‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 6 sur 49 · S II · texte numérisé non relu

S II

Dcpuis Cabanis, la plupart des médecins qui ont écrit sur l’idéologie, ont adopté, d’une manière plus

(I) Berne médicale, 18Ï8, octobre, p. 17fi.

ou moins ouverte, la doctrine du traité des rapports du physique et du moral. L’un d’eux surtout , homme de talent et auteur d’un traite volumineux, sur le système nerveux , mérite d’étre cité , c’est Georget, dont la vie philosophique offre exactement les deux phases que nous avons remarquées dans celle de Cabanis. Georget s’éleva avec un enthousiasme extraordinaire, une sorte de fureur contre l’admission d’une substance spirituelle ou d’une âme ; mais il ne tarda pas â reconnaître qu’il était dans l’erreur. Deux ans avant sa mort, il consigna dans son testament la rétractation de ses opinions, à laquelle il voulut qu’on donnât toute la publicité possible.

Voici cette rétractation telle qu’elle a été insérée dans le journal dont cet auteur était le rédacteur principal (i).

« En 1821 , dans mon ouvrage sur la physiologie du système nerveux, j’ai hautement professé le matérialisme. L’année précédente, j’avais publié un traité sur la folie dans lequel sont émis des principes contraires, ou du moins sont exposées des idées en rapport avec les croyances généralement reçues (p. 48,5., 5a et . 40 Et à peine avais-je mis au jour la physiologie du système nerveux , que de nouvelles méditations sur un phénomène bien extraordinaire,

(1) Archive* générale* de médecine, t. xvil, p. 155.

le somnambulisme, ne me permirent plus de douter de l’existence en nous et hors de nous d’un principe intelligent, lout-àfait diffèrent des existences matérielles. Ce sera , si l’on veut , l’âme et Dieu. Il y a chez moi, à cet égard, une conviction profonde , fondée sur des faits que je crois incontestables.

» Étais-je bien convaincu de ce que j’écrivais en 1821 ? Je croyais l’ôtrc du moins. Cependant je me rappelle avoir été plus d’une fois agité d’une grande incertitude , et m’être dit souvent qu’on ne pouvait former que des conjectures , si l’on s’en rapportait aux faits, au jugement res sens. Mais bientôt je revenais il celte idée favorite , qu’il n’y a pas d’effet sans cause et ce qui n’est pas matière n’est rien. Comme si l’homme n’avait pas tenté vingt fois en vain, de poser des limites au possible. N’étais-je pas dominé par l’envie de faire du bruit et de grandir, en quelque sorte, en attaquant si brutalement des croyances généralement reçues et d’une grande importance aux yeux de presque tous les hommes? Ne voulais-je pas donner une preuve éclatante tic courage en bravant ainsi l’opinion publique ? Pour toute réponse à celte question , je citerai le passage suivant d’un ouvrage de M. de Chateaubriand :

« Était-ce bien l’opinion intime de leur conscience (l’athéisme) que les encyclopédistes publiaient? Les hommes sont si vains, si faciles, que souvent l’envie

de faire du bruit les faitaffirmer des choses dont ils ne possèdent pas la conviction. » ( Essai sur les révolutions, t. 11, p. a 5 i, édit. 1836.)

» Cette déclaration ne verra le jour que lorsqu’on 11e pourra douter de sa sincérité et suspecter mes intentions. Si je ne puis la publier moi-même , je prie instamment les personnes qui en prendront connaissance à l’ouverture de mon testament , c’est-àdire après ma mort , de lui donner toute la publicité possible. » 1" mars 1826.

Cette rétractation éclatante n’a pas besoin de commentaire : elle parle assez par elle-même.

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