II. - LE SUICIDE EST UN CRIME CONTRE LA SOCIÉTÉ
Dieu 'ne nous a point créés pour nous seuls , mais pourra société ; les avantages qu’élle noüs à procurés depuis notre naissance ne peuvent jamais être suffisamment 'compensés par les services que nous lui avons rendus. La société a recueilli l’homme du sein de sa mèfe ; Pa élevé, nourri, ‘vêtu, logé; lui a donné Pexistence intellectuelle et 'morale , en un mot lui a procuré toutes sortes de biens et d’avantages dans un temps Où il était incapable de rien (aire pour elle. La dette contractée envers la société ne peut être acquittée que par l’emploi de toute la vie. « Le suicide la'prived’un membre qui pouvait encore lui être utile : car peut-on placer un homme dans un ctts où 11 soit assuré que 'la société ne saurait tirer de lui aucun avantage ? Un hotnme de bien aux prises avec l’infoftune est Un spectacle touchant dont il : ne faut pas la priver; et si nous sommes Coupables , elle seule a le droit de nous juger et de nous punir. Pourquoi attenter à ses droits et lui donner un exemple funeste, qui la dépeuplerait , s’il était contagieux ? Celui-là donc est injuste envers elle
a&4 PENSÉES d’un croyant.
qui la quitte avant le temps marqué par la nature (i). »
Le paganisme avait marqué autrefois dans le tartare un lieu particulier de supplices pour les insensés et les malheureux qui s’étaient donné la mort. Socrate , Platon et Pythagore et leurs disciples soutenaient que la vie n’est qu’une station dans laquelle Dieu a placé l’homme , et qu’ainsi l’homme ne peut abandonner lâchement le poste de la vie par caprice ou fantaisie sans violer les lois universelles de l’ordre et l’économie de la divine providence.
Mais, dira-t-on, en quelque position que je sois placé , c’est pour y rester autant que j’y suis bien et pour en sortir dès que j’y suis mal. D’après cela , quand on se croira mal sur la terre, il sera permis d’en sortir , et comme chacun juge à sa manière du bonheur et du malheur d’ici-bas , tous ceux qui se croiront malheureux auront le droit de se tuer. Quels principes !
Mais je ne tiens à rien , je suis inutile au monde ; nous répondrons à cela par les paroles de Jean-Jacques Rousseau : « Philosophe d’un jour , ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans y trouver quelque devoir à remplir , et que tout homme est utile à l’humanité par cela seul qu’il
(t) Philosophie de Flotte, t. n, p. 140.
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existe? Chaque fois que tu es tenté de sortir de la vie , dis en toi-méme : Que je fasse encore une bonne action avant de mourir ; puis va chercher quelque indigent à secourir , quelque infortuné à consoler. Si cette considération te retient aujourd’hui , elle te retiendra demain , après demain , toute la vie. »