‹ Pensées (volume 3)Chapitre 34 sur 54 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

UJ8à&£ SE l'uOMUE.

1\ lE V n^est plus capable de npns faire entrer daus la connoissance de la misère des hommes que de | considérer la cause véritable de Tagîtation perpétuelle dans laquelle ils passent leur vie.

L ame est jetée dans le corps pour y faire un srjour de peu de durée. Elle sait que ce n*est qu'un passage à xin vojrage éternel , et qu elle n'a que le peu de temps que dure la vie ponr s y préparer* ' Les nécessités de la nature lui en ravissent wk très grande partie. Il ne lui en reste que très peu dont elle puisse disposelr. Mais ce* peu qui lui reste ; l'incommode si fort et rembarrasse si étrange-

ment y qu'elle ne songe qu'à le perdre. Ce lui est nue peine inrapportable d^éfre <Aligée de rirv% avec soi , et de penser k soi. Ainsi tout son soin est de s*oublier soi-même^ et de laisser couler ce temps ai court et si précienx sans réflexion , en â'occupant des choses qui lempèchent d'y penser.

C*est lorigine de toutes les oecupatiotts iismuU tuaîres des hommes , et de tout ce qu'on appelle divertissement on passe-temps » dana lesquels on u'a, en effet, pour hut que d*y laisser passer le temps sans le sentir, on plutôt sans se sentir soi* même; et d'éviter, en perdant cette partie de la vie , remêrtnme et le dégoàt intérieur qui aooonv» pagneroît nécessairement l'attention que l'on fe« roit aur soi-même durant ce t«mps41i. L'âme ne trouve rien en elle qui la contente; elle n y voit rien qui ne Ta^fllige , quand elle y pense» C'est oe qui la contraint de se répandre au-dehors , et de chercher dans rapplieation au choses extérieures à perdre le souvenir de son état véritable. Sa ioie consiste dans cet oubli ; et il smffit , pour la rendre misérable , de l'obliger de se voir et d'être avec soi.

On charge les hommes i dés Teniisnce, du soin

de leur honneur, de leurs biens , et même du bien et de rhonnenr de leurs parents et de leurs amia. Un les accable de, l'étude des langues , des sciences , des eterokes et des arta« On les charge d'af* faires : on leur fait entendre qu ils ne sauroient ttre heureux s'ils ne font en sorte , par leur in-* duatrie e% par leuv soin , que leur fortune et leur

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