ET LZ8 OUVRAGES DE PASCAL
nés suites , dont il ayoit donné les éléments dans quelques écrits qui accompagnent le traite du triangle arithmétique. De là aux calculs differen-» tiel et intégral il n y aFoit plus qu un pas : et on a lieu de présumer fortement que , si Pascal eût pu donner encore quelque temps à la géométrie ^ il auroit enlevé àLeibnitx et àlXewton la gloire d in* Tenter ces calculs,
Ajant parlé de sa méditation géométrique à f|iielques amis , et en particulier au duc de Koan* nez, celui-ci conçut le projet de. la faire servir au triomphe de la religion. L exemple de Pascal étoit une preuve incontestable qu'on pouvoit être un géomètre du premier ordre et un Chrétien soumis. Mais , pour donner à cette preuve tout son éclat > les amis de Pascal arrêtèrent qu'on proposeroit publiquement les mêmes questions, en j attachant des prix; car, disoient-ils , si dautres géomètres résolvent ces problèmes , ils en sentiront au moins la difficulté ; la science y gagnera , et le mérite d'en «-airoir accéléré le progrès . appartiendra toujours au premier inventeur : si au contraire ils ne peu*- ▼ent y atteindre , les incrédules n Auront plus au<* enn prétexte d être plus difficiles , par rapport aux preuves de la religion , que Thomme le plus profond dans une science toute fondée en démonstra^ tiens.
En conséquence, on publia, au mois de juin
]65B, un programme dans lequel on proposoit de trouver la mesure et le centre dé gi*avité d'un segment quelconque de c^cloidej les dimensions
68 DISCOUAft SUft LA VIE
et les' centres de gravité des solides , demi-solides^ quarts de solides , etc. , qu'un pareil segment pro^ duit en tournant autour de Tabscisse ou de 1 ordonnée* Et comme les calculs pour la solution complète et développée de tous ces problèmes pouvoient demander beaucoup de temps et de travail, il ialioit du moins qu*au- défaut d'une telle soluti .n , les concurrents envoyassent quelques applications de leurs méthodes à des càa particuliers et remarquables, comme, par exemple, quand Tabscisse est égale au rayon ou au diamètre du cercle générateur. On promit deux prix, l'un de quarante pistoles pour celui qui résoudroit le premier ces problèmes ; l'autre de vingt pistoles , pour le second : on choisit , pour examiner les pièces du concours , les plus fameux géomètres résidant à Paris : les pièces , souscrites par un notaire , dévoient être remises , avant le premier octobre suivant, à Itf. de Carcavi , Tun de» jugei et le dépositaire de largent des prix. Pascal se tint caché , dans toute cette affiure , sous le nom de A. Dettonville
Le programme en question attira de nouveiu les regards des géomètres sur la cycioide, que Ton commençoit un peu à oublier. Hughens carra le segment compris depuis le sommet jusqu'à Vot^ donnée qui répond au quart <Ju diamètre du cer-
< C*est*ii-4ire^Amo5 Dettonville, anagramme cleLottiif * de Montalte , qui est le ïiom sous lequel Pascal avoit pnbUé les Lettres proviiiciaie<i«
ZT l£S OUVIIA&ES DE PASCAL. 69
clegcnérateur; Sluze^ chanoine de la cathédrale (le Lic'gc, mesura Taire de la courbe par une uiétiode nonrelie et trè» ingénieuse; Wren , géomè-^ tre anglois et grand architecte, puisqu'il a bâti ieglisede Saint-Paul de Londres » , fit voir qu'un arc quelconque de cycloîde , compté depuis le commet, est double de la corde correspondante <Iu cercle générateur; il détermina de plus le cen^ t*^ de gravité de l'arc cycloïdal, et les surfaces des solides de révolution que cet arc produit. Fennat et Koberval, sur le simple énoncé des théorèmes de Wren , en donnèrent aussitôt la dé« '^onstration , chacun de leur côté. Mais toutes ces recherches, quoique très belles en elles-mêmes; ^ répoudoient pas, au moins entièrement, aux gestions du programme. Austfi leurs auteurs , éit '«ï envoyant, n'avoient pasie dessein de les sou^ >&ettre au concours. Il n j eut que deux géomètres ^<>ajant traité sans exception tous les problèmes proposés , «crurent SToir droit de prétendre aux pnx. Le premier fut le P* Lallouère ^ , jésuite toulousain , qai ayoit de la réputation dans les ma-
' Il est enterré dans cette église , et voici son épitaphe :
Hic jacet CHnisxoPHoausWnExc Hujus £celesiae Conditor et Artifex
Viator
Si monnmentum requiris
Circiimspiice.
^ Cest le nom de ce jésuite , et non pas Laloubère, ^^Bmt quelques auteurs Tont écrit
yO DlSCOUHS SUJOl tA Yl£
thématiques, surtout parmi ses confrères ; le secoa^ fat WaUis, dont nous avons déjà parlé, justement célèbre par son Arillimétiifue des infinis , publiée en i655« Ils eurent Ttin et Tautre une dispute hxi irivé à ce sujet avec Dettonville : on a écrit , et on répète encore , qu'il avoit fait injustice à tous le^ deux* Ce reproche f auquel les jésuites ont cheiclic a donner de la consistance, seroît une tache a la mémoire de Pascal i s il avoit quelque fondeineot solide : le . lecteur en jugera j je commence par Lalloaère«
Kous lisons dans le jugement des commissaires pour les ptix » et le P. Lallouère le raconte égale^^ ment dans son traité latin de Cycloide, que, vers les derniers jours du mois de septembre 1 658, il écrivit a M« de Garcavi qu il avoit résolu tous les problèmes de Dettonville , et qu'il envojoit pour échantillon le calcul de l'un des cas proposés* Malheureusement ce calcul, qui n'étoit accorapa* gué d*aucune méthode , se trouva faux. LalloDère| reconnut lui-même cette erreur, qui sautoit aui yeux, mais s2Cns la corriger , dans plusieurs letties écrites a la lin de septembre et au commencement d'octobre* 11 est clair par«là qu'il ne lui restoit plus do droit légitime aux prix, puisqu a 1 expirai tion du tetme iixé par le programme il n'avoiC produit ni méthode qui, par sa bonté, put iaii^^ pardonner un calcul défectue^i"^, ni calcul qui i par sa justesse, pût être censéjdériver d'une bonacj méthode. Il fut force d'en convenir. On l'averii! de plus en particuliei*, et même publiquement ^
hEé OUVRAGES D£ PAbC^L.
4^Iaui l Histoire de la Roulette , qui parut le lO oc*
cobre i6ô8, que les cas dont il faisoit mentiom
étoieiit déjà résolus par Koberval, Dellouvilic iax^ rainoit cette même histoire en proposant de nou-* Veaux problèmes qui u étoient plus l'objet d'aucuii ])rjx, mais qui tendoient à compléter la théorie cl« la roulette ; il demaudoit le centre de gravité d uo arc quelconque de cycloîde; les dimensions d les centres de gravité de la surface , demi-surlice, quart de surface , etc. , que cet arc décrit en Xouraant autour de Taxe ou de la base ; si ^ au premier janvier lOjg, personne n'avoit résolu ces problèmes , il s^engageoit à publier alors ses prO^ pies solutions^
En aydùant modestement sa méprise, Lallouér^ pouvoit , au défaut d'un prijc , s'attirer de la gloire par son travail; car un tel âyeu lui donnoit droit de perfectionner à loisir ses recherches, et le traité que nous ayons cité,de hii fait juger qu*it ctoit capable , non pas d'une grande invention , mais d'ajouter au moins des choses intéressantes aux découvertes des inventeurs, illais , par une jactance mal entendue , il donna lieu k un fâcheux examen de son talent et de ses connoissances ma^ tliénutiques. La réputation de savoir d'un géo~ mètre médiocre est ( si on me permet ce parallèle ) comme Thonueur d nne femme : lorsqu'on j porte la plus légère atteinte , la blessure est presque tou» jours morteiii;. L orgueilleux jésuite continua d'écrire que, nonobstant sa première inadvertance, il avoit trouvé des choses très extraordinaires tou^
mêcovns «un la tis
chant la cycloide , mais qu il ne youloit les mettra au jour <ju après que Dettouville auroit donné ses propres soluticms^ faisant entendre que celui -ei n'avoit peutrttre pa6 résolu lui-mcme les questions qu*il proposoit aux autres* Detton ville répondit à cette espèce de dcii en homme supérieur et bien instruit des forces de Tathléte qui osoit le pro* voquer : il déclara qu'il reuonçoit à I huuueur d*ayoir résolu le premier ces problèmes, et qu'il le cédoit tout entier au jésuite toulousain ^ si ce jésuite vouloit publier ses solutions ayant le premier janvier iGSg'. Cette déclaration ne permettoit plus à Lallottère de reculer, s'il avoit réeHement possédé les méthodes qu il s'attrihuoit^ mais on ne put jamais rien arracher de lui.
Le premier janvier étant arrivé, Dettonville fit imprimer son traité de la Rouletie; il envoja le commencement de cet ouvrage à Lallouère»
afin qu il y vit le calcul du cas sur lequel il s*é^ toit trompé : mais celui-ci, au lieu de marquer sa recouuoissance , répondit qu il avoit précisément ainsi 4rectilié lui-même sa première solution* Dettonville, qui avoit prévu la réponse, se mo-» qjua de lui , comme il s'étoit moqué de ses confrères les casuistes , avec celte différence néan* moins , que les décisions d'Ëscobar et de Tam^ bouria étoient un peu plus plaisantes que Ui prétentions de Lallouère en géométrie*
Le jésuite humilié n'opposa à ces railleries que son immense traité de Cycloidey qu'il fit impri^ mer eu 1660^ «Mais ce( ouvrage trop loujg-tem^â
EX hZS OUVRAGES DE PA^CALt ^3
attendu , et fondé sur une sjntUese prolixe et la->> borieuse, eut d'autant moiiiii de succès au{Mrè« des géomètres, qu il ue contenoit riei* qui n'eût été doimé , du moins en substance , ]>a|* Detton^ ville. D'ailleurs l'auteur y lappeluil saus accès* sîté une promesse piagnifique , déjà mal accueilli^ U/râ^u'il»^ ia lit pour la premièri^ fois dix aps auT parafant , celle de publier inoessamment la qua-y tlrature du cercle» Que pouyoit-ou penser d'u^ bommie qui , pour me servir d*une expression in-t géaieuse de Fontanelle , avpit eu la maibem^ 4^ faire une pareille découverte ?
Walliâ u'app|.ocUa guère davantage di| but# On avoit eu soin de lui envoyer le programme dt: DeUoavUie^ aussitôt ^i^'il fut iiuprin^é. La difllcuUé de ces problèmes l'effraja d'abord, et ne croyant pas sans doute pouvoir eu tvouyer la solution, et la fajre parveiiir euiui».^; a Paris dans le temps prescrit , il deinanda que le conçours fût fer^né a une éppq[ue pli|s éloijgiiée pour les s^ydncs étrangers , pu du mpins qu eu les obligeant àp luire partir leur^» solulioui^ ayant le preiuitr octobre, on n'exigie&t pas à la. vigueur quelle^ Arrivasj»en( aM plus tard ce mènie jpur à Paris f car li peut se faire , écrivoit-il , qu elles démêlèrent tongrtempsi fin cbemiu» ou par les incomxuoditts da }a guerre, ou par celjies de la saison , ou pa^ d^ss vents contraires ^ si elles ont la iner a t]L*ayerser ; il est même jpossible que , d une maniéré ou d*autrc , elles viennent à se perdre , et alors ne seroit-il pas
juste qu'on pût en envoyer de nouvelles copieS|
^4 DlftCOÙBS sua LA TIS
pourvu que les ofllciers publics atte^iissent légale*ment la conformité de ces copies avec les premi^*" res? Dettouviile répondit qu'un pareil arrangement étoit illusoire ; qit^en l'adoptant le concourt a auroit pas de fin , puisqu'on seLX>it toujours in« certain du temps où des solutions qu*on supposcroit parties des pajrs étrangers ayant le premier octobre , pourroient arriver à Paris ; que par-là ovt ft*expo8eroit à des discussions embarrassantes sur la priorité des dates ; qu'afin d*éviter ces disons* fions I il ayoit cru devoir fixer un lieu et un temps pour recevoir les pièces du concoius; qu'à la vérité ces conditions étoient plus avantageuses aux François 9 surtout à ceux de Paiis, qu'aux étran<* gers , mais qu*en faisant faveur aux uns il u*avoit pas fait d'injustice aux autres; qu'il laissoit à tout le monde le mérite de Tinvention ; qu'il ne dispo* soit point de la gloire^mais que , donnant l'argent des prix , il avoit le droit d'en régler la dispensa** tion i qu'il auroit pu proposer ces prix uniquement pour les François , comme en d'autres occa* sions il pourroit en proposer , ou pour les AlIc mands , ou pour les Chinois ; qu'enfin il avoit établi les lois du concours de la manière qui lui avoit paru la plus éipiitable et la plus exempte d'inconvénients.
Il j a apparence que Walliscomptoit peu sur le .liUccès de sa demande; car^ sans attendre de réponse , il prit le parti le plus certain et le plus ttable y celui de chercher incontinent la solution des problèmes proposés. Le résultat de ce travail
*A ET I.E8 OVYBAGCS DE ^5
6t <la matière d*im ouvrage auquel il fit apposer
la date du 1 9 août ( vieux st^le) i658 , par un notaire d*Oxfbrd, et qu*il fit remettre à Paris , chev M. de Garcavi , dans les piomieis jours du mois de septembre suivant. Durant le cours du même mois; Wallis écrivit quelques lettres aux juges des prix^^ pour corriger des erreurs qu*il avoit remarquées dans son écrit. La dernière de ces lettres portoit que tout le mal n*étoit peut-être pas encore réparé. Les juges examinèrent avec attention louvrage et les corrections de Fauteur. Cet examen leur prouva que Wallis n avoit pas déterminé dune manière exacte les dimensions des solides de la cycloide autour de Taxe , ni le|Centre de gravité de cette courbe , ni ceux de ses parties , ni les centres de gravité des solides , demi-solides , etc. , tant autour de la base que de 1 axe; qu'outre les &utes qu'il avoit remarquées dans son ouvrage , il j en avoit encore d autres , et que ses corrections mêmes en contenoient de nouvelles : que toutes ces fautes nétoient pas de calcul, mais de méthodes , puisque les calculs étoient faits exacte» ment d après les métbode^; que Taùteur s etoit principalement trompé , en ce qu*il traitoit certaines surfaces^ indéfinies en nombre, et qui n'étoient pas égai'ement distantes les unes des autres, de la même manière que si elles l etoient; ce qui Tavoit nécessairement conduit à de faux résultats. Doù les juges conclurent que Wallis n avoit non plus aucun droit aux prix*
.Cette décision le piqua vivement. Il s*en plaint
y6 ttSCdtJRS SUR LA ti£
avec atnertume dans la préface de son ^traité âe Cifcloide 9 et dans plusieuf» atttreK endroits de seâ ouvrages; il montre en toute occasion les sentiments d*une vive haine contre la nation fran^ çoise : il voudroit ctre plaisant, il n'est <jue chagrin f aù stijet de la faveur qu*il iprétend que Dettonville a faite à ses François dans les conditions
des prix. Cependant il est forcé d'avoVier que son
premier écrit contenoit des fautes, et que ses cortéetions mêmes n*en étolent pas exemptes t fl ajoute seulement qu'il u*avoit pas cru devoir indiquer en <(uoi eonsîstoient ces dernières fautes « parce qu'il soupçonnoit qu'on étoit mal intentionné envers lui t mais on sent tout le rldtculè de cette défaitCi Comment auroit-on pu lui dénier la ftistice ^ si , au terme fixé pour la clôture du con^ cours, il avoit fourni des solutions exactes ? Toute son apologie ne prouve antre chose, sinon qu'il a été jugé et condamné suivant la rigueur de la loi* Peut-être autoit-on pu lui accorder quelques délais pour rectifier ses méthodes et ses calculs; mais ces délais n'eussent été qu'tin simple acte d indulgence qu*il n*étoit pas en droit d'exiger. Plusieurs historiens de la Cj cloîde, et entre autres Groningiuê , ont épousé son ressentiment , sans remontef aux pièces originales qui en démontrent évidcm- Inent l'injustice.
A ces preuves positives se joignentdesconsîdcfations morales qui n*ont pas moins de force. Est« il croj^able que Pascal^ qui dépensoit la plus gran'de partie de son bien en aumônes , eût man^
ET LES OUYAAGES DE PASCAL. ^tj
que à l'obligation plus^csseutieile d'acquitter une dette légitime? Ignoroit-il que la' justice est le premier devoir de 1 homme? Auroit^il osé transgresser publiquement ce précepte? En auroit-il eu le pouvoir , et n*y avoit-il pasd autres juges des prix? Qu'auroient pensé ces hommes austères auxqueb il étoit en spectacle? Supposera-t-on que 1 esprit de parti ait pu les aveugler tous au point que y pour assurer à un janséniste Thonneur d a* voir résolu seul des problèmes difficiles , on ait formé le projet de soutenir cette prétention par un mensonge impossible à cacher ?
Les recherches deWallis sur la Cjcloîde ne parurent , en y qu après celles de Pascal* Wallis s j borna d'abord aux problèmes du programme i il ne résolut ceux qui avoient été proposés au mois d'octobre, dans riiistoire de la roulette, qu'en iGyo, dan$ la seconde partie de son traité de mécaniqnei où il parle du centre de gravité. 11 craignoit, dit-il, que, s'il eût donné la solutioh de ces derniers problèmes dans son premier écrit, immédiatement après que le livre de Detton ville venoit de paroitre^ ou ne le soupçonnât d'avoir profité de cet ou^ vrage ; ce qui Tavoit déterminé a publier d'abord son traité, tel k peu près qu il avoit été envoyé pour le concours.
Je n ajouterai plus qu'une réflexion sur ce sujet, Wallis, quelque temps après avoir reçu le Traité de la Roulette de Pascal , écrivit à Hugliens qtie cet ouyrage lui paroissoit plein de (jénie; et ((u'il l'avoit lu avec d'autant plus de plaisir et de facilité , que
6d tllSCOUnS SUR LA Vit
tinatidn âe l^homme, sur les récompenses et les
J>eiocs qu'il doit espérer ou craindre; des religions où Ion adore plusieurs dieux, er souvent des dieux plus corrompus et plus ridicules q^ue les hommes; des cultes qui naissent et meurent Èivec les empires; partout le mensonge et la su- (>erstition répandant leurs ténèbres sur la terre* l)ans Cette nuit d'erreurs , un peuple caclié dans la Palestine ^ non loin des bôrds de la Méditerranée, vient attirer notre attention par les circonstances extraordinairê» de son histoire, et pat 6^a manière d exister parmi tous les autres peuples. Il Se présente avec un seul livre, qui contient tout à la fois I histoire de son origine, les lois politiques de son institution , et le culte religieux qu'il lend au Créateur* Tous les autres peuples avoient défiguré Tiniage de Dieu ; lui seul nous la présente dans son intégrité; lui seul enseigne clairement qucîTunivers est l'ouvrage de ce Dieu ; queTliomme àvoit reçu Une portion de son intelligence infinie^ mais que la créature s'étant révoltée contre le Créateur, elle à perdu en grande partie les avautages qu elle tenoit de sa boiué:. qiu» dùs-lors isUe eit devenue sujette au ]>éché , à la douleur et à la mort» Ces juotions si simples, si naturelles | ëxpliquent mieUxqUe tous les systèmes des philo» sophes l'Origine du mai qui existe sur la terre, et fondent nos espér&nces pour une meilleure vie» En approfondissant de plus en plus 1 histoire du peu|fle juif, on recOnnott qu'il possède la vérité J ^u il l'a reçue immédiatement de son auteur mêmel
£T LES ÛUVllAO£S 0£ PASCAL*. 8l
on est frappé de la divinité des écritures; on ad-* mire l'accomplissement des prophéties; on voit naître et s élever sur des fondements inébranlables la religion chrétienne , qui est la fin et le compté» ment de celle que Dieu avoit donnée aux Juifs pour un temps litnité dans ses décret.
Pascal ne regardoit pas seulement la religion chrétienne comme vraie, il la croyoît nécessaire aux hommes pour fixer leur incertitude , pour adoucir le^ maux de la vie, et surtout pour nous cansoler dans ces derniers moments où lame , dénuée de tout appui, est prête à tomber dans les abimes de 1 éternité. Aussi a-t-il établi sur la connoissaace du cœur humain plusieurs arguments en faveilt de la religion 4 II pensoit même que ^ pour le commun des hommes , il vaut mieux s'attachet à la faire aimer et désirer que de chercher à la prouver par des raisonnements dont tous les esprits ne peuvent pas sentir la force et les consé* quences '#
Les premiers éditeurs de ce recueil en avoient
rejeté plusieurs pensées très intéressantes, et même des dissertations assez étendues et complètes dani leur genre : tels sont \m écrit sur Tautorité en matière de p^iilosophie ^ des réflexions sur la géométrie en général , un petit traité de Tart de persuader , plusieurs pensées morales détachées , etc.
• "Nous supprimons ici plusieurs passages cites des Pensées, pour éviter de répéter de longs morceaux qui se frouveut dans le cours de l'ouvrage.
3a biscouas sua la VI£
Tous ces morceaux sont inGniment précieux par la justesse, la saine raison et les vues nouvellaj qui y régnent. J 'ai réparé le tort qu'on aroit eu à»^ les supprimer. Les manuscrits de Fauteur nom, ajant été conservés par M. Tabbé Périer , son n^ veUy je m en suis procuré une copie exacte; et c'est d après cetts copie qu'on a inséré dans la oolr| lection complète des Œuvres de Pascal, imprimee^j en l 'jyg , un très grand nombre de choses qui M sont point dans l'édition de Port-Kojal, ni miam dans le supplcment publié par le P* Desmolets. J
Tout ce qui reste de notre auteur montre et général la préféience qu'il donnoit à la méthodi des géomètres sur les autres mojrens de cherelMi la vérité. L'avantage de cette méthode consiste e^, ce qu elle définit clairement toutes les choses ol}S*| cures ou inconnues; qu elle n'emploie jamais daoi|| ses dciiuitions que des termes justes et bornéHàlaj seule acception qu*ou leur attribue ; qu'elle éfite^ soigneusemcut la redondance des mots et des ide€â|| ayant soin de faire connottre chaque objet ^ une seule propriété. Si on appiiquoit ces règles 1^ plusieurs questions de mctaphjrsique ou de tliéologie f on couperoit la racine à bien des disputes^^ mais alors de quoi s'occuperoit-on dans un gran^ nombre d'écoles ? l
Louvrage que Pascal destinoit à la cléfense christianisme étoit lexpression d*une foi actiTCj et constante qui lui faisoit pratiquer toutes Ui^ austérités de la morale évangélique. Kous avo^ ici pour témoin madame Périer. sa sœur : nouib
ET hZS OUTRAGES X)E PASCAL^ 83
)rendrons pour guide dans cette partie de son listoire. On a déjà fait remarquer, et ce récit monrera encore mieux l'injustice de ceux qui accusent ^ géométrie de nous porter % rincrédnlité et au éréglement. Pourquoi , en effet , imputer à cette :^ience même Terreur coupable de certains géolètres qui , ne distinguant pas assez les différentes mes de preuves dont chaque sujet est susceptile , méprisent ou affectent de mépriser celles de i religion l Wy a-t-il pas dans tous les genres des bmmes qui abusent de leurs lumières ? Les poe^ s, les orateurs, les peintres, etc., sont- ils, eu méral , plus croyants , plus dévots que les saàits proprement dits ? Ne seroit-il pas raisonna-* le de penser que Tétude des sciences exactes, iu destinée à exciter les applaudissements de la ultitude , nous prépare aux vertus chrétiennes , i inspirant le goût de la réflexion, Tamour du éTail , le mépris des honneurs et de la fortune , I humiliant même Torgueil humain par les diflilités insurmontables que lesprit trouve à chaque îs dans ses recherches, et qui lui font sentir •mbien il est borné?
Pascal remplissoit tous les devoirs du Chrétien mme le plus simple et le plus humble des Fidè** I. Il ne manquoit jamais d'assister aux offices vins de sa paroisse , à moins que ses infirmités r l'en empêchassent absolument. Dans la vie pri» ^e, il étoit sans cesse occupé à mortifier ses sens,
k élever son âme à Dieu. 11 avoit pour maxime \ renoncer à tout plaisir, à toute superfluité. Il
84 DISCOUKS SPR LA VIE
retranchoît avec tant de soin ce qui lui paroissoit^ inutile, dit madame Périer, qu*il finit par £iin, étei de «a chambre toutes les tapisseries , comm des meubles de luxe, uniquement destinés à réjouir la vue. Quand on lobligeoit de faire pottjrj sa santé quelque chose qui pouvoit flatterie» sens y il woit soin d en distraire «on esprit , et d en écarter toute idée de plaisir. U ne pou?uU souffrir qu'on louât en sa présence la bonne ehèit^ il Youloit qu on mangeât uniquement pour satis* faire l'appétit, et Uon pour cuatentcr le goût. Dca le commenc^ent dB sa retraite , il avoit examiné la quantité d aliments nécessaiire pour son c^U^ mac; il ne la passoit jamais, et quelque dégoût qu il y trouvât^ il la mangepit toujours ; mcthcxii respectable par son principe , mais souvent bi^ ^OAtraire à Tétat physique et variable du cocpi liumain.
Sa charité étoit extrême : il regnrdoit les pav^
yres comme ses véritables frères ; laffection ^uil leur portoit alloit si loin , qull ne pouvoit jamail leur refuser 1 aumô]9.e, quoiqu il la iît souvent son nécessaire : car il avoit peu de bien , et ses iftiirmités Tobligeoient à des dépe^s^s qui surp^ :Soieut son revenu. Lorsqu'oi^ lui faisoit des ïtfï^' tentations sur ses excès en ce genre, il répondoit; J'ai r^marquié i/ue, cfueUjut pauvre iju oêi ^oU, H taissê toujours quelque chose en mourant!
11 u approuvoit point ces projets de régjlemefltt| que certains particuliers proposent quelqutfoij
pour prévenir toius les besoins dies mûhettreasî,
tt LES OUVRAGES DS PASCAt. 85
iidisoit que ces projets généraux regardent l'administration, et (|ue riioinme privé doit cheiclicr i servir les pauvres pauvrement, c est-à-dire , scion suii pouvoil' actuel y sans se livtcr à des idées spéculatives et infructueuse^, dont la recherche n'est pour l'ordinaire c|ue raliment de roisiyeté 00 de Tavarice.
Quelque temps avant sa mort, il logcoit dans M Qtison un pauvre homme et son fils , uniquetueut par commisération chrétienne; car il n en Ktiioit aucune espèce de service. L*enfant fut at* U(^ué do la petite vérole , et on ne pouvoit guère h tfansporter ailleurs sans danger. Pascal i<toit ^^jà lui -même très malade : il avoit un besoin ^ntinuel des secours de madame Péricr, que des ^ires de famille, et surtout le désir de voir son fr^te^ avoient amenée à Paris depuis un certain iem|)s. Et comme elle habitoit une maison particulière, avec ses enfants, qui n*avoient pas eu la [tclite vérole , Pascal ne voulut pas qu elle s expo* rft au danger de la leur apporter. Il pronon^^a ^ûtre lui-même en faveur du pauvre : il quitta sa ■maison pour ne plus y rentrer, et vint occuper, chei madame Périer, un petit appartement, peu commode pour son étal.
Nous citerons un autre trait non moins remar<» ÎUable de sa charité. Un matin ^ en revenant de Saiat-Sulpice , où il avoit entendu la messe, il ^«ticouiia une jeune (ille de la campagne, très '^^Ue, qui lui demanda Taumône* Frappé du dani t^oi auquel elle étoil cj^poséc, et ayant appris que