Le peuple a faim, parce que nous mangeons trop
222. — Si cette prétendue science, l'économie politique, n'assumait pas, de même que toutes les sciences juridiques, la tâche de faire Tapologie de la force, elle ne chercherait pas à nier que la répartition actuelle des richesses, l'exclusion d'une partie des hommes de la possession des terres et du sol ainsi que du capital, l'asservissement de ces mêmes hommes par d'autres hommes est en corrélation étroite avec l'existence de l'argent, que ce n'est aujourd'hui qu'au moyen de l'argent que les uns disposent du travail des autres, c'est-à-dire maintiennent ces derniers dans leur dépendance.
223. — Des millions de roubles agissent moins sur les masses qu'un peu d'amour.
224. — II y a des hommes qui vivent dans nos sociétés européennes aux dépens de milliers d'ouvriers, et qui trouvent cette manière de vivre tout à fait égale. N'est-ce pas là l'esclavage, et le plus terrible !
225. — Les neuf dixièmes deg hommes sont élevés par un dixième de gens riches, comme on élève le bétail. Et quelque profondes que soient les ténèbres dans lesquelles vivent ces gens, quelque mépris qu'ils aient pour les neuf dixièmes de l'humanité, ce dixième de gens qui ont le pouvoir ne privent jamais les neuf dixièmes de leur nourriture, quoiqu'ils puissent le faire. Ils ne privent pas le bas peuple du nécessaire, afin qu'il puisse se multiplier et travailler pour eux. De nos jours, celte petite minorité de gens riches se comporte de façon que les neuf dixièmes en question soient nourris régulièrement, c'est-à-dire
qu'ils puissent fournir le maximum de travail, se multiplier et donner un nouveau contingent de travailleurs.
226. — Celui qui possède des esclaves a droit au travail de Pierre, de Jean et dlsidore, mais le richard a droit au travail de tous ceux qui ont besoin d'argent.
227. — L'esclave antique savait qu'il était esclave de par la nature, tandis que notre ouvrier, se sentant esclave, sait qu'il ne devrait pas l'être et c'est pourquoi il souffre le supplice de Tantale, toujours désirant et n'obtenant jamais non seulement ce qui pourrait lui être accordé, mais même ce qui lui est dû. Les souffrances des classes ouvrières provenant de la contradiction, entre ce qui est et ce qui devrait être, se décuplent par la jalousie et la haine qui résultent de la conscience de cet état de choses.