‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 17 sur 50 · L AME DES BÊTES. 1GÎJ · texte numérisé non relu

L AME DES BÊTES. 1GÎJ

Quoi qu'il en soit, il nous paraît absurde encore

un coup d'attribuer la sensation des brutes à un mécanisme dont on ne voit la liaison avec aucun des ciïets, et qui par lui-même ne rend raison d'aucune des apparences; tandis que nous trouvons une cause qui naturellement réunit et qui explique parfaitement toutes ces apparences et tous ces effets.

En bonne philosophie la liaison d'un grand nombre d'apparences et d'une suite d'effets réunis avec une cause qui les explique prouve indubitablement l'existence de cette cause, lorsque la cause supposée peut seule rendre raison de tous les phénomènes. Je ne connais pas d'autre manière de philosopher. Or dans la machine des animaux nous découvrons un but très sage, un but vérifié par l'expérience dans des cas semblables ; c'est d'être unie à un

et présente appelle les images anciennes et accessoires; ils sentent comme ils ont senti, ils agissent donc comme ils ont agi ; ils voient ensemble le présent et le passé, mais sans les distinguer, sans les

comparer, et par conséquent sans les connaître

Ils n'ont donc aucune

connaissance du passé, aucune idée du temps, et par conséquent ils n'ont pas la mémoire. » (Billion, Hist. nu/., t. 111, in-S", p. 60 et 41.)

1 ne autre preuve que les bêtes n'ont ni entendement, ni esprit, etc., c'est qu'elles ne sont pas comme l'homme sujettes à l'aliénation mentale ou plutôt à l'idiotisme, par la raison que l'on ne perd pas ce que l'on n'a point. Cependant nos animaux domestiques, comme on sait, ne sont pas exempts des maladies corporelles et physiques. Il n'y a que l'homme qui puisse devenir imbécile et idiot. L'idiotisme, comme nous l'avons dit ailleurs, le rend en apparence semblable à la béte. Il n'a plus ni intelligence, ni raison, ni pensée; et la preuve qu'il ne pense plus c'est qu'il perd le signe de la pensée, la parole; il devient muet comme les animaux.

principe immatériel, et de devenir au moyen de celui-ci un instrument de sensation et d'action. Otez cette destination à laquelle se rapporte cette combinaison prodigieuse de ressorts organiques qui composent le corps de l'animal; niez le principe immatériel sentant et agissant par le moyen de la machine pour la conservation du tout, on ne voit plus aucun but à tout cet admirable ouvrage. Il y a donc dans les bêtes un principe immatériel uni a leur machine, fait pour elle, comme elle est faite pour lui, et qui, par son moyen ou son ministère, reçoit des sensations et des images.

Notre opinion, loin de prêter des armes aux matérialistes, est au contraire la plus capable de les désarmer entièrement. Appuyée sur le sens commun de tous les peuples, cette doctrine triomphe avec facilité de toutes les arguties des sophistes en établissant invinciblement la différence essentielle et immense qui est entre l'homme et la bête, entre la destinée de l'un et de l'autre. Il n'en est pas de même à notre avis de l'opinion cartésienne, qui ne nous paraît qu'une débauche de raisonnement, et que les matérialistes pourraient avec plus de succès invoquer en faveur de leurs odieux systèmes. Si en effet la philosophie posait en principe qu'on doit refuser aux bétes toute cause intérieure de sensation, malgré toutes les marques évidentes qu'on les voit donner d'un moteur interne et sensitif, et contre le sens commun, qui partout et en tout temps leur attribue les sensations les plus réelles, ne serail-ce pas autoriser les matérialistes à franchir le pas, et à conclure par les mêmes raisons l'ab-

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sence de toute intelligence dans l'homme, et à n'y reconnaître qu'une organisation plus parfaite pour

seule cause de sa supériorité sur la brute. (1) « Mais si l'âme des bètes est immatérielle, elle

est donc immortelle?

« Je nie la conséquence. La certitude que nous

avons de l'immortalité de nos âmes se fonde

(1) Un philosophe cartésien nous a objecté que la sensation ne peut être séparée de la pensée, et que par conséquent nous ne pouvons donner la sensation aux animaux auxquels nous refusons l'intelligence et la pensée.

A cela nous répondons que la sensation peut exister indépendamment de la pensée, et nous apportons pour preuve l'état d'un entant qui ne parle pas encore et celui d'un individu tombé dans le dernier degré de l'idiotisme, et qui ne parle plus. Ces deux êtres humains éprouvent certainement des sensations, sentent, voient et entendent, et cependant ils ne pensent pas; et la preu\e qu'ils ne pensent point c'est qu'ils n'offrent point de signe certain de la présence de la pensée, c'est à dire la parole ou le geste. Sans doute ils pourront exprimer la douleur, quelques passions et quelques besoins physiques; mais ces manifestations instinctives, qui leur sont communes avec les animaux, ne seront jamais l'expression de la pensée ni d'aucun acte intellectuel. Si l'on objecte que le défaut d'organisation chez l'enfant s'oppose au langage articulé, nous répondrons que l'idiot adulte qui ne parle plus, quoique bien orgaoisé, a parlé avant qu'il perdit l'intelligence, et qu'il n'a pensé autrefois que parce qu'il a parlé; car on ne commence à penser qu'à l'aide de la parole ou du geste (signes) ; cela est aujourd'hui généralement admis comme une vérité démontrée. Aussi d'après le critique, la pensée étant inséparable de la sensation, il s'ensuit que l'enfant et l'idiot dont on vient de parler, ne pensant point, n'ont point de sensations, c'est à dire qu'ils ne sentent, ni ne voient, ni n'entendent, ce qui est contraire à l'expérience et une absurdité manifeste; donc, la sensation peut exister sans la pensée ; donc enfin l'objection ou la proposition que l'on nous oppose ne prouve pas que les animaux soient dépourvus de la faculté d'avoir des sensations, de sentir, de voir cl d'entendre.

uniquement sur l'idée que nous avons de Dieu.

« Trop souvent, avons-nous dit, l'homme de bien souffre, est malheureux sur la terre. S'il n'est point dédommagé dans un monde meilleur, où est la justice de Dieu?

« L'homme de bien, souffrant et malheureux sur la terre, n'est soutenu que par l'espoir d'une récompense future. S'il espère en vain, où est la providence de Dieu ?

« L'homme par sa nature soupire après la lumière et le bonheur, et il ne saurait sur la terre contenter son désir. Si même après la mort il ne peut le satisfaire, où est la sagesse de Dieu?

« Or si quelques animaux souffrent, sont malheureux sur la terre, ce n'est point à la vertu qu'ils doivent leurs souffrances, puisque n'ayant aucune connaissance de la loi ils ne peuvent y conformer leur conduite. — N'ayant aucune idée d'une récompense future, ils ne peuvent la désirer ni l'attendre. Bornés par leur nature aux seuls besoins du corps, la terre leur offre de quoi les contenter.

« Par conséquent la justice, la providence et la sagesse de Dieu n'exigent pas qu'ils soient dédommagés comme l'homme de bien dans un monde meilii or. » { 1 )

Mais, rous dira-t-on encore, si vous définissez la brute un êire doué de sensibilité, le moyen de distinguer la plante de l'animal? La sensitive viendra donc se classer dans l'espèce animale.

En prétendant que les bêtes sentent nous pre-

(l) Philosophie de Flotte, t. i, p. 311.

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nons la sensibilité pour la perception de la sensation et des images; mais le mot perception n'emporte ici aucune idée d'intelligence. Je le prends dans le sens que les physiologistes l'emploient, c'est à dire dans un sens purement sensitif. Il est de fait que celte faculté ne peut être raisonnablement disputée à l'animal ou à l'être qui présente les caractères essentiels de l'animalité. Ces caractères sont la cavité digestive et le système nerveux ou du moins quel ques traces rudimentaires du système nerveux, au lieu qu'aucune expérience n'a prouvé que des plantes quelconques jouissent de cette faculté ou offrent quelques traces de ces deux caractères de l'animalité. Certes des mouvements opérés dans une plante à l'occasion d'un contact, d'un choc ou d'une résistance de la part d'un corps étranger ne sont point du tout des marques de sensibilité, et jamais il ne sera permis de confondre la sensation proprement dite avec de semblables mouvements.

Si les naturalistes semblent quelquefois attribuer des sensations aux plantes, ce ne peut être que dans un sens figuré et poétique, mais nullement dans le sens propre et philosophique.

On se plaît a supposer aux animaux des facultés intellectuelles, des jugements et des raisonnements; mais eette supposition est tout à fait gratuite pour ne. rien dire de plus. Pour l'établir il resterait à faire voiries preuves d'intelligence intérieure que donnent les animaux, et à démontrer qu'une substance intermédiaire, je veux dire également distinguée de la matière et de l'esprit, est de sa nature impossible, ou en d'autres termes qu'elle implique con-

tradiction. C'est, nous osons le dire, ce qu'on ne fera jamais.

Et d'abord pourquoi l'auteur de la nature, qui a pu créer des substances douées tout à la fois de l'intelligence et de la faculté d'éprouver des sensations, et des substances matérielles dépourvues de l'une et de l'autre de ces facultés, pourquoi cet être tout puissant ne pourrait-il pas produire des substances intermédiaires telles que nous les supposons, je \eux dire privées d'intelligence, mais capables de sensation? Et où serait en cela l'impossibilité et la contradiction? De ce que nous n'avons pas des idées bien distinctes sur la nature de cette substance intermédiaire s'ensuivra-t-il qu'il n'y ait pas de milieu possible entre la matière et l'esprit? L'homme aussi ne se trouve-t-il pas placé entre les créatures angéliques et les animaux, en ce sens qu'il est un être intelligent et sensible servi par des organes? Puissants philosophes qui comprennent clairement toutes les substances existantes et possibles! Mais qu'ils nous expliquent l'essence d'une substance quelconque. ïgnol ent-ils, ce qui est avoué universellement en philosophie, qu'on ne connaît le fond des diverses imtures que par les effets qu'on y ob- >eive? Si donc nous remarquons dans les brutes des Opérations qui surpassent la capacité ou plutôt h s propriétés de la matière, mais qui ne supposent nullement l'intelligence, n us sommes autorisés à en conclure l'existence de cette substance intermédiaire qui est nécessaire, et qui suffit pour rendre raison de toutes les opérations de l'animal.

« Quand donc, ditBossuet [Connaissance de Dieu

i,'\Mr. in.s BÊTB8. IT8

67 de soi-même, page «70) on ajurn donné les sensations aux ;iniinau\, il paraît qu'on ne leur aura rien donné de spirituel. Leur âme sera de même nature que leurs opérations, lesquelles en nousmêmes, quoiqu'elles viennent d'un principe qui n'est pas un corps, passent pourtant pour charnelles et corporelles parleur assujettissement total aux dispositions du corps.

« De cette sorte ceux qui donnent aux bêtes des sensations et une âme qui en soit capable, interrogés si cette âme est un esprit ou un corps, répondront qu'elle n'est ni l'un ni l'autre : c'est une nature mitoyenne, qui n'est pas un corps, parce qu'elle n'est pas étendue en longueur, largeur et profondeur; qui n'est pas un esprit, parce qu'elle est sans intelligence, incapable de posséder Dieu et d'èlre heureuse.

« Ils résoudront par le même principe l'objection de l'immortalité ; car encore que l'âme des bêles soit distincte du corps, il n'y a point d'apparence qu'elle puisse être conservée séparément, parce qu'elle n'a point d 'opéra ti m qui ne soit tota'ement absorbée par le corps et par la matière, s

S. Augustin dit positivement que les bêt» s ont une âme, et il fait consister la principale 'iiii'érencc entre elles et l'homme en ce que l'homme est intelligent et sait discerner le bien du mal. (1)

(I) Anima liiimana habel aliquid quod non habet anima perorum. Nain et pérora aiiimam liabent, et aniinalia vocaollir. Non enta veearentar aniinalia nisi ah anima; n videmus quia et ipsa vivunt; sed qu'ut habet ainplius bomo? Undè faelus est ad imaginent Dei? Quia intelligit et sapit, qnia discernit boiuiin à maie; in hoc

S. Grégoire-le-Grand distingue trois sortes d'âmes ; celle de l'ange, qui n'est pas revêtue d'un corps ; celle de l'homme, qui est unie à un corps auquel elle survit, et celle des bêtes, qui périt avec leurs corps (1). Il nous reste à établir que toutes les opérations des brutes sont purement instinctives dans le sens que nous avons exposé.

Et certes ceux qui accordent si libéralement aux animaux des facultés intellectuelles n'oseront cependant, j'espère, leur attribuer aucune moralité, aucune idée du bien et du mal, du juste et de l'injuste, etc. Cela est bon pour la fiction et l'apologue, mais ne pourrait qu'exciter le rire en philosophie. Une preuve sensible de l'absence de toute idée morale chez les bêtes c'est qu'on les voit suivre sans aucune pudeur ni remords tous les mouvements de leurs appétits ou si l'on veut de leurs passions. « Les religieux du mont Saint-Bernard, comme le fait observer M. de Bonald, vont à la recherche des malheureux égarés dans la neige; leurschiensy vont aussi, et même les découvrent beaucoup plus sûrement. » Oserail-on dire que dans une action

factus est ad imaginent Dci. Habet ergo aliquid quod non habent pecora. (S. Aug., enar. n in Ps. 29, n° 2.)

(1) Très quippè vitales spiritus creavit onmipotens Deus : uniun, qui carne non tegitur ; alium, qui carne tegitur, sed non cuni carne moritur; tertium, qui carne tegitur, et cuin carne moritur. Spiritus namque est qui carne non tegitur, angelorum ; spiritus qui carne tegitur, sed cuin carne non moritur, hominum ; spiritus qui carne tegitur et oum carne moritur, jumenlorum, omniumque brulorum animalium. Homo itaque sicut in medio creatus est, ut esset inferior angelo, superior jumento. (S. Gregorius mag., Dial., lib. iv, cap. m.)

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semblable les hommes et leurs chiens sont déterminés par les mêmes motifs? non, sans doute. Le bon sens répugne à reconnaître delà moralité quclconque dans l'animal. « Mais une intelligence sans moralité serait une intelligence sans connaissance des motifs qui la déterminent à un parti plutôt qu'à un autre, par conséquent une intelligence sans raison, » c'est à dire une intelligence sans intelligence ou un pur instinct.

S'il fallait, avec Gondillac, attribuer aux brutes la faculté de concevoir des idées générales, cette plus haute fonction de l'intelligence, il faudrait également leur accorder la réflexion et au moins quelque connaissance de leur état et quelque faculté d'en faire la comparaison avec le nôtre. « Elles devraient donc, dit M. de Bonald, avoir la conscience de ce que nous leur faisons souffrir et le désir de s'y soustraire ; l'empire que nous exerçons sur elles ne devrait leur paraître qu'une odieuse tyrannie, et, loin que les animaux vinssent d'eux-mêmes retrouver l'étable qui les renferme et caresser la main qui les opprime, ils se serviraient de leur force, de leur agilité, même de leur nombre dans les espèces les plus faibles pour échapper à notre domination, et retourner dans les forêts jouir des douceurs de la vie indépendante. » Et cependant notre empire sur eux continue à s'exercer de la manière la plus despotique, et ne trouve de leur part que l'obéissance la plus servile. Ce n'est pas assez pour nous de les dompter, de les atteler, de leur prescrire à notre gré le travail ou le repos; nous les accoutumons à se laisser conduire et manier mène par un enfant.

178 pensées d'ln croyant catholique.

Nous l'avons dit ailleurs, le suicide est un acte de désespoir absolument impossible à l'animal. Par les lois de l'organisme il est invinciblement poussé, impulsionné à tendre à sa conservation, quelque malheureux qu'il nous paraisse. Aucun mouvement instinctif contraire ne peut s'opposer à cette loi de conservation organique; preuve certaine qu'il n'est dans la bête aucun principe intelligent et libre, capable de connaître son état, et qui puisse commander au corps de s'y soustraire.

« Séparons de nous tout ce qui appartient à l'âme; n'ons-nous l'entendement, l'esprit et la mémoire ; ce qui nous restera sera la partie matérielle par laquelle nous sommes animaux ; nous aurons encore des besoins, des sensations, des appétits ; nous aurons de la douleur et du plaisir; nous aurons même des passions ; car une passion est-elle autre chose qu'une sensation plus forte que les autres, et qui se renouvelle à tout instant? » (Buffon, Histoire naturelle, tom. m, in-8°, p. 55.)

L'homme, en sa qualité d'être intelligent et comme propriétaire universel du monde physique, dispose en quelque sorte de toute la nature ; il emploie jusqu'aux éléments, l'eau, l'air (i), le feu, comme agents premiers de tous les procédés mécaniques. Tout cela, il est vrai, sert aussi à l'animal pour sa conservation ; mais il se les approprie directement et sans aucun procédéde sa part. « L'homme seulcn-

(1) Manière de parler philosophique. Tout le monde sait aujourd'hui que l'eau et l'ail- ne sont pas des éléments, mais des corps composés : l'eau, d'hydrogène et d'oxigène, et Pair atmosphérique, d'azote et d'oxigène.

i.'wn. m:s r.i. us. 171)

ne tous les êtres animés, «lit M. de Ronald, a reçu, h puissance de produire le feu (dont les animaux cependant éprouvent presque tous une sensation agréable) le feu, agent puissant et terrible, de création ou de destruction, dont lesupreme ordonnateur n'a remis la disposition qu'à l'intelligence qui peut en régler l'emploi, secret d'état que le monarque des mondes n'a conpé qu'à son premier ministre. »

« Le chien et le singe, dit M. de Maistrcdans ses Sobres de Saint-Pétersbourg^ (t. i, p. 294) « s'approcheront du feu et se chaufferont comme nous avec plaisir ; mais jamais vous ne leur apprendrez à pousser un tison sur la braise, car le feu ne leur appartient point; autrement le domaine de l'homme serait détruit. »

Mais enfin, dit-on, l'art et l'industrie n'éclatentils pas dans certaines actions des animaux? peut-on nier qu'il n'y ait de l'art, et 1 n art admirable par exemple, dans les nids des oiseaux, dans les ruches des abeilles, etc. ? Sans doute l'art brille dan> plusieurs opérations instinctives des bètes ; sans cela elles n.- pourraient remplir leur fin, <t leurs divers mouvements ne produiraient aucun résultats; mais cet art merveilleux hur est entièrement étranger, et elles ne le connaissent même pas. Les bêtes exécutent aveuglement les mouvements que nécessite la conservation de l'individu ou de l'espèce, comme un entant marche sans connaître les lois de l'équilibre, a Ainsi, dit encore Bossuet, la rai-on nous persuade que ce que les animaux font de plus industrieux se fait de la même sorte que les fleurs, les arbres et les animaux eux-mêmes, c'est à dire

avec art de la part de Dieu et sans art qui réside en eux, » Et « en effet, observe M. de Bonald, la constante uniformité de leurs opérations, lors même que des motifs de sûreté y nécessiteraient des changements ou que des circonstances particulières les rendent inutiles, prouve assez l'impulsion aveugle d'un instinct dénué de toute intelligence- »

Toutes ces opérations des bêtes ne sont sûres que dans les choses qui entrent directement dans la sphère et l'ordre prédéterminé de leur instinct. Mettez-y un obstacle extraordinaire , étranger à leurs habitudes mécaniques et au dessus ou tout à fait en dehors de leurs prévisions instinctives, vous les déroutez aussitôt , vous dérangez tout le plan de leurs travaux; elles agiront désormais sans but et sans prévoyance ; aucune combinaison intellectuelle, aucune lumière intérieure, aucune réflexion ne viendront à leur secours pour les redresser ou pour vaincre les obstacles survenus. A l'approche de la saison fixée par la nature, fournissez les matériaux convenables à une femelle d'oiseau enfernue dans une cage, vous la verrez travailler quoique seule à bâtir son nid, et surtout à le garnir de fin duvet pour les petits qu'elle n'aura jamais. Où sont ici la réflexion et la prévoyance?

Gall cite comme une preuve de l'intelligence des animaux le fait suivant : « Deux hirondelles venaient nicher tous les ans dans la maison de mon ami Streicher, à Tienne. Pendant leur absence on posa une sonnette dont le fil passait précisément dans l'endroit où était leur nid; à leur retour au printemps elles firent leur nid à la place accoutumée,

l'ame j)ks bêtes. 181

mais elles eurent soin de ménager une ouverture pour le fi] , pratiquée de manière qu'il pouvait jouer librement sans touchera leurs œufs ou à leurs petits. » (i) Gall prétend prouver par ce fait l'intelligence et la prévoyance des animaux dans des circonstances extraordinaires et imprévues, et nous, nous en concluons tout simplement qu'il ne prouve rien autre chose que leur bêtise et leur stupidité. Et en effet si ces oiseaux avaient été capables d'un certain degré d'intelligence, de prévoyance et de réflexion, n'eussent-ils pas plutôt choisi un autre coin voisin pour bâtir leur nid, au lieu de le reconstruire dans un endroit devenu si peu propre à cela, et au risque de troubler et d'incommoder leur petite famille et par le bruit et l'agitation du fil de la sonneite, et par le froid que devait causer un ((jurant d'air établi par des ouvertures opposées? Tout cela prouve évidemment que les animaux sont toujours aveuglément et fatalement impulsionnés par leur instinct, et que tout se fait chez eux par un pur mécanisme physiologique et organique sans trace d'intelligence, ni de prévoyance, ni de liberté.

Si les animaux font des mouvements raisonnes, il est certain qu'ils ne rai onnent pas eux-mêmes leurs mouvements. Cependant, pareeque nous raisonnons nos actions, nous sommes tous naturellement portés à croire que les animaux en font de même; mais nous ne faisons pas attention qu'à coté de ces mouvements, qui nous paraissent en eux le fruit d'une combinaison intellectuelle ou de la ré-

(1) Sur les Fonctions du cerceau, t. iv, p. 395,

flexion, on en voit souvent d'autres dans lesquels paraît à découvert toute la stupidité de la brute. « Sans doute, ajoute Bossuet, les animaux font tout convenablement, mais c'est autre chose de connaître la convenance : l'un convient non seulement aux animaux, mais encore à tout ce qui est dans l'univers; l'autre est le véritable effet du raisonnement et de l'intelligence, »

Quoi déplus merveilleux dans les opérations animales que l'industrie du fourmi-lion pour faire tomber sa proie dans le piège! Ce petit animal, sans même avoir de cerveau, décrit parfaitement sans compas des cercles , des spirales et des volutes , et creuse dans le sable avec un art admirable un cône renversé, qui présente un vaste précipice à tout ce qui s'en approche imprudemment. Caché lui-même en embuscade dans le fond de sa trémie , il lance des grains de sable pour faire choir les insectes dans l'abîme. 11 s'élance sur ceux qui y tombent, les dévore, et emporte loin de son antre redoutable les sanglants débris , de peur que la vue d'un carnage récent n'épouvante et n'éloigne de sa demeure de nouvelles proies. Voilà sans doute bien de l'adresse et de l'industrie ; il y a plus, on y découvre la plus haute géométrie. Si tout cela est de l'intelligence, le fourmi-lion en a plus que nos géomètres; mais non, il est fatalement poussé , impulsionné par un aveugle instinct, sans sentiment de prévovance ni de convenance; il tst nécessité de faire toujours les mêmes actes, sans nulle connaissance de la relation de la cause à l'effet ou du moyen à la fin. C'est pourquoi il creusera également son cône

i.'vMK DES BÊTES. 183

dans le sable sous une cloche en verre, où aucun insecte ne peut pénétrer, et où il est inutile par conséquent dé dresser des embûches parcB qu'il n'y a rien à prendre.

i La différence, dit M. Virey, entre l'instinct et l'intelligence est bien tranchée. L'instinct pur opère toujours sans raisonnement; mais il est mu, poussé par le besoin bd des désirs, des sentiments , des passions, et toute espèce d'incitation intérieure, involontaire; il n'a qu'une voie; il aspire à l'utile, au profitable à la vie, et le rencontre toujours par de secrets rapporis. Cependant chez les animaux il n'y a nul apprentissage, nul perfectionnement, lu!] • variation dans la pratique , nulle invention surajoutée; mais tout est d'avance disposé savamment pour une action nécessaire, parfaite, toute naturelle. Si l'enfant, le paysan inhabile s'instruisent et étudient à l'aide d'expériences, font d'abord mal, puis mieux, l'insecte n'a pas besoin de ces tâtonnements; la suprême sagesse l'en a dispensé, bien qu'il naisse solitaire souvent, séquestré ou plutôt orphelin de tous ses parents. Il ne lui en coûte ni méditation ni réflexion ; voyez-le marchant au but tout de suite, invariablement, par une illumination interne, supérieure à notre faible lueur de raisonnement. S'il ne se perfectionne jamais, s'il n'arrive à aucune découverte nouvelle comme la raison humaine, du moins il n'y a point de temps d'ignorance ou de dégénération comme parmi notre espèce, et s'il n'y a point de siècles de gloire et de splendeur littéraire chez les abeilles et les fourmis, on n'y voit point non plus des âges d'abrutis-

-184 pensées d'en croyant catholique.

sèment ou de barbarie et d'obscurité. Enfin l'animal instinctif, s'il n'invente rien, ne copie rien aussi; tous ses actes sont originaux et non imités de qui que ce soit : l'hirondelle n'a point appris de nos maçons à bâtir son nid; et, quoique les guêpes et les bourdons forment des cellules régulières , il ne leur faut ni règle ni compas. Un géomètre plus sublime les dirige, un plus savant architecte élève l'édifice des termites et des fourmis. Quelle étrange merveille d'agir avec toute raison et toute industrie, sans posséder cette raison sublime et cette industrie, tant on dirait que la fourmi connaisse les conséquences de ce qu'elle fait!»

Quelques animaux font des ouvrages auxquels l'industrie humaine ne saurait atteindre; mais ces sortes de talents leur sont naturels et instinctifs; ils ne les doivent ni à l'expérience ni à la réflexi >n. L'animal ne crée rien., n'invente rien, ne perfectionne rien ; il ne se perfectionne pas lui-même ; il est ce qu'il fut au commencement, il sera ce qu'il est aujourd'hui et à la lin des siècles. Ses travaux ont la perfection ; mais c'est toujours la même, comme celle des ouvrages faits au métier; les toiles d'araignée, les cellules hexaèdres des abeilles sont les mêmes qu'au commencement du monde.

Mais, dira-t-on, si les animaux sont privés de toute intelligence, s'ils n'ont d'autres facultés que celles de leurs sens, d'où vient la prévoyance que l'on remarque dans quelques-uns d'entre eux?Pourquoi ces provisions de vivres chez les fourmis, les abeilles, les mulots pour les faire subsister p< ndant l'hiver? Cela ne suppose-t-il pas une notion du

l'ahe des bêtes. 185

temps et une connaissance certaine de l'avenir? Voici ce que Buffon répond à cela (1). « La prévoyance des fourmis n'était qu'un préjugé qu'on leur avait donné en les observant; on la leur a ôtée en les observant mieux. Elles sont engourdies tout l'hiver : leurs provisions ne sont donc que des amas superflus, amas accumulés sans vues, sans connaissance de l'avenir, puisque par cette connaissance même elles en auraient prévu toute l'inutilité. N'estil pas très naturel que des animaux qui. ont une demeure fixe où ils sont accoutumés à transporter les nourritures dont ils ont actuellement besoin, et qui flattent leur appétit, en transportent beaucoup plus qu'il ne leur en faut, déterminés parle sentiment seul et par le plaisir de l'odorat ou de quelques autres de leurs sens, et guidés par l'habitude qu'ils ont prise d'emporter leurs vivres pour les manger en repos? Cela même ne démontre t-il pas qu'ils n'ont que du sentiment et point de raisonnement? C'est par la même raison que les abeilles ramassent beaucoup plus de cire et de miel qu'il ne leur en faut : ce n'est donc point du produit de leur intelligence, c'est des effets de leur stupidité que nous profitons; car l'intelligence les porterait nécessairement à ne ramasser qu'à peu près autant qu'elles ont besoin et à s'épargner la peine de tout le reste, surtout après la triste expérience que ce travail est en pure perte ; qu'on leur enlève tout ce qu'elles ont de trop; qu'enfin cette abondance est la seule cause de la guerre qu'on leur fait et la

(1) Hist. nat., t. m, p. 81 et suiv.

source de la désolation et du trouble de leur société. Il est si vrai que ce n'est que par un sentiment aveugle qu'elles travaillent qu'on peut les obliger à travailler pour ainsi dire autant que l'on veut en faisant en .sorte qu'elles ne manquent jamais de

fleurs

. « Ouant aux mulots, lorsqu'ils font euxmêmes leurs trous, ils ne les font pas grands, et alors ils ne peuvent y placer qu'une assez petite quantité* de graines ; mais lorsqu'ils trouvent sous le tronc d'un arbre un grand espace ils s'y logent, et ils le remplissent autant qu'ils peuvent de blé, de

noix, de noisettes, de glands en sorte que la

provision au lieu d'être proportionnée au besoin de l'animal ne l'est au contraire qu'à la capacité du

lieu

Il en sera de même de la prévoyance des oiseaux. . Non seulement les animaux ne savent pas ce qui doit arriver, mais ils ignorent ce qui est arrivé. Une poule ne distingue pas ses œufs de ceux d'un autre oiseau; elle ne voit pas que les petits canards qu'elle vient de faire éclore ne lui appartiennent point; elle couve des œufs de craie, dont il ne doit rien résulter, avec autant d'attention que ses propres œufs ; elle ne c nnaît donc ni le passé ni l'avenir, et se trompe encore sur le présent. »

Plus haut l'auteur lit ces paroles pleines de raison et de vérité. « Ce ne peut être par une intelligence semblable à la nôtre que les animaux aient une connaissance certaine de l'avenir, puisque nous n'en avons que des notions très douteuses et très imparfaites : pourquoi donc leur accorder si légèrement

l'âME dl:s BETES. 187

une qualité si sublime ? pourquoi nous dégrader mal à propos? Ne serait-il pas moins déraisonnable, supposé qu'on ne pût pas douter des faits, d'en rapporter la cause à des lois mécaniques., établies comme toutes les autres lois de la nature par la volonté du Créateur? La sûreté avec laquelle on suppose que les animaux agissent, la certitude de leur détermination suffirait seule pour qu'on dût en conclure que ce sont les effets d'un pur mécanisme. Le caractère de la raison le plus marqué c'est le doute, c'est la délibération, c'est la comparaison; mais des mouvements et des actions qui n'annoncent que la décision et la certitude prouvent en même temps le mécanisme et la stupidité. » C'est à dire l'intelligence de l'auteur de ce mécanisme infaillible et la stupidité de l'être où il se trouve.

« Dieu seul connaît le passé, le présent et l'avenir; il est de tous les temps er voit dans tous les temps. L'homme dont la durée est de si peu d'instants ne voit que ces instants; mais une puissance vive, immortelle les compare, les distingue, les ordonne; c'est par elle qu'il connaît le présent, qu'il juge du passé, qu'il prévoit l'avenir. Otez à l'homme cette lumière divine, vous effacez, vous obscurcissez son être; il ne restera que l'animal; il ignorera le passé, ne soupçonnera pas l'avenir, et ne saura même ce que c'est que le présent. »

Le trait le plus marqué de la différence essentielle (pii sépare l'homme de la brute, et qui ne permet pas de rapprocher l'animal le plus industrieux de l'homme le plus borne, c'e t que « l'homme, dit M. de Bonald, naît dans l'ignorance de tout ce qu'il

doit savoir, mais avec la faculté d'apprendre de ses semblables tout ce qu'il ignore, de towt connaître et. de se connaître lui-même. La brute au contraire naît instruite de tout ce qu'elle doit faire, mais incapable d'aller plus loin. La raison de l'homme est

incertaine parce qu'elle n'arrive à la

connaissance de la vérité que par degrés et à l'aide du raisonnement. L'instinct de la bête est sûr, parce que, n'ayant rien à apprendre, elle doit avoir

tout reçu pour la fin qui lui est propre

Je le répèle,

l'animal naît parfait ou plutôt fini ; l'homme naît perfectible et infini, si j'ose le dire; car, ditBossuet,

il peut trouver jusqu'à l'infini Pour la

brute la perfection relative est dans l'individu, l'imperfectibilité dans l'espèce; pour l'homme, au contraire, l'imperfection est dans l'individu, la perfectibilité est dans l'espèce ou la société. L'espèce brute recommence toujours, et tourne sans cesse dans un cercle qu'elle ne peut franchir; l'espèce humaine ne s'arrête jamais, parce qu'elle suit une ligne droite dont elle ne peut atteindre le terme. »

L'homme, ajoute M. de Bonald, peut diriger et dresser jusqu'à un certain point l'instinct de l'animal, lui donner quelques habitudes, lui apprendre à imiter quelques-uns de ses mouvements; mais ce que nous apprenons ainsi à l'animal prouve seulement notre intelligence et non la sienne, « puisque dans l'animal le mieux dressé ces actions artificielles se font toujours avec une régularité automatique et souvent à contre-temps. »

Il est certain que l'on ne peut faire connaître sa

l'ame des bètes. 489

pensée que par une expression parlée ou figurée, c'( st à dire par la parole ou le geste ; or les animaux n'ayant aucune de ces expressions, il faut en conclure qu'ils sont privés de la faculté de penser et de raisonner. « Les anciens, dit M. de Bonald, appelaient les animaux privés de raison muta animalia, les animaux muets, et lorsque la crédulité populaire cherchait des présages à de grandes calamités elle mettait au nombre des plus sinistres que des bêtes avaient parlé, pecudesque locutœ, infandumï Et nous-mêmes, malgré nos systèmes, ne serions-nous pas saisis d etonnement et presque d'effroi si nous surprenions un animal je ne dis pas à parler, mais seulement à faire un geste qui fut l'expression réfléchie d'une pensée et non le signe involontaire d'une sensation ou d'un besoin? »

Voici ce que dit Buffon sur l'orang-outang dans le rapprochement qu'il en fait avec l'homme :

« Toutes les parties du corps, de la tête et

des membres, tant extérieures qu'intérieures, sont si parfaitement semblables à celles de l'homme qu'on ne peut les comparer sans admiration et sans être étonné que d'une conformation si pareille et d'une organisation qui est absolument la même il ne résulte pas les mêmes effets. Par exemple la langue et tous les organes de la voix sont les mêmes que dans l'homme, et cependant l'orang-outang ne parle pas; le cerveau est absolument de la même forme et de la même proportion, et il ne pense pas (1). Y a-t-il une preuve plus évidente que la

(1) 11 est certain que l'intelligence n'est pas toujours en rapport

matière seule, quoique parfaitement organisée, ne peut produire ni la pensée ni la parole, qui en est le signe, à moins qu'elle ne soit animée par un principe supérieur. » (i)

Si l'orang-outang ne parle pas, s'il n'a point de langage articulé comme nous, ce n'est point parce que les sacs hyo-thyioïdiens y mettent obstacle, comme le prétendent MM. Richerand et Virey après Camper, mais uniquement parce qu'il ne pense pas (2). Faites disparaître ce prétendu obstacle à la parole, l'orang-outang n'en demeurera pas moins muet; faites plus, supposez ses organes vocaux absolument semblables à ceux de l'homme, l'animal ne parlera pas encore, et ne pourra jamais émettre sponlanénv nt des sons articulés; ou s'il en produisait ce serait le langage du perroquet, composé de

direct et proportionnel avec le volume du cerveau, puisque plusieurs animaux ont cet organe relativement plus volumineux que riiomme. Sous ce rapport relatif, d'après les observations de Haller et de Cuvier, L'homme se trouve place entre le merle et le rougegorge et le premier rang appartient au serin. M, Virey dit que sous le rapport de l'étendue relative du cerveau l'homme est égalé par la souris et surpassé par le moineau. L'âne a plus de cervelle à proportion que le cheval.

Tous les anatomi.stes ont senti qu'il fallait une puissance spécifique radicale pour présider aux organisations si voisines de l'homme et de l'orang-outang, et pourtant produisant des effets si éminemment et si prodigieusement dissemblables.

(1) Billion, Bût. nai., t. vi, in-8°, p. 163.

(2) Ce passage est supprimé dans les dernières éditions de l'ouvrage de M. Richerand que nous n'avions point vues; il est remplacé par ce qui suit : « Le singe, chez lequel ces parties sont confbr- « niées comme dans l'homme, parlerait comme lui si son intclli- « gence était aussi développée. » C'est à dire que si le singe était homme il parlerait comme l'homme.

L'AME DES BÊTES,. l!ll

purs sons mécaniques, qui ne peuvent être le signe ni le véhicule d'aucune pensée. Ainsi le chien, l'éléphant, l'orang-outang, eussent-ils les organes <!<• la voix et de la parole faits comme ceux de l'homme, n parleront jamais, parce que Dieu ne leur a point donné la parole, c'est à dire qu'il leur a refusé la pensée, qui est la raison et la condition du langage articulé ou de la parole.

?sous avons vu ailleurs que l'homme n'a pu inventer la parole, et qu'il l'a reçue nécessairement de Dieu avec les idées, la pensée et la raison. Mais les sauvages, dira-ton peut-être, n'ont-ils pas l'usage de la parole? D'où leur vient le langage? les sauvages ne sont pas de véritahles sauvages; ce sont des débris d'anciennes civilisations, et leurs langues sont aussi des débris d'anciennes langues ruinées, comme dit M. de Maistre. S'ils n'avaient reçu de la société l'usage de la parole, ils ne parleraient pas plus que les orang-outangs, Ain i l'intelligence seule où l'homme a reçu du Créateur le sublime don de la parole, et le partage de la brute ce sont la sensation, l'instinct et le silence.

Si les animaux n'ont aucune expression de pensée et de raisonnement, on les voit néanmoins exprimer leurs pussions et leurs besoins par des cris ou des mouvements involontaires. Par ces expressions ou ees manifestations extérieures ils s'entendent entre eux, parce qu'ils ont à peu près tous les mêmes besoins et les mêmes appétits qui font parti • de leur instinct La parole que l'homme leur adresse ne peut être pour eux 'in signe de pensée; ils n'y entendent qu'un pur son ; i t ce qui le prouve c'est que

si vous substituez une périphrase aux mots ou aux sons cherche et apporte, le chien ne vous obéit plus. "Vous ne persuaderez jamais aux villageois le plus stupide que le perroquet de l'anecdote que je vais rapporter exprimât par ses cris articulés une pensée de danger jointe à l'espoir d'un prompt secours. Au mois d'octobre dernier les journaux ont rapporté une scène comique passée sur le boulevart de Paris.

o Un magnifique perroquet se pavanait devant « une boutique, amusant par son babil une foule « de flâneurs, quand tout à coup un chien de « chasse, curieux de connaître sans doute la cause « de cet attroupement, perce la foule, et saute sur « le perroquet, qu'il emporte au plus vite. Le pauvre « Jacquot pousse des cris de détresse, mais inutile- 4 ment; alors il s'avise de crier au secours! à la « garde! à la garde! Son ravisseur, effrayé d'en- « tendre une voix qu'il croit humaine sortir de son « gosier, lâche le pauvre perroquet, et se sauve la « queue entre les jambes comme si en effet la garde « était à sa poursuite. »

Pour terminer cette notice nous rapporterons quelques passages textuellement extraits de l'ouvrage déjà cité de M. de Bonald. Ces citations, qui renferment des réflexions morales d'un haut intérêt, pourront être considérées comme un résumé de tout ce que nous venons de dire sur les mœurs, l'âme ou l'instinct des animaux.

« Peut-être n'est-il pas impossible de tirer de cette différence entre l'âme de l'homme et l'instinct de la brute quelques inductions éloignées sur l'immortalité de l'une et la mortalité de l'autre. Les

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