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son père etoit mort depuis peu , et que sa mère mourante yenoit d*étre transportée ce jour- là même à 1 hôpital , il crut Cj[ue Dieu lui eavojoit cettè (îlle* précisément au moment qu^elle avoit besoin de secours* Il la mena sur-le-champ à ua vénérable ecclésiastique du séminaire; et sans †faire connoitre, donna de Targent pour la nourrir et la vétiri jusqu à ce qu'on pût lui trouver une condition avantageuse : il dit à ce bon prêtre , es le quittant , que le lendemain il lui enverroit uae femme pour Taider dans cette œuvre pieuse. Le succès fut heureux et prompt; la jeune fille fat placée. On ne sut qu après la mort de Pascal qu'il étoit ) auteur de cette bonne action. Madame Périer, en la racontant, n'ajoute pas, ce qu on a appris depuii^ i qtt*eile en avoit partagé le mérite avec son frère.
Je me dispenserai de louer Pascal sur la pureté de sqs mœurs : on conçoit qu*avec un corps exté* nué par les maladies et les macérations chrétiennes il devoit fiiir sans effort les plaisirs des sens ; mais ^ il ne cessoit de remercier Dieu de Tavoit réduit k , cet état d'abattement et de langueur qui lui paroissoit la situation la plus désirable pour un Chrétien. Son amour pour la chasteté étoit si i grand y qu'il ne pouvoit souffrir les discours qui y portoient la plus légère atteinte. 11 pouseoit k scrupule sur ce point jusqu'à désapprouver Ui , embrassements que madame Périer faisoit quel* quefois à ses enfants : il crojroit que cette manière de leur témoigner de la tendresse pouvoit avoir I des suites daujgereuses pour les meeurs.
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On remarque qu'il étoit un peu enclin à la vanité. Et comment en effet ne se seroit-il pas quelquefois livré an sentiment de sa supériorité ? Maiis il portoit toujours sur lui une ceinture de fer, hé« tissée de pointes : et quand il sè surprenoit quelque mouvement d'orgueil , il se donnait , dit madame Périer, des coups de coude pour redoubler ta viole^nce des piqûres , et pour se rappeler ainsi k la' modestie et à Thumilité chrétienne.
Persuadé que la loi de Dieu défend de trop abandonner son cœur aux créatures , il s*efforçoit de modérer Taffcction qu il a voit pour ses parents* Il ne montroit donc à personne ces attachements vi£i et empressés auxquels le monde semble mettre un si grand prix , et il ne vouloit pas qu on en eut pour lui. Madame Périer, née avec une âme douce et sensible , se plaignoit quelquefois do ses froideurs à leur sœur Jacqueline, religieuse ii Port-Hojal, qui la cousoloit et la rassuroit. En effet, s il se présentoit quelque occasion où madame Périer eût besoin d'j son frère, il la servoit avec tant de chaleur et tant d*intérât , qu elle ne pouvoit plus douter qu il ne l'aimât sincèrement.. Elle attribuoit donc aux maux qu*il souffroit la manière indiffcrente dont il recevoit les soins qu elle lui rendoit; ignorant que cette espèce dln* sensibilité avoit une source pure et plus élevée : elle en fut instruite , le soir même qu'il mourut , par ces paroles qu'il avoit écrites sur un papier détaché : <c 11 est injuste qu*on s*attache à moi , «t quoiqu'on le fasse avec plaisir et volontaire-
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u ment : je tromperois ceux en qui je ferois naître H ce désir; car je ne suis la fin de personne^ et n*ai (c de quoi le satisfaire. Ne suis-je pas prêt à mouce rir? et ainsi ToLjet de leur attachement mourra. « Donc comme je serois coupable de faire croire « une fausseté , quoique je la persuadasse doucem ment, qu^on la crût avec plaisir, et qu^en cela <c on me fit plaisir : de mépie je suis coupable si <( je me fais aimer , et si j*attire les gens à 8*attau cher à moi. Je dois avertir ceux qui seroient « prêts à consentir au mensonge qu'ils ne le doiu vent pas croite, quelque avantage qui m*en re- <c vienne; et de même, quils ne doivent pas s'at- K tacher à môi t car il faut qu*ils. passent ^eur vie ce à plaire a Dieu , ou à le ebercher* »
Les prodiges opérés dans rétablissement delà religion lui avoient prouvé que Dieu a plus d une fois interrompu le cours ordinaire des lois de la nature pour instruire les hommes : convaincu que la même Providence ne cesse point de veiller sur | son Eglise, il pensoit qu'elle se manifeste encore quelquefois par des miracles \ et il crut en remav* quer un exemple dans un évcncmi nt extraordi- | naire qui arriva pendant qu*il combattoit la mo* j raie corrompue des jésuites. Une fille de M. et madame Pcrier, nommée ^lar^um^e, pensionnaire ' au monastère de Port-Rojal de Paris , âgée de di^ | à onze ans , étoit affligée depuis trois ans et demi ^ d*une fistule lacrymale de la plus mauvaise espèce ': elle jetoit par l'œil, par le nez. et par b bouche une matière dune puantenr. insupporta- 1
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hle. Le vendredi 2^ mars i65G, on lui fît toucbet la wiique de la sainte Épine , que M. de La Potel rie, ecclésiastique d'une haute dévotion avoit prêtée au monastère de Port-Rojral; et l'on prétend qu aussitot la jeune liUe se trouva guérie. Racine dit, dans V histoire de Port -Roy al, que le silence ctoit si grand dans ce moÀastère , que plus de six jours après ce miracle , il y avoit des sœurs qui n en avoient point entendu parier. Il n'est pas dajis le cours ordinaire des choses que les persom nés dont la foi est la plus ardente voient s'opérer, sous leurs yeux , un miracle , ignks être frappées a t'tonnement, sans se presser de le conununiquer, et d en rendre gloire h Dieu. La reserve des religieuses de Port-Hoyal pourra donc paroitre à certains esprits jeter des doutes sur le fait même : à des esprits plus favorablement disposés , elle prouvera q^ue la guérison de la jeune Périer n'étoit point un de ces ressorts préparés d avance , un de ues artifîces pieux que les che& de parti se sont trop souvent permis pour attirer à eux la multitude crédule.
Les directeurs de Port-Rojal, sincèrement persuadés du miracle , ne crtireat pas qu*il leur fàt permis de taire une faveur de la Providence aussi 'ignalée, aussi glorieuse pour la religion catholicité , et aussi propre à faire triompher leur cause»
voulurent donner au fait la pllis grande authen-^ hcité. Quatre médecins célèbres et plusieurs chi-* ^^^fgieus ^qui avoient examiné et traité la maladie, attestèrent qu elle étoit mcurable par tous les
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mojens humains, et que la guérison ne pou voit en eue que surnaturelle. Le miracle fat publié avec Tapprobation solennelle des. vicaires-géné* raux qui gouvernoieut le diocèse de Paris en l'absence du cardinal de Retx. La manière dont il fat reçu dans le moiide désespéra les jésuites. Ils entreprirent de le nier : pour motiver leur incréda-*' lité ils cmploj^oient ce ridicule argument : Le Port-Royal est hérétique , et Dieu ne fait pas des miracles pour les hérétiques. On leur répondit : Le miracle de Port-Rojal est très certain ; vous ne pouvez révoquer en doute un fiait avéré : donc les jansénistes soutiennent la bonne cause, et vous êtes des calomniateurs. Une circonstance particn<lière vint à Tappui de ce raisonnement. La sainte relique n*opéroit des miracles qu'à Port-Royal t ayant été transportée chez les ursulines et chez les carmélites , elle n*j en fit aucun , parce que cet re* ligieuses iiavoient point d^ennemU, et qu ainsi eUes n avaient pas besoin , comme quelques-unes d'elles ànt dit , fjue Dieu fit un ndtacle pour prouver qu'il est avec elles Les jésuites scandalisèrent les personnes pieuses y et les railleurs se moquèrent d'eux. Ilien uc manqua en cette occasion au triomphe des jansénistes. Pascal demeura convaincu que la gué* rison de sa nièce étoit Tœuvre de Dieu, et cette fille en eut la même persuasion, qu*elle a conser* vée pendant toute sa vie, qui a été très longue. La
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