‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 16 sur 50 · L'AME DES BÊTES · texte numérisé non relu

L'AME DES BÊTES

bor<l tout être animé et l'homme lui-même est en un sens et clans une partie de son être une machine, c'est à dire une portion de matière organisée pour une fin déterminée, ce qui convient aussi aux machines artificielles qui sont l'ouvrage de l'homme. En second lieu « toutes les mécaniques, dit M. <lc Bonald, sont mues par un moteur général et matériel, qui donne l'impulsion première à tous les mouvements secondaires; c'est l'air, l'eau, le feu, un ressort qui se détend, un poids qui descend, l'oscillation d'un pendule — Ce moteur est l'âme de la machine, et même dans quelques-unes il en

porte le nom La question est donc de savoir,

dit ailleurs M. de Bonald, si cette mécanique des Imites a en elle ou hors d'elle le principe de son mouvement, et de quelle nature est ce principe. »

Voyons en quoi l'animal ressemble à l?homme. 11 nous sera facile ensuite de prouver qu'il y a encore malgré cette conformité l'infini de l'un à l'autre.

Ainsi que l'homme la bête a des organes et so iv( nt bien supérieurs en énergie aux mêmes organes de l'homme; comme lui elle voit, entend, touche, odoiv, sent : en un mot, par le moyen de ses organes, elle perçoit des sensations à sa manière et reçoit des images. On doit donc admettre dans l'animal un principe intérieur, ou une certaine faculté capable' de sentir et d'imaginer, ou si l'on veut d'imagtr; c'est par conséquent se refuser à tentes les preuves d'analogie et d'expérience que de supposer avec Descartes les animaux de pures machines dépourvues de sensations quelconques. A quoi bon en effet cet appareil organique si uni-

forme? Pourquoi des organes si semblables n'auraient-ils aucun rapport clans leur destination? Pourquoi des yeux, des oreilles, etc., dans la bête comme dans l'homme? Le simple bon sens ne criet-il pas que chez l'un comme chez l'autre les yeux sont faits également pour voir et les oreilles pour entendre. Non, non, on ne persuadera jamais que ces divers organes des brutes ne soient pas destinés par l'auteur de la nature aux usages qu'indiquent l'expérience et l'analogie; et d'ailleurs l'homme et l'animal donnent au dehors les mêmes signes d'images et de sensations internes, ls mêmes marques, par exemple, de faim, de soif, de douleur et de plaisir, etc. Aussi sommes-nous tous portés, par un penchant naturel et irrésistible, ù leur attribuer ces sensations et ces images; or ce jugement que nous portons universellement et antérieurement à toute réflexion ne semble-t-il pas appartenir au sens commun, n'est-il pas la voix de la nature, et le supposer erroné ne serait-ce pas en faire retomber l'erreur sur l'auteur même de la nature? Chez les peuples les plus civilisés comme chez les plus sauvages, un défenseur de l'opinion cartésienne ne pourrait qu'exciter le rire en voulant prouver à force de subtilités qu'un chien, par exemple, blessé d'un coup de feu ou rassasié dans sa faim n'éprouve point en réalité d'autres sensations qu'un arbre lorsqu'on en coupe le tronc ou qu'on en arrose les racines.

Les cartésiens ne mettent aucune différence entre un animal et une horloge, en te sens qu'ils refusent la sensibilité et les sensations à l'un comme à l'autre. Cependant tous les peuples de la terre taxeront de

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cruauté l'homme qui se fera un plaisir barbare de tourmenter les animaux sans raison et sans utilité, tandis que nul homme au monde n'aura la pensée de regarder comme cruel celui qui brise son liorloge ou en soumet toutes les pièces à l'action du l'eu. Par un sentiment universel et invincible tous b s boinines jugent donc qu'un animal est sensible et qu'une horloge est insensible : c'est une loi de la nature, antérieure à toute réflexion et à tout raisonnement.

i Dieu nous tromperait, dit Flotte, si les bètes n'étaient <jiie de pures machines, puisqu'il mettrait sous nos yeux une multitude de phénomènes d'où resul;e et d'où doit résulter dans l'esprit de tout homme l'idée d'une cause qui cependant n'existerait point. »

Y pensez-vous, dira un cartésien? Si vous avouez, des sensations proprement dites chez l'animal, il faudra pour être conséquent lui attribuer un principe immatériel <i), seul capable de percevoir la sensation, et n'est-ce pas là prêter le flanc au matérialisme, et mériter le reproche d'assimiler en quelque sorte l'h mime à la brute?

Nul doute qu'en admettant des sensations dans l'animal on ne lui suppose un principe immatériel, p tisque, comme nous l'avons prouvé jusqu'à 1 évidence, la matière, soit organisée, soit inorganique, n'est pas moins incapable de sensation que d'intil-

(1) Ce principe immatériel ou ce qu'on appelle l'âme dis bêtes n'est, selon nous, autre chose que la force vitale sensilhe. Voyez le développement de ce principe à la page 26, 27 et 28.

168 pensées d'un choyant catholique.

licence. Mais que les spiritualistes se rassurent sur les conséquences qu'ils redoutent de cet aveu ; de la sensation à l'intelligence, qui fait le caractère propre de l'àme humaine, il y a aussi loin que de la matière à la sensation. Ainsi en bornant, comme on doit le faire, l'instinct de la bête à la sensation ou à la perception, comme disent les physiologistes, et à la réminiscence des images, nous aurons encore l'infini de l'instinct animal à l'intelligence de l'homme. Là-dessus nous sommes d'accord avec Bulïon, qui dit : « Les animaux ont des sensations, et non pas des idées. » Et avec Bossuet : « Il semble que tout le mieux qu'on puisse faire pour les animaux est de leur accorder des sensations. » (i)

(1) Les animaux n'ont pas la mémoire proprement dite, la mémoire humaine, qui, comme dit Billion, est la trace de nos idées. Elle émane de la puissance de réfléchir ou de l'âme; elle est le souvenir de toutes les idées intellectuelles, morales et sensibles. Les animaux ne peuvent avoir une mémoire de celte nature, parce qu'ils n'ont pas d'idées intellectuelles et morales; ils n'ont que des idées sensibles ou plutôt des images des objets sensibles, parce qu'ils ne sont proprement capables que de sensations et point d'idées proprement dites. L'espèce de mémoire que montrent donc les animaux n'est que le renouvellement de leurs sensations ou plutôt des ébranlements du sens intérieur; c'est la réminiscence. « C'est la seule qu'on puisse, continue Buffon, accorder à l'animal ou à l'homme imbécile, qui sont des êtres dont les résultats et les opérations sont les mêmes à tous égards, parce que l'un n'a point d'àme (spirituelle) et que l'autre ne s'en sert point; tous deux manquent de la puissance de réfléchir, et n'ont par conséquent ni entendement, ni esprit, ni mémoire ; mais tous deux ont des sensations, du sentiment et du mouvement

Leurs sensations antérieures

sont renouvelées par les sensations actuelles ; elles se réveillent avec toutes les circonstances qui les accompagnaient; l'image principale

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