‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 18 sur 49 · I.’aMR DES BÊTES. 2l · texte numérisé non relu

I.’aMR DES BÊTES. 2l

supposé qu’on ne put pas douter des faits, d’en rapporter la cause à des lois mécaniques, établies, comme tbutes les autres lois de la nature , par la volonté du Créateur ? La sûreté avec laquelle on suppose que les animaux agissent , la certitude de leur détermination suflîrait seule pour qu’on dût en conclure que ce sont les effets d’un pur mécanisme. Le caractère de la raison le plus marqué, c’est le doute, c’est la délibération , c’est la comparaison ; mais des mouvements et des actions qui n’annoncent que la décision et la certitude prouvent en même temps le mécanisme et la stupidité. » C’est-à-dire l’intelligence de l’auteur de ce mécanisme infaillible et la stupidité de l’étre où il se trouve.

» Dieu seul connaît le passé, le présent et l’avenir ; il est de tous les temps et voit dans tous les temps. L’homme, dont la durée est de si peu d'instants, ne voit que ces instants, mais une puissance vive, immortelle, les compare, les distingue, les ordonne; c’est par elle qu’il connaît le présent , qu’il juge du passé, qu’il prévoit l’avenir. Otez à l’homme cette lumière divine , vous effacez, vous obscurcissez son être, il ne restera que l’animal ; il ignorera le passé , ne soupçonnera pas l’avenir et ne saura même ce que c’est que le présent. »

Le trait le plus marqué de 1a différence essentielle qui sépare l’homme de la brute et qui ne permet pas de rapprocher l’animal le plus industrieux de

l’homme le plus borné , c’est que « l’homme , dit M. dcBonald, naît dans l’ignorance de tout ce qu’il doit savoir, mais avec la faculté d’apprendre de ses semblables tout ce qu’il ignore , de tout connaître et de se connaître lui-même. La brute au contraire naît instruite de tout ce qu’elle doit faire, mais incapable d’aller plus loin. La raison de l’homme est incertaine parce qu’elle n’arrive à la connaissance

de la vérité que par degrés et à l'aide du raisonnement. L’instinct de la bétc est sûr, parce que, n’ayant rien h apprendre , elle doit avoir tout reçu

pour la fin qui lui est propre .*

Je le répète; l’animal naît parfait ou plutôt

fini , l’homme naît perfectible et infini , si j’ose le dire; car, dit Bossuet, il peut trouver jusqu’à

l’infini Pour la brute, la perfection relative

est dans l’individu, l’imperfectibilité dans l’espèce; pour l’homme, au contraire, l’imperfection est dans l’individu , la perfectibilité est dans l’espèce ou la société. L’espèce brute recommence toujours et tourne sans cesse dans un cercle qu’elle ne peut franchir; l’espèce humaine ne s’arrête jamais, parce qu’elle suit une ligne droite dont elle ne peut atteindre le terme. >r

L’homme , ajoute M. de Bonald , peut diriger et dresser jusqu’à un certain point l’instinct de l’animal , lui donner quelques habitudes, lui apprendre à imiter quelques-uns de ses mouvements ; mais ce

l’ame des bêtes

que nous apprenons ainsi à l’animal prouve seulement notre intelligence et non la sienne, « puisque dans l’animal le mieux dressé, ces actions artificielles se font toujours avec une régularité automatique et souvent à contre-temps. »

Il est certain que l’on ne peut faire connaître sa |>ensée que par une expression parlée ou figurée , c’est-à-dire par la parole ou le geste; or, les animaux n’avant aucune de ces expressions , il faut en conclure qu’ils sont privés de la faculté de penser et de raisonner. «Lesanciens, dit M. de Donald, appelaient les animaux privés de raison muta animalia, les animaux muets, et lorsque la crédulité populaire cherchait des présages à de grandes calamités , elle mettait au nombre des plus sinistres que des bétes avaient parlé, pecudesque locutœ, in/anduml Et nous-mêmes, malgré nos systèmes, ne serions-nous pas saisis d’étonnement et presque d’effroi , si nous surprenions un animal , je ne dis pas à parler, mais seulement à faire un geste qui fût l’expression réfléchie d’une pensée et non le signe involontaire d’une sensation ou d’un besoin ? »

Voici ce que dit Buffon sur l’orang-outang dans le rapprochement qu’il en fait avec l’homme :

« Toutes les parties du corps, de la tête

et des membres, tant extérieures qu’intérieures, sont si parfaitement semblables à celles de l’homme qu’on ne peut les comparer sans admiration et sans

216 pensées d’un croyant.

être étonné que d’une conformation si pareille et d’une organisation qui est absolument la même, il ne résulte pas les mômes effets. Par exemple, la langue et tous les organes de la voix sont les mêmes que dans l’homme, et cependant l’orang-outang ne parle pas ; le cerveau est absolument de la même forme et de la même proportion , et il ne pense pas(i). Y a-t-il une- preuve plus évidente que la matière seule, quoique parfaitement organisée, ne peut produire ni la pensée, ni la parole, qui en est le signe, à moins qu’elle ne soit animée par un principe supérieur (2). »

Si l’orang-outang ne parle pas, s’il n’a point de langage articulé comme nous, ce n’est point parce que les sacs hyo-thvroîdiens y mettent obstacle , comme le prétendent M. Richerand et M. Virev

(1) Il est certain que l'intelligence n'est pas toujours en rapport direct et proportionnel avec le volumedu cerveau, puisque plusieurs animaux ont cet organe relativement plus volumineux que l'homme. Sous ce rapport relatif, d'après les observations de llaller et de Cuvier, l'homme se trouve placé entre le merle et le rouge-gorge, et le premier rang appartient au serin. M. Vlrey dit que sous le rapport de l’étendue relative du cerveau , l'homme est égalé par la souris et surpassé par le moineau. L'&nc a plus de cervelle à proportion que le cheval.

Tous les anatomistes ont senti qu’il fallait une puissance spécifique radicale pour présider aux organisations ai voisines de l’homme et de l'orang-outang, et pourtant produisant des effets si éminemment et si prodigieusement dissemblables.

(2) BulTnn, Hist. no/., t. vi, in- 8 ", p. 163.

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après Camper, mais uniquement parce qu’il ne pense pas. Faites disparaître ce prétendu obstacle à la parole , l’orang-outang n’en demeurera pas moins muet; faites plus : supposez ses organes vocaux absolument semblables à ceux de l’homme, l'animal, ne parlera pas encore , et ne pourra jamais émettre spontanément des sons articulés; ou s’il en produisait , ce serait le langage du perroquet , composé de purs sons mécaniques qui ne peuvent être le signe ni le véhicule d’aucune pensée. Ainsi , le chien , l’éléphant, l'orang-outang , eussent-ils les organes de la voix et de la parole faits comme ceux de l’homme, . 11e parleront jamais, parce que Dieu ne leur a point donné la parole, c’est-à-dire qu’il leur a refusé la pensée , qui est la raison et la condition du langage articulé ou de la parole.

Nous avons vu ailleurs que l’homme n’a pu inventer la parole et qu’il l’a reçue nécessairement de Dieu avec les idées, la pensée et la raison. Mais les sauvages, dira-t-on peut-être, n’ont-ils pas l’usage de la parole? D’où leur vient le langage? Les sauvages ne sont pas de véritables sauvages ; ce sont des débris d’anciennes civilisations, et leurs langues sont aussi des débris d’anciennes langues ruinées, comme ditM. de Maistre. S’ils n’avaient reçu de la société l’usage de la parole , ils ne parleraient pas plus que les orangoulangs. Ainsi, l’intelligence seule, ou l'homme, a reçu du Créateur le sublime don de la parole, et le

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partage de la brute, ce sont la sensation, l’instinct et le silence.

Si les animaux n’ont aucune expression de pensée et de raisonnement, on les voit néanmoins exprimer leurs passions et leurs besoins par des cris ou des mouvements involontaires. Par ces expressions ou ces manifestations extérieures ils s’entendent entre eux, parce qu’ils ont à peu près tous les mêmes besoins et les mêmes passions, qui font partie de leur instinct. La parole que l’homme leur adresse ne peut être pour eux un signe de pensée; ils n’y entendent qu’un pur son ; et ce qui le prouve , c’est que si vous substituez une périphrase aux mots ou aux sons cherche et apporte , le chien ne vous obéit plus.

Pour terminer cette notice, nous rapporterons quelques passages textuellement extraits de l’ouvrage déjà cité de M. de Bonald. Ces citations, qui renferment des réflexions morales d'un haut intérêt, pourront être considérées comme un résumé de tout ce que nous venons de dire sur les mœurs , l’àme ou l’instinct des animaux.

u Peut-être n’est-il pas impossible de tirer de cette différence entre l’àme de l’homme et l’instinct de la brute quelques inductions éloignées sur l’immortalité de l’une et la mortalité de l’autre. Les idées d’ordre, de raison, de justice, etc., sont éternelles comme Dieu , qui en est le type : Pâme qui conçoit

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ccs idées est immortelle, puisqu’elle est la faculté de contempler un objet éternel ; mais la faculté qu’ont les brutes de recevoir des images et des sensations ayant pour objet ce monde matériel et périssable, on peut croire que cette faculté cesse lorsqu’il n’y a plus de raison à son existence , et que l’objet a disparu par la décomposition des sens destinés à le percevoir.»

Les partisans de l’opinion cartésienne nous demanderont peut-être comment, dans notre hypothèse, on peut concilier avec la justice et la bonté rie Dieu l’état de souffrance auquel la brute se trouve exposée, puisque sous un Dieu juste nulle créature ne peut être malheureuse sans l’avoir mérité.

Cette objection pourrait peut-être arrêter ceux qui reconnaissent dans l’animal un principe intelligent, mais pour nous, elle ne nous embarrasse nullement. Recourons de nouveau à la haute raison de M. de Bonald.

« L’animal souffre sans doute , mais il n’est pas malheureux , pas plus qu’il n’est heureux en jouissant, parce que la douleur et le plaisir sont des sensations que tout être organisé et animé peut éprouver, et que le bonheur ou le malheur sont des sentiments dont le seul être intelligent et moral est susceptible

» La raison dit que l’être seul est heureux qui a

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des idées du souverain bien et une destination naturelle vers le suprême bonheur dont il lait l’application à tous les objets qui lui offrent quelques traits du bien ou du beau qu’il connaît, et quelque avantgoût du bonheur qu’il espère ; que celui-là seul est malheureux qui peut comparer son état présent de souffrance avec le sentiment de sa dignité et la grandeur de ses- espérances ; que celui-là seul est heureux qui, dans le plaisir, voit ou croit voir, en quelque sorte, la plénitude de son existence et l’accomplissement de ses hautes destinées; que celui-là seul est malheureux qui regarde la douleur comme un châtiment, comme une dégradation de son être et une déchéance de la domination qu’il a droit d’exercer sur les êtres sensibles et sur lui-même ; et que l’animàl, qui n’a ni ces idées, ni ces désirs, ni cette destination, ni ces espérances, et qui ne peut Taire aucune comparaison de son état présent avec un autre état, soit qu’il souffre, soit qu’il jouisse, n’est pas au fond plus heureux ou plus malheureux que la plante que l’on arrose, ou que le bois que l’on met au feu; et si nous ne devons pas le tourmenter par caprice, ni le détruire sans nécessité, la raison nous permet d’en user comme de tous les objets sensibles, avec modération et selon l’exigence de nos besoins.

» D’ailleurs, à parler exactement, c’est moins la souffrance qui est un mal que la destruction dont la douleur est l’annonce et le commencement; c’est

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moins la jouissance <|ui est un bien, que la vie , dont le plaisir est le plus plein exercice. Mais la vie ellemême et la mort ne sont un bien ou un mal que pour l’être qui les connaît, les juge, et qui quelquefois, malgré la nature, et plus fort qu’elle, fuit la vie connue un mal et cherche la mort comme un bien. Mais pour la brute, comme pour le végétal, la vie et la mort ne sont rien, rien que du mouvement et du repos; rien qu’un état que l’un commence, que l’autre finit, et où la mort n’est que la condition nécessaire de la vie.

» Si l’animal eût dû n’être entre les mains de l'homme qu’un instrument ou moyen purement passif, comme le bois, la pierre, les métaux, il n’eût eu avec l’homme d’autres rapports que les rapports matériels que ces substances inanimées ont avec le corps humain, des rapports de distance , d’étendue , de pesanteur, d’adhérence ou de divisibilité de parties; rapports que tous les corps ont entre eux , et qui rendent ceux qui servent à nos besoins propres à être mis eu œuvre pour notre industrie ; mais les animaux devaient être pour l’homme des instruments animés, des moyens actifs, et non pas seulement des matériaux. Ils devaient être des aides |>our ses travaux, des compagnons de ses plaisirs, ou des ennemis pour son courage. Il leur fallait donc avec nous des rapports d’une autre espèce. Il était donc néces-

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saire que l’animal nous vit pour nous reconnaître , nous connût pour nous retrouver , nous entendit pour nous obéir, qu’il s'attachât à nous pour rester auprès de nous; et ces mêmes facultés qui accoutument à l’homme les animaux utiles, il les fallait, pour l’éviter, aux animaux malfaisants, qui se multiplient partout où l’homme n’est pas, et reparaissent partout où il n’est plus, mais qui lui cèdent l’empire de la terre, et s’éloignent de sa demeure là où se montre ce dominateur de l’univers

» Il fallait donc aux animaux une organisation humaine, si j’ose le dire, pour pouvoir servir l’homme ou servir à l’homme; une faculté d’imaginer pour que nous pussions leur transmettre des images, une faculté de sentir pour que nous pussions leur donner des habitudes; et, destinés à se reproduire pour durer sur la terre autant que l’homme, il leur fallait des affections domestiques ou quelque chose qui y ressemble, pour se chercher et s’unir entre eux , et prendre de leur progéniture le soin que nous ne pouvons en prendre nous-mêmes, c’est-à-dire qu’il fallait aux brutes tout ce qu’elles ont, et rien de plus : car l’intelligence, la connaissance, et par conséquent la raison qu’on leur attribue gratuitement seraient aussi importunes à l’homme qu’inutiles à l’animal , incommodes à notre supériorité, superflues pour sa dépendance. Ils seraient bien moins soumis, s’ils

l’ame des «êtes.

étaient intelligents , et peut-être trop semblables à l’homme, ils raisonneraient lorsqu’il ne faudrait qu’obéir.

» Les animaux ne peuvent 'avoir une faculté de raisonner que pour notre utilité ou la leur. Si elle leur a été donnée pour nous servir, ils ne sont que nos esclaves, et la prééminence de l’homme est incontestable; si elle leur a été donnée pour les éclairer eux-mômes, quel usage font-ils de cette lumière intérieure? A quoi leur sert-elle pour leur bonheur

et l’amélioration de leur condition?

Mille générations d’animaux qui se sont succédées depuis Aristote n’ont rien ajouté à la perfection des espèces

» Le service des animaux (intelligents et pensants) perd pour moi tous ses charmes, et je perds moi-même avec eux ma sécurité. Je voyais en ea\ un instinct merveilleux qui suffisait à leurs besoins et aux miens; je n’y vois plus qu’une intelligence dégradée Ils étaient pour moi des in-

struments utiles, ils ne sont plus que de dangereux commensaux. Ce chien si fidèle qui repose à mes côtés pendant mon sommeil; ce cheval docile qui me conduit d’un pas si sur à travers les torrents et les précipices, s’ils pensent, s’ils réfléchissent, s’ils raisonnent, ne feront-ils jamais usage de leur raison que pour obéir; et si les pensées de l’homme in-

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connu, de mon semblable que je rencontre seul dans des lieux écartés , m’inspirent quelques justes craintes, n’éprouverai-je jamais un sentiment d’effroi en me trouvant, (aible et désarmé, au milieu de ces troupeaux d’esclaves , qui ont leurs pensées comme j’ai les miennes, et des moyens d’attaque si supérieurs à mes moyens de défense?

> » Résumons. La faculté intérieure qui conduit les brutes, et donne l’impulsion à leurs mouvements, est bornée dans chaque espèce par son organisation particulière : donc celte faculté est un instinct, et n’est pas une intelligence, une raison , puisque le propre de l’intelligence et de la raison est d’être servie et non bornée, même par ses organes , et de ne pas connaître de terme à ses recherches et à ses progrès.

» La faculté intérieure qui anime l’hoinme, commande et dirige ses actions, n’est pas bornée par son organisation, puisque l’homme invente toupies jours de nouveaux moyens d’étendre la force de scs organes , ou de suppléer à leur faiblesse et de faire , en un mot, avec des organes artificiels, tout ce que ses organes naturels lui refusent. Ainsi , il vogue sur les eaux, il s’élève dans les airs, il parcourt la terre, il mesure les deux; comme il connaît le passé, juge le présent , prévoit l’avenir et soumet tout ce qui est, et même ce qui n’est pas encore, à l’action de sa pensée ou de son industrie : donc celte faculté

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est une intelligence. S’il est nécessaire , pour leur conservation et la destination qu’ils ont reçue, que les animaux tirent quelques inductions des images qui les frappent , qu’ils contractent quelques habitudes par la répétition fréquente des mêmes actes , ces inductions ou plutôt ces consécutions , qui ne sortent pas des limites de leur instinct , et qui en font partie, ne sont point des raisonnements ; et si l’on veut appeler cet instinct avec ses inductions et ses habitudes , une raison , on ne fait que changer l’acception des mots ; et une raison bornée aux seuls objets matériels, et circonscrite dans un cercle d’inductions simples et d’habitudes involontaires, n’estcc pas ce que les hommes ont, dans tous les temps, entendu par le mot raison : alors on ne dispute que sur des mots; et si l’on veut être de bonne foi, on conviendra que l’instinct des brutes n’est pas du tout l’intelligence de I -homme, et n’a ni le même usage, ni la même destination. Osons le dire : au fond, on ne met pas plus d'intérêt à l’intelligence des brutes qu’à celle de l'homme; mais on veut faire douter l’homme de sa propre raison et de tout ce qu’elle lui prescrit et lui inspire; on veut, en prodiguant ainsi l’intelligence , ôter toute valeur à une faculté qui est commune à tous les êtres, et que l’hoinme, incertain entre tant d’intelligences, ne croie plus à aucune intelligence, et ne se reconnaisse plus à lui-même qu’un instinct. < )n veut surtout, eu

attribuant l’intelligence aux bêtes, jeter les partisans de l’immortalité de l’âme humaine dans l’incertitude de savoir si l’àme de l’homme est mortelle comme celle des bêles, ou si l’âme des bêtes est immortelle comme celle de l’homme.

» Il va donc l’infini entre l’homme et la brute , sous le rapport de l’intelligence. Les animaux ont une faculté de recevoir des images et point d’intelligence des idées; des sensations et point de sentiments , des habitudes et point de réflexions ; ils font des mouvements nécessités par un instinct ou une impulsion , et non des actions commandées par une volonté. II n’y a donc ni bonheur ni malheur pour ces espèces sans pouvoir , sans devoirs , sans dignité, sans propriété, sans liberté; masses organisées pour se reproduire , vivre et mourir au service de l’homme, et dont il peut user comme de toutes les choses soumises à son empire et permises à ses besoins. Sans doute son intérêt , et plos encore l’intérêt de la société, lui prescrivent d’en user avec modération; et sa raison même lui défend de se livrer, envers les animaux, à des mouvements de violence, de férocité ou de caprice, qu’il pourrait porter dans ses rapports avec les hommes; mais les sentiments de respect et d’affection , il ne les doit qu’à l’être semblable à lui; et il ne peut, sans puérilité ou même sans profanation , les étendre jusque sur des êtres dépourvus de raison et de sen-

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timent, et qui ne sauraient ni les apprécier, ni les lui rendre.

» J’ose dire que ces considérations morales sont bien autrement décisives pour prouver l’intelligence de l’espèce humaine, et la spiritualité de son principe pensant , exclusivement à toutes les espèces d’êtres animés ou inanimés, que ces observations, prétendues physiologiques , qui , plaçant la pensée dans les organes , concluent l’identité du principe de quelques ressemblances imparfaites dans les instruments, n’élèvent l’animal que pour dégrader l’homme, ne nous donnent des rivaux que pour nous donner des maîtres ; et , par un exécrable blasphème , faire du roi de toute la nature un orangoutang dégénéré. »

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