CAUSES OCCASION ELLES ET DÉTERMINANTES
i° Les plus fréquentes sont sans contredit les chagrins violents et les soudaines attaques de désespoir causées par un renversement subit de la fortune, la perte totale et inopinée des biens, de l’honneur, de la réputation ; la perte du crédit dans les affaires commerciales et le négoce par l’impossibilité absoluede remplir les engagements contractés; les grandes et périlleuses entreprises manquées, de hautes spéculations financières avortées ou déjouées; banqueroutes et faillites, pertes considérables au jeu, cause assez
l'ENSKES D’UN CROYANT.
fréquente de suicide chez les étudiants en médecine, en droit, ou les élèves artistes, qui perdent quelquefois en une soirée tout l’argent nécessaire pour leur année, et mille accidents de ce genre.
L’cxlrémc misère conduit aussi souvent nu suicide. Jamais peut-être elle n’a été plus grande, plus générale, plus hideuse que de nos jours , cl jamais aussi peut-être il n’y a eu moins de secours et de consolations pour adoucir les souffrances publiques. Que de gens qui n’ont d’autre ressource que leur travail et auxquels le travail manque! que de pauvres infirmes incapables de subsister autrement que par les charités et auxquels les charités manquent! que de gens encore, dans la classe la plus infime, sont ensevelis et perdus dans la matière, sans aucune idée ni religieuse ni morale, qui vont follement dépenser en un instant le fruit de leurs sueurs et laissent sans pain leur famille affamée et pâle et hftvc de misère! ce pauvre peuple qu’on veut tant éclairer aujourd’hui n’a pas un sentiment qui l’élève au-dessus de ses besoins physiques, pas une idée qui mette un frein à ses passions brutales, pasune pensée qui puisse le consoler dans scs maux cl lui apprendre à les supporter. . . !
Autres causes fréquentes. Toutes les passions véhémentes et désordonnées portées à un degré extrême : la colère, la jalousie, l’ambition déçue, l’amour trahi, l’honneur compromis, un chagrin vif et inattendu,
dos intrigues découvertes, la nostalgie , l’abus des jouissances physiques, la passion effrénée des alcooliques, l'onanisme, etc., enfin certaines passions sécrètes des riches, le terrible tædium vitœ. Mais nous y reviendrons.
Autres causes. Dépravation du genre de littérature le plus en contact avec une grande partie des populations, les romans et le théâtre. On conçoit facilement en effet combien la lecture de ces sortes de
livres est propreà gâter l’esprit et le jugement, et surtout à corrompre le cœur de la jeunesse. Souvent tout y est exagéré, invraisemblable ou faux. Ces productions bizarres et bâtardes de l’esprit humain sont souvent parsemées d’épisodes dramatiques les plus terribles et les plus propres à bouleverser la sensibilité et les fonctions nerveuses des jeunes gens, à irriter et à exalter prodigieusement leurs passions , à leur inspirer des goûts dépravés de ruine, de destruction, de sang, d’horreur, et enfin de suicide.
Ces réflexions s’appliquent également aux spectacles, qui sont plus dangereux encore aux yeux du vrai sage. Les théâtres, où siège une foule frivole et voluptueuse, ne sont dans la réalité que des écoles du mensonge et de la corruption, où l’on donne des vices certains pour ôter des ridicules exagérés, ou dans lesquels on épuise sa sensibilité et sa pitié pour des malheurs imaginaires, pour n’en plus trouver dans «les afflictions réelles, domestiques et sociales. Je ne
CESSEES d’üN CHOYANT.
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parle pas ici d’un autre genre de séduction que l’on devine facilement. Dans les représentations dramatiques le plus souvent que d’aventures tragiques, que d’événements terribles, de catastrophes sanglantes, de scènes d’horreur, de désespoir, de sang, de meurtre, de suicide, qui familiarisent les hommes avec les idées de crime etde destruction, et les livrent sans défense au délire fougueux de leurs passions. On conçoit sans peine après cela que, dans cet état d’exaltation morale, les accidents réels et ordinaires de la vie, les chocs des passions sociales pourront facilement porter à une triste et funeste réalisation. Il faut le dire ici sans détour : le drame français moderne est devenu un enseignement de crimes, de blasphèmes et d'horreurs.
La lecture des livres qui vantent le suicide est aussi très-dangereuse. Madame de Staël assure que la lecture de Werther de Goethe a produit beaucoup de suicides en Allemagne. Le suicide, dit M. Esquirol, est devenu plus fréquent en Angleterre depuis l’apologie qu’en ont faite les Doune, les Blount, les Gildon, etc. 11 en est de même en France depuis qu’on a écrit en faveur du meurtre de soi-même, et que les uns l’ont représenté dans les livres et sur le théâtre comme un acte indifférent et même comme un acte courageux et honorable, et que les autres ont soutenu que ce n’est qu’une simple maladie. « Si, par son éducation, l’homme n’a pas appris à respecter
Sun LE SUICIDE. dot)
les préceptes religieux, à remplir les devoirs de la société, à supporter les vicissitudes de la vie ; si on lui a enseigné à mépriser la mort, à dédaigner la vie, il est certain que , toutes choses égales d’ailleurs, l’homme sera plus disposé à terminer volontairement son existence dés qu’il éprouvera quelques chagrins ou quelques revers. Un étudiant, élevé dans des principes religieux, devient mélancolique, enfin il parle de mourir ; il demande souvent à un de ses camarades s’il existe une àme. Celui-ci répond qu’il n’y en a pas; enfin après une lutte pénible entre les principes de l’enfance et les erreurs do la jeunesse, il finit par se tuer.
» Un enfant de treize ans se pend , et laisse un écrit qui commence par ces mots ; Je lègue mon cime à Rousseau, mon corps à la terre !..
» Le suicide de Richard Smith et de sa femme , celui de Philippe Mordau, qui se tua sans autre raison que : lorsqu’on est mécontent de sa maison , il faut en sortir , furent le signal qui , avec une liberté effrénée de penser et d’agir, rendit le suicide si fréquent en Angleterre que les historiens anglais eux-mémes conviennent que l’Angleterre est le sol natal du suicide. »
Voici, toujours d’après M. Esquirol, l’histoire du suicide de Richard Smith, en 1736. « Richard Smith donna un étrange spectacle au inonde ; il avait
3lO PENSÉES 1>’UN CHOTANT.
etc riche , cl il était pauvre et infirme; il avait une femme à laquelle il ne pouvait faire partager que la misère, et un enfant au berceau. Richard Smith et Bridget Smith , d’un commun consentement , apres s’étre tendrement embrassés, après avoir donné le dernier baiser à leur enfant, après avoir tué celui-ci, se pendent aux colonnes de leur lit. On trouva une lettre écrite de leur main : Nous croyons que Dieu
nous pardonnera Nous avons quitté la vie ,
parce que nous étions malheureux , sans ressource , et nous avons rendu à notre fils unique le service de le tuer , de peur qu'il ne devint aussi malheureux que nous. II est remarquable que ces forcenés , après avoir tué leur fils unique , ont écrit à un ami pour lui recommander leur chien et leur chat(i). » Ceci est dans le génie des Anglais. Voilà un suicide réfléchi , prémédité , évidemment l’effet de l’extrême misère. Si ces époux avaient eu une foi et une religion plus éclairées , ils y auraient sûrement puisé la résignation chrétienne et la force de supporter le poids de l’adversité et de la vie.
Une autre cause prédisposante au suicide, ce sont les annonces et les récits détaillés de tous les
meurtres et suicides dont les journaux remplissent si souvent et si inutilement leurs colonnes. La lecture fréquente de tous ces affreux détails familiarise avec l’idée du crime et de la mort tragique, romanesque
(1) Crantl dictionnaire des sciences midicnles, t. un, p. 247 et 248.
St U LE SUICIDE.
ou bizarre. Des exemples frequents peuvent devenir contagieux et funestes. La morale publique d’ailleurs 11c peut rien y gagner.
Je ne puis m’empéchcr de citer ici textuellement un passage d’une profonde justesse de l’article suicide , par M. Esquirol : <« Les amis de l’humanité peuvent désirer que l’éducation repose sur des principes plus solides de morale et de religion ; ils doivent réclamer contre la publication des ouvrages qui inspirent le mépris de la vie et vantent les avantages de la mort volontaire. Ils doivent signaler au gouvernement les dangers qui résultent de mettre sur la scène les infirmités auxquelles l’homme est exposé. N’a-t-on pas à gémir de voir la folie et scs écarts joués sur nos théâtres et livrés à la brutale gaité du public? Ils doivent demander hautement qu’on défende aux journaux d’annoncer tous les suicides et de rapporter les plus légères circonstances du meurtre. Ces récits fréquents familiarisent avec l’idée de la mort, et font regarder avec indifférence la mort volontaire. Les exemples fournis tous les jours à l’imitation sont contagieux et funestes, et tel individu , poursuivi par les revers ou par quelque chagrin, ne se serait pas tné , s’il n’eût lu dans sou journal l’histoire du suicide d'un ami , d’une connaissance. La liberté d’écrire ne saurait prévaloir contre les vrais intérêts de l’humanité (i). »
(I) Dictionnaire des sciences médicales, t. Lllf. p. 280.
3ia pensées d’on croyant.
L'excès de civilisation, qui entretient le luxe et crée à la société de nouveaux besoins, sources trop fréquentes des ruines des familles , les opinions excessivement exaltées , les grandes perturbations sociales, les bouleversements politiques, les révolutions, les émeutes populaires, etc., peuvent devenir de nouvelles causes de suicide.
D’où vient maintenant que Jes riches , les grands, les heureux du siècle se tuent aussi bien que les autres hommes? Le bonheur , dit Jean-Jacques , n’a point d’enseigne extérieure : pour en juger, il faudrait lire dans le cœur de l’homme heureux. Combien de grands que le vulgaire croit au comble du bonheur et qui sont bourrelés de chagrins et abreuvés d’amertumes, ou en proie aux plus violentes passions t L’éclat qui les environne ne laisse point apercevoir les secrètes et cruelles angoisses qui les tourmentent sans relâche : et cela se conçoit , puisque les grands par leur fortune, leur rang ou leur dignité peuvent être sujets aux grandes passions et par conséquent aux grandes causes du suicide. Ajoutez à cela cet inexorable ennui de la vie qui les poursuit quelquefois d’une manière si continuelle et si implacable, et qui finit trop souvent par les conduire au suicide.
Quels sont ceux qui se donnent la mort? « Est-ce le misérable qui va par les rues, demandant à la charité publique le morceau de pain qui soutient sa vie?
Non, c’est cet homme opulent qui vient de lui refuser les miettes do sa table. Est-ce le chrétien, gisant sur un grabat, en proie aux tortures de b maladie? Non, c’est ce voluptueux au sortir d’une orgie. Est-ce cet homme tout entier à la peine, qui arrose de ses sueurs le pauvre coin de terre qui nourrit ses enfants? Non, c’est ce riche fainéant que j’ai vu , il y a quelques années, quitter, en bâillant, une assemblée brillante : il s’ennuyait; pour se distraire, il s’est pendu. Ne vous faites pas illusion , mon cher : le riche et le puissant incrédules ne sont point heureux. Et quand , à force de recherches , vous m’en trouveriez un tel en apparence, je vous dirais encore: Attendez. Voici venir la mort, et avec elle les convulsions de la rage, les terreurs de l’avenir, les cris du désespoir. La mort du chrétien , c’est le soir d’un beau jour ; b mort de l’impie, c’est un coup de foudre dans une nuit orageuse. » ( Moniteur des villes et des campagnes y i836.)
Il n’y a pas jusqu’à 1a suppression des ordres monastiques qui , selon nous, n’ait contribué à rendre le suicide plus fréquent en France. J’entends seulement les ordres austères , fortement et sévèrement constitués , résistant ordinairement au temps qui , à la longue , use et détruit toutes les institutions humaines. ♦
Combien d’âmes dans le monde qui , fatiguées et épuisées de vie, retrouveraient, ressaisiraient, dans
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le silence des passions, l’existence qui leur échappe, la retremperaient dans la claire vue de la vérité et dans la pratique de la vertu ! La vie à la fois contemplative et active ranime les esprits bien faits et affamés de vérité , elle les nourrit et les élève à la hauteur de leur nature, par des vérités d’un ordre supérieur, qui prennent la place du mensonge et des illusions du monde.
D’autres âmes , sous les coups redoublés de l’adversité , ou brisées par des chocs violents et subits , aigries par l’indifférence et l’ingratitude des hommes, viendraient se reposer à l’ombre du cloître des peines et des fatigues de la vie ; y respireraient un air pur qui dilate le cœur, et trouveraient enfin de douces sympathies chez des hommes qu’elles n’ont jamais vus. Et puis bientôt le charme puissant de la religion leur inspirerait des sentiments de consolation, de paix et de bonheur qu’elles ne goûtèrent jamais, et que le monde ne connaît et ne peut donnera ses partisans.
II est donc dans ces saints asiles, ces hospices des âmes malades , d’autres remèdes que le désespoir , une autre vue que celle du néant , une autre perspective que celle du suicide et du tombeau.
Les fautes et les vices y sont, par une merveilleuse alchimie spirituelle, si l’on peut parler ainsi, transformes en l’or pur de la divine charité. L’innocence elle-même s’v réfugie alarmée, comme dans un port
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tranquille, pour se mettre à couvert des tempêtes et des écueils du monde corrompu.
Nos philantropes pourront peut-être s’apitoyer sur les victimes du célibat ou de la continence monastique. Mais qu’ils gémissent plutôt sur le célibat de libertinage si commun aujourd’hui, et qui devient une autre source de suicides. Combien, en cfiet, ne voit-on pas dans ce siècle corrompu de personnes d’un sexe faible, séduites, déshonorées, délaissées et aux prises avec les horreurs de la misère , volontairement éteindre le (lambeau de la vie dans une vapeur mortelle, ou noyer leur chagrin avec la vie dans les ondes du (leuve voisin (1). Quant au célibataire philosophe, si d’aventure son matérialisme et sa morale épicurienne viennent à le dégoûter d’une vie usée et insipide, il dédaignera sans doute ce genre de mort obscur, vulgaire et digne seulement des femmes : pour lui , il se brûlera noblement la cervelle.
Au surplus, je n’ai pas prétendu faire ici l’apologie des ordres monastiques : il y aurait trop à dire sur ce point. Il faudrait rappeler tous les services im-
(1) Le tulcide est beaucoup moins fréquent chez les femmes que chez les hommes , parce que , en général , les femmes sont bien plus retenues par les principes religieux. «Je doute, dit Gall, qu'on en puisse attribuer la cause à la faiblesse de leur constitution, à la douceur de leur caractère, à leur timidité ; car la faiblesse de leur constitution les exposerait plutôt à succomber qu’à résister ; et quant à leur douceur, à leur timidité, Il sera facile de nous faire tomber d’accord. » (T. iv, p 3-H.)
portants qu’ils ont rendus à la société ; qu’on leur doit la conservation des sciences et des lettres, et en grande partie, les bienfaits du premier des arts, l’agriculture. Ce sont les prêtres et les moines , pour lesquels on affecte généralement un mépris aussi injuste que stupide, qui ont sauvé la société française de l’ignorance et de la barbarie ; mais, je le répète, il n’est pas de mon sujet de considérer la vie cénobitique dans ses divers rapports d’utilité avec la société toute entière. Je n’ai voulu signaler qu’une chose qui écliappe généralement à l’observation de nos penseurs modernes, savoir que les maisons religieuses recueillent avec soin et reçoivent dans leur sein les âmes malades , les cœurs blessés que la société, impuissante à les guérir, abandonne sans consolation et sans espérance, leur ouvrant ainsi la porte au suicide. On sait que Napoléon lui-même avait reconnu nécessaire l’existence d’un certain nombre de couvents pour servir d’asile aux grands malheurs , aux hommes à positions extraordinaires, et de refuge aux imaginations exaltées qui ne conviennent plus au monde et auxquelles le monde est à charge et à dégoût. Quand il n’y aurait que ce seul avantage de prévenir un certain nombre de suicides, il serait immense et digne de l’attention des moralistes et de la sollicitude des gouvernements.
Tout cela, dira-t-on peut-être, était bon dans son temps, mais n’est plus à la hauteur de notre siècle,
de nos mœurs actuelles et de notre civilisation. Ne peut-on pas dire plutôt que cet excès de civilisation est lui-même une cause de démoralisation , de calamité et de suicide, et même le signal de ,1a décadence ou de la ruine prochaine des états ?
Une haute civilisation sans religion, sans foi, sans mœurs et sans éducation religieuse, n’est qu’un grand lléau pour les peuples et pour les gouvernements eux-mêmes. Regardez-y de près , et vous pourrez suivre les progrès de la civilisation à la trace sanglante des suicides, à commencer par l’Angleterre et la France, qui sont les nations les plus avancées dans la civilisation , dans les arts et les sciences , comme elles le sont aussi, grâce à la philosophie du dix-huitième siècle, dans la science du suicide (i). En i834,
(1) Il ne faut pas conclure de là que les saurages ne connaissent pas le suicide. Le» peuplades des Iles Gambler, dans l'Océanie orientale, au rapport des zélés missionnaires français qui viennent de les convertir au christianisme, possédaient l'affreux secret de se détruire. Ces peuples, naguère idolâtres et antropophages, sont devenus , depuis trois ou quatre ans, de bons et fervents catholiques. Us sont aujourd'hui doux, humains, hospitaliers, laborieux et agriculteurs. Ils ne sont plus nus, mais décemment couverts ; ils ne mangent plus les hommes, mais les aiment tous , amis et ennemis , dans l’esprit de la charité chrétienne. Ils ne connaissent plus que de nom le suicide et tous les autres crimes : et dans peu d’années, ces noms eux-mémes seront entièrement inconnus dans ces Iles fortunées. Cet archipel enchanté retracera dans notre siècle la fameuse république du Paraguay.
Le suicide est donc connu et pratiqué chez tous les peuples, soit civilisés, soit sauvages, depuis l'antropophage de l’Océanie Jusqu'à l'opulent et poli Parisien. I,cs seuls pays où cette horrible plaie sociale
l’ENSÉES ü’uN CROYANT.
un journal peu suspect de partialité pour le catholicisme, fit, au sujet du suicide, des réflexions d’une
ne pourra pénétrer seront ceux dans lesquels le catholicisme obtiendra son plein et partait développement, comme l'expérience l'a prouvé au Paraguay, et comme elle le prouvera encore aux lies Gambier.
Quelle prodigieuse différence entre tes moeurs des insulaires catholiques du petit arclilpel Gambier et celles des Otaltiens leurs voisins ! Otalll est le centre de la polynésie de l’Océanie australe. Les ministres protestants, les méthodistes anglais se sont constitués les seuls apôtres de cette Ile. Aussi leur intolérance envers les missionnaires français est incroyable et au-delà de toute expression. Ils ne se contentent pas de calomnier ta religion catholique et les missionnaires ses ministres : Ils en viennent aux voies de fait. Tout récemment, ils ont tait enlever de torce deux missionnaires français, avec ordre de les jeter sur un navire anglais. Sera-t-il donc permis de violer si indignement les droits des gens et toutes les règles de la justice envers des personnes inoffensives et même envers des citoyens fronçais ? Voilà jusqu'où va dans celte Ile malheureuse l'empire despotique des ministres protestants.
Ce petit irait de modération et de tolérance anglaise n’est pas trèspropre à gagner la confiance et l'affection dos habitants d’Olalli. Déjà avant d'avoir été témoins de cet enlevemenl brutal, ils s'étaient plaints aux missionnaires, des méthodistes, en ces termes : - Ils ne sont pas bons, ils ne nous aiment pas, ils vous haïssent. Ils font le commerce et sont très-désireux d’argent et d'buile. Ils sont très-riches ; les montagnes sont couvertes de leurs vaches. Ils nous vendent tout : la parole de Dieu, livres, prières, sacrements, etc. • D'après cela , ces insulaires doivent être persuadés que les ministres anglais avec leurs femmes et leurs enfants ne viennent cher eux que dans des vues de pur intérêt, pour s'enrichir à leurs dépens, et pour travailler à établir leur propre régne plutôt que le règne de Jésus-Christ ; et nous ajouterons, nous, pour faire passer les Otaltiens, corps cl bien, sous la domination anglaise. Voilà comment le gros bon sens des sauvages juge et apprécie les missions des Anglais.
Par contre , les Otaltiens avaient été singulièrement touchés de l'esprit de charité et de désintéressement des missionnaires français, et
justesse parfaite. « F.a Gazette médicale a déclaré ces jours passés le suicide épidémique, sinon contagieux,
ce n'est qu'à leur grand regret qu'ils les ont vu enlever si brutalement. Ils sont d'ailleurs, au milieu même de leur profonde corruption, très-disposés à recevoir la vérité.
Il est plus que probable que les ministres protestants , avec toutes leurs bibles , ncxlirperont point de cette Ile le suicide et tous les autres crimes, pas plus qu'à l’une des principales Iles de l'archipel dangereux. dont les habitants, grâce à la société biblique probablement, ne mangent plus les hommes : c'est déjà un progrès ; ils se contentent aujourd'hui de massacrer purement et simplement les saurages des petites Iles et de piller tout ce qu'ils y trouvent. Voilà un petit échantillon de la conduite des apôtres anglicans aux Iles de l’Océanie.
Maintenant, de quel côté est la vérité, où sont les vrais missionnaires? Jugez par les fruits. Faites l'application de cette règle infaillible du divin fondateur du christianisme : ex fructibus cngnoscetis cos, et vous verrez que les uns travaillent pour le ciel et les autres pour la terre; que les premiers gagnent des âmes et les seconds de l'argent.
Voilà pour l'intolérance des Anglais. Disons aussi un mot de leur tolérance. Il faut être impartial : aucune nation n'est plus tolérante que les Anglais eu fait de matière religieuse. Hors le culte catholique, ils tolèrent tous les cultes (c'est-à-dire toutes les erreurs), fût-ce même l'idolâtrie, quand leur intérêt le commande. El, en effet, n'a-t-on pas vu de nos jours « l'Angleterre prescrire, dans le plus minutieux détail, à ses agents au Canada, d'odieuses mesures de persécution contre la religion catholique ; et en même temps garantir, par un traité solennel, aux habitants de l'Ile de Ceylan, la liberté de l'idolâtrie ; assister, par ambassadeurs, aux cérémonies religieuses de ces peuples, et offrir à leurs divinités des dons sacrilèges ? • ( La Mennais, Indifférence en matière de religion, t. 1, p. 7~.)
Une nation qui donne au monde chrétien un pareil scandale, et à laquelle une politique si basse et si déshonorante n'arrache point un cri universel d'indignation et d borreur, est une nation qui se dégrade, se couvre d’opprobre et que I'ob ne doit plus regarder comme un peuple chrétien. ( Voyez le n° 56 des Annales de la propagation de la Foi.)
et a prescrit contre son invasion une hygiène préventive dont je suspecte fort l'efficacité. Allez , Messieurs les docteurs, vous n’y voyez pas plus clair à ce choléra nouveau qu’à celui de 1 83 a ! Vous ne le guérirez pas davantage. Ce n’est pas d’aujourd’hui , d’ailleurs, que l’humanité est en butte à ce mal : mais autrefois, du temps qu’il y avait encore des croyances, une religion, il y avait aussi des traitements contre lui : c’était Dieu qui était le médecin. Se sentaiton atteint, on s’en allait à l’église prier Dieu, et Dieu vous disait le remède, et il vous envoyait aux hôpitaux où l’on soignait les malades lassés de la vie : ces hôpitaux, c’étaient les cloîtres.
» Voyez si l’on se tue autant là où ces hospices des âmes, si ébranlés qu’ils soient, sont toutefois demeurés debout. A Madrid , il y eut un suicide l’an dernier : les voltairiens crièrent bien , à la vue de cette mort, que l’Espagne commençait à se civiliser ; mais les vieux chrétiens s’effrayèrent et pressentirent tristement la ruine prochaine de leur culte et de leurs autels.
» Que voulez-vous ? C’est le sort du siècle. On ne croit plus en rien, ni en Dieu, ni en la royauté. Il y en a qui cherchent comment finira le monde. Eli bien ! toute foi est éteinte, ce sera peut-être par ce dégoût de la vie devenu général et invincible, par un suicide universel.» On sait ce qui s’est passé en Espagne depuis cinq ans.