‹ Pensées choisies de Montesquieu tirées du "Commonplace book" de Thomas Jefferson; avec une introductionChapitre 4 sur 10 · COMMON-PLACE BOOK » DE THOMAS JEFFERSON · texte numérisé non relu

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779. — Le droit des gens est naturellement fondé sur ce principe que les diverses nations doivent se. faire dans la paix le plus de bien, dans la guerre le moins de mal qu’il est possible, sans nuire à leurs. veritables interests. Montesquieu. Espril des loix, l. 1, C0:

776. — Les loix, qui établissent les droits de suf- ; frage (1), sont fondamentales dans un gouvernement democratique (because by their voles the people exer-

(1) La doctrine de la souveraineté populaire est si répandue au dix-huitième siècle et si fréquemment affirmée par Jefferson qu'il est difficile d’affirmer que Montesquieu ait servi de source à l’homme d'état américain dans les passages où il reprend cette doctrine pour son compte. On peut cependant rapprocher, entre autres, les deux passages suivants : « Theïr rights are derived from the laws of nature, and are not the gift of their Chief Magistrate » (Rights of Brilish America, 1574. M. E., I, 209). — « I considere the people who constitute a society or nation as the source of all authority in that nation; as free to transact their common concerns by any agent they think proper; to change these agents individually, or the organization of them in form or function whenever they please » (Opinion on the French trealies. April 1793. M.£., UT, 227).

cise their sovereignty). Il est importänt d’y régler “comment, par qui, à qui, sur quoi, les suffrages doivent etre donnés. Il est essentiel de fixer le nombre des citoyens qui doivent former les assemblées ; “sans cela on pourroit ignorer si le peuple a parlé, ou seulement une partie du peuple.

… Le peuple, qui a la souveraine puissance, doit “faire par lui-meme tout ce qu’il peut bien faire; et cc qu'il ne peut pas bien faire, il faut qu’il le fasse par ses ministres. Ses ministres ne sont point à lui, sil ne les nomme. C’est donc une maxime fonda- «mentale de ce gouvernement, que le peuple nomme ses ministres, c’est-à-dire ses magistrats. (He seems jo consider the division of the Roman cilizens into “classes by Servius Tullius where they voled according lo wealth, as eslablishing the government in aristo- | cracy; & that the instlilulion of Solon among the Athe- “nians preserving lo every cilizen his right of voling, as … jixing il of a democralic nalure).

… Lorsque le peuple donne ses suffrages, sans doute ils doivent etre publics; & ceci doit etre regardé comme une loi fondamentale de la democratie. Mais lorsque dans une democratie le senat donne les suffrages, comme il n’est là question de ne prevenir les brigues, les suffrages ne scauroient etre trop “secrets. La brigue est dangereuse dans un senat; elle “ne l’est pas moins dans le peuple. Le malheur d’une republique, c’est lorsqu'il n’y a plus de brigues; et … cela arrive lorsqu'on a corrompu le peuple à prix

né l’Université qui existe encore et dont il était si fier.

d'argent : il devient de sang froid. Id., L. 2, c. 2e

777. — He considers polilical virlue or the AMOI R PATRIAE, as the energetic principle of a democrali republic; moderalion, thal of an aristocralie republic ; honor, that of a limited monarchy ; d fear, that of a despotism; d shews thal every government should provide that ils energelic principle should be the object of the education of its youth. L. 3, 4 (2). |

(1) A titre d'exemple, nous donnons ici le passage de Mon-« tesquieu d’où Jefferson a extrait cette théorie du suffrage populaire : « Sans doute que lorsque le peuple donne ses suffrages, … « ils doivent être publics; et ceci doit être regardé comme une « loi fondamentale de la démocratie. 11 faut que le petit peuple « soit éclairé par les principaux, et contenu par la gravité de « certains personnages. Ainsi, dans la république romaine, en « rendant les suffrages secrets, on détruisit tout, il ne fut plus « possible d'éclairer une populace qui se perdait. Mais lorsque « dans une aristocratie Le corps des nobles donne les suffrages, « ou dans une démocratie le sénat, comme il n’est là question «que de prévenir les brigues, les suffrages ne sauraient … « être trop secrets. — La brigue est dangereuse dans un sénat, «elle est dangereuse dans un corps de nobles; elle ne l’est, « pas dans le peuple, dont la nature est d'agir par passion. « Dans les États où il n’a point de part au gouvernement, il «s'échauffera pour un acteur comme il aurait fait pour les « affaires. Le malheur d’une république, c’est lorsq'uil n’y a plus. « de brigues; et cela arrive lorsqu'on a corrompu le peuple à" « prix d’argent : il devient de sang-froid, il s’affectionne à l’ar- « gent; mais il ne s’affectionne plus aux affaires : sans souci du « gouvernement, et de ce qu’on y propose, il attend tranquil « lement son salaire. »

(2) L'importance attachée par Montesquieu à l'éducation a donc dès cette date frappé Jefferson, qui n’a cessé toute sa vie de faire tous ses efforts pour le développement des systèmes

d'éducation, depuis le moment où il propose une loi sur l’ins-

truction publique au moment de la revision des statuts de Virginie, jusqu’au momemt où il fonde dans l’état où il était

- 778. — That it's laws also should be relative to same principle. In a democraty, equality & fruty should be promoted by the laws, as they nurse the amor patriae. To do this, a census is advisable, discriminating the people according to their possessions; after which, particular laws may “qualise them in some degree by laying burthens on the richer classes, & encouraging the poorer ones. — In a commercial republic, where great wealth will be amassed by individuals, inheritances Should be divided among all the children.

- Dans une république, où la vertu regne, motif qui se suffit à soi-meme, et qui exclut tous les autres, l'etat ne recompense que par des temoignages de cette vertu.

… C’est une regle generale, que les grandes recom- “penses, dans une monarchie et dans une republique, sont une (sic) signe de leur decadence; parce qu’elle prouve (sic) que leurs principes sont corrompus ; que d’un autre cotée (sic), l’idée de l'honneur n’y a plus tant de force; que, de l’autre, la qualité de citoyen s’est affoiblie,

— Dans une (sic) gouvernement republicain les loix doivent forcer un citoyen à accepter les emplois publiques, parce que les magistratures y sont des # émoignages de vertu, de depots que la patrie con- feàun citoyen qui ne doit vivre, agir, et penser - que pour elle : il ne peut donc pas les refuser. Un - citoyen doit etre aussi obligé d'accepter, dans l’an- - née, une place inferieure à celle qu’il a occupée. On

voyait souvent chez les Romains, le capitaine servir, l’année d’après, sous son lieutenant. C’est JU les republiques, la vertu demande qu’on f:

à l’etat un sacrifice continuel de soi meme & de 3 repugnances.

faire, de la profession des armes, un etat partie lier, distingué de celui qui a les fonctions civiles( C’est pourquoi on mettra sur une même tête les

ses Anas, à la date de 1792. La même idée reparaît dans le Virginia Bill of Rights : « That a well-regulated militia, composed, of the body of the people trained to arms, is the proper, natural and safe defence of a free state; that standing armies in time of peace should be avoided as dangerous to liberty; and. that in all cases the military should be under strict subordina: lion to, and governed by the civil power. » — Écrivant à A. Donald, de Paris, en 1788, Jefferson affirme de nouveau : « By declaration of rights, I mean one that shall stipulate..… no standing armies. » (M. E., VI, 425.) — Dans une lettre écrite à Thomas Cooper en 1814, il revient encore sur la même idée: « The Greeks and Romans had no standing armies, yet they. defended themselves. The Greeks by their laws, and the Romans by the spirit of their people, took care to put into the. hands of their rulers no such engine of oppression as a standing army. Their system was to make every man a soldier,and oblige him to repair to the standard of his country whenever that was reared. This made them invincible; and the same. remedy will make us s0.» (M.E., XIV, 185, 10 septembre 1814.) — Il serait facile de trouver d’autres citations analogues. Ici encore il semble fort probable que Montesquieu n’a pas suggéré une théorie entièrement nouvelle à Jefferson; il a pu l'aider à. formuler une théorie qui était dans l'air, qui se rencontre chez de nombreux contemporains de Jefferson ; mais il y a au moins rencontre et accord entre l’auteur de l'Esprit des Lois et l’auteu

de la Déclaration d’Indépendance. f

iplois civils et militaires. On ne prend les armes, s la republique, qu’en qualité de defenseur des

: Dans une republique fondée sur la vertu il ne nvient que les charges soient venales. — See St. 811 (1). — Dans quel gouvernement faut-il s censeurs ? Il en faut dans une republique, ou le incipe du gouvernement est la vertu.

… Ge ne sont pas seulement les crimes qui detruisent la vertu; mais encore les negligences, les faues, une certaine tiedeur dans l'amour de la patrie, des exemples dangereux, des semences de corruption ; ce qui ne choque point les loix, mais les élude ; ce qui ne les detruit pas, mais les affoiblit : tout cela doit être corrigé par les censeurs. L. 5.

779- — Si vous examinez les formalités de la justice, par rapport à la peine qu’a un citoyen de se faire rendre son bien, ou à obtenir satisfaction de quelque outrage, vous en trouverez sans doute trop : si vous les regardez dans le rapport qu’elles nt avec la liberté et la sureté des citoyens, vous en trouverez souvent trop peu; et vous verrez que les peines, les depenses, les longueurs, les dangers

-— memes de la justice, sont le prix que chaque citoyen

(:) Le n° 811 est extrait du fameux traité de Beccaria et a été ranscrit par Jefferson en italien : « Se i Censori, e in generei -magistrati arbitrari, sono necesari in qualche governo, cio nasce -dalla débolezza della sua costituzione, e non dall natura di — goyerno bene organizzato. £ 11.»

set titre

En

Se. SE

donne pour sa liberté. — Aussi, lorsqu'un homme se rend plus absolu, songe-t-il d’abord à simplifier les loix (1). On commence dans cet etat à être plus. frappé des inconveniens particuliers, que de la liberté des sujets, dont on ne se soucie point du. tout. 1b., L. 6, ©. 2. 4

Dans le gouvernement republicain, il est de la nature de la constitution, que les juges suivent la lettre de la loi. Il n’y a point de citoyen contre qui d. on puisse interpreter une loi, quand il s’agit de ses biens, de son honneur, ou de sa vie. c. 5. E

780. — Dans les etats moderés, l'amour de la patrie, la honte, et la crainte du blâme, sont des . motifs reprimans qui peuvent arreter bien des cri mes. La plus grande peine d’une mauvaise action sera d’en être convaincu. — Dans ces etats, un bon nu legislateur s’attachera moins à punir les crimes, qu’à les prevenir, il s’appliquera plus à donner des … mœurs, qu’à infliger des supplices. — Il seroit aisé 3 de prouver que dans tous ou presque tous les etats … d'Europe, les peines ont diminué ou augmenté, à mesure qu’on s’est plus approché ou plus eloigné s de la liberté. — Dans les gouvernements moderés, tout, pour un bon législateur, peut servir à former des peines. — En un mot, tout ce que la loi appelle une peine, est effectivement une peine. c. 9. (2)

(1) Caesar, Cromwell et tant d’autres. Note de Montesquieu transcrile par Jefferson.

(2) C’est, à peu de chose près, le même esprit qui se rencontre dans le projet de loi présenté par Jefferson au mois de

L’experience a fait remarquer que, dans les pays ou les peines sont douces, l'esprit du citoyen en est frappé, comme il l’est ailleurs par les grandes. — - Quelque inconvenient se fait-il sentir dans un etat? - un gouvernement violent veut soudain le corriger; et, au lieu de songer à faire executer les anciennes

novembre 1778 et connu sous le nom de Bill for proportioning “Crimes and Punishments, in cases heretofore Capital. Dans la lettre à son maître et ami George Wythe, envoyé avec le « bill » Jefferson déclarait que c'était à regret qu'il avait conservé l’échelle des peines établie par la Commission et que s’il avait été libre de le faire, il aurait introduit plus d'humanité dans la loi : « L have strictly observed the scale of punishments settled by the Committee, without being entirely satisfied with it. The Lex talionis, although a restitution of the Common law, to the simplicity of which we have generally found it so advantageous to return, will be revolting to the humanized feelings of modern times. An eye for an eye, and a hand for a hand, will exhibit spectacles in execution whose moral effect would be questionable... This need reconsideration. » {M. E., I, 217.) — Dans le préambule de la loi, la tendance humanitaire ou plutôt humaine de Jefferson se montre encore plus clairement : « And whereas, the reformation of offenders, though an object worthy the attention of the laws is not effected at all by capital punishments, which exterminate instead of reforming, and should be the last melancholy resource against those whose existence is become inconsistent with the safety of their fellow citizens..……. And forasmuch as the experience of all ages and countries hath shown, that cruel and sanguinary jaws defeat their own purpose, by engaging the benevolence of mankind to withold prosecutions..……. For rendering crimes and punishments, therefore more proportionate to each other : Be it enacted, etc. » (M. E., I, 219.) — Il faut d’ailleurs remarquer qu'il s’agit ici d'une rencontre avec Montesquieu plutôt que d’une influence proprement dite. Jefferson, à celte date, avait déjà lu le traité de Beccaria, dont il fit des extraits dans Son Common-place book et qu'il cite en note au début de l’article 779. Mais, il a au moins trouvé dans Montesquieu une confirmation d'idées qui lui étaient déjà chères.

sur le champ. Mais on use le ressort du gouverne: ment; l'imagination se fait à cette grande peines comme elle s’etoit faite à la moindre; et, comme. on diminue la crainte pour celle-ci, l’on est bientot, forcé d’etablir l’autre dans tous les cas. — Il ne faut, point mener les hommes par les voies extremes; on doit être menager des moyens que la nature nous donne pour les conduire. — Suivons la nature, qui a donné aux hommes la honte comme leur fleau; et que la plus grande partie de la peine soit l'infa-, mie de la souffrir. — Souvent un legislateur, qui. veut corriger un mal, ne songe qu'à cette correc-. tion; ses yeux sont ouverts sur cet objet, et fermé sur les inconveniens. — Lorsque le mal est une fois. corrigé, on ne voit plus que la dureté du legisla= teur : mais il reste un vice dans l'etat, que cette

sont accoutumés au despotisme. c. 15.

Il est essentiel que les peines aient de l'harmonie entre elles; parce qu’il est essentiel que l’on eviten plutot un grand crime, qu’un moindre; ce qui atta-… que le plus la societé, que ce qui la choque moins. - — C’est un grand mal, parmi nous, de faire subir … la même peine à celui qui vole sur un grand che min, et à celui qui vole et assassine. Il est visible que pour la sureté publique, il faudroit mettre quelque difference dans la peine. Quand il n’y a point , de difference dans la peine, il faut en mettre dans … l’esperance de la grace. En Angleterre, on n'assas- …

es peines pecuniaires. Un bon legislateur prend un

… La clemence est la qualité distinctive des monarques. Dans la republique, ou l’on a pour principe 1 vertu, elle est moins necessaire. (This confirms “ihe conjecture in the margin that he does not think power of pardon necessary but in monarchical governments.) c. 21.

. 781. — Le LUXE est toujours en proportion avec l'inegalité des fortunes. Si, dans un etat, les riches- -ses sont egalement partagées il n’y aura point de luxe; car il n’est fondé que sur les commodités “qu'on se donne par le travail des autres. En consi-

-derant le luxe des divers peuples, les uns à l’egard

«This wordshews that Montesquieu by «moderate govern- “ments » in this place, means monarchies. Probably too he “hadin view countries where punishments are too severe. Quere “fin a republic, whose punishments should be mild & proportioned, he would not think with Marquis Beccaria # 46 that -pardons should be excluded. » Note de Jefferson.

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des autres, il est, dans chaque etat, en raison com: posée de l'inégalité des fortunes qui est entre les citoyens, el de l’inegalité des richesses des divers etats. En Pologne, par exemple, les fortunes sont d’une inegalité extrême; mais la pauvreté du total empeche qu'il n’y ait autant de luxe que dans un etat plus riche. — Le luxe est encore en proportion avec la grandeur des villes, et sur-tout de la capitale; en sorte qu’il est en raison composée des richesses de l'etat, de l’inegalité des fortunes des. particuliers, et du nombre d'hommes qu'on assem= ble dans de certains lieux. L. 7, ec. 1. ; Une frugalité absolue est l’objet des loix somptuaires des republiques, mais ces loix peuvent avoir aussi pour objet une frugalité relative, lorsqu'un: etat, sentant que des marchandises etrangeres d'un trop haut prix demanderoient une telle exportation 1 des siennes, qu'il se priveroit plus de ses besoins par celles-ci, qu’il n’en satisferoit par celles-là, en. défend absolument l’entrée. Ce sont les seules loix somptuaires qui conviennent aux monarchies. L. 7, 00! x

Un peuple, par la force du climat, peut devenir si nombreux, et d’un autre coté les moyens de le. faire subsister peuvent etre si incertains, qu'il est bon de l'appliquer tout entier à la culture des ter res. Ainsi pour sçavoir s’il faut encourager le luxe,. ou le proscrire, on doit d’abord jetter (sic) les yeux sur le rapport qu’il y a entre le nombre du peuple, et la facilité de le faire vivre. En Angleterre, le sol

ÉTUDES FRANÇAISES Ax

produit beaucoup plus de grains, qu’il n’en faut

“ pour nourrir ceux qui cultivent la terre, et ceux “qui procurent les vetemens : il peut donc y avoir “des arts frivoles et par consequent du luxe. c. 6. q

— 782. — La corruplion de chaque gouvernement - commence presque toujours par celle des principes. «Le principe de la democratie se corrompt, non seu- —]ément lorsqu'on perd l’esprit d’egalité, mais encore quand on prend l'esprit d’egalité extreme, & que 4 chacun veut etre egal à ceux qu’il choisit pour lui — commander. Pour lors, le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir meme qu'il confie, veut tout faire par lui meme, deliberer pour le senat, executer pour les magistrats, & dépouiller tous les juges. Le peu- - ple tombe dans ce malheur, lorsque ceux à qui il se - confie, voulant cacher leur propre corruption, cherchent à le corrompre (1). On ne peut donner beaucoup au peuple, sans retirer encore plus de lui. Mais pour retirer de lui, il faut renverser l'etat. Plus il paroitra tirer d'avantage de sa liberté, plus il s’ap-

(x) Si Jefferson a partagé les vues de Montesquieu sur ce point au moment où il rédigeait ses notes, il s’est nettement séparé de lui très tôt après. Il reconnaît en effet comme son auteur — que la démocratie est susceptible de corruption ; mais le réel … danger pour le gouvernement populaire se manifeste surtout quand les magistrats à qui le peuple a confié des fonctions cherchent à usurper de nouveaux pouvoirs (Voir Notes on Vir- — ginia, Query XI, M. E., IL, 164). Au moins en théorie, il a tou- … jours plus penché vers l'égalité extrême que pour l’augmentation du pouvoir des magistrats. Dans la pratique, au contraire, il a, dans presque toutes les occasions, tempéré cette théorie par un solide bon sens,

prochera du moment ou il doit la perdre. IL se forme de petits tyrans, qui ont tous les vices d’un: seul. Bientot ce qui reste de liberté devient insupportable. Un seul tyran s’eleve; et le peuple perd tout, jusqu'aux avantages de sa corruption. La demo cratie a donc deux excès à eviter : l'esprit d’inéga” lité qui la mene à l’aristocralie, ou au gouvernement d’un seul; et l’esprit d’egalité extreme, qui la conduit au despotisme d’un seul. L. 8, c. 2. E

L’aristocratie se corrompt, lorsque le pouvoir des nobles devient arbitraire. Une aristocratie peut maintenir la force de son principe, si les loix sont. telles qu’elles fassent plus sentir aux nobles les perils et les fatigues du commandement que ses delices. c. 5. ÿ

Comme les democraties se perdent, lorsque le peuple depouille le senat, les magistrats et les juges de leurs fonctions; les monarchies se corrompent, lorsqu'on ote peu à peu les prerogatives des corps, ou les privileges des villes. Dans le premier cas, on va au despotisme de tous; dans l’autre, au despotisme d’un seul. « Ce qui perdit les dynasties de” Tsin et de Soui, dit un auteur Chinois, c’est qu’au. lieu de se borner, comme les anciens, à une inspection generale, seule digne du souverain, les princes voulurent gouverner tout immediatement par eux-memes. » C. 6.

Le principe de la monarchie se corrompt, lorsque les premières dignités sont les marques de la premiere servitude. Il se corrompt, lorsque le prince …

sa poitrine; lorsqu'il prend cet air menacant et errible que Commode faisoit donner à ses statues.

andeur que pourroit avoir leur servitude; et elles croient que ce qui fait que l’on doit tout prince fait que l’on ne doit rien à sa patrie. c. 7. - Lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus, les meilleures loix deviennent mau- Yaises, et se tournent contre l'etat : lorsque les principes en sont sains, les mauvaises ont l’effet des bo nnes, la force du principe entraîne tout. c. 11. ne Quand une republique est corrompue, on ne peut remedier à aucun des maux qui naissent, qu’en otant la corruption, et en rappellant les principes : : tout autre correction est ou inutile, ou un nouveau mal. c. 12.

… Il est de la nature d’une republique qu’elle n’ait qu'un petit territoire (1) : sans cela elle ne peut

nn (1) C'est probablement à ce passage de Montesquieu qu'il faut “attribuer en grande partie l'hostilité dont Jefferson devait faire faire preuve à l'égard de Montesquieu par la suite. Un article de Hamilton dans le Fédéralisle nous apprend en effet que les adversaires du régime républicain citaient, à tout propos et hors de propos, les paroles de Montesquieu : « The opponents of the plan proposed here with great assiduity cited and circulated the observation of Montesquieu on the necessity of a —contracted territory for republican government. But they seem not to have been apprised of the sentiments of that great man “expressed in another part of his work, nor to have adverted to

hl ÉTUDES FRANÇAISES

guere subsister. Dans une grande republique il ya de grandes fortunes, & par consequent peu de moderation dans les esprits : il y a de trop grands dep à mettre entre les mains d’un citoyen; les interets se particularisent ; un homme sent d’abord qu'il peut être heureux, grand, glorieux, sans sa patrie

the consequences of the principle to which they suscribe witk such ready acquiescence » (Federalist, N° IX). Hamilton citait ensuite en entier les passages dans lesquels Montesquieu mon trait comment, grâce au système fédératif, la république peut arriver à se défendre contre les ennemis de l'extérieur. Chose” curieuse : dans l’ardeur de la polémique, Jefferson oublia tota” lement les réserves apportées par Montesquieu à sa proposition, originale ; il n’accorda aucune attention à la justification que Hamilton avait faite de l’auteur de l'Esprit des Lois, et il ne prit même pas la peine de se reporter aux notes que lui-même avaient prises au moment où il lisait l'ouvrage (Voir l'article 779). Il lui suffisait de constater que Montesquieu étail devenu une arme entre les mains de ses adversaires politiques pour qu'il lui refusât sur ce point au moins, toute espèce d'auto rité. — « I suspect that the doctrine, that small states alone, are fitted to be republics, will be exploded ky experience, with some other brilliant fallacies accredited by Montesquieu and” other political writers » (A M. D’Ivernois, 6 février 1795, M. #4 IX, 299). — En mars 1801, il écrit à Nathaniel Niles de Balti=M more : «The late chapter of our history furnishes a new proof, of the falsehooù of Montesquieu’s doctrine, that a republic can be preserved only in a small territory. The reverse is the. truth » (M. E., IX, 232). — Plus de 15 ans plus tard, il se souvenait encore du danger que Montesquieu avait fait courir à. l'établissement de ia république en Amérique et y revenait dans une lettre à Marbois : « I have much confidence that we shall proceed successfully for ages to come, and that, contrary tm the principles ôf Montesquieu it will be seen that the larger. the extent of country, the more firm its republican structure, if founded, not on conquest, but in principles of compact and equality » (A Barbé-Marbois, 14 juin 1817, XV, 129). C’est pré cisément ce qu'avait dit Montesquieu, presque dans les mêmes termes, comme on pourra la voir par la dernière phrase que cite Jefferson à la fin du N° 582.

bientot, qu'il peut être seul grand sur les ruines de sa patrie. Dans une petite republique, le bien

yeux du prince, ayant leur cour hors de sa cour, assurés d’ailleurs contre les executions promptes par Les loix et par les mœurs, pourroient cesser d’obeir; à ils ne craindroient pas une punition trop lente et loignée. c. 17.

- Une grande (sic) empire suppose une autorité despolique dans celui qui gouverne. Il faut que la “promptitude des resolutions supplée à la distance des lieux ou elles sont envoyées; que la crainte “empeche la negligence du gouverneur ou du magistrat eloigné ; que la loi soit dans une seule tete; et “qu'elle change sans cesse, comme les accidens qui se multiplient toujours dans l'etat à proportion de sa grandeur. c. 19.

Que si la proprieté naturelle des petits etats est d'être gouvernée en republique, celle des mediocres, - d'être soumis à un monarque, celle de grands empi- . res d’être dominés par un despote: il suit que, pour conserver les principes du gouvernement etablie (sic), il faut maintenir l'etat dans la grandeur qu’il avoit deja; et que cet etat changera d'esprit, à

tes. c. 20.

783. — Si une republique est petite, cles est detruite par une force etrangere: si elle est gran elle se detruit par un vice interieur. Ainsi i sang RHRAIENEE que fe hommes auroïient et

constitution qui a tous les avantages interieurs gouvernement republicain, et la force exterieure du monarchique. Je parle de la republique federative — Cette forme de gouvernement est une cony tion, par laquelle plusieurs corps politiques consentent à devenir citoyens d’un etat plus grand quil veulent former. C’est une société de societés, qui en font une nouvelle, qui peut s’aggrandir par de nouveaux associés qui se sont unis. Cette sorte de republique, capable de resister à la force exterieure peut se maintenir dans sa grandeur, sans que dE terieur se corrompe. La forme de cette société p vient tous les inconveniens. Celui qui voudr usurper ne pourroit guere être egalement accred dans tous les etats confederés. S’il se rendoit trop puissant dans l’un, il allarmeroiïit tous les autre s’il subjuguoit une partie, celle qui seroit libre encore pourroit lui resister avec des forces indepen= dantes de celles qu’il auroit usurpées et l’accabler avant qu’il eut achevé de s’etablir. S'il arrive quel que sedition chez un des membres confederés, les

res peuvent l’apaiser. Si quelques abus s’introisent quelque part, ils sont corrigés par les parsaines. Cet etat peut perir d’un coté, sans perir Vautre; -la confederation peut être dissoute, et confederés rester souverains. Composés de petites republiques, il jouit de la bonté du gouvernement interieur de chacune : et à l’egard du dehors, il a, par la force de l’association, tous les ivantages des monarchies (1). L'esprit des loix. L. 9,

- La constitution féderative doit être composée d’etats de même nature, sur tout d'états republicains. L'esprit de la monarchie est la guerre, et l’aggrandissement : l'esprit de la republique est la paix & la -moderation. Ces deux sortes de gouvernemens ne peuvent, que d’une maniere forcée, subsister dans une republique federative. c. 2.

- Dans la republique de Hollande, une province -ne peut faire une alliance sans le consentement des autres. Cette loi est très bonne, & meme necessaire, - dans une republique federative. Elle manque dans Ja constitution germanique. (By {he constitution of

(1) C’est presque dans les mêmes termes, mais évidemment “sans avoir relu Montesquieu, que Jefferson devait longtemps plus tard défendre contre Destutt de Tracy les avantages du système fédératif, contre le système d’une république centra- … lisée : « With us sixteen out of the seventeen States rising in mass, under regular organizations, and legal commanders, united in object and action by their Congress, or, if that be in …— duresse by a special convention present such obstacles to an … usurper as forever to stifle ambition in the first conception of that object, (11 janvier 1811, M. E., XIII, 13. Voir aussi mon es ouvrage sur Jefferson el les Idéologues, p. 74 et suiv.)

the Lycian republic (which was an associalion of 2 cilies. Strabo, L. 14%) each cily voted and contributed: in proportion lo il’s size, & the judges à cily magistrales were appointed by the common council. This e thinks preferable lo the constitution of the Dutch slales where each province has a single vole, appoints ibss own magistrales, d pays only in proportion Lo their. wealth.) 1b., c. 3. 1

Pour qu'un état soit dans sa force, il faut que sa grandeur soit telle, qu'il y ait un rapport de la vitesse avec laquelle on peut executer contre tr quelque entreprise, & la promptitude qu'il peut employer pour la rendre vaine. — La vraie puissance d’un prince ne consiste pas tant dans la faci… lité qu'il y a à conquerir, que dans la difficulté. qu'il y a à l’attaquer. — L’agrandissement des elats | leur fait montrer de nouveaux cotés par ou on peut les prendre. 1b., c. 9. Br

Lorsqu'on a pour voisin un état qui est dans sa decadence, on doit bien se garder de hater sa ruine: parce qu’on est, à cet egard, dans la situation ] plus heureuse ou l’on puisse être. N’y ayant rien de si commode pour un prince, que d’être auprès. d’un autre qui reçoit pour lui tous les coups & tous les outrages de la fortune. Et il est rare que par la conquete d’un pareil état on augmente autant en . puissance reelle, qu’on a perdu en puissance relative. 1b., c. 10. æ

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