APERÇU DE PHYSIOLOGIE IDÉOLOGIQUE
La physiologie est la science'de la vie, ou plutôt c'est la connaissance des phénomènes dont l'ensemble constitue la vie.
"Voyons donc maintenant ce que nous apprendra la physiologie. Ce qu'il y a de certain et d'incontestable, c'est que les fonctions du système nerveux sont encore fort peu et fort mal connues, et qu'on ne sait presque rien de positif sur celles du cerveau. Cuvicr va même jusqu'à dire qu'on est très éloigné de pouvoir assigner quelque rapport certain entre ce viscère et ses fonctions purement physiques ou organiques. 11 est certain encore que la physiologie séparée de la psychologie est insuffisante pour nous éclairer sur la nature de l'ente dément humain. Aussi tous les idéologues qui ^e sont appuyés uniquement sur la physiologie ont-ils erré en tournant dans un cercle vicieux inévitable.
Enfin on peut dire que la connaissance de plusieurs importants phénomènes de la vie est enveloppée de mystères que les plus savants physiologistes n'ont pu pénétrer jusqu'à ce jour, et nous ajouterons sans grande témérité qu'on ne pénétrera probablement jamais. Du moins, en atlendantque la physiologie nous ait, le scalpel à la main, découvert ces mystères, il nous sera permis de croire avec
le vieux bon sens que notre âme est spirituelle et que nos pensées ne sont nullement le résultat d'une sécrétion quelconque du cerveau ; on nous permettra de conserver avec le vulgaire, auquel seul on prétend le renvoyer, l'espoir si doux de survivre à la dissolution de nos organes. Puisque c'est là le partage que nous laissent les idéologues matérialistes, nous l'acceptons volontiers, et nous ne leur envierons ni les digestions ni les nobles sécrétions de Cabanis et de Broussais.
Voici à quoi se borne, selon nous, ce que l'on peut établir d 'incontes! able sur le mécanisme de la sensation.
Pour qu'il y ait sensation il faut, i° qu'un agenl extérieur quelconque exerce une action sur les organes des sens; 2° que cette action ou impression soit transmise à un point du système cérébral par le moven des nerfs; 5° que celte impression soit perçue ou sentie dans ce centre ou aboutissant général. Cette doctrine fondamentale est avouée de tous les physiologistes et idéologues. Nous voici au point où ils se divisent, et où la physiologie arrive sur le domaine de la morale et devient philosophique.
On admet donc universellement la coopération du cerveau pour la réalisation des sensations, des idées, des pensées, etc. Mais les uns prétendent que le cerveau est la cause productrice de la pensée; les autres soutiennent que l'encéphale n'est pour cette réalisation sensoriale ou intellectuelle que le moyen opératoire de l'âme, son organe, son instrument. Selon les partisans de la première opinion, a pipe-
les pour cela matérialistes, l'homme n'est qu'une masse organisée pour sentir et pour penser, l'intelligence avec tous ces phénomènes que le résultat matériel de l'organisme cérébral ou du cerveau. Les autres organes fournissent les éléments ou matériaux de la pensée en transmettant au système cérébral les impressions reçues par les objets extérieurs ; le cerveau les perçoit, les convertit en sensations, qu'il élabore et digère pour en faire la pensée par sécrétion, précisément comme les organes digestifs reçoivent les alimenls, les digèrent, et en font le chyle et le sang. Ils appellent en conséquence le cerveau le digesteur spécial, l'organe sécréteur de la pensée, comme qui dirait le foie l'organe sécréteur de la bile. « Ainsi, comme dit M. de Bonald, ce qu'on a toujours appelé dans l'homme le moral n'est à leurs yeux que le physique observé sous un rapport particulier. » Dans cette hypothèse absurde « l'homme n'est l'être le plus intelligent que parce qu'il est le mieux organisé, et s'il a plus d'intelligence que la brute, il n'a pas une intelligence d'une autre espèce. » Dans la doctrine opposée, celle des spiritualistes, qui est évidemment la seule vraie comme il sera facile de le démontrer, l'homme est double, c'est à dire camp se de deux substances essentiellement différentes, quoique étroitement unies, la substance spirituelle et la substance organique et matérielle. Suivant cette doctrine ou l'expression de la vérité, dans toute sensation il y a application d'un stimulant quelconque à un organe des sens et par conséquent impression que le nerf reçoit et trai^met au cerveau ; et ce mouvement du cerveau est suivi d'un
sentiment de l'âme. Ainsi il y a i° action de l'objet extérieur sur l'organe du sens, du nerf sur le eerv< ;m, du cerveau sur l'âme : voila la sensation pure et simple. Mais l'âme ne pouvant sentir et demeurer oisive, il y a 2° action ou réaction de l'âme sur le cerveau, communication du mouvement reçu par le cerveau, au moyen du nerf, à l'oiganequi fuit l'objet ou se dirige vers lui, et enfin communication de l'impression non seul, ment au système ner/eux cérébro-spinal, mais encore indirectement au système nerveux ganglionnaire. Ainsi dans le premier cas il y a action du dehors en dedans, c'est l'âme passive; dans le second il y a action du dedans en dehors, c'est l'âme active.
On voit d'après cela que ce qui fait essentiellement une sensation c'est la modification de l'âme. De passive qu'elle était d'abord elle devint active : elle connaît, discerne les sensations, les compare, les juge, et opère sur elles pour la production des idées sensibles.
Or ce p. incipe qui pense en nous, l'âme ou le moi qui connaît, compare et juge, est par sa nature distingué de l'organisme, parce qu'il est simple, indivisible, actif, intelligent et libre. Il se sert des organes pour sentir et penser, et le cerveau lui-même n'en est que comme le premier ministre, l/âme pense par le moyen ou le ministère du cerveau, comme elle voit par le moyen des yeux et entend par l'intermédiaire des oreilles.
Cette doctrine réunit avec tous les vrais philosophes, tels que Descartes, Leibnitz, et Malebranche, les plus célèbres physiologistes , Stahl , Ilaller,
132 pensées d'un choyant catholique.
Bonnet, etc., etc. On peut dire que c'est incontestablement la croyance du genre humain, et l'on en trouve la preuve dans des locutions communes à toutes les langues. Partout on distingue et on nomme diversement le principe qui pense et l'organe de la pensée ; partout on dit en termes équivalents l'esprit, l'âme ou le moi pensant, etc., le cerveau organe, instrument, moyen ou ministre de la pensée. (Voyez t'Extrait analytique.)
Maintenant quel est le lieu où tous les nerfs coïncident et semblent se réunir soit comme à leur origine commune, soit comme à leur aboutissant général, ou plutôt quel est l'endroit que l'on doit regarder comme le centre sensitif, tel que doivent se le r< présenter les physiologistes?
11 est évident, d'après un grand nombre d'expériences physiologiques, d'observations médicales et de comparaisons zoologiques, qu'il est placé à la base de l'ancéphale, laquelle nous offre la protubérance annulaire et la moelle allongée. Il paraît que les meilleurs naturalistes placent ce centre sensitif dans la protubérance annulaire, et que Gall l'établit dans la moelle allongée : Legallois prétend qu'il correspond précisément à la partie de cette moelle d'où naissent les nerfs pneumo gastriques.
Voici ce que dit M. Magendie : « Il est bien positif que les sensations n'ont pas leur siège dans les lobes cérébraux et cérébelleux (du cerveau et du cerv let) (i). Ce qui est dire équivalemment que
(l) Cependant, pour la vue, il résulte (les expériences (îe M\l. Rolando et Flourens que la vision est abolie par lasoustrar-
ce siège, pour parler de langage des physiologistes, est à la base du cerveau. (Physiologie de Magendie, t. i", p. 2 1 1. i836.)
tion des lobes cérébraux (les autres sens subsistant.) Si le droit est enlevé, c'est l'œil gauche qui n'agit plus, et vice versa. M. Magendie a vérifié ce fait un grand nombre de fois par ses propres expériences. La blessure de la couche optique produit le même effet chez les mammifères.