvedisoienf réciproquement. Les combats qu'ils eurent à soutenir en particnlier contre les dominicinns 8*animèrent an point , que le saint-siége crut devoir s'en occuper : les théologiens des deux ordres débattirent leurs opinions devimt ces assemblées si connues souÉ le nom de congrégations de AuxUus.

Rome eitft encore cette Ibis la sagesse de ne rien prononcer ; mais 1 éclat de ces thèses solennelles ne fit qu'augmenter l'acharnement des deux partis.

Pendant que ces funestes division^ (roubloient rEglise, Corneilfo ' Jansen , évèque d*Ypres, si connu sous le nom de Jaiuénlus, homme respect^ pour sa science et ponr ses mcemrs , et fort éloigné de prévoir qu'un jour son nom deviendrait un si^

ET LES OUTHAGES DE VAêCÂt. $t

goal de discorde et de haine, s ocevpoit, dans le

silence du cabinet, à méditer et u rédiger en corps de système les principes qn*il aroît cm re« cooaoitre dans les livres du docteur de la grâce. II écrivit son puvrage en latin , sous le titre d*^frjusUnusj et le soumit au jugement de 1 Eglise. A peine venoit-il de rackever, lorsqu'il mourut (en i638) de la peste, dont il fat atteint en examinant des papiers qui s^voieut appartenu à (juel- ^es-nns de ses diocésains enlevés par ce fléau. ' L Augustinus vit le jour, pour la première fois , ea 1640 : c etoit un énorme in^foiio, écrit sans ordre et sana méthode, non moins obscur par le stjie et par une diffusion accablante que par le fond même des matières. Quelle sensation, quel mal pouvoit-il produire , sî on Teùt abandonné h sa destinée naturelle ? 11 dut tout son malheureux éclat aux homuies célèbres qui le mirent en évidence, et à lanlmosité implacable de leurs en* ucmis.

L abbé de Saint-Cyran ' , ami de Jaîisénins ,

imbu de la mume doctrine, abhorrant les jésuites «"t leur science moyenne, vantoit ïJugusiiniu, mime avant qu il ne fût achevé, comme le dépôt des secrets de la prédestination; et il en répandoit les principes dans les lettres spirituelles qu'il écrivoit de tous côtés. Bientôt après , les solitaires de l^ort-Rojral tirent profession publique des mêmes

^ Jean Duverger de Hauraune, né en 168 r, m^rt ea

5a siftcouiis sun la yi£

Bentiments* Alors Jansénius devint 1 oracle de^ éèoles les plus renommées : c*étoit un homme sus-, cité de Dieu, di&oient-elles , pour servir diater^ prête a saint Augustin. Les jésuites, irrités de l'abandon où ib YOjroient tomber insensiblemenlt leur théologio , et jaloux des savants de Port- Kojjral , qiii les effaçoient dans tous les genres de littérature, se soulevèrent avec emportement i^ontre ronyrage de Jansénius. La matière prétoit aux équivoques ; en pressant les paroles de l'auteur, ils parviennent à former cinq propositions qui présentoient un sens évidemment faux et erroué ; ils les dénoncent au saint-siégc , et sollicitent à grands cris la condamnation de VAuguslinus. Innocent X censura , le 3i mai i653 , les cinq propositions, sans décider d'ailleurs d'une manière précise si elles étoient exactement contenues dans le livre inculpé. Le clergé de France , dans son as* semblée de i655, demanda un nouveau fugement au pape , en lui peignant les jansénistes comme des sujets rebelles et hérétiques. Alexandre Vil rendit, le i6 octobre i656| une bulle qui condamnoit encore les cinq propositions, mais avec la clause expresse qu'elles étoient fidèlement ez« traites de Jansénius, et hérétiques dans le sens qu'il leur attribuoit* Cette bulle servit de base k un formulaire que le clergé dressa en x65yj, et dont la cour entreprit d'exiger rigoureusement la signature quatre ans après. Alexandre VU donna, en ii665. , une seconde buUe , avec un formulaire , • sur le même sujet.

ET tEi ovthàoes de vaical. 58

Il est vraisemblable que les jésuites auroient

succombe dans leur pouviiuitc contre les disciples de Jansénius, si des hommes tout-puissants dans l Ëurope u eussent eu intéréi de se joindre à eux. Le cardinal de Richelieu, qui hnlssoit personnel* lement Tabbc de Saint-C^ran, avoit d'abord tenté de faire condamner se» écrits pat le saint- sic' ; mais il mit peu de suite et peu de chaleur dans cette négociation : il n etoit pas homme a essuyer les lenteurs ordinaires h la cour de Rome ppur un objet aus.si frivole a srs yenx r^ue la censure de quatre ou cinq propositions' systématiques, ha« tardées par un théologien sniis appui : il trouva plus simple et plus commode de laire enfermer Vahhé de Saint-Cyrau au château de V iueeuncs.

Mazarin , moins violent , plus adroit dans l*art (le cacher et d'assurer les elTcts de la haine , porta ^n secret do plus rudes coups aux jansénistes* Il étoit indifférent au lond sur toutes les matières théologiques; il aimoit peu les jésuites, mais il savoit que les solitaires de Port-lloyal conservoient des. lînisons avec le cardinal de Retz, son ennemi, qui Tavoit fait trembler. Sans approfondit la nature de ces liaisons , formées ancienne* ment, et très innocentes en elles-^nèmes , il les jugea criminelles; et pour s'en venger, il excita sourdement le clergé à demander la bulle de i656. M\m une question qui ne devoit jamais être re« maée, ou qui auroit dû naître et mourir dans robseurité des écoles, acquit de Timportancc et troubla TEtat pendant plus de cent ans , parce

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