‹ Pensées...d'après les textes russesChapitre 35 sur 62 · L'argent a le même but et les mêmes · texte numérisé non relu

L'argent a le même but et les mêmes

conséquences que l'esclavage. Son but — c'est d'affranchir l'homme de la loi naturelle du travail personnel nécessaire à la satisfaction de ses besoins.

229. — L'homme doit servir non seulement à son bien-être personnel, mais aussi à celui des autres. Cette loi naturelle a toujours été et est encore violée par des hommes.

Les formes primitives de cette déviation de la loi furent d'abord : l'exploitation des êtres faibles, des femmes, par exemple ; puis la guerre et la captivité ; l'esclavage vint ensuite et est remplacé maintenant par Targent.

230. — L'impôt est une forme de servitude, basée sur la faim.

231. — Le fondement de tout esclavage est la jouissance du travail d' autrui.

232. — Plus Thomme dépense d'argent, plus il est oisif, c'est-à-dire qu'il fait travailler davantage les autres pour lui.

Moins rhomme dépense, plus il travaille.

232. — Le principal malheur du peuple, d'où s'engendrent et se propagent et se perpétuent les maladies, c'est le manque des ressources nécessaire à la vie.

234. — Les pauvres n'ont jamais reconnu et ne reconnaîtront jamais qu'il soit juste de permettre aux uns de faire continuellement la fête et aux autres de jeûner et de peiner sans cesse.

235. — Avant de donner au peuple des prêtres, des soldats, des juges, des médecins, des professeurs, il faudrait savoir s'il ne meurt pas de faim.

Ossip-LouRiÉ. Pensées de Tolstoï.

236. — La cause de la misère économique de notre temps, c'est ce que les Anglais appellent « o ver-production », la surproduction, la fabrication excessive des objets qu'on ne sait où placer et dont personne n'a besoin.

237. — L'ouvrier de notre époque, si même son travail était moins pénible que celui de l'esclave antique, si même il obtenait la journée de huit heures et le salaire de quinze francs par jour, ne cesserait pas de souffrir, parce que, en fabriquant des objets dont il n'aura pas la jouissance, il travaille non pas pour lui et volontaireme nt, mais par nécessité, pour la satisfaction des riches et des oisifs, et au profit d'un seul capitaliste (possesseur de fabrique ou d'usine).

238. — Un fabricant est un homme dont les revenus sont composés du salaire extorqué aux ouvriers, et dont toute l'action est basée sur un travail forcé et anormal qui use des générations entières. Cet homme, ce dur possesseur d'es-

claves, après avoir construit, pour les ouvriers estropiés dans sa fabrique, des maisonnettes avec jardinets de deux mètres, et une caisse de retraites, et un hôpital, est absolument sûr qu'il a par ces sacrifices, payé et au delà des vies humaines qu'il a ruinées physiquement et moralement, et il continue à vivre tranquille, fier de son œuvre.

239. — Un propriétaire foncier, qu'il soit russe, français, anglais, allemand ou américain, existe par les droits, qu'il prélève sur les hommes pour la plupart misérables qui vivent sur sa terre et à qui il prend tout ce qu'il peut.

Son droit de propriété repose sur cette circonstance qu'à chaque tentative des opprimés de jouir sans son consentement de la terre qu'il croit sienne, arrivent des troupes qui les soumettent à toutes sortes de violences. L'homme qui vît ainsi est un être méchant, égoïste et ne peut nullement se considérer comme chrétien ou libéral.

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