‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 44 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PHÉNOMÈNES MBHVEILLBOX.

du faits anti-physiologiques, c'est à dire en dehors de toutes les lois cm nue de la physique, de la physiologie et de la pathologie.

Nous commençons par les plus prodigieux, tels que les phénomènes de la vue par le front, l'occiput, l'épigastie, le bout des doigts, etc. Nous nous bornerons aux principaux faits cités pai 1 s plus savants et les plus graves auteurs.

Voici ce que rapporte M- Rostan, professeur distingué de la Faculté de médecine de Pari? ? « Voici une expérience que j'ai fréquemment répétée, mais qu'enfin j'ai dû interrompre parce qu'ell» fatiguait prodigiuesement ma somnambule, qui me dit que si je continuais elle deviendrait folle. Cette expérience a été faite en présence de mon collègue et ami M. Ferrus. Je pris ma montre, que je plaçai ù trois ou quatre pouces de l'occiput. Je demandai à la somnambule si elle voyait quelque chose. — Certainement je vois quelque chose qui brille : ça me fait mal. » Sa physionomie exprimait la douleur; la nôtre devait exprimer l'étonnement. Nous nous regardâmes, et M. Ferrus, rompant le silence, nie dit que puisqu'elle voyait quelque chose brille* elle dirait sans doute ce que c'était. « Qu'est-; que vous voyez briller? — Ah! je ne mis pus; je ne pais vous le dire. — Regardez bien, — Utendesb,

ça me fatigue.... attendez — (et après un moment de grande attention) C'est une montre » Nouveau sujet de surprise. Niais si elle voit la montre, me dit encore M. Ferrus, elle verra sans doute l'heure qu'il est. « Pourriez-vous me dire quelle heure

il est? — Oh! non, c'< st trop difficile. — Faites

attention, cherchez bien. — Attendez, je vais tâcher... Je dirai peut-être bien l'heure, mais je ne pourrai jamais voir les minutes. * Et après avoir cherché avec la plus grande attention : — Il est huit heures moins dix minutes. » Ce qui était exact. M. Ferrus voulut faire l'expérience lui-même, et la répéta avec le même succès. Il me fit tourner plusieurs fois l'aiguille de sa montre; nous la lui présentâmes sans l'avoir regardée : elle ne se trompa point. » (i)

\oici un fait plus mervei'lcux encore s'il est possible : « J. l'aiguis dit M. le docteur Filassier, de magnétiser un de mes amis; mais les manœuvres que j'exerçais sur lui furent toutes faites avec la ferme Volonté d'agir sur elle (une somnambule) ; bien que placée à quelque distance de moi, elle ne tarda pas à s'endormir et à tomber en somnambulisme. Je lis enlever expiés toutes les .umières de la pièce où nous nous tenions; nous nous trouvâmes alors dans l'obscurité. J<- pris ma montre avec toutes les précautions nécessaires pour qu'elle ne pût être même aperçue par la somnambule, et je la plaçai sur son front le cadran étant dirigé vers

(1) Dictionnaire de Mmecine, en Ï8 vol., t. mu, article Magnétisme, p. hZZ»

la peau, et le reste de la montre étant soutenu et entièrement caché par la paume de la main droite ; j'appuyai les doigts de l'autrt main sur les paupières pour augmenter et maintet ir leur occlusion déjà conijiJ.-te par elles-mêmes, o Qu'avez- vous sur le front ?demandai-je à la somnambule. — Une montre, me répondit-elle après un peu de réflexion. — Voyez l'heure. — Je ne puis. — Voyez-la; je le veux. — La grande aiguille est sur le 6. la petite est après le 7, me répondit-elle après une forte concentration. N. us passâmes dans l'appartement à côié, qui était éclairé, et nous pûmes constater qu'il était sept heures et demie à la montre. (C'est ce que la somnambule aurait pu dire s'il n'était appar»mment plus poétique et plus magnétique de dire que la grande aiguille était sur le 6 et la petite après le 7) — Je tournai plusieurs fois sur rites* mèini s les aiguill s de ma nvmtre sans savoir moimême à quelle heure el.es s'étaient arrêtées, puis je la plaçai avec les mêmes précautions sur l'occiput delà -omnambule. « Quelle heure est-il à ma montre? Elle resta longtemps concentrée, et dit enfin : — La plus grande aiguille est sur le 5, la plus petite est entre le 3 et le 4, mais plus près du 5. » Je passai dans la chambre éclairée, et je vis en effet que ma montre marquait trois heures vingt-cinq minutes. » (1)

Les amis de M. Filassier placèrent la montre sur l'cpigastre de la somnambule pardessus les vète-

(1) Quelques Considérations pour servir à l'Histoire du Magné. Usine animal.

ments, et elle vit par l'estomac comme par le front et l'occiput. Voilà donc le sens de la vue en trois endroits à la fois. Dans la voie des prodiges il n'y a que le premier pas qui coûte. Je doute fort que ces somnambules, quelque lucides qu'elles soient, pussent soutenir les épreuves de la commission de médecine de 1857, dont on a rapporté les conclusions plus haut.

Maintenant que répondre à des savants qui vous disent : Nous avons vu?... C'est le cas de dire : Puisque vous l'avez vu, je le crois; si je l'avais vu moi-même, je ne le croirais pas. Il est, comme dit Cabanis, des erreurs dont les hommes d'esprit seuls sont susceptibles. La vue par l'occiput et sans le secours des yeux est une de ces absurdités que l'on doit aussitôt rejeter et nier comme contraire aux lois de la physique et de l'organisation animale, et surtout comme contraire au sens commun. Le bon sens en effet nous crie à tous qu'il ne peut y avoir dans cette prétendue vision occipitale aucune espèce de causalité ou de rapport possible de cause à effet; que de l'organisation de l'occiput ne peut résulter aucune apparence de cause finale de la vue, parce que cette organisation n'a aucun rapport de nature et de forme avec la lumière, pour la modifier, la réfracter et en transmettre l'impression au cerveau; qu'une chose n'existe pas sans sa condition d'existence essentielle, Ainsi il n'y a point de fonction mécanique sans machine, point de fonction vitale sans organe, point de digestion sans estomac, point de respiration sans poumon, point de sensation sans un organe de sensation ou un sens,

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par conséquent point de vue véritable possible sans yeux : et en effet la vision réelle ne peut avoir lieu que oar l'impression d'un objet réel, sensible sur le nerf optique ou la rétine, ce qui exclut les visions hallucinatiques et fantastiques dans les songes, où il n'y a point d'objet réel et par conséquent point de sensation véritable, mais seulement des simulacres ou des souvenirs de sensations sans aucune réalité.

On ne peut pas non plus nous opposer l'état des somnambules ordinaires et naturels, parce que ceux-ci ne voient réellement point ou très rarement, quoiqu'ils puissent avoir les yeux ouverts; car s'ils voyaient ils communiqueraient avec le monde extérieur, se réveilleraient aussitôt, ou plutôt ils ne seraient véritablement pas somnambules. S'ils paraissent montrer beaucoup d'adresse et d'agilité dans leurs courses nocturnes sur les toits, c'est précisément encore parce qu'ils ne voient pas. L'ignorance du danger leur donne une assurance qui les préserve des accidents, lesquels ne manqueraient pas d'arriver s'ils venaient à s'éveiller; ils verraient le danger; bientôt leurs idées seraient troublées, et ils tomberaient infailliblement. Aussi tout le monde sait qu'il est dangereux de réveiller un somnambule qui s'est mis dans une situation périlleuse.

Au reste il est certain que malgré leur adresse apparente et leur lucidité prétendue ils tombent souvent des toits, ou se jettent par les fenêtres de leur appartement et se tuent.

Mais comment expliquer ces cas rares et singuliers où l'on a vu des somnambules dans un état

de lucidité optique composer et écrire des vers, des discours au milieu de la nuit. Un ecclésiastique somnambule se levait la nuit pour corriger un sermon. Dans ces mots : ce divin enfant, il substitua adorable à divin. Plus tard s'apercevant de l'hiatus il ajouta un t après ce. On peut croire que dans ce cas et autres semblables les somnambules ont pu, par une exaltation extraordinaire de la sensibilié optique, voir assez pour écrire pendant certaines nuits rendues d'ailleurs peu obscures peut-être par quelque clair de lune; et s'ils ont vu c'était au moins par les yeux et les yeux ouverts ou entr'ouverts trè* probablement. Tout cela ne prouve rien en faveur de la prétendue vue occipitale, épigastrique, etc.

Si les faits dits magnétiques ci-dessus al'égués étaient véritables ils devraient être attribués à l'action d'une puissance surnatu elle ; ils seraient de vrais mil ailes. Or il est certain "que Dieu ne fait des miracles que dans une fin dig'ie de lui et pour manifester ses divins attributs. 11 serait ridicule de croire que la souveraine sagesse voulût sans raison et sans but cligne d'elle faire voir un homme par le derrière de la tète ou par l'épigastre. Mais les faits existent. Des hommes graves, savants et véridiques disent les avoir vus, les attestent hautement, rien ne résiste à la puissance des fait-. Soit; mais il est certain que des hommes savants, graves et véridiques ne sont pas à l'abri de toute erreur; ils ont pu être trompés d'une manière quelconque, par quelque subtilité pre-tigieuse ou d'une façon qui m'est inconnue, mais qui est à la riigueur possible;

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ils ont pu se tromper eux-mêmes. Qui pourra prouver avec certitude que les magnétisés n'ont pas cru avoir vu pftr l'occiput ce qu'ils n'avaient réellement point vu, en un mot s'ils n'ont pas deviné quelquefois juste? On sait que très souvent ils se trompent ou hésitent, et ne disent vrai qu'à demi ou à peu pies. De l'aveu même de M. Rostan « les somnambules les plus lucides commettent souvent de fréquentes erreurs; je dirai même que les cas où ils se trompent sont les plus ordinaires, n Et ailleurs : « Il faut cependant avoutr que les somnambules se trompent dans la majorité des eas, et que le désir paraître clairvoyants leur fait affirmer qu'ils voient ce que bien souvent ils ne voient pas. » Qui pourra, d'un autre côté, assurer que le rmtgn^tis» ur ou l'expérimentateur ne s'est pas trompé lui même sur les qualités de l'objet prétendu vu, ou si, par une illusion optique ou une subite hallucination, il n'a pas vu une chose pour une autre, ou un objet fantastique, qui n'existe réellement point? En tout état de cause j'aime mieux croire que l'un des deux s'est trompé, ou que l'un l'a été par l'autre, à dessein ou non, que de me persuader que le cours des lois de la nature a été interrompu ou interverti sans aucune raison ni fin digne de son auteur. J'éprouve une répugnance si invincible à croire à ces faits, qui sont contre l'organisme et la raison, qoe j aimerais encore mieux dire avec les théologien- que cette fascination optique, en admettant les faits, est l'œuvre du dation, ce qui ne répugne pas absolument aux principes de la saine théologie. Et i n effet les esprits de ténèbres apparemment peine il

voit dans les ténèbres, ou plutôt il n'y a point de ténèbres physiques pour les êtres incorporels. Ces intelligences surhumaines peuvent donc faire ce dont quelques hommes sont parfois capables; et il leur est encore plus facile de communiquer aux hommes des pensées, ou la connaissance des objets ou de leurs qualités, puisque tous les hommes, comme on sait, sont capables de ces choses. Ce ne serait donc après tout qu'un miracle du second ordre, opéré par un agent surnaturel ou le génie du mal dans lebut d'établir et d'accréditer une doctrine mauvaise, erronée dans ses principes et immorale dansson application, commenousleverronsplusbas. D'après tout ce qui vient d'être dit il est certain, i° que la réalité de la vue .<ans le secours des yeux et par d'autres organes que les yeux ne peut être admise que par un véritable miracle., ce qui dans l'espèce est démontré impossible ; 2° ou qu'il faut établir que c'est un phénomène extraordinaire, anormal, mais purement naturel et physiologique, supposition qu'il est également impossible d'admettre, parce qu'elle est contraire à toutes les lois de la physique et de l'organisme animal II ne reste donc d'autre issue possible que l'artifice humain ou diabolique. (îj Pour nous en tenir au premier

(1) Nous doutons fort que le diable , avec toute sa finesse surhumaine et son infernale astuce , puisse faire tous les tours de force , c'est à dire tout le merveilleux que les adeptes et les compères du magnétisme nous débitent avec un aplomp et un sangfroid imperturbables. Les hommes vraiment osent plus que les démons. Appliquons ici la maxime de Marescot : A natura multa, plura ficta, adivmone nitlla.

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