‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 19 sur 50 · LA. PIIRENOLOGIE AUX PRISES AVEC LE CRANE DE SOUFFLARD · texte numérisé non relu

LA. PIIRENOLOGIE AUX PRISES AVEC LE CRANE DE SOUFFLARD

Les observations que j'ai publiées sur la conformation du crâne de Soufflard ont été attaquées par la Société phrénologique de Paris. J'avais avancé <|iie la bosse du meurtre existait à peine chez ce criminel : on m'a répondu qu'elle était énormément développée. De ces deux assertions si opposées laquelle est la vraie, laquelle est la fausse?

Mes recherches ont été faites sur le crâne même de Soufflard, que j'avais et que j'ai toujours en ma possession. La Société phrénologique de son côté n'a pu se servir que du plâtre qu'elle avait fait mouler. Pour apprécier la valeur de nos assertions respectives il m'importait donc avant tout de vérifier jusqu'à quel point ce plâtre représente fidèlement la forme et les saillies du crâne de Soufflard.

Je me suis procuré chez M. Guy, naturaliste, un plâtre semblable à celui qu'il avait fourni à la Société phrénologique, c'est à dire tiré du même moule ; puis je l'ai examiné comparativement avec le crâne. M. Leuret, un de nos plus habiles anatomi-tes, qui est très versé dans toutes ces questions, a bien

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voulu m'aidcr de ses conseils et de son concours. Voici le résultat de nos remarques :

Quand on met le crâne de Soutïlard à côté du plâtre ce qui frappe tout d'abord c'est leur extrême. dissemblance : jamais on ne se douterait qu'ils se rapportent à la même tête. Le plâtre présente latéralement d'énormes saillies, développées surtout en avant de l'oreille. Le crâne a ses parties latérales nullement saillantes, et il n'offre un léger relief qu'en arrière de l'oreille. En d'autres termes les bosses du meurtre ont un volume monstrueux sur le plâtre, tandis qu'elles ne sont pas apparentes sur le crâne La Société phrénologique était donc parfaitement dans son droit en opposant ses observations aux miennes. Tous les torts sont du côté du plâtre, qui ne lui a donné que des renseignements de la plus complète inexactitude.

D'où vient maintenant que le plâtre de Souillard n'est pas la représention fidèle du crâne? Serait-ce que le moule en aurait été mal pris? serait-ce plutôt que l'enlèvement des parties molles aurait modifié la configuration extérieure de la boîte crânienne ? Quelle que soit ici l'opinion que l'on adopte, toujours est-il que les conséquences en sont les mêmes relativement aux applications phrénologiques.

En effet si c'est le moulage qui a été mal fait, le plâtre doit être regardé comme non avenu : toute assertion fondée sur son examen sera nécessairement nulle.

Si au contraire l'erreur provient de ce que les parties molles ont été enlevées, que faut-il en con-

dure? Qu'on se flatterait en vain d'arriver pendant la vie à reconnaître par la vue ou le palper les protubérances latérales du crâne. On serait exposé à prendre pour un renflement osseux ce qui dépendrait de quelque saillie musculaire, à moins toutefois que les muscles temporaux ne jouissent aussi du privilège de présider à la destructivité 1

J'< n ai dit as^ez pour prouver jusqu'à l'évidence que rien ne ressemble moins au crâne de Soufflard que son plâtre dénosé au Musée de la Société phrénologique. Maintenant essayons de traduire par des chiffres ces différences de configuration.

On reconnaît sur un crâne l'existence de la prétendue bosse du meurtre par la prédominance du diamètre transverse et la diminution du diamètre antéro-postérieur. Kn effet si ces deux: diamètres étaient agrandis dans une même proportion, il n'y ' aurait plus de protubérances latérales apparentes. La tête serait simplement plus volumineuse dans son ensemble, sans être pour cela inégalement développée dans quelqu'une de ses parties. Or c'est cette inégalité de développement en faveur des régions sus-auriculaires du crâne qui constitue pour les phrénologistes la bo.-se du meurtre. Le moyen de s'assurer si cette bosse existe est fort simple : il suffit d'établir le rapport entre le diamètre antéropostérieur et le diamètre transverse. Mesurez comparativement, ainsi que l'indique M. Leuret, ces deux diamètres, puis divisez le premier par le second; le chiffre du quotient représentera exactement ce rapport. Plus ce chiffre sera élevé, moins

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par conséquent la protubérance du meurtre sera développée.

Nous avons, M. Leuret et moi, pris ces mesures et fait ces calculs sur le plâtre et sur le crâne de Soufflard. Les résultats où nous sommes arrivéssont les suivants :

Plâtre de Soufflard. — Diamètre antcro-postérieur, 194 millimètres. Diamètre transverse, 170 millimètres. Rapport, i,i4-

Crâne de Soufflard. — Diamètre antéro~postérieur, 181 millimètres. Diamètre tran^verse, i5i millimètres. Rapport, 1,20. (1)

11 résulte de ces chiffres que le plâtre est on ne peut plus favorable à la phrénologie, mais que le crâne est loin d'être aussi heureusement façonné pour ce système. Reste à indiquer maintenant ce que le crâne de Soufflard, comparé à celui d'autres personnes, offre de particulier. La question est donc réduite à celle-ci : Soufflard avait-il la bosse du meurtre plus développée qu'on ne l'a ordinairement ?

. Leuret, dans un travail qu'il va incessamment publier, a examiné un nombre très considérable de crânes, et a noté avec beaucoup de soin le rapport de leurs diamètres. Le même observateur a soumis le plâtre d«'s principaux maîtres de la phrénologie aux mêmes moyens de mensuration. Enfin nous nous sommes mesuré, M. Leuret et moi, réciproquement notre crâne. Voici un tableau qui indiquera la place que doit occuper Soufflard, d'après l'ordre assigné

(1) Nous avons dû négliger dans ces calculs de tenir compta des fractions insignifiantes.

à chacun par le développement de la bosse du meurtre. (1)

Rapports.

Plâtre de Soufflard. . . . 1,1 4

Leuret 1,1 5

Gall 1,16

Spurzheim 1,16

Broussais 1,18

Dumoutier 1,20

Crâne de Soufflard. . . . 1,20

Individus ordinaires. . . . 1,21

James 1,21

Criminels de Bicêtre. . . . i,23

Ainsi le plâtre de Soufflard, le plâtre, remarquezle bien, est de tous le plus porté au meurtre; son crâne au contraire se rapproche de celui des hommes ordinaires : c'est du reste moins à moi qu'à h\. Dumoutier, son voisin en destructivité, d'en prendre la défense. Quant à M. Leuret, je suis désolé de le voir si mal noté. J'avoue que, si je m'en étais rapporté à mes seules impressions, je lui aurais plutôt accordé la bosse de la bienveillance et de l'affabilité- Gall et Spurzheim ont dû soutenir de bien terribles luttes pour subjuguer leur malheureux penchant. Broussais devait également avoir quelque velléité de meurtre. Enfin pour ce qui me concerne personnellement je ne sais s'il convient que je m'applaudisse de l'absence des protubérances latérales,

(1) On n'a pas oublié que le développement de la bosse du meurtre est en raison inverse du chiffre du rapport. Plus ce chiffre est élevé moins cette bosse est développée.

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|Miisque ceuxqui doiventphrénologiquement parlant

être les plus honnêtes gens sont les criminels de

Jticêlre !

Je livre ees résultats aux méditations de MM. les phrénologistes ; je crois inutile de leur répéter que je tiens toujours à leur disposition le crâne de Soufflard, afin que ceux qui l'ont déjà vu puissent en constater de nouveau la parfaite identité. (1)

c. JAMES , Interne à C Hôtel-Dieu de Paris.

Le Bulletin général de Thérapeutie/ue (mars îS-p) rapporte l'observation d'un homme chez lequel on a trouvé un squirrhe considérable occupant le lobe antérieur droit du cerveau et une partie du lobe antérieur gauche, sans paralysie des membres, sans embarras de la parole et sans aucun trouble de l'intelligence. C'était un vieillard d'un caractère jovial, goguenard, beau parleur, et d'une excessive lubricité.

« En présence de ce fait, s'écrie le rédacteur, que deviennent tant de belles théories physiologiques? Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans cette discussion ; cette observation parle d'ailleurs assez, d'ellemême : instinct génital exagéré, rien au cervelet, aucune paralysie des membres, aucun embarras de la parole, aucune faculté abolie, et destruction à

(1) Cotte lettre a été publiée dans la Revue médicale, en mai

peu près complète de l'un des lobes antérieurs du

cerveau, l'autre à moitié détruit. »

Au sujet du cervelet, considéré comme le siège ou l'organe de l'amour physique, ou de la passion libidineuse dont il est fait mention ici, Richerand rapporte le fait d'une jeune fille, morte à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, qui n'avait pas de cervelet, et qui cependant se livrait avec fureur à la masturbation.

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