‹ Pensées...d'après les textes russesChapitre 40 sur 62 · La science et l'art se «ont réservé le · texte numérisé non relu

La science et l'art se «ont réservé le

droit à Toisiveté et à la jouissance des travaux d* autrui, et ont failli à leur mission.

268. — Les sciences et les arts existèrent toujours, et tant qu'ils existaient vraiment, ils étaient nécessaires et accessibles à tous les hommes. Nous autres, nous produisons quelque chose que nous appelons les sciences et les arts ; mais il apparaît que ce que nous produisons n'est, ni nécessaire ni accessible aux hommes. Et c'est pourquoi, si jolies que soient les choses que nous produisons, nous n'avons pas le droit de leur donner le nom de sciences et d'arts.

269. — La philosophie scientifique est devenue aujourd'hui la dispensatrice des brevets d'oisiveté, parce qu'elle seule, dans ses temples, analyse et détermine quelle est l'activité parasitique, quelle est l'activité organique de l'homme dans l'organisme social. Comme si chaque homme n'était pas lui-même en mesure de le savoir

d'une façon plus juste et plus courte en consultant sa raison et sa conscience.

270. — La science régnante déclare, avec une solennité trompeuse, que la solution de tous les problèmes de la vie n'est possible que par Tétude des phénomènes de la nature et surtout des organismes. Et la jeunesse crédule, séduite par la nouveauté de ce dogme, que la critique n'a pas encore, non pas même détruit, mais seulement touché, s'empresse d'étudier ces phénomènes dans les sciences naturelles, sur cette unique voie qui, au dire de la science régnante, puisse conduire à l'éclaircissement des problèmes de la vie. Mais plus les jeunes gens avancent dans celte élude, plus la forme leur cache le fond, plus ils perdent la conscience du bien et du mal et la faculté de comprendre les déterminations du bien et du mal que le genre humain a élaborées, dans le cours de sa vie entière, plus ils perdent la faculté, non seulement de penser indépendamment, mais même de comprendre une pensée d'autrui, humaine et spontanée, qui se trouve en dehors de leur talmud. Mais le

pire, c'est qu'ils passent leurs meilleures années à se déshabituer de la vie, c'est-à-dire du travail, ils s'accoutument à regarder leur situation comme légitime, deviennent des parasites incapables physiquement d'un effort quelconque, se disloquent le cerveau, et finissent par être les eunuques de la pensée. Et à mesure que leur stupidité grandit, ils acquièrent une confiance en soi qui leur ôte pour toujours la possibilité de revenir à la simple vie du travail, à la pensée simple, claire, humaine.

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