‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 3 sur 49 · TERRESTRES · texte numérisé non relu

TERRESTRES

Régi par la force attractive ou l’attraction, el les fluides impondérables : c'est la matière brute et inorganique, prouvée par l'observation.

LF. RFCKE

PHVTOLOC 1 - ^ Régi par la force vitale végétative et les fluides impon-

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ZOO LOGIQUE, qui croit, vit et sent.

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I dérables. Ce Régne renferme tous les êtres sensibles non intelligents, non libres, imperfectibles et Incapables de suicide. Ce sont les animaux, prouvés par l'observation.

JVom. La force vitale sensitive est ce qu'on appelle en philosophie l'Ame des bites. Elle est Immatérielle , capable de sensation el de recevoir des images. Elle est assujettie à la matière el périt avec le corps auquel elle est unie et pour lequel elle eiiste uniquement.

Pour mieux lairc ressortir les applications de ces diverses lois aux êtres respectifs qu’elles régissent ,

Régi par la force intelligente ou par la double puissance rie l'Ame, la faculté intelligente et la faculté sensitive, et les fluides impondérables quant à la vie physique et matérielle. Ces êtres sont à la fois intelligents e sensibles, capables de sensations, d'idées intellectuelle , morales, abstraites, générales; de peusée, de jugement , de mémoire , de réflexion ; libres et perfectibles; capables de suicide : c'est l’Ame raisonnable et immortelle; c'est l’homme, dont l’Ame intelligente et sensitive est prouvée par l’observation.

On peut, si l’on veut, prolonger cette échelle philosophique des êtres jusqu'à Dieu, cl on trouvera immédiatement au-dessus de l’homme un autre ordre de créatures ou de substances intelligentes, incorporelles ou immatérielles et immortelles : ce sont les Anges, prouvés par la Révélation divine. (Voyez, pour plus de développement, la note sur les intelligences surhumaines, Traité ilu magnétisme, ch. v ) Ces sublimes intelligences possèdent la plénitude de la pensée créée et Unie. Enfin, on arrive à Dieu, le principe de tous les êtres, l’Être néreuaire, de qui émane la pensée Inerééc et infinie , manifestée par la parole ou le Verbe éternel incarné.

Maintenant, si l’on me demande de quel droit j'ai partagé en deux règnes la grande série d'êtres que tout le monde a toujours appelée le règne animal, je demanderai aussi à mon tour de quel droit on a séparé les végétaux d'avec les animaux, puisque les végétaux sont plus rapprochés des animaux que ne le sont ceux-ci de l’homme, comme on le voit par les zoophytes. Cela est si vrai, qu'on a été obligé de créer un terme nouveau pour désigner l'être qui est à la fois animal et plante, c'est le mot toophyte , qui signifie animal plante. La distance qui sépare le singe de l’homme étant immense, fl n'a point fallu de nom nouveau qui exprimât l’hommc-animal, et le mol anllnopo-ioote n’existe pas, parce qu’il est impossible. Mais la raison essentielle, fon damentale, se tire d’un ordre supérieur. 1/homme, fait à l’image de

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qui croit, vil, i sent et pense. 1

MATÉRIALISME MODERNE. 3f»'

considérons un instant, ou du moins résumons à leur état individuel et normal, le minéral, la plante, l’ani* mal et l’homme Ces êtres, à leur étal naturel, sont chacun sous l’empire immédiat de leur loi ou de leur force respective. Le minéral obéit à l’attraction et aux autres lois physiques; le végétal à la force vitale végétative ; l’animal à la force vitale sensitive ; et l’homme à la force intelligente, ou plutôt aux deux (acuités de l’àmc, la faculté intelligente et la faculté sensitive. Mais, au lieu de prendre l’homme adulte et physiologique, cnvisngcons-lc un moment dans l’ctat irraisonnablc, et posons un idiot et un enfant de deux ou trois mois, auxquels, si l’on veut, on peut ajouter un animal, un chien, par exemple. (Qu’on nous pardonne la singularité de l’assemblage , car nous ne prétendons nullement comparer la brute à l’homme même le plus dégradé.) L'idiot a perdu l’intelligence ou ne l’a jamais eue, l’enfant ne l’a pas encore, le chien ne l’aura jamais : bref, tous les trois en sont privés.

Chez ces trois sujets, la vie animale, matérielle, organique cl sensitive s’accomplit dans toute sa plé-

Dieu, possède seul une àme immortelle, l'Intelligence, la raison, la liberté morale, et ne règne sur toute la création et ne domine sur tout ce qui respire que parce que, comme dit M. de Maistre: • II est semblable à Dieu . • Une distance immense, infinie, sépare donc l'animal de l'homme : voilà la grande, la principale raison de notre nouvelle classification.

nitmlc : ils sont sensibles, ils ont des sensations et se portent physiquement très-bien, quoiqu’ils soient • tous les trois sans vie intellectuelle. Maintenant qu’est-ce qui anime ces trois êtres? Chez l’idiot et l’enfant, c’est l’àme par sa faculté sensitive, ou bien la force vitale sensitive. Nécessairement c’est un de ces deux principes immatériels. Si l’on affirme que c’est la .force vitale sensitive seule, indépendamment de l’àme, il s’ensuivra qu’il y a deux principes immatériels ou deux âmes dans l’homme; qu’il existe deux causes immatérielles pour produire un effet auquel une seule suffit; et qu’cnfin une de ces causes immatérielles , c’est-à-dire la force vitale sensitive, sera détruite à la mort du sujet. Tout cela est opposé à la sagesse du Créateur et répugneà la raison ; parce que , en philosophie , on ne doit pas admettre I ep/us lorsque le moins suffit à l’explication des phénomènes. Il faut donc admettre nécessairement que l’Âme, par sa faculté sensitive, anime et vivifie physiquement ces deux êtres humains. Quant au chien, comme il est absolument dans la même condition matérielle, organique et sensitive que les deux autres sujets, et qu’il est impossible qu’il ait une àme immortelle comme eux, il faut de toute nécessité qu’il soit animé par la force vitale sensitive, et c’est cette force vitale sensitive, comme nous l’avons déjà dit, qu’on appelle en philosophie Vainc des bêtes.

Nous ajouterons que tout être intelligent est sen-

sible, niais que tout être sensible n’cst pas nécessai rement et actuellement intelligent, comme le prouvent les sujets dans l’espèce, lesquels, quoique non intelligents, sentent et éprouvent des sensations. Nous n’exceptons pas même l’en tant, qui certainement donne moins de signes d’intelligence qu’un chien médiocrement instruit. Les Cartésiens devront se rappeler ces rétlexions quand nous parlerons de Pâme des bêles. Revenons.

L’homme est donc un composé de deux substances : l’une essentiellement spirituelle, intelligente, active, capable de pensée, de sentiment, de volonté et de liberté morale, qu’on nomme communément àme ou esprit; l’autre, qui de sa nature est matérielle, incapable de pensée et de sentiment, s’appelle le corps.

Cette dernière n’est que de la matière organisée ; elle ne peut donc recevoir le mouvement et la vie que d’une puissance immatérielle, c’est-à-dire de la faculté sensitive de l’âme. Cette partie grossière de nous-mêmes, résultat de particules divisibles, est par là même sujette à des altérations, des changements , et enfin à une dissolution entière.

Il n’en est pas ainsi de cette autre partie qui constitue notre être, de cette àme vivante qui, selon le langage de l’Écriture, est le souille de l’esprit divin. Simple comme l’Étre de qui elle est sortie, elle n’a en elle aucun principe de destruction, cl ne pour-

rait être anéantie que par la volonté toute-puissante du Créateur. Le corps étant détruit par la mort , l’âme continue de vivre ; le lien qui les unissait est à la vérité rompu , mais l’àmc ne perd rien de ce qu’elle était avant cette destruction organique, elle n’en devient que plus libre. Dégagée de cette matière qui lui servait comme d'enveloppe, et rendue indépendante de l’organisation, ses facultés s’agrandissent, se dilatent, et s’exercent désormais sans obstacle et dans toute leur plénitude.

Ainsi cette fille du ciel, si elle n’a point ici-bas dégénéré de sa divine origine, ne trouve dans la mort ou la ruine du corps que le commencement de la véritable vie. Affranchie des liens qui l’asservissaient aux objets corporels, elle s’envole dans le sein de Dieu, dans la région des intelligences, pour y jouir sans fin, dans l’immortelle société des esprits, du bonheur de Dieu même.

Voilà une de ces vérités fondamentales consignées dans les livres saints et conservées chez tous les peuples par une tradition universelle. La raison vient à l’appui de l’autorité pour établir et consacrer invinciblement ce dogme consolateur. Aussi tous les philosophes dignes de ce nom font-ils proclamé d’une voix unanime, depuis Platon et Aristote jusqu’à Leibnitz et M. de Bonaid. Tout le monde connaît la belle définition que ce dernier a donnée de l’homme : Une intelligence servie par des organes.

Pourquoi faut-il que ce dogme, aussi doux qu’évident, vrai cordial de l’àme dans les misères de cette vie, ait eu, comme tous les autres, des contra dicleurset des ennemis? Hélas! les fastes de l’histoire ne nous permettent pas d’en douter. Toujours il y eut des sophistes qui se firent une triste gloire de combattre les croyances les plus généralement reçues ; mais il faut l’avouer à la honte de notre époque, jamais ils ne furent plus nombreux que de nos jours les partisansdu matérialisme, de celte doctrine monstrueuse qui fait de l'intelligence humaine le résultat des fonctions organiques. Le matérialisme est donc ce système insensé de ceux qui rejettent l'aine humaine, ou du moins nient la simplicité et l’immortalité de cette substance intelligente et spirituelle, «le ce principe qui, en nous, sent, pense et juge : ils prétendent que ces diverses opérations intellectuelles, qu’ils ne peuvent nier, sont le résultat de l’organisme, c’est-à-dire de l’action «lu système cérébral.

Ici je me sens arrêté |>ar une réflexion «]ui doit se présenter à tout homme sensé : comment allier dans nos philosophes matérialistes ce désir si actif de pas ser pour «les esprits transcendants , pour des génies supérieurs, avec ces sentiments de bassesse qui les portent à se ravaler au niveau de la brute ! Quand ces théories, non moins fausses qu'abjectes, reposeraient sur des preuves assez fortes pour balancer les arguments invincibles des spiritualistes, comment ne pas

PENSÉES d’üN CHOYANT.

adopter le principe qui convient à la dignité de l’homme, qui ennoblit son espèce, l’associe aux célestes intelligences et le rend en quelque sorte participant de la nature divine!

Il ne serait pas impossible, peut-être, d’expliquer ce mystère d’avilissement. L’immortalité de Pâme et la vie future sont les suites évidentes du spiritualisme. Mais s’il est une autre vie dont celle-ci ne soit que la vie de la foi et des épreuves, Dieu étant souverainement sage et juste doit tenir en réserve, dans ce monde à venir, des châtiments terribles pour les contempteurs de ses lois. Cette vue ne peut que fatiguer et troubler dans ses viles jouissances celui qui veut vivre sans crainte comme sans règle. Que faitil pour se délivrer de ses remords importuns ? trop souvent il cherche à se persuader que tout l’homme est renfermé dans les organes, qu’il meurt tout entier avec le corps, que sa mort ne diffère en rien de celle de la bêle, et en attendant il vit comme s’il ne devait jamais mourir, et il mourra comme s’il ne devait jamais vivre.

« D’où vient donc, ditM. Frayssinous, l’obstination des matérialistes à défendre la matérialité de l’àme? c’est pour en conclure qu’elle est mortelle, qu’elle finit avec le corps , qu’ainsi il n’est rien à espérer ni à craindre au-delà du tombeau. Eh bien! je veux pour un moment que la pensée très-inconsidérée et irés-imprudcntc de Locke put se réali-

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ser ; qu’il soit absolument possible que , par la toute-puissance de Dieu, la matière devint pensante; auraient-ils de quoi se rassurer contre l’avenir? non; prenons la pensée de Locke toute entière. 11 établit lui-même qu’il est impossible de concevoir que la matière puisse tirer de son sein le sentiment , la perception, la connaissance; mais aussi, par un (aux respect pour la toute-puissance divine, il n’ose prononcer que Dieu ne puisse faire penser la matière. Mais si, comme le veut Locke, Dieu est peutêtre assez puissant pour rendre la matière pensante, pour en faire un être intelligent, libre, capable de bien et de mal , de mérite et de démérite , pourquoi Dieu ne serait-il pas assez puissant pour conserver de quelque manière cet être matériel, le transporter dans un autre ordre de choses, et l’y rendre capable par le sentiment de recevoir des récompenses et des châtiments. Cette remarque a été faite par des métaphysiciens célèbres, entre autres par Charles Bonnet. On sait bien par les écrits de Locke, par sa vie et ses derniers moments, qu’il croyait à l’immortalité de l’àmc ; et voilà donc que, dans son hypothèse même, l’incrédule ne serait pas certain de ce néant auquel il aspire, et que ce misérable partage, ainsi que le dit Bossuet, ne lui serait pas assuré (i)l »

(I) Conférence» sur la Religion t. [il, p. 208.

Le lien qui unit l’âme au corps, la dépendance réciproque de ces deux substances pour leurs fonctions respectives, le mode d’action et de réaction alternative de l’une sur l’autre, voilà le secret du créateur, voilà des mystères impénétrables à l’espril humain. Comment l’orgueilleuse raison du libertin ne viendrait-elle pas se briser contre ces écueils?

Et d’ailleurs l’homme, depuis sa dégradation, asservi à scs sens, s’accoutume à ne juger que sur leur rapport. L’abrutissement de l’esprit croissant en raison directe de la dépravation du cœur, on en vient à ne rien croire que ce que l’on peut voir et palper. Pour des hommes abrutis jusqu’à un certain point, tout ce qui dépasse leurs sens n’est plus rien; ils le traitent de pure abstraction. Ils nieraient jusqu’à leur pensée, si elle leur était moins présente. Ne pouvant la nier lout-à-fait, ils l’anéantissent autant qu’il est en leur pouvoir ; ils en font le résultat de l’prganisation et la matérialisent.

Selon nos docteurs matérialistes, l’homme n’est qu’un simple agrégat de molécules, une masse organisée pour sentir, penser et jouir : il n'est de tous les animaux le plus intelligent que parce qu’il est le mieux organisé. Faut-il après cela s’étonner de ce mépris brutal et farouche de la vie humaine, de ce honteux et fanatique asservissement au préjugé et à l’idole du laux honneur, je veux dire la fureur insensée du duel, celte frénésie féroce qui met, comme

dit Rousseau, toutes les vertus à la pointe de l’épée et n’est propre qu’à faire de braves scélérats ; et puis encore celte manie épidémique toujours croissante, l’effroi de la société, ce crime exécrable et irrémissible, parce qu’il est sans repentir, l'affreux suicide.

Que feront-ils, nos savants matérialistes, de la substance intelligente? elle se soustrait à leurs investigations anatomiques, elle n’est point soumise à l’action du scalpel, donc elle n’existe pas. Ainsi raisonnent ces puissants logiciens. Les insensés! lorsque dans leur horreur pour tout principe spirituel, ils se font ainsi, selon l’expression de Protagoras, la limite et la mesure de V unir ers, ils ne s’aperçoivent pas qu’il leur manque un sens, et ce sens dont ils sont privés n’est autre chose que le sens commun ou le bon sens, véritable lumière des intelligences, laquelle éclaire tous les hommes qui ne s’aveuglent pas volontairement. Ces génies sublimes , qui ne veulent croire que ce qui est tangible, ne croientils pas avec le vulgaire aux phénomènes de la vie? qu’ils nous disent donc ce que c’est que ce principe vital. Si d’aventure ils se mettenl à raisonner là dessus , ils pourront fort bien, à l’exemple de certains sophistes grecs , prouver aux hommes qu’ils n’existent pas.

Mais faut-il se borner à livrer au ridicule une si étrange déraison? n’y aurait-il point de remède à cette maladie épidémique des esprits, qui, hclas! va

pensées d'un choyant.

toujours croissant, surtout dans certaines classes «le la société? ne pourrait-on pas du moins prévenir contre les dangers de la contagion les jeunes gens obligés d’aller respirer l’air trop généralement corrompu, il faut bien le dire, de nos écoles de médecine ? nous osons l’espérer (1).

(1) Sous l'empire du matérialisme philosophique, la médecine ellemême, depuis une vingtaine d'années, est devenue toute matérialiste, toute anatomique. On a remplacé les doctrines vitalistes et la médecine hippocratique éminemment vitaliste , par le système d’irritation universelle et l'anatomie pathologique. Les organiciens elles anatomo pathologistes ont ainsi formulé la noble science de la médecine : pblegmasies, altérations de tissu, lésions organiques, ramollissements, tubercules, etc., etc., c'est-à-dire qu'ils l'ont réduite au pur analo misme.

La valeur elle mérite des livres qu’ils font se mesurent le plus souvent sur le plus ou moins grand nombre de nécropsies ou d'ouvertures cadavériques qu'ils renferment. Pour la thérapeutique, qui est l'essentiel de la médecine, on ne parait pas trop s'en embarrasser : on laisse cela aux bons Allemands.

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