I.' AME DF.S BÊTES
idées d'ordre, de raison, de justice, etc., sont éternelles comme Dieu, qui en est le type : l'âme qui conçoit ces idées est immortelle, puisqu'elle est la faculté de contempler un objet éternel; mais la faculté qu'ont les brutes de recevoir des images et des sensations ayant pour objet ce monde matériel et périssables on peut croire que cette faculté cesse lorsqu'il n'y a plus de raison à son existence, et que l'objet a disparu parla décomposition des sens destinés à le percevoir. »
Les partisans de l'opinion cartésienne nous demanderont peut-être comment, dans notre hypothèse, on peut concilier avec la justice et la bonté de Dieu l'état de souffrance auquel la brute se trouve exposée, puisque sous un Dieu juste nulle créature ne peut être malheureuse sans l'avoir mérité.
Cette objection pourrait peut-être arrêter ceux qui reconnaissent dans l'animal un principe intelligent; mais pour nous elle ne nous embarrasse nullement. Recourons de nouveau à la haute et puissante raison de M. de Bonald.
« L'animal souffre sans doute, mais il n'est pas malheureux, pas plus qu'il n'est heureux en jouissant,, parce que la douleur et le plaisir sont des sensations que tout être organisé et animé peut éprouver, et que le bonheur ou le malheur sont des sentiments dont le seul être intelligent et moral est susceptible
« La raison dit que l'être seul est heureux qui a des idées du souverain bien et une destination naturelle vers le suprême bonheur, dont il fait l'ap-
plication à tous les objets qui lui offrent quelques traits du bien ou du beau qu'il connaît, et quelque avant-goût du bonheur qu'il espère; que celui-là seul est malheureux qui peut comparer son état présent de souffrance avec le sentiment de sa dignité et la grandeur de ses espérances; que celui-là seul est heureux qui dans le plaisir voit ou croit voir, en quelque sorte, la plénitude de son existence et l'accomplissement de ses hautes destinées; que celui-là seul est malheureux qui regarde la douleur comme un châtiment, comme une dégradation de son être et une déchéance de la domination qu'il a droit d'exercer sur les êtres sensibles et sur luimême; et que l'animal, qui n'a ni ces idées, ni ces désirs, ni cette destination, ni ces espérances, et qui ne peut faire aucune comparaison de son état présent avec un autre état, soit qu'il souffre, soit qu'il jouisse, n'est pas au fond plus heureux ou plus malheureux que la plante que l'on arrose ou que le bois que l'on met au feu ; et si nous ne devons pas le tourmenter par caprice, ni le détruire sans nécessité, la raison nous permet d'en user, comme de tous les objets sensibles, avec modération et selon l'exigence de nos besoins.
« D'ailleurs, à parler exactement^ c'est moins la souffrance qui est un mal que la destruction, dont la douleur est l'annonce et le commencement ; c'est nu.ins la jouissance qui est un bien que la vie, dont le plaisir est le plus plein exercice. Mais la vie ellemême et la mort ne sont un bien ou un mal que pour l'être qui les connait, les juge, et qui quelquefois, malgré la nature et plus fort qu'elle, fuit
L'AVE l»KS ItKTES. 1U">
la vie comme un mal et cherche la mort comme un bien. Mais pour la brute, comme pour le végétal, la vie et la mort ne sont rien, rien que du mouvement et du repos ; rien qu'un état que l'un commence, (pu- l'autre finit, et où la mort n'est que la condition nécessaire de la vie.
« Si l'animal eut dû n'être entre les mains de l'homme qu'un instrument ou moyen purement passif comme le bois, la pierre, les métaux, il n'eût eu avec l'homme d'autres rapports que les rapports matériels que ces substances inanimées ont avec le corps humain, des rapports de distance., d'étendue, de pesanteur, d'adhérence ou de divisibilité de parties; rapports que tous les corps ont entre eux, et qui rendent ceux qui servent à nos besoins propres à être mis en œuvre pour notre industrie ; mais les animaux devaient être pour l'homme des instruments animés, des mo)rens actifs, et non pas seulement des matériaux ; ils devaient être des aides pour ses travaux, des compagnons de ses plaisirs ou des ennemis pour son courage : il leur fallait donc avec nous des rapports d'une autre espèce. Il était donc nécessaire que l'animal nous vit pour nous reconnaître, nous connût pour nous retrouver, nous entendit pour nous obéir, qu'il s'attachât à nous pour rester auprès de nous ; et ces mêmes facultés qui accoutument à l'homme les animaux utiles il les fallait pour l'éviter aux animaux malfaisants, qui se multiplient partout où l'homme n'est pas, et reparaissent partout où il n'est plus, mais qui lui cèdent l'empire de la terre, et s'éloignent do sa de-
10G PENSÉES d'un croyant catholique.
meure là où se montre ce dominateur de l'univers.
« Il fallait donc aux animaux une organisation humaine, si j'ose le dire, pour pouvoir servir l'homme, ou servir à l'homme; une faculté d'imaginer pour que nous puissions leur transmettre des images, une faculté de sentir pour que nous puissions leur donner des habitudes ; et, destinés à se reproduire pour durer sur la terre autant que l'homme, il leur fallait des affections domestiques ou quelque chose qui y ressemble pour se chercher et s'unir entre eux, et prendre de leur progéniture le soin que nous ne pouvons en prendre nousmêmes, c'est à dire qu'il fallait aux brutes tout ce qu'elles ont, et rien de plus; car l'intelligence, la connaissance, et par conséquent la raison qu'on leur attribue gratuitement seraient aussi importunes à l'homme qu'inutiles à l'animal, incommodes à notre supériorité, superflues pour sa dépendance. Ils seraient bien moins soumis s'ils étaient intelligents, et, peut-être trop semblables à l'homme, ils raisonneraient lorsqu'il ne faudrait qu'obéir.
« Les animaux ne peuvent avoir une faculté de raisonner que pour notre utilité ou la leur: si elle leur a été donnée pour nous servir, ils ne sont que nos esclaves, et la prééminence de l'homme est incontestable ; si elle leur a été donnée pour les éclairer eux-mêmes, quel usage font-ils de cette lumière intérieure? à quoi leur sert-elle pour leur bonheur et l'amélioration de leur condition ? Mille générations d'animaux qui se sont succédé depuis
l'âme des l-.i r£S. 1!»T
Aristole n'ont rien ajouté à la perfection des espèces
« Le service des animaux (intelligents et pensants) perd pour moi tous ses charmes, et je perds moi-même avec eux ma sécurité. Je voyais en eux un instinct merveilleux qui suffisait- à leurs besoins et aux miens ; je n'y vois plus qu'une intelligence dégradée Ils étaient pour moi des instruments
utiles; ils ne sont plus que de dangereux commensaux. Ce chien si fidèle qui repose à mes côtés pendant mon sommeil, ce cheval docile qui me conduit d'un pas si sûr à travers les torrents et les précipices, s'ils pensent, s'ils réfléchissent, s'ils raisonnent, ne feront-ils jamais usage de leur raison que pour obéir; et si les pensées de l'homme inconnu, de mon semblable, que je rencontre seul dans des lieux éeartés, m'inspirent quelques justes craintes, n'éprouverai-jc jamais un sentiment d'effroi en me trouvant faible et désarmé au milieu de ces troupeaux d'esclaves, qui ont leurs pensées comme j'ai les miennes, et des moyens d'attaque si supérieurs à mes moyens de défense ?
« Résumons. La faculté intérieure qui conduit les brutes et donne l'impulsion à leurs mouvements est bornée dans chaque espèce par son organisation particulière ; donc cette faculté est un instinct, et n'est pas une intelligence, une raison, puisque le propre de l'intelligence et de la raison est d'être servie et non bornée même par ses organes, et de ne pas connaître de terme à ses recherches et à ses progrès.
« La faculté intérieure qui anime l'homme, com-
mande et dirige ses actions n'est pas bornée par son organisation, puisque l'homme invente tous les jours de nouveaux moyens d'étendre la force de ses organes ou de suppléer à leur faiblesse, et de faire en un mot avec des organes artificiels tout ce que ses organes naturels lui refusent. Ainsi il vogue sur les eaux, il s'élève dans les airs, il parcourt la terre, il mesure les cieux ; comme il connaît le passé, juge le présent, prévoit l'avenir, et soumet tout ce qui est et même ce qui n'est pas encore à l'action de sa pensée ou de son industrie ; donc cette faculté est une intelligence. S'il est nécessaire pour leur conservation et la destination qu'ils ont reçue que les animaux tirent quelques inductions des images qui les frappent, qu'ils contractent quelques habitudes par la répétition fréquente des mènes actes, ces inductions ou plutôt ces consécutions,quine sortent pas des limites de leur instinct et qui en font partie, ne sont point des raisonnements, et si l'on veut appeler cet instinct avec ses inductions et ses habitudes une raison, on ne fait que de changer l'acception (\cs mots, et une raison bornée aux seuls objets matériels et circonscrite dans un cercle d'inductions simples et d'habitudes involontaires n'est pas ce que les hommes ont dans tous les temps entendu par le mot raison : alors on ne dispute que sur des mots ; et si l'on veut être de bonne foi, on conviendra que l'instinct des brutes n'est pas du tout l'intelligence de l'homme, et n'a ni le même usage ni la même destination. Osons le dire, au fond on ne met pas plus d'intérêt à l'intelligence des brutes qu'à celle de l'homme; mais on veut faire
l'amk des bêtes. 199
douter l'homme de sa propre raison et de tout ce qu'elle lui prescrit et lui inspire ; on veut, en prodiguant ainsi l'intelligence, ôt«r toute valeur à une faculté qui est commune à tous les êtres, et que l'homme, incertain entre tant d'intelligences,, ne croie plus à aucune intelligence, et ne se reconnaisse plus à lui-même qu'un instinct. On veut surtout, en attribuant l'intelligence aux bêtes, jeter les partisans de l'immortalité de l'âme humaine dans l'incertitude de savoir si l'àme de l'homme est mortelle comme celle des bêtes, ou si l'âme des bêtes est immortelle comme celle de l'homme.
« 11 y a donc l'infini entre l'homme et la brute sous le rapport de l'intelligence. Les animaux ont une faculté de recevoir des images et point d'intelligence des idées ; des sensations et point de sentiments, des habitudes et point de réflexions; ils font des mouvements nécessités par un instinct ou une impulsion, et non des actions commandées par une volonté. Il n'y a donc ni bonheur ni malheur pour ces espèces sans pouvoir, sans devoirs, sans dignité, sans propriété, sans liberté ; masses organisées pour se reproduire, vivre et mourir au service de l'homme, et dont il peut user comme de toutes les choses soumises à son empire et permises à ses besoins. Sans doute son intérêt et plus encore l'intérêt de la société lui prescrivent d'en user avec modération, et sa raison même lui défend de se livrer envers les animaux à des mouvements de violence, de férocité ou de caprice, qu'il pourrait porter dans ses rapports avec les hommes ; mais les sentiments de respect et d'affection il ne les doit qu'à l'être semblable à lui,
et il ne peut sans puérilité ou même sans profanation les étendre jusque sur des êtres dépourvus de raison et de sentiment, et qui ne sauraient ni les apprécier ni les lui rendre.
« J'ose dire que ces considérations morales sont bien autrement décisives pour prouver l'intelligence de l'espèce humaine et la spiritualité de son principe pensant, exclusivement à toutes les espèces d'êtres animés ou inanimés, que ces observations, prétendues physiologiques, qui, plaçant la pensée dans les organes, concluent l'identité du principe de quelques ressemblances imparfaites dans les instruments, n'élèvent l'animal que pour dégrader l'homme, ne nous donnent des rivaux que pour nous donner des maîtres, et, par un exécrable blasphème, faire du roi de toute la nature un orang-outang dégénéré. »
SYSTÈME PHRimOLOGIQUE.
Ce que l'on appelle aujourd'hui phrénologie, 'autrefois crâniologie, organologie ou crânioscopie, n'est autre chose que le système de Gall, par lequel on prétend connaître à l'inspection des bosses, des saillies ou des dépressions du crâne, les diverses facultés ou aptitudes de l'homme avec ses penchants et ses passions; ou, si l'on veut, c'est la doctrine de la pluralité des organes cérébraux et de la localisation des facultés intellectuelles et morales.
Nous n'entrerons pas dans de longs détails relativement à toutes ces prétendues protubérances crâniennes, ou, si l'on veut, organes encéphaliques; car la crânioscopie, de l'aveu même des phrénologistes, étant devenue insuffisante, on a adopté la méthode delacérébroscopie, ou l'étude des circonvolutions cérébrales. Mais dans l'état actuel de la science les phrénoloiistes ne paraissent pas plus croire à la cérébroscopie qu'à la crânioscopie. Il ne s'agira donc ici directement ni de l'une ni de l'autre.
Nous nous bornerons à quelques réflexions contre la doctrine de la pluralité des organes, ou de la localisation des fonctions intellectuelles et morales; car toute la phrénologie est là. San> pluralité organique et sans localisation, il n'y a point de phréno-
logie. Nous prouverons de plus que la science phrénologique conduit droit au matérialisme, si ce n'est déjà une doctrine toute matérialiste ou la théorie du néant.
Posons quelques principes. Dieu est présent à tous les êtres, soit spirituels, soit matériels. Dans ces derniers sa présence s'étend à toutes leurs parties. L'âme humaine, qui est esprit comme Dieu et faite à l'image de Dieu, est présente de la même manière à tout le corps qu'elle anime, et d'une manière spéciale au cerveau et à toutes ses parties. (Nous n'entendons ici par cerveau que ses deux hémisphères, qui seuls constituent l'organe de l'intelligence, comme nous le verrons plus loin.) Elle agit sur cet organe et sur toutes ses parties par son intelligence et sa volonté, comme elle agit sur tout le corps par sa faculté sensitive,ou la force vitale et la sensibilité des physiologistes.
L'âme ne pouvant agir que d'après sa nature, qui est l'unité et la simplicité, il s'ensuit que le principe d'action est un et simple ; que l'activité est une et non multiple, identique et non diverse ; enfin qu'elle est simple, inétendue, indivisible, immatérielle et spiiituelle : donc la pluralité des organes et la localisation des fonctions intellectuelles et morales sont une hypothèse purement gratuite et inutile, que l'observation et les faits démentent, et que la raison et le bon sens réprouvent. Cette pluralité n'existe que pour les opérations sensitives ou les sensations qui nous sont communes avec les animaux, et de là la pluralité des sens comme de la vue, de l'ouïe, < te. Ainsi chez l'homme, qui seul possède l'intelli-
PHRÊN0L0G1E. 268
gence et le libre arbitre, ou qui, en d'autres termes, est seul capable d'idées intellectuelles et morales, il n'y a ni organes multiples ni localisation pur conséquent des fonctions intellectuelles et morales.
Voici ce quivient à l'appui de ces principes : toutes les fois qu'on se livre avec excès aux travaux intellectuels quels qu'ils soient, attention, réflexion, méditation, contention desprit, en un mot tous les genres d'application à quoi que ce soit, on en éprouve constamment vers le milieu du front un sentiment de gêne, de pesanteur, d'embarras, de tension ou plutôt de douleur véritable, et qui devient même quelquefois très vive. Voilà un fait universellement constaté et admis. Pourquoi donc toujours cette douleur à la région frontale et point ailleurs, point à l'occiput ni au vertex? Pourquoi le mathématicien livré à un travail d'esprit excessif ne souffre-t-il pas derrière l'angle externe de l'œil, où se trouve selon Gall l'organe du calcul et des mathématiques? Pourquoi le poète emporté trop loin par sa verve impétueuse ne souffre-t-il pas au dessus des tempes, où correspond l'organe prétendu de la poésie, et ainsi des autres? Pourquoi suivant cette loi générale, que tout organe que l'on exerce trop devient plus ou moins douloureux, le mathématicien et le poète rapportent-ils cette fatigue ou cette douleur directement au front comme les autres hommes, tandis qu'elle devrait se faire sentir à la région de leurs organes respectifs?
Voilà des faits constants, qui prouvent d'abord invinciblement que le cerveau est l'organe de l'intelligence, et que de plus cet instrument de la pensée
2QA pensées d'un croyant catholique.
concourt à l'accomplissement des fonctions intellectuelles d'une manière générale, absolue et intégrale, c'est à dire qu'il agit en masse sous l'influence immédiate de l'âme. Voilà donc à la fois prouvées et l'existence du cerveau comme organe de la pensée, et l'unité organique pour les fonctions intellectuelles et morales.
Maintenant, quant aux passions, ont-elles leur siège dans le cerveau, et ce siège est-il multiple? Suivant l'opinion de Bichat, de Cabanis, de M. Virey et de Broussais lui-même avant qu'il fût phrénologiste, et enfin, dit Gall, de la presque totalité des médecins, lesaffections et les passions ont leur siège dans les organes de la vie interne, dans les viscères ou plutôt dans le système nerveux ganglionnaire.
Si ces organes des passions existaient dans l'encéphale, il faudrait que leurs fonctions respectives nous en révélassent la présence de la même manière que les fonctions intellectuelles nous prouvent l'existence du cerveau. De plus, dit M. le docteur Virey, si les passions naissaient dans le cerveau, comment, par exemple, une grande crainte ôteraitelle toute force au cerveau, le paralyserait en quelque sorte jusqu'à faire tomber en syncope? Il faut donc qu'elles viennent d'une autre source. Il existe, à la vérité, une liaison étroite entre le système nerveux ganglionnaire et le système nerveux cérébrospinal ou le cerveau, et même ce dernier est ordinairement la cause occasionnelle des passions, en ce sens qu'il donne la connaissance de leur objet. Une autre preuve que les passions existent indépendamment du cerveau c'est qu'on les observe, au
IMIRGNOI.OGIE. 205
rapport de M. Yirey, chez les animaux sans cerveau, comme les zoophytes, les vers, etc., qui ressentent la crainte, l'amour, etc. (1)
On ne peut donc pas dire que les passions résident proprement dans le cerveau, car rien n'y prouve l'existence de leurs organes; on n'y en découvre pas même l'existence collective en vertu de la condition d'unité organique; car, si cela était, ces passions exagérées et portées au dernier excès devraient douloureusement affecter au moins la partie postérieure de la tête ou du cerveau, où Gall place la plupart de leurs organes, comme les travaux excessifs de l'esprit nous font réellement souf-
(1) On nous objectera peut-être l'opinion de Call et de quelques autres physiologistes, qui prétendent que le cervelet est le siège de l'amour physique pour en conclure que les autres passions ont également leur siège dans le cerveau.
Biais il faut se rappeler que le cervelet a été considéré tour à tour comme l'organe de la musique, de la mémoire, de la sensibilité, et que les plus célèbres physiologistes de nos jours lui ont attribué les mouvements, la station, la progression, etc. Cette multiplicité d'opinions prouve déjà que l'usage et les fonctions du cervelet nous sont encore assez mal connus, et que cet organe n'est pas indispensable à telle fonction plutôt qu'à telle autre ; d'ailleurs il est des animaux privés de cervelet, comme les reptiles et les poissons, et qui cependant sentent, se meuvent et se reproduisent parfaitement.
Au surplus tous les peuples de temps immémorial ont regardé le cerveau comme l'organe de l'intelligence, tandis que les affections et les passions ont été départies au cœur, c'est à dire au système nerveux ganglionnaire; car le mot cœur n'est ici qu'une expression purement métaphorique. Cette unanimité de sentiment, cet accord universel, n'est-ce pas le sens commun? et ce sens commun, que j'appellerais presque instinctif et naturel, peut-il tromper dans les choses inhérentes et essentielles à la nature de l'homme intellectuel et moral ?
frir à la partie antérieure du cerveau. Or on sait que les choses ne se passent pas ainsi. Donc il n'y a pas de pluralité d'organes pour les passions et les affections, et rien même n'en prouve évidemment l'unité organique dans le cerveau Tout cela nous porte naturellement à tirer cette conclusion négative contre le système phrénologique : provisoirement et jusqu'à ce qu'elles soient mieux prouvées nous rejetons l'organologie, nous rejetons la crânioscopie, nous rejetons la cérébroscopie, nous rejetons en un mot la phrénologie. Nous admettons seulement l'innéité des facultés, des aptitudes et des penchants, et c'est ce qui a été reconnu dans tous les temps, comme le talent naturel du calcul, des mathématiques, de la poésie, etc. ; mais aucun signe crànioscopiquc ne peut nous faire connaître à priori ces aptitudes et ces facultés. Donc enfin la doctrine phrénologique n'existe pas comme science, ou n'existe pour nous jusqu'à présent qu'à titre de déception et de mystification, comme le mesmérisme ou le magnétisme animal, la mégalanthropogénésie et l'homœopnthie. « Ajoutons, dit la Revue médicale . que les docteurs crànioscopes ne sont nullement d'accord sur le nombre des organes : eu l'un en découvre trente-quatre, l'autre en compte soixante-dix, un troisième plus de cent, et tous s'accusent d'avoir un jugement faux, un crâne étroit, un encéphale défectueux. Et puis comment le moi* cet être un, indivisible,, inétendu, point convergent de toutes les facultés, partie essentielle de tout acte mental., logique, peut-il exister avec cette pluralité indéfinie des organes? Il y a ici la plus no-
eiil.l.NOLOGIE. 207
toire contradiction, disons mieux, la plus formelle absurdité. Faut-il donc le redire? On ne peut diviser le moi, qui n'est que lui, qui est lui ni plus ni moins, et dire en le divisant : Voilà qui vit pour tel organe, voici qui vit pour tel autre; la personnalité ne se prête pas à être ainsi fractionnée; il faut la nier ou la reconnaître dans sa complète intégrité. L'unité matérielle, l'unité organique en particulier est un composé, une agrégation de parties; mais l'unité spirituelle n'est rien de semblable; elle est l'unité tout simplement. » (1)
Cependant acceptons pour un moment la plirénologie, et admettons la pluralité des organes que l'unité du moi détruit et tue si évidemment (2); il
(1) r,i om médicale, cahier de juin 1838, p. 465.
(2) Gall affirme que « la liberté morale ne saurait exister qu'avec la pluralité des organes. » {Sur la Physiologie du cerveau, t. 1, p. 307.)
Si la liberté morale dépend de la pluralité des organes, on finira par en conclure peut-être que les animaux, chez qui, selon Gall, on trouve la même condition organique, sont aussi bien que l'homme doués du libre arbitre ou de la liberté morale.
« A l'instant où l'on préconise le libre arbitre, dit Gall, l'homme oe se trouve-t-B pas sur les bords glissants de l'abîme 9 On dit, el je le dis aussi, que l'homme abuse de sa liberté; mais quel motif a l'homme d'en abuser si rien ne le meut dans son intérieur et ne t'excite à des actions illégales? » [Physiologie du Cerveau, t. 1, p. 253.)
«Dans le système phrénologique , dit M. le docteur Cerise, l'homme est une passivité ; il ne se meut qu'en vertu de quelquesunes de ses impulsions organiques: il est une multiplicité, car s'il \ a en lui hésitation ou lutte, ce n'est pas lui qui lutte ou hésite, c'est un ou plusieurs organes qui rhnpulsionnent avec énergie ; quant à lui, il n'existe pas; c'est une abstraction qui doit faire sourire les phrénologistes. La volonté humaine est un mot vide de sens, car d'après ce système il ne doit pas y avoir dans l'homme une volonté
208 pensées d'un croy.vnt catholique.
n'en sera pas moins vrai que ces divers organes cérébraux subiront nécessairement la condition de passivité commune à tous les instruments matériels. Cependant la phrénologie, comme nous le verrons plus bas, proclame que ces organes sont indépendants, et ont une activité propre^ d'où découlent nécessairement et immédiatement toutes les fonctions intellectuelles et morales de l'homme, et de Là découle aussi en même temps l'odieux système du matérialisme.
Il est donc important de savoir à quelle marque infaillible on reconnaît le spiritualisme.
Le seul caractère certain, le critérium du spiritualisme, c'est l'unité d'activité, c'est à dire d'un principe simple, incomposé, inétendu, indivisible, immatériel, sentant et percevant; ce qui constitue en un mot l'âme spirituelle.
Voici un argument qui prouve invinciblement cette unité de principe simple, sentant et percevant : « Il est certain que je puis éprouver à la fois plusieurs sensations; quelquefois c'est le même objet qui me les procure : je vois, je goûte et je sens un ragoût; j'entends et je touche un instrument. D'autres fois ce sont différents objets qui frappent mes divers sens : j'entends une musique en même temps que je vois des hommes, que j'éprouve la chaleur du feu, que je sens une odeur, que je
réello, libre, pas plus que dans un moulin à vent, dans une montre, dans un navire qui fend la mer au gré des vents et des vagues ! pas plus que dans un animal dont la condition est d'obéir aux excitations de son organisme. » (Exposé et Examen critique du Système phrénologiquè, p. 9.)
IMIKÉN0L0G1E. 20f)
mange un fruit. Je discerne parfaitement ces .sensations diverses; je les compare, je juge laquelle m'affecte le plus vivement et le plus agréablement; je préfère l'une à l'autre, je la choisis. Or ce moi qui compare les diverses sensations est inévitablement un être simple; car, s'il est composé, il recevra par ses diverses parties les diverses impressions (pie chaque sens lui transmettra : les nerfs de l'œil porteront à une parti;' les impressions de la vue; les nerfs de l'oreille feront passer à une autre partie les impressions de l'ouïe, ainsi du reste. Mais si ce sont les diverses parties de l'organe physique, du cerveau, par exemple, qui reçoivent chacune de leur côté la sensation, comment s'en fera le rapprochement, la comparaison? l.a comparaison suppose un comparateur ; le jugement suppose un juge unique. Ces opérations ne peuvent se faire sans que les sensations différentes aboutissent toutes à un être simple. Un écrivain <^ui ne doit pas être suspect aux incrédules (Bayle), rapportant ce raisonnement, s'exprime ainsi : « On peut dire sans hyperbole que c'est une démonstration aussi assurée que celles de la géométrie. » (1)
On voit d'après ce qui précè !e qu'il ne peut y a\oir qu'un seul principe sentant et percevant, immatériel, simple, indivisible, qui est l'âme spirituelle ou l'âme humaine; car le cerveau étant matière est essentiellement incapable d'éprouver des sensations, de sentir, de penser, de comparer et
(1) Voyez M. de La Luzerne, Dissertation sur la Spiritualité
ti<: Ciiutr, p. 83 et suiv.
210 veisséf.s d'un croyant catholique.
de juger; fonctions qui sont le noble apanage de l'âme raisonnable, comme nous l'avons prouvé ailleurs. Si maintenant on me demande où est le siège de l'âme, je répondrai que je n'assigne ni lieu ni siège déterminé à une substance spirituelle (i), et que je me contente de dire que l'âme est unie au corps, au système cérébral, d'une manière incompréhensible et inexplicable , mais réelle ; qu'elle réagit sur le cerveau, éprouve une modification, et réalise et produit la sensation, et tout cela encore d'une manière qui échappera éternellement à toutes les investigations psychologiques et physiologiques. L'homme est une intelligence ou, si l'on veut, une activité servie par un organisme, ou comme dit M. le docteur Cerise : « Une activité qui se manifeste à l'aide d'instruments charnels. La source de
(1) L'àme est un être simple, un esprit fait à l'image de Dieu. 11 doit donc exister entre Dieu et Faîne liumaine la même nature de rapport à l'égard dos substances corporelles, c*esl à dire que rame, selon la pensée de M. de La Luzerne, est / résente atout le corps, qu'elle anime de ta même manière que Dieu est présent à tous hs êtres.
Ainsi, d'après cela, si l'on voulait assigner à l'àme un siège, le cerveau ou un autre organe quelconque, ou dire simplement que l'àme est dans le corps, je pourrais vous objecter (pie l'àme n'est pas (Sans le corps, mais qu'au contraire le corps est dans l'àme comme tous les êtres sont en Dieu. L'Kci ilure sainte en effet nous dit positivement que nous sommes et que nous nous mouvons eu Dieu : lu ipso lieim/is, movemur el sumus. (Act. , 17, 28. ) Je ne vois pas ce qu'on répondrait à mon objection. (Jue Ton cesse donc de vouloir faire des questions impropres et insolubles, et d'assigner un lieu, un siéçc ;f l'àme, à une substance spirituelle qui par sa nature est incapable de localité à la manière des êtres matériels. Le lieu des esprits, dit Mallebi anche, c'est Dieu, et l'espace est le lieu des corps.
cette activité ne saurait être dans ces instruments eux-mêmes, qui ne se meuvent jamais spontanément, qui ont besoin d'être excités pour être mus, d<>nl le caractère est une passivité absolue. Cette affirmation est rigoureusement vraie, psychologiquement et physiologiquement.
« La phrénologie proclame au contraire que l'activité des organes est la source de toutes les déterminations et de toutes les opérations morales et intellectuelles de l'homme ; de plus elle proclame que ces organes étant multiples, divers et indépendants, ayant une activité propre., toutes les manifestations humaines sont la conséquence de ces activités diverses. Ainsi l'activité de l'homme, qui est une et identique, serait au contraire une succession d'activités diverses, contradictoires, tour à tour en réveil et en repos, dominantes ou dominées. Ce principe, qui affirme la diversité des forces impulsives et qui nie l'unité d'impulsion, est la base sur laquelle repose la méthode et la coordination des phrénologistes. C'est dans ce principe que nous prenons, incontestable tt flagrante, la solution matérialiste dont nous avons parlé, et qui préside au système. » (1)
Toutes les nobles facultés d l'homme dépendent donc, selon les phrénologistes, de la spontanéité et de l'activité organiques. Ils répondent à ceux qui les accusent de matérialisme que les organes cérébraux sont les instruments indispensables de l'âme.
(1) Exposé et Examen critique du Système phrénolegique, par le docteur L. Cerise, p. 5.
212 pensées d'in choyant catholique.
.Mais lorsque, dans le système de la prédestination organique, l'on considère l'âme « comme n'ayant aucune puissance par elle-même, comme n'ayant pas la faculté d'impulsionner à priori ses instruments et de leur imprimer son activité, on la réduit à un rôle misérable; on n'en fait plus qu'une formule sans réalité ; ou bien elle ne sera plus qu'un mot vide de sens, un préjugé ou un mensonge. » (1)
Les phrénologistes confondent donc l'activité humaine avec la passivité organique. C'est à l'aide de cette confusion qu'ils prétendent qu'on peut être indifféremment spiritualiste ou matérialiste tout en restant phrénologiste ; c'est à dire que l'on peut affirmer qu'une même chose est à la fois simple et composée, qu'une substance spirituelle est matérielle, active et passive; que le oui est synonyme du mnij etc. Quant à Broussais, il est au moins plus franc; il se borne à nier l'âme tout simplement; il l'abandonne aux croyances des esprits faibles, comme nous le verrons plus bas.
Sel. m l'auteur de l'article Sens du grand Dictionnaire des sciences médicales, le doc:eur Montfalcon, les mots âme et intelligence n'ont aucun sens dans le livre de Gall. « Le cerveau, dit ce dernier, est la source de toute perception, le siège de tout instinct, de tout penchant, de toute force morale et intellectuelle (2). » Et ailleurs (5) il ajoute : « Il est la source de toutes les idées et de tous les senti-
(1) Même ouvrage, p. ho.
(2) Sur lis Fondions du Cerveau el sur cèdes de chacune de ses parties, 1. 1, p. 25.
(3) Même ouvrage, t. v, p. ViO.
ments. » Les affirmations suivantes doivent nous suffire pour justifier les accusations de tendance au fatalisme portées contre le système phrénologique : « L'homme en tant qu'il est animal (selon le système de Gall l'homme e.-t la continuation de la chaîne animale) serait-il un être isolé de la nature vivante? serait-il gouverné par des lois organiques opposées a celles qui président aux facilites du chien, du cheval et du singe? » (Même vol., p. 48.) Aussi Gall assimile les facultés des bêtes à celles de l'homme; il va même jusqu'à dire que les animaux font des abstractions. (Voyez même vol., p. 56.) C'est donner gratuitement bien de l'esprit à des bêtes. 11 ajoute à la page suivante que très souvent leurs actions dénotent un sentiment de morale, du juste et de l'injuste, etc. Yoilà de plus des êtres sans libre arbitre et sans devoirs devenus capables de moralité, et par conséquent capables de mérite et de démérite; c'est un progrès.
« Les qualités et les talents particulièrement distingués (c'est à dire propres à l'homme) sont dus à la même origine. C'est toujours un développement très favorable d'un organe, une énergie inaccoutumée de ses fonctions qui produit le penchant à la bienveillance (le sens moral de Gall), les idées et les sentiments religieux, » etc. (Même vol., p. 264-)
A la page 283 il affirme que « l'homme est pourvu d'organes intérieurs pour la morale et la religion et pour connaître et honorer un être éternel et indépendant. »
Plus bas nous prouverons que l'organe de la religion n'existait que dans la tète de Gall, sans que
pour cela ce patriarche de la phrénologie en ait été plus religieux qu'un autre.
D'après Spurzlieim, le plus sincèrement religieux et le plus spiritualiste d'entre les docteurs phrénologistes, et pour cela le plus souvent persifflé par ses frères, comme dit M. Cerise, selon Spurzlieim, dis-je, « l'éducation ne crée rien; toute son influence se borne à cultiver les facultés et à diriger leurs actions. » Donc si l'organe du sens moral n'est pas développé ou s'il reste inactif, l'éducation ou l'enseignement moral est inutile ; ou si un homme devient vicieux ou criminel, c'est l'organisme seul qu'il faut en accuser.
On peut dire que le fatalisme est la morale des phrénologistes ; c'est au moins la conclusion que M. Cerise déduit rigoureusement de leur doctrine. La base de leur système de pénalité c'est l'indulgence mutuelle déduite de la tolérance, qui, selon la phrénologie, est le premier précepte de la morale.
« Les phrénologistes se bornent à parler de l'empire fatal de certaines organisations, et à reproduire tous les lieux communs auxquels les avocats ont habitué les juges depuis quelques années, et qu'ils ne cessent d'invoquer en faveur de ces misérables bandits qui professent ou qui pratiquent la doctrine de l'assassinat. Braves gens qui réservent toute leur pitié pour les voleurs et les meurtriers, et qui sont sans pitié pour les victimes et pour la société? Les phrénologistes accuseront tout excepté le coupable, tout excepté l'éducation qu'il aura reçue; car l'éducation, selon eux, ne crée rien, et elle est impuis-
l'HRÉNOLOGlE. 215
santé à arrêter les tendances fatales de l'organisme.
» Or nous prétendons, nous, que l'éducation crée le sentiment de la lutte du bien et du mal, celui du devoir, celui de la lutte contre les impulsions animales; et si nous avions à nous plaindre des arrêts de la justice ce serait parce que hors du catéchisme l'homme ne reçoit aujourd'hui de la société aucune éducation sociale, commune et égale pour
tous Cet appel à l'indulgence, qui tient a ce
que le système n'admet aucun principe de certitude morale, nous paraît renfermer une singulière contradiction ; il semble en effet que c'est demander à h justice d'avoir égard dans les applications au caractère humain d'un être dont on fait une machine dans la théorie.
« Supposons, s'il le faut, que cette indulgence, réclamée avec tant de bienveillance pour les criminels, ne soit pas la négation de toute éducation sociale et de toute certitude morale; supposons que le législateur n'ait pas prévu les cas où elle peut être légitime. A quoi servira l'intervention du système dans les arrêts de la justice? les phrénologistes oseront-ils, au milieu des débats solennels qui précèdent le jugement ou dans les recherches minutieuses qui précèdent les débats, oseront-ils venir montrer sur le crâne de l'accusé le signe fatal qui prononce son acquittement ou sa condamnation ; oseront-ils porter à la fois dans le sanctuaire de la justice et les principes qui nient la liberté humaine et les jongleries crànioscopiques qui expriment si dignement ces principes?... Franchement nous les croyons encore trop honnêtes gens ou trop habiles
pour oser mentir à ce point (i). » Voici les paroles d'un célèbre phrénologiste, M. le docteur Bailly (de Blois) : « Jamais la phrénologie ne devra entrer dans la législation comme moyen d'absolution ou de condamnation; les juges qui réclameraient un tel secours, les médecins qui consentiraient à le d >nner, ne comprendraient ni les uns ni les autres leur véritable mission. »
Voilà pour la morale et l'éducation. Disons encore un mot de la religion comme l'entendent les docteurs phrénologistes, et toujours d'après M. Cerise.
« Qu'est-ce que la religion, selon Gall? Elle est un mode d'action plus ou moins énergique de l'organe de la théosophie, aidée de l'organe du merveilleux et probablement aussi de celui de l'esprit de métaphysique. Qu'est-ce que la religion selon Spurzheim? elle est un mode d'action plus ou moins énergique de l'organe de la vénération (organe de la théosophie de GallJ, assisté des organes des sens, de la causalité, de l'idéalité, du merveilleux, aidé quelquefois de ceux de la bienveillance, du devoir, etc. Ecoutez maintenant Broussais : « L'abstraction-religion est un code formulé par des hommes injustes et avides qui exploitent à leur profit le sentiment de la vénération dont la nature nous a dûtes pour d'aulres lins; d'hommes qui se concertent pour empêcher le développement des organes du jugement et de la causalité; d'hommes qui s'opposent à l'acquisition des faits dans le but de donner la prépondérance à l'organe du merveilu u.v. » (2)
(1) Exposé et Examen critique, p, 125, 130, 131.
(2) Exposé cl Examen critique, p. 90.
(Voyez le discours prononcé h la séance annuelle de la société phrénologique de Paris, 22 août i835, et reproduit dans le n° d'octobre du journal de cette société, p. 4ol0 l^ans le chapitre suivant, où nous parlerons de la phrénologie matérialiste de Broussais, nous entrerons dans de plus grands détails sur la question religieuse et morale, et nous ferons ressortir davantage les graves et terribles conséquences de son système fataliste et anti-social.
Nous nous bornons ici à ces courtes citations de l'ouvrage de M. le docteur Cerise. Cette œuvre certes est une production remarquable; cependant, nous devons le dire, nous ne pouvons en accepter tous les principes, surfout ceux que l'auteur a compris dans le chapitre des applications du système phrénologique aux institutions sociales et politiques.
Voici quelques textes qui, selon nous, expriment et formulent des théories plus eu moins spécieuses et séduisantes, mais dont l'application nous paraît propre à causer peut-être les plus graves perturbations sociales.
« Nous regardons comme une obligation sacrée celle de repousser, de combattre , d'anéantir toute doelrine qui tend à légitimer une aristocratie naturelle, en vertu d'une prédestination organique et par conséquent héréditaire ; toute doctrine qui conclut à une oligarchie intellectuelle ou guerrière ; toute doctrine qui tend à constituer des races se transmettant fatalement par voie de génération les conditions organiques de leur supériorité ou de leur infériorité sociale; toute doctrine enlin qui tend à
mettre les sociétés entre les mains des plus habiles
et des plus forts. » (P. i33.)
« La direction des sociétés n'appartient pas aux plus habiles ni aux plus forts , mais aux plus dévoués, mais à ceux qui consacrent avec plus de persévérance et d'énergie à la conquête de la fraternité leurs aptitudes naturelles , leur intelligence et leurs forces. » (P. i3g.)
.... L'auteur condamne « les maximes qui ont servi pendant plusieurs milliers d'années à affermir la domination de quelques races privilégiées et l'asservissement de l'immense majorité des hommes ; qu'ils viennent (les habiles et les forts) formuler leur inintelligent mépris pour la religion du
pauvre et de l'opprimé Le pauvre et l'opprimé
régneront un jour; ils sauront où sont leurs ennemis; ils les reconnaîtront à leurs doctrines et à leurs œuvres. » (P. i4°0
Il n'entre pas dans mon sujet ni dans ma volonté de discuter ces graves questions; mais puisque l'auteur invoque dans presque toutes les pages de son livre la foi, l'unité et la fraternité chrétiennes , je dirai qu'en matière politique, dans l'application des principes du christianisme, l'Eglise ne discute pas le droit ; elle considère le fait accompli pour l'accepter ou le subir; elle n'examine pas pour régler sa conduite d'où vient le pouvoir et comment il s'est établi; elle se soumet à toute puissance temporelle qu'elle trouve établie, quelle qu'en soit la forme gouvernementale; car l'Évangile n'en commande, n'en consacre aucune. Nous n'avons sur ce point
I'IIRÉNOLOGIE. 219
aucune révélation expresse. La religion obéit à tout ce qui ne blesse pas la loi de Dieu et les principes du christianisme. Si le pouvoir temporel commande à l'Église des choses incompatibles avec la sainteté de ses devoirs et de ses immuables maximes, elle dit comme les apôtres : 11 vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes; elle ne transige jamais avec aucune puissance temporelle au préjudice des intérêts spirituels, la foi, la morale, les droits et la sainte liberté évangéliques qu'elle a reçus de son divin fondateur. Son règne, qui est purement spirituel, n'a rien de commun avec les règnes de la terre; il se défend principalement et avant tout par des armes spirituelles, la patience , la douceur, la prière , la charité, etc. La religion ne se révolte jamais contre l'autorité, et n'approuve jamais aucune rébellion. Des tyrans cruels peuvent persécuter les chrétiens, les exiler, les mettre à mort; mais leur rage impie sera toujours impuissante à vaincre les vrais chrétiens, témoin les apôtres et des millions de martyrs.
Voilà un résumé des doctrines politiques de l' ancien christianisme.
Maintenant le christianisme que M. Cerise appelle moderne professerait-il une doctrine nouvelle, une doctrine moderne, en un mot une doctrine de progrès? (1)
(1) A la page 1S de la lettre aux élèves de l'École de médecine M. Cerise dit a que l'Église n'a pas compris la révélation toute chrétienne du progrès, quoiqu'elle fût écrite dans la Genèse et dans l'histoire, et destinée à fonder un système complet de philosophie chrétienne. » Nous répondrons à cela que le christianisme, comme institution divine et considéré dans ses dogmes et dans sa
C'est ce que ne prouve pas le demi-siècle qui vient de s'écouler ; il prouve au contraire que l'esprit du christianisme est toujours le même, et tel qu'il était dans les premiers siècles de nwtre ère. Les cinquante dernières années que la France a vues passer sous ses yeux avec des phases si diverses et quelquefois si terribles en font foi , et sont la preuve irréfragable que la conduite politique de l'Eglise est invariable, constante et universelle. Mais revenons à la phrénologie Nous terminerons ce paragraphe par une dernière cilation de M. Cerise. «Maintenant si nous avions à répondre à cette question : Qu'estce que la phrénologie ? nous dirions que la phrénologie est un système psychologique qui nie virtuellement et réellement toutes les vérités en vertu desquelles l'homme se distingue des animaux ; que ce système est hostile à la morale; qu'il est contraire à toutes les données générales de la physiologie ; que par conséquent il est mauvais et faux; qu'il est à la fois une immoralité et une erreur; et que travailler à le combattre, à l'anéantir est à la fois une œuvre de foi et une œuvre de science.» (i)
Considérant que le système phrénologique est aujourd'hui singulièrement prôné par certains per-
morale, est incapable de perfectionnement et de progrès. La religion chrétienne-catholique étant divine, elle est parfaite par sa nature et dès son origine. Si l'Eglise lui fait subir quelquefois do légères variations, ces changements ou, si vous voulez, ces progrès sont de pure discipline, et ne sauraient porter la moindre atteinte à l'immutabilité de la doctrine universelle de l'Église chrétienne. On voit d'après cela ce que l'on doit penser de la révélation du progrès.
(1) Exposé cl Examen critique, p. 12.
soonages, et pour des raisons à eux connues, je me suis souvent demandé si l'on ne pourrait pas invoquer le principe de M. de Maistre pour juger la phrénologie et les phrénologisles , du moins sous le rapport philosophique, religieux et moral. Voici les paroles de ce célèbre écrivain : « Il y a une règle sûre pour juger les livres comme les hommes, même sans les connaître ; il suffit de savoir par qui ils sont aimés et par qui ils sont haïs. Cette règle ne trompe jamais. » (i)
11 n'est pas de notre sujet de parler ici en détail de la valeur scientifique de la phrénologie. Nous nous contenterons de faire une observation générale sur un point qui se rattache plus particulièrement à la matière que nous traitons.
Gall remarque avec beaucoup de raison « que l'homme , toujours et partout , éprouve le besoin d'avoir recours à un Dieu, et de lui rendre hommage— La croyance en Dieu est aussi ancienne qui- l'esprit humain. » (2)
Voilà donc la religion. Tout le mon le sait que Gall admet un organe pour la religion, qu'il appelle organe de la tlicosophie. Or, il faut dans ce cas que tous les hommes, sans exception, soient doués de cet organe delà religion, puisque tous doivent rendre hommage à Dieu ou être religieux. (5) 11 faut
(1) Soirées de Saint-Pctcrsbourg, t. 1, p. ft36.
(2) Sur l<s Fonctions du Cerveau, etc., voyez t. v, p. 398 et
(3) Il est curieux de rencontrer aussi chez le mouton la bosse de la religion ou de la théosophie, comme nous le verrons plus bas. .Nous sommes en pleine voie de progrès.
de plus que cet organe déploie tôt ou tard son activité aussi indépendamment et aussi infailliblement que les organes de la reproduction ou de la propagation physique, et c'est ce qui est contraire à l'observation.
On n'a trouvé aucun sentiment religieux ni moral chez les sourds-muets de naissance (1) ainsi que
(1) Nous rapporterons ici l'histoire abrégée d'un sourd-muet de naissance, qui entendit tout à coup pour la première fois à l'âge de vingt-quatre ans, telle qu'on la trouve dans les mémoires de l'Académie, année 1703, p. 18. Nous citons d'après Buffon.
» Un jeune homme de vingt-trois à vingt-quatre ans, fds d'un artisan de Chartres, sourd-muet de naissance, commença tout d'un coup à parler au grand étonnement de toute la ville ; on sut de lui que trois ou quatre mois auparavant il avait entendu le son des cloches, et avait été extrêmement surpris de cette sensation nouvelle et inconnue ; ensuite il lui était sorti une espèce d'eau de l'oreille gauche, et il avait entendu parfaitement des deux oreilles; il fut ces trois ou quatre mois à écouter sans rien dire, s'accoutumant à répéter tout bas les paroles qu'il entendait, et s'affermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots ; enfin il se crut en état de rompre le silence, et il déclara qu'il parlait, quoique ce ne fût encore qu'imparfaitement. Aussitôt des théologiens habiles l'interrogèrent sur son état passé, et leurs principales questions roulèrent sur Dieu, sur l'âme, sur la bonté ou la malice morale des actions; il ne parut pas avoir poussé ses pensées jusque là. Quoiqu'il fût né de parents catholiques, qu'il assistât à la messe, qu'il fût instruit à faire le signe de la croix et à se mettre à genoux dans la contenance d'un homme qui prie, il n'avait jamais joint à tout cela aucune intention ni compris celle que les autres y joignaient; il ne savait pas bien distinctement ce que c'était que la mort, et il n'y pensait jamais ; il menait une vie purement animale, tout occupé des objets sensibles et présents et du peu d'idées qu'il recevait par les yeux ; il ne lirait pas même de la comparaison de ces idées tout ce qu'il semble qu'il en aurait pu tirer. Ce n'est pas qu'il n'eût naturellement de l'esprit ; mais l'esprit d'un homme privé du commerce des autres est si peu exercé
l'HRÉNOLOGIE. 228
chez les enfants privés de lionne heure de tout commerce avec la société, a Le petit nombre d'êtres humains trouvés dans les forêts hors de tout commerce avec les hommes , dès qu'ils ont pu parler , interrogés sur leur premier état, n'ont pu rien apprendre de Dieu, de l'âme, d'une autre vie. » (M. de Bonald.) Tous ces individus . quoique nécessairement doués, selon Gall, de l'organe de la religion, n'ont pu avoir cependant, en vertu deleurorganisme, aucune idée, aucun sentiment religieux ni moral, et néanmoins à l'aide .de l'éducation intellectuelle et morale, de la parole ou des signes, expressions et véhicules de la pensée, on est parvenu à donner à ces individus vraiment sauvages une instruction religieuse et morale ; et cela doit être nécessairement à l'égard de tous les êtres humains, pourvu qu'ils soient dans leur état normal, c'est à dire capables de raison. Rien n'empêche donc, d'après ces faits incontestables, de conclure que l'éducation et la parole déposent elles seules dans l'intelligence de l'homme toutes les vérités religieuses et morales (fle/cs ex audit u) ; que les organes de la religion ne sont pas nécessaires, et que par conséquent ils n'existent pas . puisque tout se l'ait et s'explique sans eux. Cet organe de la religion est donc une pure création de l'imagination de Gall, une chose hypothétique, un être de raison, en un mot une
et si peu cultivé qu'il ne pense qu'autant qu'il y est indispensablcraenl forcé par bs objets extérieurs; le plus grand fond des idées «les hommes est dans leur commerce réciproque. > [Hist. naf.de r.ufïon, réduite à ce qu'elle contient de plus instructif et de plus intéressant, par Bernard, t. m, p. 231, in-°8.)
chimère. Mais admettons-en l'existence pour un moment, et accordons que l'éducation excite , réveille l'activité des organes de la théosophic , que pourra faire l'enseignement moral aux individus chez qui l'organe religieux est fort peu développé ou manque même tout à fait? lisseront donc condamnés par leur prédestination organique et malgré la meilleure éducation religieuse, à n'avoir toute leur vie presque ni moralité ni religion, puisque, suivant le système phrénologique, la moralité et la religion dépendent essentiellement de l'organisme. Cependant l'expérience prouve que ces individus si mal organisés et si peu religieux sont capables de recevoir les impressions religieuses ; il y a plus , ils peuvent même devenir subitement des hommes tout nouveaux, des hommes pleins de vertu et de religion. Comment les phrénologistes expliquerontils le changement plus ou moins prompt et même subit que l'on observe quelquefois dans l'état moral de l'homme?(i)Combien ne voit-on pas dans l'his-
(1) « :\ous avons vu, dit M. Cerise, p. 70, les phrénologistes déclarer que l'organe de la bienveillance, si développé chez le mouton et le chevreuil, qui lui doivent la douceur qui les caractérise, devient chez l'homme l'organe excitateur de la charité chrétienne. » — - « Cet organe, dit Spurzheini {Observations sur la Phrénologie, p. 191) produit la bonté... On peut le vérifier sur des espèces entières d'animaux et sur les individus de la même espèce. Le chevreuil est doux, le chamois farouche et méchant; le premier animal offre une saillie a l'endroit du crâne où l'autre offre un enfoncement... Chez les animaux cet organe se borne à une douceur passive; mais chez l'homme il produit la bonté, la complaisance, la miséricorde, l'équité, la piété, l'humanité, la bénignité, la bienveillance, l'hospitalité, la bienfaisance, l'amour du prochain, en un mot la charité chrétienne. »
Dans le but apparemment d'empêcher que cette bonne qualité
PHRÉNOLOGIB.
toire de personnages qui, d'abord adonnés à tous les vices, esclaves de toutes les passions, sont devenus en fort peu de temps, ou pour ainsi dire subitement, des hommes doux, modestes, tempérants, chastes, désintéressés , charitables , enfin offrant toutes les vertus opposées aux passions violentes qui les tyrannisaient depuis si longtemps? On citerait des milliers de faits. On connaît les conversions si inopinées et si promptes d<,- S. Paul , de S. Augustin et de tant d'autres beaux génies de l'antiquité, qui avaient été nourris et élevés dans les vices et les passions du paganisme , tels que S. Clément d'Alexandrie, S. Cyprien, Lactance, etc. , etc.
dans une chétive pécore n'allât trop loin, ne sortît des limites de l'animalité et ne revêtît peut-être dans une organisation heurt use la forme d'une vertu lui tu ai ne, il se trouve, je ne sais comment, car tout se compense dans la nature, il se trouve, dis-je, que le mouton offre à côté de l'organe de la connaissance de Dieu la bosse sanguinaire du meurtre ou de la destruc tivité. Comment ! le mouton carnassier et féroce comme le loup et le tigre ! Pourquoi pas si son organisme le veut ainsi'.' Qui sait si quelque cause accidentelle, comme l'état de captivité ou de domesticité, ou une autre cause quelconque inconnue, ne s'est pas toujours opposée à la prédestination organique d'un animal que l'on avait mi si doux jusqu'à présent? Néanmoins, comme le mouton prend assez difficilement les mœurs et les habitudes du loup et du tigre, il a fallu sons ce rapport changer la destination de son organisme.
L'aréopage phrénologique a donc décrété que l'organe du meurtre chez les animaux herbivores serait désormais destiné à présider aux mouvements nécessaires à l'alimentation et à là 'conservation de l'individu. Et en effet manger et dévorer l'herbe c'est véritablement détruire, comme l'a dit si ingénieusement M. le professeur Broussais. Ainsi l'organe qui fait que le loup mange le mouton lait également que le mouton mange l'herbe. C'est parfaitement trouvé. (Voyez la Revue médicale, mai 1836, Discussion sw la Plirrnolàgie, séances de l'Académie royale de médecine.)
*22G pensées d'un croyant catholique.
Qne penser de la conversion subite d'une peuplade sauvage, à la parole d'un missionnaire catholique, ou d'une soudaine apostasie d'un lâche transfuge de la vérité? Une conversion si prompte de toutes les passion* en des vertus contraires, ou une métamorphose inverse, est-elle l'effet subit d'une révolution organologique ou d'un changement soudain des organes cérébraux? Que les phrénologistes nous expliquent ces mystères et ces merveilles. Comme il serait absurde d'alléguer un changement organique subit, ils diront peut-être que c'est un effet ou une modification du système nerveux, opérée par une cause morale extraordinaire et d'une grande puissance, ou le résultat de la manifestation subite de l'activité prépondérante d'organes restés jusqu'alors sans action extérieure ; ou enfin que c'est un état morbide anormal, une sorte de vésanie ou d'aberration de l'esprit humain, en un mot une espèce de maladie II est facile de voir que ces suppositions gratuites et ces explications au fond n'expliquent et ne prouvent rien ; on peut toujours nier sans preuve ce qui est affirmé sans preuve. Mais admettons-les, et disons avec vérité :Heureuse maladie, heureuse folie qui épure et fortifie la raison humaine rend les hommes meilleurs, les perfectionne, et leur donne toutes les vertus religieuses, moraAês et sociales! Mais ce n'est pas la le fait de la phrénologie.
Je ne me propose pas, je le répète, de discuter ici sérieusement la doctrine des phrénologMes comme sujet de science. L'opinion publique et surtout la haute; raison de tous les vrais philosophes,
psychologistes, moralités, physiologistes $ «te. s'élève contre ce système d'erreurs, le condamné et le réprouve généralement. On sait en effet que la crânioscopie reçoit tous les jours de nouveaux et nombreux démentis. Entre mille faits que l'on pourrait citer je n'en rapporterai que deux ou trois des plus connus, de Fieschi, de Lacenaire et d'Avril :
Les principaux traits de Fieschi ont été : absence de l'organe de la destructivité et de celui de la ruse, et développement de l'organe de la bonté. Chez Lacenaire (1) absence complète de l'organe du vol, présence de l'organe de la bienveillance et d la théosopkie (disposition religieuse) ^ cette dernière surtout fort visible : la fermeté située entre les deux organes de Injustice (sentiment du juste et du devoir, conscience morale) ; tout cela est fort apparent. Chez Avril les penchants sanguinaires, ceux du vol et de la ruse sont inappréciables ; en revanche ceux de la bonté, de la théosophie, de la justice sont d'une dimension peu commune et domi-
(1) « Lacenaire était voleur de profession : il a déclaré avoir participé à sept assassinats suhis de \ols: il professe l'athéisme et en général la philosophie du marquis de Sades, qu'il met en pratique. 11 aniline qu'il n'éprouve ni regrets ni remords, et qu'il recommencerait sa carrière de meurtres et de rapines si on brisait ses fers. Libre de choisir une vie selon son goût, il choisirait celle d'assassin et de brigand, car il est misanthrope par système; et d'ailleurs ce qu'on appelle crime convient mieux à un homme de sa trempe que cette hypocrisie qu'on appelle vertu. Il s'enorgueillit de ses nées el de ses forfaits; il prétend que tuer sans remords est sur cette terre le souverain bien si vainement cherché par les philosophes... » [Revue médicale, cahier de mars 1836.)
228 pensées d'un choyant catholique.
nent tous les autres. Voilà de ces faits importuns qui semblent venir tout exprès pour dérouter les phrénologistes. Cela pourtant n'empêchera pas la phrénologie de les enchâsser dans son système crânomancicn, tant elle est souple et élastique ; et puis il v a tant de nuances dans les bosses! Tout cela justifie admirablement la prophétie phrénologique de M. Broussais, qui s'est écrié il y a peu de temps que l'ère glorieuse approchait où la philosophie et la morale seraient fondées sur la phrénologie. Pauvre homme!!! (Voyez pour plus de détails la Revue médicale, mars i836, et la Gazette médicale de Paris, i836.)
Nous terminerons par une citation de la Gazette médicale et une autre d'un de nos plus célèbres physiologistes , M. Magendie , suivie de plusieurs autres témoignages très importants.
« La phrénologie ne nous a jamais paru digne d'une discussion sérieuse : comme système psychologique c'est une conception contradictoire ; comme théorie anatomico-physiologique c'est une hypothèse complètement dénuée de preuves. . . . Il est notamment remarquable qu'aucun des zoologistes français de ce -ïècle, qui ont si profondément étudié l'organisation des êtres vivants et la haute physiologie, ne s'en soit occupé; Cuvier n'en a jamais parlé qu'avec dédain. MM. Blainville , Geoffroy-Saint-Hilaire, Scrr s , Flourens, Dutrochet, Duméril, tous les physiologistes enfin dont le nom est connu en Europe y sont restés étrangers. En Angleterre il en est de même; sauf M. G. Combes, homme d'esprit et de talent, qui est dans ce
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pays le champion officiel de la phrénologie comme M. Broussais en France, on ne trouverait personne à citer. En Allemagne, berceau de l'organologie, eette prétendue science n'est guère connue que de nom. » (Extrait de la Gazette médicale de Paris, i83 .)
Voici les paroles de M. Magcndie :
« Les crû no lo gués , (quelques lignes plus haut il appelle la phrénologie une pseudo-science) à la tête desquels est le docteur Gall, n'aspirent à rien moins qu'à déterminer les capacités intellectuelles par la conformation des crânes et surtout par les saillies locales qui s'y remarquent. Un grand mathématicien offre certaine élévation au coin de l'orbite : c'est là, n'en doutez pas, qu'est l'organe du calcul. Un artiste célèbre a telle bosse au front , c'est Là qu'est le siège de son talent ; mais, répondra-t-on, avez-vous examiné beaucoup de tètes d'hommes qui n'ont pas ces capacités? Etes-vous sur que vous n'en rencontreriez- pas avec les mêmes saillies, les mêmes bosses? N'importe, dit le crànologue, si la bosse s'y trouve, le talent existe, seulement il n'est pas développe. En un mot voilà un grand géomètre, un grand musicien qui n'ont pas votre bosse ; n'importe, repond le sectaire, croyez! Mais quand il y aurait toujours, reprend le sceptique, cette conformation réunie avec telle aptitude , il faudrait encore prouver que ce n'est pas une simple coïncidenee et que le talent d'un homme tient réellement à la forme de son crâne. Croyez, vous dis-je, répond le phrénologue ; et les esprits qui accueillent avec empressement le vague et le merveilleux
croient, et ils ont raison ; car ils s'amusent, et la vérité ne h ur inspirerait que de l'ennui. » (1)
« Lettre à M. le docteur Spurzbeim sur une déformation monstrueuse du crâne sans altération des facultés intellectuelles et inorales. Cette lettre nous paraît porter à la doctrine de Gall un coup dont elle se relèvera difficilement : écrite avec décence et modération, elle n'en est pas moins forte en raisonnements et en déductions logiques.
« Il est de principe en philosophie, dit l'auteur, qu'un seul fait bien avéré, bien prouvé suffît pour infirmer le syslè ne le plus fortement établi quand il est en contradiction a\ c ce système; or le cas de monstruosité cité dans c U<- lettre dépose avec une singulière évidence contre les points fondamentaux de l'organologie de Gall.
« Après avoir établi la solidarité qui existe nécessairement entre la crànioscopie et l'organologie, l'auteur donne la description minutieuse de la tête d'une jeune Indienne, tète dont le développement est d'environ un tiers plus considérable que celui d'un crâne ordinaire, mais d'ailleurs si étrangement déformée qu'il e-t impossible d'en avoir une idée exacte si on n'a sous les yeux le modèle que RI. Souty a présenté à l'académie. Je ne sais, dit l'auteur, à quels résultats on arriverait en interprétant les signes fournis par cette tête d'après les règles phrénologiques ; mais ce qu'il y a de certain c'est que tous les crânioscopes s'accorderaient à prononcer qu'il y avait dans celte infortuné' fille folie, idiotisme,
(1) Physiologie de Magendie, 1. 1, p. 2/i7, 1886.
l'mw'.NnuH.u . IM
penchants anormaux, monomanies diverses. Tous diraient unanimemenl qu'elle <l<>it être rangée dans la classa de ces malheureux crétins du Valais, ces rebuts de l'espèce humaine, réduits à la condition morale des brutes, etc. , etc. Ils raisonneraient très conséquemment à leurs principes, et tous cependant se tromperaient complètement, comme le prouve l'histoire de cette jeune Indienne. M. le docteur Souty a observé le sujet pendant plusieurs mois; employée aux travaux du ménage, elle s'en acquittait fort bien, et l'on n'a jamais remarqué chez elle moins d'intelligence que chez ses compagnes, ni des goûts particuliers, ni le moindre acte de iolic, etc., etc. L'auteur delà lettre termine en prouvant à M. Spurzheim que ce fait est en contradiction directeavec tous ses principes, car il démontre, suivant lui, l'une ou l'autre de ces deux propositions :
i° Ou que l'intégrité des facultés morales et intellectuelles peut subsister avec un cerveau monstrueux;
2° Ou que le crâne peut être monstrueux sans que le cerveau participe à sa déformation. » (1)
(1) Revue médicale, août 1832.
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