HA.GN ET I S H E A \ I H A
nous concluons que les magnétiseurs et les magnétisés onl trompé ou ont été trompés, hallucinés, illusionnés, fascinés par des ruses adroites et des subtilités prestigieuses. Pour nous résumer sur l'article de tous ces faits extraordinaires, merveilleux et anti-physiologiques nous disons et nous dirons toujours : La collusion entre le magnétiseur et le magnétisé est absolument possible; on en convient: or nous nous retranchons derrière cette possibilité, et tant qu'on ne l'aura pas détruite nous nierons tous ces faits merveilleux, parce que nous aimons mieux croire que deux hommes ont pu mentir que d'admettre un renversement des lois de la nature ou l'intervention inutile et gratuite d'une intelligence ou d'un agent surnaturel ou surhumain. Nous rougissons presque d'avoir étalé toutes ces preuves et d'avoir fait tant de frais de démonstration pour réfuter des choses si vaines et si frivoles, qu'il aurait fallu nier tout simplement comme extravagantes, absurdes et ridicules ; mais à qui la faute ? Pourquoi des savants eux-mêmes ne rougissent-ils pas de soutenir et de relever par l'appui et l'éclat de leur nom ces étranges et inconcevables erreurs?
Il est une autre vue magnétique bien plus merveilleuse encore, c'est la vue dite dans l'espace et dans le temps. La vue dans l'espace, c'est celle par laquelle une somnambule prétend voir ou connaître ce qui se passe à des distances considérables ou même incommensurables et sans bornes.
On rapporte que les magnétiseurs ont fait voyager leurs somnambules dans des pays inconnus, en Amérique, aux Indes orientales, en un mot par-
tout, soit pour savoir des nouvelles d'une personne absente, soit pour faire des découvertes scientifiques. On a vu des relations dans lesquelles une somnambule faisait la description exacte de l'appartement d'une personne éloignée et dans un pays où elle n'avait jamais été; d'autr s, p< ur obéir aux ordres de leur magnétiseur, se transportent, sans bouger de place, auprès de certains malades pour voir par une intuition magnétique leurs maladies et les remèdes qui leur convienn nt ('/est peu que tout e< la. Il est curieux de voir la lu. idité magique des magnétisés aller lutter contre 1 s ténèbres des enfers même, ou s'élancer jusque dans la région de-i planètes et des étoiles fixes, ou disons plutôt dan- la région des chimères, des extravagances et des folies. Voici l'analyse d'une relation d'un de ces voyages planétaires, écrit sous la dicée d'une somnambule : « Elle a vé ifié qu'il existe réellement dans la lune des êtres sensioles et vivants, qui jouissent comme nous du spectacle de la nature et de ses avantages; qu'ils naissent, se reproduisent et périssent de la même manière. La description qu'elle donne de ces êtres lunaires n'est p int très belle ; ils ont une 'orme aplatie et une marche rampante. » (Citation de M. Dupau.)
La vue dans l'espace emporte naturellement celle dans la matière, c'est à dire à travers ou dans les corps opaques et tout à t'ait imperméables à la lumière, comme le globe terrestre ; car il ne s'agit pas ici de la matière lumineuse ou diaphane. Je cite cet exemple à dessein, puisque, au rapport de M. Ilostan, « les partisans du magnétisme disent
qu'il n'est pas plus surprenant de voir les antipodes au moyen de ce fluide nouveau que d'aperce\oir Saturne, Jupiter ou Sirius au moyen du fluide lumineux. »
Si les somnambules peuvent voir les antipodes, leur vue si subtile et si perçante passe donc à travers le centre de la terre, et parcourt un diamètre de trois mille lieues ; et si cette vue d'une espèce nouvelle traverse une masse opaque de trois mille lieues d'épaisseur, pourquoi un mur d'un pied l'arrète-t-il absolument et nécessairement? Enfin, pour tout dire pu deux mots, le* somnambules voient dans les cieox, la terre et les enfers; leur vue est universelle, embrasse tous les êtres, tous les temps, tous les lieux; elle est donc infinie comme celle de Dieu. I! «erait supeiflu de s'arrêier à réfuter de pareilles absurdités; elles se réfutent assez d'elles-mêmes, et les exposer c'est les réduire à leur juste va'eur, c'est à dire au i éant.
On doit en dire autant de la vue intuitive d1 l'intérieur de L'organisme humain ou des organes sains ou malades du corps de l'homme. A cette vue intérieure des particularités les plus intimes de l'organisation s'oppose toujours invinciblement l'épaisseur des téguments; e'est un mur; une cl <ison opaque et imperméable; et quand le corps humain serait en quelque façon clair et perluc de, comment connaî're et 'écrire exactement des viscères sains ou malades sans la moindre notion de l'anatomie et de la médecine? M. Rostan lui-même dit « qu'il n'a jamais obtenu que des descriptions ou tout à fait fausses ou du moins fort errronées.
Il est extrêmement rare que des somnambules même très lucides voient approximativement leur intérieur; ils n'ont la plupart que des idées absurdes qui ressemblent à de vains songes, et c'est tout. » C'est à dire que s'ils disent quelquefois des choses plus ou moins vagues et qui semblent se rapprocher un peu de la vérité, c'est d'après certains souvenirs de ce qu'ils ont pu entendre dire sur l'organisme en général, ou même d'après quelques notions vulgaires généralement connues du peuple. M. Rostan affirme positivement, malgré son assertion tout à l'heure rapportée, que les somnambules « jouissent de la faculté de distinguer à travers les corps opaques ; » et en preuve il cite ce singulier exemple : « Une somnambule m'a constamment dit sans jamais se tromper si j'avais l'estomac vide ou plein. » Je laisse au lecteur à apprécier la force et la valeur d'une pareille preuve.
Il est une variété de la vue dans l'espace qui consiste non seulement à voir les actions des personnes, mais encore leurs pensées les plus intimes ou les secrets des cœurs.
Voici un fait que rapporte M. le" docteur Filassier. « A mesure qu'elle (mademoiselle Clarice) guérissait, son somnambulisme devenait de plus en plus lucide, et nous étonnait par sa vue toujours infaillible dans l'espace et le temps Dormant à Paris
dans le salon de M. Chapelin, mademoiselle Clarice voyait à Arcis-sur-Aube sa mère, décrivait son occupation dans le moment, son attitude, ses pensées intimes ; précisait, en entrant dans les plus petits détails, le moindre changement que sa mère
y apportait ; prédisait pour une heure, un jour, plusieurs jours plus tard la visite de telle ou telle personne à sa mère, leur entretien, la venue de telle ou telle lettre, l'effet que sa mère en ressentirait
immédiatement, ses réflexions ultérieures
« La jeune somnambule annonçait aussi à son père l'arrivée des lettres de sa mère, et disait d'avance leur contenu. Elle vit un jour sa mère souffrante, et elle dicta pour elle une consultation qui arrivait à Arcis-sur-Aube au moment où monsieur son père recevait à Paris la première lettre où sa femme lui parlait de sa maladie. » (i) — Il y a ici nécessairement illusion ou tromperie pour les raisons que nous avons exposées plus haut. Aucun des moyens ci dessus indiqués ne peut être invoqué comme voie ou méthode exégétique ; et en effet ces fails ne peuvent être ni naturels ni même surnaturels. Point naturels, cela est évident, et ne demande point de commentaire; ni surnaturels, parce que Dieu ne peut faire des miracles que par des motifs et dans un but digne de lui. D'un autre côté des intelligences surhumaines, selon le sentiment des philosophes et de tous les théologiens avec S. Thomas., ne peuvent connaître avec une certitude absolue les pensées intimes de l'homme ou les secrets des cœurs : Angeli non cognoscunt sécréta cordiimij, dit S. Thomas (2). Ces intelligences supérieures à l'homme ne peuvent avoir ces connaissances que par voie de conjecture, mais à la vérité
(1) H. Filassier, ouvrage déjà cité.
(2) On nous dit cependant que mademoiselle Glarice étonnait par sa vue toujours infaillible dans Ç espace et dons le temps.
bien plus parfaitement que l'homme (i). « Quelque connaissant qu^ soit un être, dit B tssuet dans son Traité du libre arbitre, un objet même existant n'en est connu que par l'une de ces manières, ou parce que cet objet fait quelque impression sur lui, ou paue qu'il a fait cet objet, <m parce que celui qui l'a fait lui en donne la connaissance. » Or on
(1) Un assez grand nombre d'ecclésiastiques croient sérieusement à l'intervention du démon dan* les merveilles mystérieuses du magnétisme.
Au risque de froisser peut-être quelques susceptibilités philosophiques je dirai deux mots sur ce point délicat; j'exprimerai nettement mes convictions sans détour et sans périphrases. Ne soyez donc pas surpris ni effarouché si moi , médecin , je vous avoue qu'en partie je partage leur opinion, mais par des motifs différents que je dirai plus bas.
On ne peut nier l'existence et le pouvoir surhumain d'un ordre d'intelligences (anges, démons, esprits, génies) supérieures à l'homme sans nier en même temps le christianisme, sans nier l'Évangile, qui établit cette doctrine, et sans cesser par conséquent d'être chrétien ; je dirai plus, sans cesser d'être véritable philosophe et logicien.
Cette croyance à un ordre d'intelligences supérieures à l'inte'ligence humaine n'est point propre au christianisme; elle est admise dans tomes les philosophies et dans toutes les religions de la terre. C'est une doctrine qui nous est venue de la révélation primitive faite à l'origine des choses, et qui nous a été transmise d'âge en âge par la tradition du genre humain. Or cette tradition emporte l'universalité des temps, des lieux et des peuples; et c'est une chose digne de la plus grande attention que cette concordance des histoires de toutes les nations sur l'existence et la nature des êtres surhumains. Presque tous les peuples du globe parlent des bons et des mauvais anges, de la révolte des mauvais contre Dieu et du châtiment et de l'éternel exil des esprits rebelles. C'est la doctrine des Chinois, des peuples riverains de la mer Vermeille, des Californiens septentrionaux, des Indoux, des Scandinaves, des Arabes , des Thibétains, des Péruviens et des Mexicains, des Kal-
ne voit dans l'espèce aucune de ces trois conditions; donc les faits allégués Boni nécessairement et logiquement nuls ou taux, c'est à dire le résultat de l'artifice humain.
En ï S")0, une lettre me fut adressée de la part d'un pieux et savant ecclésiastique. Voi -i ce qu'il m'oppose comme un fait authentique auquel, selon lui, il n'y a rien à répondre. Lui-même avait présenté à une somnambule magnétique une mèche de cheveux provenant de sa sœur, re Lieuse. Personne au monde que lui ne savait de qui étaient les cheveux ; cependant la somnambule lui a dit
mouks, des Parsis, des diverses peuplades des bords de l'Orénoque , des Scythes, des Thraces , des Gèles, des Messagèles, des Goths, des Celtes; des Grecs, Sociale, Platon, Pylhagore, Thaïes, Eschyles, Empédocle, Euripide et jusqu'aux peuplades que l'on appelle sauvages, quoique au fond elles ne soient (pie des hommes dégradés ou des débris d'anciennes civilisations, et qui par conséquent conservent quelques vestiges de la révélation primitive. (Voyez le Christ devant le siècle, par M. lîoselly de Lorgues.)
Même unanimité et même universalité traditionnelles sur la chute et la dégradation originelle de l'homme, sur la promesse d'un libérateur, sur le déluge, etc. Que conclure de tous ces documents , sinon que toutes ces croyances viennent de la même source , c'est à dire de l'histoire la plus ancienne et la plus authentique du monde, de l'histoire mosaïque, et de plus que tous ces peuples sont originairement issus de la même famille, de celle famille primitive ei prototype d'où est sorti le peuple hébreu?
I ne vérité qui nous est transmise par une semblable voie , je veux dire la tradition universelle depuis le commencement du monde, et qui nous apparaît environnée de tant d'évidence et de Clarté, commande irrésistiblement à tout homme raisonnable un plein et complet assentiment ; et, nous ne craignons pas de le (lire, ne pas donner son adhésion à des dogmes revêtus de tous ces caractères de vérité est la marque certaine d'un esprit mal l'ait, peu philosophique, pourne pas dire d'an esprit malade, faible et borné.
par gradation qu'ils venaient d'une femme, d'une vierge, d'une religieuse. On sent assez qu'ici nous avons dû admettre le fait tel qu'il est rapporté. Voici un extrait delà lettre que nous avons écrite en réponse à la difficulté proposée : « Un prêtre décemment ne peut être muni que d'une mèche de cheveux provenant ou de sa mère défunte ou d'une de ses sœurs religieuses, qui s'est dépouillée de sa vaine chevelure dans un couvent. Pour un ecclésiastique il ne peut y avoir que ces deux cas légitimes de conserver, comme une sorte de relique, des cheveux de femme ; car on ne peut pas supposer qu'il puisse avoir des raisons pour conserver des cheveux de ses autres parents qui sont dans une condition différente, et qu'il peut voir et fréquenter habituellement, et bien moins encore de personnes étrangères. Or une somnambule instruite et à qui on a fait son thème magnétique sait parfaitement tout cela ; d'ailleurs les somnambules deprofession sont dressées à ce manège : ce sont ordinairement des montres, des médaillons, des tabatières, des tresses de cheveux qui servent aux expérimentations magnétiques. (1) Il est donc très naturel de croire que
(1) Il y a plus, le magnétiseur et le somnambule peuvent s'entendre entre eux, à l'aide d'un certain langage convenu. Le compère dit à son adepte des choses indifférentes , ou du moins qui ont quelques rapports à la circonstance présente; il l'exhorte, l'encourage, lui donne des ordres; on lui dit de se recueillir, de rentrer dans le sanctuaire de son intérieur et d'appliquer l'action uc ses facultés intuitives au but de l'œuvre ou de l'opération magnétique , et autres balivernes semblables. Mais notez que ces paroles insignifiantes eo elles-mêmes peuvent devenir très significatives pour la somnambule, soit par le nombre ou la répétition des mots, soit
la somnambule a deviné juste. Cependant elles se trompent bien plus souvent qu'elles ne disent vrai, dit M. Rostan, le plus savant patron du magnétisme. Elle a donc dit vrai dans l'espèce, mais n'a pu révéler le fait directement, ex intégra, tout d'un coup et à la première inspiration magnétique, mais ■par gradation seulement. Et en effet dès qu'elle a pu savoir que les cheveux provenaient d'une femme, et cela ne doit pas être bien difficile à une somnambule hystérique et actuellement ou virtuellement dans un état d'exaltation ou de lucidité sonsitive, l'odorat excessivement exalté par le spasme hystérique et somnambulique peut lui faire facilement distinguer les sexes et les divers objets à leur usage, et par conséquent des cheveux provenant de sexes et d'âges différents ; il lui était donc dès lors également facile de distinguer les cheveux d'une jeune fille de ceux d'une vieille femme. Vovcz, ce que nous avons dit sur les exaltations olfactives, p. 591 et 592. Si je n'avais craint de rendre mon livre trop volumineux j'aurais pu y rapporter bien d'autres tours de force de femmes névrnpathiques, hystériques, somnambuliques,hallueinatiques, convulsionnâmes, et en apparence possédées d'une légion entière de démons (1); enfin j'aurais dit des
par le nombre ou la qualité des lettres qui composent ces mots, soit par le changement de valeur et d'acception de ces derniers , ou enfui par le nom des premières lettres des mots qui formeront le nom des choses qu'elle doit deviner, etc.
(1) l il mol en passant sur la possibilité des possessions du dimon. A ce mot possessions le philosophe incrédule sourit de pitié, et dit : Je ne puis concevoir ni admettre sérieusement les possessions; ma raison s'y refuse absolument : donc elles sont impos-
418 pensées d'dn croyant catholique.
choses qui paraissent passer toute prévision humaine, et que pourtant la physiologie et la pathologie expliquent rationnellement, c'est à dire naturellement.
sibles. A son tour le philosophe catholique dira : Ma raison, réglée et conduite par la foi, l'histoire évangélique, la tradition constante, le sentiment unanime des Pères et des Docteurs de l'Eglise, la doctrine et la pratique de l'Eglise, m'assure que les possessions ont réellement existé : donc elles sont possibles. L'incrédule nie également les autres faits évangéliques, comme les miracles, etc., et en cela au moins il est conséquent : il faut que le catholique soit conséquent aussi en croyant tout ce que l'Evangile et l'Eglise lui ordonnent de croire, et dans le sens déterminé et fixé par celle-ci, sous peine de perdre le caractère de chrétien catholique. Ainsi, si l'on ne veut renier, je ne dirai pas la religion, mais la logique, il faut nécessairement ou tout croire ou tout rejeter. Lecteur, choisissez. Des milliers d'autres ont choisi avant vous , des libertins cyniques, esclaves de toutes leurs passions brutales, des incrédules, des impies , des déistes, des rationalistes, des panthéistes, des matérialistes, des athées, dont je n'exhumerai pas ici les noms infects et pourris, selon le langage de l'Ecriture [nomem impiomm puiresret, Prov. vu, 10). Tous ces sophistes, poussés et emportés par un paroxysme d'orgueil effréné, ont pris le parti de tout nier, et soudain tout appui leur a manqué ; ils sont tombés dans les abîmes
du vi le Je me hâte de détourner d'eux mes regards attristés
pour les porter sur des philosophes chrétiens, de vrais sages, des hommes éminemment vertueux , les gloires, les charmes et les délices de l'humanité , comme les Vincent de Paul, les François de Sales, les Xavier, les Fénelon, etc., etc. De plus je contemple les magnifiques splendeurs du génie ; je considère les Bossuet, les Pascal, les Descartes, les Mallebranche, les Leibnitz, les de Bonald, les Newton, les Euler; je me rappelle avec orgueil les noms imposants des médecins Boerhaave, Yanswieten, Sydenham, Hoffmann, llaller, Halle, etc., etc. Tous ces grands personnages ont sincèrement cru aux faits évangéliques, c'est à dire aux faits de Jésus- Christ, que J. J. Rousseau lui-même assure être plus attestés que 1rs faits de Sorriite, dont personne ne doute. Encore une fois, lecteur, choisissez vos patrons et vos maîtres.
Mais, dira-t-on peut-être, s'il se présentait beaucoup de faits semblables et d'autres plus étonnants encore, il faudrait pourtant bien à la fin vous rendre, et déposer votre scepticisme devant la masse des faits et des témoignages irrécusables. Avant tout j'examinerais, je discuterais, je scruterais, la lampe de la logique et de la science à la main, et quand je serais absolument, inébranlablement convaincu que les faits bien constatés sont tout à fait inabordables à la science humaine, et au dessus et à l'abri de tout artifice humain, alors, sans plus de façon, j'aurais franchement recours au démon, conformément à ce que j'ai écrit à la page 4°6- Revenons.
Tout ce que nous venons de dire sur la vue dite dans l'espace s'applque naturellement à ce qu'on appelle la vue dans le temps ou dans l'avenir; c'est la prévision et la prophétisation en style magnétique.
11 est inutile de rappeler ici qu'aucune intelligence créée, ni h imaiue, ni surhumaine, ne peut connaître avec un<- certitude absolue les événements libres ou le-; futurs contingents-, c'est à dire ceux qui dépendent de causes libres ou de la libre détermination d'une multitude d'hommes qui peuvent ne pas exister encore, par li raison que l'intelligence créée et finie ne peut pas co naître ce qui n'est pas encore et qui r;e doit pas être nécessairement. L'intelligence infinie et incréée, ou Dieu seul, voit et connaît non seulement tout ce qui est. mais encore tout ce qui est absolument possible, c'est à dire tout ce qui n'implique pas contradiction
(ainsi ie Tout-Puissant lui-même ne saurait voir et connaître un cercle carré, un triangle sans trois côtés ou l'inégalité des rayons d'un cercle); autrement l'intelligence incréée et infinie serait bornée comme l'intelligence créée et finie, la science de Dieu serait imparfaite; c'est à dire que Dieu ne serait pas, ce qui est absurde.
Quelque parfaite que soit une intelligence créée, elle ne peut connaître sûrement que des événements produits par des causes physiques et nécessaires. C'est ainsi que les physiciens prédisent certains phénomènes purement naturels, les astronomes les révolutions des astres, l'apparition des comètes et l'arrivée des éclipses. Ce n'est donc que par voie de conjecture que les créatures même les plus intelligentes peuvent connaître ou deviner l'avenir ou les choses cachées. On peut admettre rationnellement qu'une personne extatiquement isolée du monde extérieur, dans le silence de toutes les sensations externes et dans une profonde concentration nerveuse, peut quelquefois saisir, par une compréhension vive et rapide de l'intellect, la liaison et l'enchaînement naturel des événements, les rapports subtiles de connexité entre les causes et les effets, et dans une réunion de circonstances particulières faire d'heureuses et d'étonnantes prédictions, dont elle n'aurait pas été capable dans son état normal et physiologique. Or cet état d'exaltation cérébrale est ce que nous appelons lucidité intellectuelle, somnambulique, soit qu'on le rencontre dans le somnambulisme artificiel, ou qu'il soit un effet du somnambulisme naturel ou même de quelques fièvres cérébrales,
MAGNÉTISME ANIMAI.. 'l 2 !
comme le prouve l'observation ci-dessus rapportée du valet de chambre de l'ambassadeur espagnol.
C'est donc à cette espèce de prescience ou de prévision lucide toute naturelle que se réduit la fameuse prophétisation magnétique. De cette prédiction somnambulique à la prophétie véritable la distance est immense, infinie; il y a aussi loin que de l'esprit de l'homme à l'esprit de Dieu, puisque la prédiction somnambulique vient de l'esprit de l'homme, et la prophétie véritable ne peut être faite que par l'esprit infini de Dieu. Entre un grand nombre de caractères qui nous servent à établir la différence entre les prédictions humaines et les oracles prophétiques que nous ont annoncés des hommes qu'animait l'esprit de Dieu, nous nous bornerons à ceux-ci : les prophètes de Dieu n'étaient pas sous l'empire d'aucun homme ni d'aucun agent physique; ils étaient dans un état physiologique (1), et jouissaient actuellement de l'usage de toutes leurs facultés et de tous leurs sens; ils savaient ce qu'ils annonçaient, parlaient spontanément, sciemment et librement, et étaient tout à fait indépendants de toute influence naturelle. Enfin les prophètes conservaient le souvenir de toutes leurs prédictions : on sait que tout le contraire arrive chez les somnambules; ils ne se souviennent de rien à leur réveil. Voyez M. l'abbé Frère, qui a traité avec détail la question suivante : « Peut-on expliquer
(1) On doit icj se rappeler que le somnambulisme, soit artificiel, soit naturel, n'est point un état normal et physiologique, mais une névrose ou une espèce de maladie.
par le magnétisme animal les prophéties, les miracles, les extases, les possessions et les faits de la divination? »
Il n'entre pas dans notre sujet de traiter ici la question des miracles; nous nous manquerions à nous mêmes et surtout ai respect du aux divines Ecritures, nous croirions presque commettre une sorte de profanation, si nous avions la témerilé d'établir un insultant et outrageux parallèle entre les \rais miracles consignés dans nos livres sacrés et les faits merveilleux ou plutôt les jongleries et les rapsodies ridicules du magnétisme animal. INous nous bornerons à quelques mots sur la haute et puissante logique avec laquelle MM. les magnétiseurs prétendent nous expliquer les prodiges marqués au sceau du Tout-Puis-anl; en voici un petit échantillon.
« Je pense, dit M. Rostan, que les phénomènes surnaturels qui ont pu se présenter dans l'amiquité, qui sans doute ont existé réellement, peuvent être expliques par le magnétisme. » (1) Quelques lignes plus bas il ajoute : « Je crois qu'une foule de faits miraculeux trouvent une explication physiologique, naturelle dans le magnétisme. » (Le magnétisme rentre donc dans la physiologie, et par là
(1) On doit savoir gré à M. Rostan d'avoir mis entre parenthèses : « Je ne parle pas des prophètes que l'esprit de Dieu animait, n Cela ne l'empêche pas de dire cependant qu'il ne veut pas chercher à savoir si les prophètes voyaient réellement dans l'avenir. Si les prophètes étaient animés de l'esprit de Dieu, ils pouvaient donc voir réellement dans l'avenir : pourquoi doue de la part de M. Rostan cette formule dubitative?
même n'existe pas réellement ) En effet M, Foissac, en parlant du magnétisme «liez les Juifs, explique magnétiquement ei admirablement un uVs miracles de Moïse : e'est eelui par lequel le grand législateur des H' br> ux fait triomphée Josué et pa-ser les Amaléeites au fil de lepée (i). « Moïse ayant envoyé J(»sué combattre contre les Amaléeites, monta sur une colline avec Aarou et Hur, et lorsque Moïse tenait les mains levées Israël était victorieux; mais lorsqu'il les abaissait un peu A maire avait l'avantage. Cependant les mains de Moïse était nt la>ses et appesanties; c'est pourquoi ils prirent une pierre, et l'ayant mise sous lui il s'y umu, tandis que Aaron et Hur soutenaient les mains des deux côtés; ainsi les mains ne se lassèrent pas jusqu'au coucher du soleil, et Josué pa^sa les Amalécties au fil de 1 epée. » (2)
Voilà du magnétisme à distance, en grand et à large courant. L'application se présente ici tout naturellem- nt. M. Foissac est sans contredit un des plus habiles magnétiseurs de France. Eh bien!
(1) Si, suivant M. Foissac, la science magnétique était si parfaite au temps de Moïse, pourquoi le même auteur dit-il ailleurs que le magnétisme n'est pas encore assez avancé pour chercher à expliquer comment il agit, et qu'elle est sa nature intime? [Rapports et discussions, p. SUS.) Pourquoi encore les professeurs du magnétisme nous disent-ils que cette science est dans son enfance et que son origine se perd dans la nuit des temps? AI. Rostan nous assure que « les pratiques du magnétisme étaient connues et exercées dans l'antiquité la plus reculée? » (Dictionnaire de Médecin» . l. mu.)
(2) Foissac , Rapport s et discussions sur le Magnétisme ont' mals p. '182 et suiv.
<124 pensées i>'ln choyant catholique.
qu'est-ce qui empêcherait le gouvernement, à la prochaine bataille qui se livrera, d'engager ce nouveau thaumaturge à monter sur une colline (1), assisté d'un détachement de dragons pour écarter les adeptes et les compères, et à y tenir les mains levées, à l'effet de foudroyer, sidérer et paralyser dûment et magnétiquement les ennemis de la patrie? Vous direz peut-être qu'aujourd'hui la science magnétique n'a point encore atteint ce haut degré de perfection. Détrompez-vous; elle est arrivée à son apogée, à son nec plus ultra. Les magnétiseurs modernes font des miracles plus étonnants que ceux de l'Evangile ; ils n'ont pas même besoin de toucher les yeux des hommes pour les faire voir; ils font plus fort que tout cela, et, ce qui est inouï depuis le commencement des siècles, ils les font voir sans yeux et de plus sans lumière. Que l'on dise après cela que le magnétisme n'est d'aucune utilité, et n'est bon que pour amuser les loisirs des esprits curieux et frivoles! Parlons sérieusement s'il est possible. Nous ne demandons pas que M. Foissac rende la vue aux aveugles de naissance ni même à. ceux qui l'ont perdue par accident, par désorganisation des yeux; nous le prions et nous le conjurons non de chercher à faire voir des hommes et surtout des femmes par le derrière de la tête ou par l'estomac, mais de rendre la vue vulgaire, oculaire aux personnes aveugles, atteintes d'amaurose ou de paralysie du nerf optique , et douées d'ailleurs d'yeux parfaitement beaux, clairs et perlucides. Que les
(1) Le fond de cette pensée appartient à M. Bouillaud.
magnétiseurs nous fassent donc ce miracle par attouchement, imposition, geste, parole, ordre mental, à leur choix; ce sera certes une œuvre un peu plus physiologique et surtout un peu plus utile à l'humanité que leur sotte et ridicule vision par l'occiput, lepigastre et les doigts; qu'ils fassent, dis-je, ce miracle, et nous croirons en eux.
Nous terminerons ce paragraphe par un dernier fait merveilleux : c'est la parafysation par ordre mental ou un simple acte de la volonté. « J'ai plusieurs fois, dit M. Rostan, devant témoins paralysé mentalement le membre qu'on me désignait; un spectateur mis en rapport commandait le mouvement; impossibilité absolue de mouvoir le membre paralysé. » Comment un ordre de paralyser un membre peut-il être mental si ce membre est expressément désigné? à moins toutefois que cette désignation ne soit elle-même mental, et ainsi de suite. La somnambule est sous le regard fasciuateur de son magnétiseur, et elle s'aperçoit que l'on s'occupe d'elle : que devient alors l'ordre mental? Cela rentre tout simplement dans les considérations physiologiques que nous avons présentées sur ce point aux chapitres 3 et i\.
Si l'agent magnétique est le fluide nerveux que le magnétiseur lance par sa volonté dans l'atmosphère nerveuse de la somnambule pour la magnétiser négativement, c'est à dire la paralyser, comment se fait-il que le magnétiseur est absolument incapable de paralyser un de ses propres membres, qui est sous l'empire le plus immédiat de sa volonté? Nous croirons au magnétisme positif et négatif quand les
magnétiseurs paralyseront mentalement une somnambule à son insu, hors de leur vue, et séparée d'eux par un mur ou une cloison; et apparemment la chose ne sera pas très difficile, puisque M. Ilostan assure que le fluide nerveux, magnétique passe à travers les cloisons et les portes. Que ces messieurs donc daignent nous faire ce petit miracle, et nous acceptons volontiers leurs principes, sauf toutefois la diablerie, c'est à dire la jong.erie et le compérage.
MAGNEUSME AMMAL. 427