‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 44 sur 49 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

DU SDKNiMBn.lSMF MAGNETIQUE.

Le somnambulisme a etc regardé depuis de Puységur comme le caractère le plus certain de l’influence magnétique. Le sommeil produit ou occasioné par les procédés dits magnétiques peut être, i° purement physiologique ou naturel : c’est le repos ou la suspension momentanée de l’action des sens. Le silence, un mystérieux recueillement, des gestes monotones long-temps et fréquemment répétés et souvent joints à l’ennui, finissent par endormir naturellement certaines personnes, a 0 II peut être artificiel. Ce sommeil attribué à l’influence magnétique n’est point un vrai sommeil physiologique, naturel et réparateur, c’est un état anormal, insolite et maladif que font naître certains procédés, certains rapports ou modes de communication plus ou moins propres

4 lS PENSÉES d’un CROYANT,

à remuer, à exciter, ou même à bouleverser quelquefois le système nerveux chez des personnes très-irritables. On conçoit, en effet, l’immense perturbation que peuvent causer dans ce cas une attitude imposante, ou un extérieur mystérieux et magique, un visage grave et composé, un regard fixe et dominateur, en un mol tout l’ensemble des gestes, des attouchements et des paroles les plus capables de séduire par une fascination prestigieuse une imagination mobile, faible ou malade. Le somnambulisme magnétique ou artificiel ne diffère pas, quant au fond, de celui qui survient spontanément chez certaines personnes pendant le vrai sommeil de la nuit. Ce dernier somnambulisme est une véritable névrose ou une espèce de maladie, de même que le somnambulisme magnétique. On peut ajouter que souvent l’assoupissement déterminé par ces fascinations magnétiques est comme un véritable coma, ou comme un sommeil causé par l’opium, c’est-à-dire une véritable congestion cérébrale qui simule le sommeil naturel.

. Dans les premières séances, ordinairement on n’obtient que des cficts insignifiants, comme pesanteur de tète, pandiculations, bâillements, somnolence, etc. Le lendemain, la répétition des mêmes actes, vers le même temps, rappelle très-facilement la même série d’effets et de sensations, et au bout de quelques jours I habitude se trouve établie. Le sujet soumis à l'expérimentation magnétique peut éprouver de lé-

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gères convulsions; il s’endort d’un sommeil plus ou moins profond, se réveille difficilement par les excitations externes; ce que l’on explique facilement par l’espèce de raptus sensitif ou la concentration interne de la sensibilité générale. Cet état, dit magnétique, est, comme dans le somnambulisme naturel, compatible avec l’exercice des organes de la voix, du mouvement et de la locomotion, et il n’y a de différence réelle entre ces deux somnambulismes que les erreurs propres à l’état magnétique. Voilà l’ensemble des phénomènes qu’offre ordinairement le somnambulisme magnétique, et notez qu’il n’en existe pas un seul qui soit incontestable. D’ailleurs, comme nous l’avons dit plus haut, les commissaires de l’Académie de médecine conviennent que le somnambulisme peut être simulé.

Maintenant, qu’est-ce que le somnambulisme qu’ou appelle lucide ? J’entends par lucidité une forme ou un mode particulier du somnambulisme soit naturel, soit artificiel, dans lequel, par une concentration et une exaltation des facultés intellectuelles ou des aptitudes instinctives que favorise encore la suspension des sensations externes, l’homme fait des choses dont il est absolument incapable dans l’état de veille ou dans sa condition normale et physiologique. Ainsi l’on résout, comme tout le monde sait, les problèmes les plus difficiles et insolubles dans l’état de veille; on compose des pièces de vers; on prononce

4îlO PKNSÉBS ü'c.Y CROYANT,

îles discours qui étonnent par la justesse et l’élévation des pensées; on parle des langues qu’on avait oubliées, ou dont on n’a plus aucun usage. Voilà le somnambulisme lucide soit naturel ou spontané, soit artificiel, provoqué ou magnétique. Quand les somnambules ne font que des actions communes, comme marcher, travailler, parler, etc., enfin tout ce qu’ils font habituellement dans l’état de veille, c’est alors le somnambulisme ordinaire, qui n’offre de remarquable que la suspension de l’action des sens externes et la conservation de l’exercice de la parole, du mouvement et delà locomotion. Ces deux espèces de somnambulisme lucide ou non, sont, comme nous l’avons déjà dit, une véritable névrose, une espèce de maladie cérébrale ou vésauique. Et la preuve que la lucidité somnambulique est l’effet d’une affection pathologique ou d’une maladie, c’est qu’on l’observe également dans quelques lésions cérébrales et affections hystériques, comme le prouvent les faits suivants : « Le valet de chambre d’un ambassadeur espagnol, garçon de moyens ordinaires, et qui se trouvait par hasard assister à des conversations fort importantes, n’en était devenu ni plus savant ni plus spirituel. Il fut atteint d’une fièvre cérébrale, et pendant son délire il discutait avec l>caucoup de sagacité sur les intérêts politiquesdes diverses puissances: au point que l’ambassadeur, qui n’avait jamais regardé son domestique que comme un homme dévoué,

MAONKIISMB ANIMAL.

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venait écouler ses leçons de diplomatie et projetait d’eu taire son secrétaire. Mais l'affection du cerveau se dissipa , et le malade, en guérissant, perdit toutes ses brillantes qualités (i). »

« Une fille hystérique, dit Pomme, faisait des vers pendant ses accès ; parlait avec éloquence et montrait une grande vivacité d’esprit; cependant son intelligence n’était point dans tout autre temps au-dessus de. la médiocrité. •>

11 suit donc de là que tous les phénomènes extraordinaires et étonnants du somnambulisme lucide, soit spontané, soit provoqué, sont purement naturels et s’expliquent parfaitement par les lois de la physiologie et de la pathologie.

On sait que l’on n'obtient que rarement le somnambulisme lucide, et seulement chez quelques individus dont le système nerveux et une idiosyncrasie toute particulière comportent cette prédisposition morbide; ou chez ceux qui sont déjà plus ou moins somnambules, ou doivent par leur prédestination organique le devenir naturellement. Il est un assez grand nombre de personnes qui dirent quelques nuances de somnambulisme, comme de parler tout haut eu dormant, etc.

On prétend qu’il existe entre le magnétiseur et le

(I) Lettres physiologiques et morales sur le magnétisme, |»ar le docteur Dupau.

PENSEES I) l)N CROYANT.

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magnétisé ou le somnambule un rapport intime, de manière qu’ils communiquent ensemble, s’entendent et sc répondent. Il suffit pour établir cette correspondance de toucher le somnambule par quelque

point, la main ou le front, au moment où on lui

parle.

Les somnambules naturels présentent aussi celte particularité. Cet attouchement excite la sensibilité animale et réveille par là le sens de l’ouïe. Et c’est effectivement ce que l’on fait tous les jours comme |>ar instinct. Une personne endormie ou simplement somnolente ne vous répond point : vous la louchez, et elle se réveille ou vous parle et répond à vos questions, quelle que soit d’ailleurs la nature de l’excitateur, fut-ce même un bâton de cire d’Espagne ou de verre.

Un autre phénomène <]uc les magnétiseurs font dépendre de .ee prétendu rapport intime , c’est la communication des pensées, des désirs, des volontés, ou plutôt un grand attachement de la somnambule pour son magnétiseur, une soumission si entière et si absolue à tous ses ordres et une dépendance si grande que M. ltostan (i)et M. Filassier la comparent à celle d’un chien pour son maître. Cela s’explique facilement par les relations habituelles plus ou moins intimes, par la voie des rapports sympathiques, de

(1) Art. MaRinHismc <lu ©ici. ilr Malccnir, l un

l’affinité syncrasique , ou de l’influence sexuelle.

« De tous les phénomènes magnétiques , dit M. Hoslan, celui qu’on produit le plus souvent, le plus facilement, et de la manière la plusimmanquable/ c’est d’interdire le mouvement à un membre. Deux ou trois gestes le jettent dans l’immobilité la plus parfaite ; il est tout-à-fait impossible à la personne magnétisée de le remuer le moins du monde. Vous avez beau l’exciter à le mouvoir, impossible, il faut le déparalyser pour qu’elle puisse s’en servir. Pour cela il faut faire d’autres gestes (i). » Ces prétendues paralysies , qu’on peut assimiler aux imaginations fantasques de certains monomaniaques, doivent être attribuées à l’influence de l’ascendant prestigieux que le magnétiseur exerce sur sa somnambule. Une parole ou un geste magique commande à un membre une complète immobilité , et soudain la personne dont l’imagination est subitement fascinée, se croit privée momentanément de l’usage de son membre ou même de celui de la langue , et demeure comme paralytique ou interdite et muette. De même que dans certaines monomanies, les malades affirment ne pouvoir ou n’oser marcher, parce qu’ils s’imaginent avoir des jambes de paille ou de verre. Et certes toutes ces paralysies apparentes et imaginaires se dissiperaient sur-le-champ à l’aspect d’un danger im-

(1) Coun élémentaire d’hygiène, t. f|, p. 209.

minent et formidable, tels qu’une subite inondation ou un terrible incendie. Nous parlerons ailleurs des paralysies que l’on prétend opérer par un simple acte de la volonté ou un ordre mental.

Enfin, un dernier phénomène qui caractérise encore le somnambulisme magnétique, comme le naturel, c’est l’oubli, au réveil, de tout ce qui s’est passé (tendant cet état.

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