‹ Pensées (volume 3)Chapitre 15 sur 54 · T LES OUVRAGES D% PASCAL. 9I · texte numérisé non relu

T LES OUVRAGES D% PASCAL. 9I

erojrance à un miracle particulier ^ qui nest ni rapporté dans les livres saints , ni consacré par le% décisions de TEglisc, n'intéresse point la foi : la question se réduit à un simple point de fait sur lequel les opinions peuvent se partager. Mais ce qii*il n'est pas permis ici de révoquer en doute , cest la sincérité et la candeur de Pascal, dont la droiture et 1 amour pour la vérité ne se sont jamais démentis. Certainement il n^ a personne k (|ui son autorité ne doive paroitre d*un grand poids. S il s'est trompé , il faut le respecter encore dans son erreur : il faut considérer ^ue le sentiment naturel d un Chrétien souffrant , à qui là religion semble envoyer des consolations , est de les recevoir avec une foi humble et reconnoissante , et non pas de les soumettre à lexamen du scepticisme.

Pendant les deux dernières années de sa' vie

Pascal fut tourmenté par tous les maux du corps et de lesprit. Il eut, en 1661 , la douleur de voir naitre cette longue persécution sous laquelle la fenaison de Port-Royal succomba enfin dans la saite* La faveur publique étoit pour les jansénistes ; mais cette faveur-là même ne faisoit qu'irriter davantage les jésuites , qui , ayant trouvé le . moyen de surprendre Tautorité , en portèrent l abua au dernier excès. Pour parvenir sûrement à perdre les savants de Port-Hoyal, la Société imaj^na de faire imposer aux religieuses de cette abiiaye la loi de signer le formulaire de i 65y : bien certaine que lavis de leurs directeurs seroit ou de ne

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point signer y ou de ne signer qu'avec ies restrictions également favorables à ses projets de vengeance et de destruction. Les grands-vicaires . de Paris eurent ordre, en conséquence, de se rendre aux deux monastères, et d j faire exécuter cette loi en toute rigueur. Je n'ai pas besoin de peindre ici le déplorable embarras où se trouvèrent le» re« ligieuses, forcées de porter leur jugement sur le livre de Jansénius , dont elles n entendoient ni la langue, ni la matière : respectant d'une part l'autorité cjui les pressoit , de l'autre craignant de trahir la vérité ; rebelles aux yeux du Gouvernement, si elles rcfusoieut de signer, et coupables aux. jcnx de leurs directeurs , si elles paroissoient donner leur approbation à un écrit qu'il? prcseuioient comme arraché au clergé et au pape par les intrigues des jésuites. Ces cruelles perplexités coûtèrent la vie à Jacqueline Pascal : lors de la visite des grands-vicaires elle étoit spus^prieure à Port- Roj'al-clcs-Ghanips; les combats violents qu'elle essuya, placée entre le désir de se soumettre et les, terreurs de sa conscience , firent en elle nne si; grande révolution qu elle tomba malade, ^ mourut le 4 octobre iGGi , première vicUtne du FormU" taire , comme elle disoit elle-même. Tous ceux qui la connoissoient la pleurèrent sincèrement^. £U^i avoit beaucoup d'esprit et de sensibilité; elle faisoit bien des^ vers^ à T&ge de quatorze ans elle avait remporté le prix de poésie qui se distribue 4

Rouen le jour de la Conception. On uous coq-

ET I.E8 OUTBAGCS 1»« PASCAL. CjS

serré > â'elle plusieurs pièces où Von troiiTe de la

hcilitéf du naturel, et ({uel(}ue£[Hs de lélégance^ Pascal aimoit tendrement cette sœur : lorsqu*il apprit sa mort , il dit en poussant un profond soupir : Dieu nous fasse la gnice de mourir comme elle.

Dans ce combat de roLtissance et des dcnipules , les religieuses de Port-Rojal adressirent à la cour quelques plaintes modérées : mais ces plain^ tes j interprétées par les jésuites , eurent la couleur dune résistance coupable f et on se persuada que les directeurs du monastère y fomentoient une hih résie dangereuse* Cependant ils n'a voient jamais balance à condamner les cinq propositions en elles-mêmes; ils avoiént seulement distingné, dane la CONSTITUTION d'Alexandre VU , deux questions, lane de droit, lantre de fait s ils receyoient comme une règle de foi la question de droit , c eslà-dire , la censure des cinq propositions dans 1er sens qu elles oiTroient immédiatement, et abstrao* tion faite de toutes lescirconstrinces qui pouvoient les restreindre ou les moditier ; mais ils ne se crojoient pas obligés d adbérer à l assertion du pape , lorsqu'il disoit que les cinq propositions ctoient formellement contenu<^s dans Jansénius, et hérétiques dans le sens de cet auteur, parce quil étoit possible, selon eux, que les papes et

' Voyez le livre qui a pour litre : Recual de plu*'

«leurs pitjces pour servir à rHistoire de Port - Royal

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l'Église même se trompassent sur les questions de fait* Si on n'avoit réellement cherché dans ces disputes que la vérité et la concorde / il semble que cette distinction auroit pu rapprocher les esprits. Pascal 1 avoit adoptée pleinement; elle sert de base aux deux dernières Lettres -proinnciates qui parurent en 1657. Quatre ans après, lorsqu'on voulut obliger les religieuses de Port-Rojai de souscrire au Formulaire , les jansénistes montrèrent une nouvelle condescendance : ils consenti* rent que les religieuses ^signassent, en déclarant simplement qu elles ne pouvoiont pas juger si les propositions condamnées par le pape , et qu'elles condamnoient sincèrement , étoient tirées ou non de Jansénius: Mais cette restriction légère et rai-* sonnable ne put contenter les jésuites , qui vouloient absolument perdre les solitaires de Port- Koyal, ou les forcer à une rétractation déshonorante. C'est ce que Pascal avoit prévu. Aussi , loin d'approuver la facilité des jansénistes, il ne cessoit de leur dire : Vous cherchez à sauver Port-Roy aU vous ne te sauverez point , et vous trahissez la vérité* Il en vint jusqu'à changer d'avis au sujet de la distinction du fait et du droit. .La doctrine de Jansénius sur les cinq propositions lui parut être exactement la même que celle de saint Paul , de saint Augustin et de saint Prosper. D où il concluoit que les papes , en condamnant le sens de Jansénius y s etoient trompés , non pas seulement sur le fait, mais encore sur le droit , et qu'on ne pouvoit signer en conscience le Formulaire , qu*en excep-

ET LB8 OVTRAaES DB PASCAt. Q&

tant d'une manière bien prononcée ce même sent

(^e Jansénius. Il accusa de ibibiesse les solitaires dePort^Rojral : il leur dit nettement que dans leurs dificreats écrits ils avoient eu trop d égard k iadlité présente , et que, comme elle avoit changé ieloQ les divers temps, ils s-étoient trop prêtés aux (•irconstances. L élévation de son âme et la droiture de son esprit ne vojoient plus dans tous cestempérameats que des subterfuges inventés par le besoin , condamnables aux yeux des lionunes , et absolument indignes des véritables délénseurs de TÊglise* On répondit à ces reproches en expliquant au long, et dune manière ingénieuse, les mojrens de souscrire au Formulaire sans blesser sa ^uscience , et peut-êtie sans déplaire au Gouyer^ aement. Mais toutes ces explications ne firent point changer de sentiment à Pascal : elles eurent même ua effet opposé à celui qu on désiroit , elles occasionnèrent quelque refroidissement dans ses liai-» ^ons avec les solitaires de Port-Rojral« Cette petite mésintelligence , qu*on ne cacha point de part et d autre , iiit dans la suite la source d nn malen^ . tendu assez singulier, dont les jésuites voulurent tirer avantage. M. Beurier , curé de Saint-Étiennedu-ftlonty homme pieux, mais d'ailleurs peu ins« trait , qui assista Pascal dans sa dernière maladie , ^>ant entendu dire yaguement à cet boinme cé^ lèbre qn*il ne pensoit pas comme les solitaires de Port*Uojal sur les matières de la grâce , crut que res paroles signidoient qu*il pensoit comme lenrs adversaires. Il n imaginoit pas qu on put être plus

g6 PlSCOtTRS êVK JLA VIS

jâaséaîftte , s*il est pemis de parler ainsi , que Kir cola et Arnauld. Trois années environ' s'étoient écoulées depuis la mort de Pascal , lorsque M. Beiir rier , sur le témoignage confus de sa mémoire , attesta par écrit à Varoheréque de Paris , Hardouin 4e Péréllxe, moiiniste zélé, que Pascal lui avoit dit qtt*il s*étoit séparé de» solitaires de Port-Royal sur la question du Formulaire, et qui! ne leur trouToit pas assez de soumission pour le saint* ï siège» C*étoit précisément tout le contraire Le* | jésuites (îrent un poinpeux étalage de cette décla* ration ; ils n'avoient pu répondre aux Lettres pro» vinciales ; ils cherchoient à persuader que Tauteor les aroit rétractées , surtout les deux dernières , et qu'il avoit fini par adopter leur théologie. Mais les jansénistes confondîreQt aisément cette ridicule prétention. On opposa au témoignage ds M. Beurier des témoignages contraires , infinimm plus circonstanciés et plus positifs ; et , c« qui ne laissoit aucun doute, ou produisit les éciiu dans lesquels Pascal expliquoit lui«-méme aes sentiments. Frappé de ces preuves victorieuses , et rappelant mieux ses esprits , M. Beurier reci^nnuf qu'il avoit mal pris les paroles de son pénitent » et rétracta formellement sa déclarât ji on. Enfin les jér ' suites lurent forçés de convenir que Pascal étoit fnoii jians les piiucipcs du jansénisme le plus ri-; goureux.

llevenpns à sa dernière inaladie. Il fut attaqué^ SLtt mois de juin i66d , d une colique très aiguë et presque coutinuelle^ qui ne lui perm(ittoit que dci

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mmeniê de sommeil. Les médecins qui le trai-

toieut, témoins de ses douleurs, jugeoient biea pelles afibiblissoieiit beaucoup son corps ; mais comme elles n'étoient accompagnées d'aucun ipiptAme de fièvre , îIb ne regardèrent pas son «Utcomme dangereux. Il «toit fort éloigné d'avoir il même sécurité ^ du premier moment, il dit qu^on X^roit trompé , et qu'il mourroit de cette malar die. 11 se confessa plusieurs fois, il voulut qu on lui apportât le viatique ; mais^pour ne pas effra yer les amis , il consentit aux délais qu'on lui deman- ^it , sur la parole des médecins qui ne cessoient <l'assurer que d'un jour à l'autre iiseroiten état Allier recevoir la communion h Téglise. Cependiut ses douleurs augmentoient toujours : à la co« liqae qui déchiroit acs entrailles se joignirent de Tioieats maux de tête ^ et des étourdissements très fréc|ueats; bientôt ses souÛVances devinrent insupportables. 11 étoit néanmoins tellement résigné volonté de Dieu, quïl ne laissa jamais échapper le irfaindre mouvement de plainte on d*impa« ^coce. Son imagination , échauffée par l'ardeur ^Umal, n*étoit occupée que de projets de bienfai- »auce et de charité. 11 fit son testament , où les pauvres eurent lu meilleure part : il auroit même àmvé leur laisser tçut son bien , si une telle dis* position n'eùtélé tropnuibible aux enfants deM.et madame Périer , qui n'étoient pas riches. Dumoins, >U ne pouvoit laire davantage pour les pauvres i il vouloit mourir pa^i eux : il demanda avec ins- Uuce, pendant plusieurs jours, qu'on le trans-

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portât aux Incurables ; et on ne put le faire revenir

de cette idée qu en lui promettaût que, s'il gué* rissoit y il seroit libre de consacrer entierra^ent sa vie et ses bieus au service des pauvres. Duraat toutes ces agitations, il lui prit, le 17 août, une convulsion si forte , qu'on le crut mort. Ceux qui Tassistoient étoient désespérés de s*étre refusés m désir ardent qu il avoit témoigné tant de fois de recevoir l'Eucharistie. Mais ils eurent la consolation de le voir revenir en pleine connoissance. Alors M. le curé de Saiut-Étienne-du-Moni , entrant avec le Saint-Sacrement : Voici, lui dit-<îl , celui (jue vous as^ez tant désiré» Pascal se souleva de son lit de douleurs \ et reçut le viatique avec un respect et une résignation qui .arrachèrent des lai* mes à tous les assistants. Un moment après , 'ses convulsions le reprirent et ne le quilttèreut plus : il mourut le 19 août x6G2, a Tàge de trente-ueuf ans et deux mois ' »

Son corps ajaut été ouvert, on trouva quil

* Pascal est enterré à Paris, à Saiot-Étienne-du-Moatt sa paroisse, derrière le maître -autel, près la chapelle de la Vierge ^ à main droite, au coin du pilier de la même chapelle. L epitaphe qui suit fut appliquée à ce pilier; mais on l'a transporiée depuis au bas de l'église, au-de^fus de la porte latérale à droite.

Pro coUunua superiori , Sub tumulo marmofxx) ,

Jacet BUMOê Pascal Claromootanus^ Stephani Pascal

in Suprema apud Arveruos Std)sidiorum Ciuria Praesidif

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