‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 5 sur 49 · MATÉRIALISME DE CABAMS, DE GEORCET ET DE BROUSSAIS · texte numérisé non relu

MATÉRIALISME DE CABAMS, DE GEORCET ET DE BROUSSAIS

Cabanis parut, et ne gardant, à la fin, plus aucune mesure, il eut le front d'annoncer hautement « qu’il n’y avait point d’àme et que l’esprit n’était que

l’effet du cerveau ou le cerveau agissant >• Il

dit encore : « Le cerveau est l’organe particulier destiné à produire la pensée, comme l’estomac et les intestins à faire la digestion. Les aliments tombent dans l’estomac avec leurs qualités propres et en sortent avec des qualités nouvelles. L’estomac digère. Ainsi les impressions arrivent au cerveau par l’entremise des nerfs ; ce viscère entre en action, il agit sur elles et bientôt les renvoie métamorphosées en idées ; d’où nous pouvons conclure

PENSÉES D’iiN CHOYA NT.

avec la môme certitude que le cerveau digère , en quelque sorte, les impressions, et fait organiquement la sécrétion de la pensée (1). »

Voilà bien le matérialisme le plus crû et le plus dégoûtant. Encore que ce n’en soit guère ici le lieu , il est difficile de contenir l’indignation que doit exciter dans tout homme honnête et sensé le passage de cet étrange philosophe. Est-il possible d’outrager ainsi l’humanité toute entière dans ce qu’elle a de plus noble , ou plutôt dans ce qui fait toute sa noblesse ? Comment se jouer à ce point du sens commun , insulter avec un pareil sang-froid à la conscience du genre humain ! En vérité , si quelque chose pouvait infirmer les preuves sans réplique de la spiritualité de l’àme , ne serait-ce pas la complète déraison des écrivains matérialistes ?

Le matérialisme est par lüi-mémc si étrange et si absurde , qu’il suffirait de l’exposer et d’en avouer franchement les conséquences pour en inspirer de , l’horreur à toute àme droite et sincère. Sans utilité |>our la physiologie, puisqu’il n’explique nullement les phénomènes de la vie, il ruine la morale et ne peut servir qu’au libertinage et à l’athéisme. Lors même que les passions s’en accommodent, que le cœur dépravé goûte celte inlàme doctrine , l’esprit

(I) Cabanis, Rapports du phijsiq u c et (tu moral rie l'homme, I. i, |i. I5i.

MATÉRIALISME- MODERNE. 6l

sc refuse à y croire et le sens intime la désavoue.

« Faire du cerveau une machine à pensées , quoi de plus étrange! s’écrie M. Frayssinous, dans ses Conférences (i). En effet, vous me dites que le cerveau digère les impressions qui lui sont transmises ; mais des impressions faites sur les organes ne peuvent être que des impressions, des dilatations, des vibrations , des déplacements de parties matérielles , en un mot des mouvements. Ainsi , dire que le cerveau digère des impressions , c’est dire qu’il digère des mouvements. Fut-il jamais une manière plus barbare de penser et de s’exprimer? Vous ajoute/ qu’il en est du cerveau par rapport aux impressions , comme de l’estomac par rapport aux substances nutritives ; mais soyez conséquent, et poussez la comparaison jusqu’au bout. Que fait l’action de l’estoinac? Elle transforme les aliments qu’il reçoit ; mais les qualités qu’il leur donne ne sont pas incompatibles avec un être matériel , et n’empêchent pas qu’ils ne restent dans da nature des substances matérielles. Donc il faudrait dire que l’action du cerveau en changeant , en modifiant les mouvements qui lui parviennent, les laisse toujours dans leur état de mouvements. Donc il n’en résulterait jamais que du mouvement, et il est certain que le mouvement ne peut jamais être la pensée. »

fia

pensées d’un choyant.

A cette époque de douloureuse mémoire où l’anarchie régnait , Cabanis se montra un des partisans les plus fanatiques de l’athéisme et contribua plus peut-être que tous les philosophes de ce temps , à lui faire prendre rang parmi les institutions politiques de la nation française.

On pourra en juger par le passage suivant de la vie de Bernardin de Saint-Pierre, par M. Aimé Martin. L’illustre auteur des Études de la nature, chargé de faire à l’Institut un rapport sur des mémoires qui avaient concouru pour la solution d’une question morale, se hasarda de parler de Dieu, observant toutefois les plus grands égards pour ses collègues qui ne pensaient pas comme lui.

« L’analyse des mémoires, dit M. Aimé Martin , fut écoutée assez tranquillement ; mais aux premières lignes de la déclaration solennelle de ses principes religieux , un cri de fureur s’éleva dans toutes les parties de la salle. Les uns le sifflaient en lui disant où il avait vu Dieu et quelle figure il avait ; les autres s’indignaient de sâ crédulité : les plus calmes lui adressaient des paroles méprisantes. Des plaisanteries on en vint aux insultes , on outrageait sa vieillesse , on le traitait d’homme faible et superstitieux , on menaçait de le chasser d’une assemblée dont il se déclarait indigne , et l’on poussa la démence jusqu’à l’appeler en duel , afin de lui prouver, l’épée à la main, qu’il n'y

avait pas de Dieu. Vainement , au milieu du tumulte, il cherchait à placer un mot: on refusait de l’entendre, et l’idéologue Cabanis (c’est le seul que nous nommerons), emporté par la colère , s’écrie et jure qu’il n’y a pas de Dieu, et demande que son nom ne soit jamais prononcé dans cette enceinte. Bernardin de Saint - Pierre ne veut pas en entendre davantage, il cesse de défendre son rapport , et, se tournant vers ce nouvel adversaire, lui dit froidement : Votre maître Mirabeau eut rougi des paroles que vous venez de prononcer. A ces mots il se retire sans attendre de réponse , et l’assemblée continue de délibérer, non s’il va un Dieu , mais si elle permettrait de prononcer son nom (i). »

» Telle était la philosophie de Cabanis à une époque où toutes les idées d’ordre et de morale avaient

partagé le sort des institutions politiques Il

était impossible que des méditations plus profondes sur le monde physique et moral , et le silence des passions ne le ramenassent bientôt à une doctrine plus saine et plus logique. C’est effective-

(1) Bernardin de St-Pierre, œuvres complètes, ln-8®, 1818, t. i, p. 345, de l’Essai sur sa vie et se» ouvrages, per Aimé-Martin. Un discours que Bernardin de Saint-Pierre prononça quelque temps après à l'Institut prouve que la majorité de l'assemblée était loin de partager les principes de Cabanis, mais qu elle se laissa intimider et dominer par quelques membres qui étaient alors très-puissants.

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ment ce qui arriva. Il n’y avait pas quatre ans qu’il avait publié son ouvrage sur les rapports du physique et du moral de l’homme , lorsqu’il reconnut dans une lettre ( publiée seulement en i8a4) qu’il écrivit h un de ses amis sur les causes premières , un être supérieur, intelligent, libre, actif, souverainement puissant, juste, bon, rémunérateur et vengeur , et cause de tout ce qui existe dans le monde, ainsi qu’un principe particulier (le moi), cause des phénomènes moraux de l’homme , doué de volonté et d’intelligence, et devant persister après la dissolution du corps. Mais , par une contradiction inexplicable , le Dieu de Cabanis est un Dieu-matière , c’est l’univers intelligent, pensant, voulant et agissant : son àme est également matérielle; c’est un élément sensible et primitif, analogue aux premiers principes de l’organisation. On reconnaît là l’opinion d’un grand nombre de philosophes anciens , et en particulier de Pythagore , de Zénon et d’Épicure (i). »

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