‹ Pensées...d'après les textes russesChapitre 19 sur 62 · A commencer par les ouvriers des · texte numérisé non relu

A commencer par les ouvriers des

fabriques, les cochers de fiacre, les couturières, les loretteSj jusqu'aux riches marchands et aux ministres avec leurs femmes, tous endurent Texistence la plus pénible et la plus anormale sans avoir pu acquérir ce qui passe pour indispensable à chacun d'eux, selon la doctrine du monde.

72. — Les hommes se battent pour le sol, pour les objets qui leur sont nécessaires, puis ils arrivent à tout partager et ils appellent cela propriété; ils trouvent que, quoique difficile à introduire, cet arrangement vaut mieux, et ils maintiennent la propriété; les hommes se battent pour les femmes, abandonnent les enfants, puis ils trouvent qu'il vaut mieux avoir chacun sa famille, et quoiqu'il soit très difficile de nourrir une famille, ils maintiennent propriété, famille et beaucoup d'autres choses.

73. — Traversez la foule de nos grandes villes et observez ces figures hâves, maladives et bou-

leversées; souvenez- vous de votre existence et de celle de tous les gens dont l'histoire vous est connue ; souvenez-vous de toutes ces morts violentes, de ces suicides dont vous avez entendu parler et demandez-vous : au nom de quoi toutes ces souffrances, ces morts, ces désespoirs qui mènent au suicide? Et vous verrez, quelque étrange que cela vous paraisse d'abord, que les neuf dixièmes des souffrances humaines sont supportées par les hommes au nom de la doctrine du moiidey que toutes ces souffrances sont inutiles et auraient pu ne pas exister ; que la majorité des hommes sont des martyrs de la doctrine du monde.

74. — Nous ne voyons pas ce que présente de difficultés et de dangers la pratique de la doctrine du monde, uniquement parce que nous sommes persuadés que cela ne peut être autrement.

Page 1