‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 47 sur 50 · M VC.M.TI.-MK ANIMAL. \ V · texte numérisé non relu

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d'un lait certain, incontestable, avoué de tout le monde, du lait du somnambulisme natun I non

provoqué. Or ce somnambulisme est quant au tond le même que celui que font naître ou déterminent quelquefois les procédés dit magnétiques. Pourquoi donc ne pas admettre un phénomène artificiellement provoqué qui a son analogue dans l'ordre physiologique et pathologique, c'est à dire dans la nature? 11 faut reconnaître la vérité de quelque part qu'elle vienne.

Voici pour finir ce paragraphe un court extrait de l'examen critique de Vi. Dubois: c'est un léger échantillon de la dialectique pressante et du style piquant et incisif de l'auteur. Ce passage montrera en même temps la haute importance que les commissaires de l'Académie attachent à des faits magnétiques qui, aux yeux d'observateurs vulgaires et non /acides, n'auraient assurément qu'une valeur très minime. « Un enfant âgé de vingt-huit mois, » atteint comme son père, dont il sera parlé plus » tard, d'attaques d'épilepsie, fut magnétisé chez » M. Bourdois de Lamothe par M. Foissac, le 6 » octobre 1827. Presque immédiatement après le » commencement des passes, l'enfant se frotta les » yeux, fléchit la tête de coté, l'appuya sur un des » coussins du canapé sur lequel on l'avait assis, » bailla, s'agita, se gratta la tête et les oreilles, » parut combattre le sommeil qui semblait vouloir » l'envahir, et bientôt se releva, permettez-nous » l'expression, en grognant; le besoin d'uriner le » prit, et après qu'il l'eut satisfait il fut encore » magnétisé; mais comme il ne paraissait pas cette

« fois voisin du sommeil on cessa l'expérience. » (Rapport 19.)

« Je ne puis m'empêcher de répéter encore ici la pensée de Cabanis, qu'il est des erreurs dont les hommes d'esprit sont seuls susceptibles ; et en effet pour tout homme pourvu d'une dose fort ordinaire de bon sens qu'y aurait-il eu de remarquable dans cette histoire? qui aurait pu s'imaginer d'en tirer des conséquences merveilleuses si ce n'est une commission savante?

« Un misérable ouvrier conduit son enfant âgé de vingt-huit mois chez un riche médecin ; il le place sur un canapé, et aussitôt un magnétiseur se met en quatre pour produire quelque effet sur ce bambin; le canapé est moelleux, il est garni de bons coussins; puis ii bâille, il se gratte la tête et les oreilles, il grogne, il pisse, et puis il reste très éveillé; voilà tout! C'est bien peu do chose, allezvous me dire, et on ne peut rien en conclure si ce n'est que cet enfant était assez mal élevé. M. Bourdois en aura été quitte pour faire brosser son canané et essuyer son parquet : vous n'y êtes pas ; avec de l'esprit et de la bonne volonté on vient à bout de bien des choses; vous allez voir.

« Cette observation, dit M. le rapporteur (p. 21), » a paru a votre commission tout à fait digne de » remarque! L'individu qui en fait le sujet est un » enfant de vingt-huit mois; il ignore ce qu'on lui » a fait ; il n'est pas même en état de le savoir, et » cependant il est sensible à l'action du magnétis- » me, et bien certainement on ne peut attribuer » chez lui cette sensibilité à l'imagination. »

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« Certainement cet entant ignorait ce que signifiait l'agitation de M. Foissae ; certainement il n'était pas même en état de le savoir; mais où voyezvous qu'il ait été sensible à l'action du magnétisme? Le sommeil, dites-vous, a semblé vouloir V envahir : est-ce donc chose nouvelle et inexplicable qu'un enfant de vingt-huit mois, bien placé sur un canapé, éprouve l'envie de dormir?

« Mais il a bâillé, il s'est gratté la tête et les « oreilles ; il a grogné ! » A cela je répondrai que je ne reconnais pas même ici vos premiers éléments de l'action magnétique, car il n'y a eu ni clignotement des paupières ni déglutition de la salive, etc., phénomènes auxquels on attache tant d'importance.

« 11 fut encore magnétisé, ajoute M. Husson ; « mais comme il ne paraissait pas celte fois voisin du « sommeil on cessa l'expérience. » La réflexion du rapporteur est d'une rare naïveté; on n'a pas continué l'expérience parce que le petit s'est avisé de ne pas avoir ce jour-là envie de dormir ! de sorte qu'on ne l'a pas magnétisé pour ne pas compromettre gratuitement le magnétisme, et cela n'empêche pas que cet enfant ne soit sensible au magnétisme ! » Voyez un autre et dernier rapport fait à l'Académie de médecine en 1S07, par une commission nommée par ce corps savant ; nous en avons rapporté les conclusions. M. le docteur Dubois est l'auteur de cet important rapport, qui a réduit au néant les extravagantes prétentions de certains magnétiseurs.

M. Rostan regarde le fluide nerveux comme l'a-

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gcnt de tous les phénomènes magnétiques ; voici sa théorie : « Dans l'état actuel de la science tout porte à considérer le cerveau comme une organe sécrétant une substance particulière dont la propriété principale est de transmettre ou de recevoir le vouloir et le sentir. Cette substance, quelle qu'elle soit, paraît circuler dans les nerfs, dont les uns sont consacrés au mouvement (à la volonté) ; ceux-là partent de l'encéphale ou de ses dépendances, et vont se rendre aux extrémités, les autres au sentiment : Ceux-ci vont se rendre à l'encéphale. Les premiers sont actifs, et les seconds passifs.

Nous

admettons la circulation d'un agent quelconque; mais cet agent ne s'arrête pas aux muscles ou à la peau : il s'élance encore au dehors avec une certaine force, une certaine énergie, et forme ainsi une véritable atmosphère nerveuse, une sphère d'activité absolument semblable à celle des corps élcctrisés. Cette opinion est cell ■ des plus habiles physiologistes Dès lors tout nous semble susceptible d'une explication plausible. L'atmosphère nerveuse active du magnétiseur se mêle, se met en rapport avec l'atmosphère nerveuse passive de la personne magnétisée; celle-ci en est influencée au point que l'attention et toutes les facultés des sens externes se trouvent abolies momentanément, et que les impressions intérieures et celles que communique celui qui magnétise se rendent au cerveau par une autre voie. Cet agent nerveux jouit, comme Je calorique, de la faculté de pénétrer les corps solides, piopriété qui sans doute a des bornes, mais qui

explique comment les somnambules sont influencés à travers les cloisons, les portes, etc., et aussi (•(imment ils perçoivent les qualités sapides, odorantes ou autres à travers pertains corps, qui dans l'état ordinaire ne se laissent pas pénétrer par ces molécules.

« Les faits multiplies qui prouvent d'une manière irrécusable qu'on peut magnétiser à travers des coins solides, et que ta présence de ces corps n'empêche par la clairvoyance, forcent bien à admettre que l'agent nerveux ou magnétique doit passer à travers les corps. Ceci n'est pas plus étonnant que la lumière traversant -.is corps diaphanes, l'électricité traversant les corps conducteurs, et le calorique pénétrant tous les corps. Le mélange de ces deux atmosphères nerveuses rend très bien (c'est à dire très mal) raison de la communication des désirs, de la volonté, des pensées même de celui qui magnétise avec la personne magnétisée. Ces désirs, celte volonté étant des actions du cerveau, celui-ci les transmet, au moyen des nerfs, jusqu'à la périphérie du corps et au-delà, et lorsque les deux atmosphères nerveuses viennent à se rencontrer elles s'identifient au point de n'en former qu'une seule. Les deux individus n'en forment qu'un; ils sentent et pensent ensemble, mais l'un est toujours sous la dépendance de l'autre.

« Dans cet aperçu nous n'avons peut-être pas ii|é le vrai mécanisme des efforts magnétiqi mais nous pensons que, sans nous éloigner beaucoup de faits physiologiques et physiques généralement adoptés, notre hyp. thèse, explique d'une

manière assez satisfaisante la production de ces effets. » (1)

Cette hypothèse de l'atmosphère nerveuse n'est justifiée par aucun fait certain. Au contraire toutes les données physiologiques et l'analogie nous prouvent que l'agent ou le fluide nerveux ne s'élance pas au-delà du corps, mais qu'il circule dans les nerfs à peu près comme le sang circule dans les vaisseaux; il ne sort donc pas des nerfs pas plus que le sang ne sort de ses vaisseaux; et si dans quelques cas rares le sang tran^sude à travers les pores de la peau, il n'offre dès lors plus aucun caractère de vitalité nî de qualité stimulante : il doit en être de même du fluide nerveux.

Si la volonté humaine était assez puissante pour lancer le fluide nerveux hors du corps et le proeter ainsi dans un milieu nouveau ou l'air ambiant, elle devrait à plus forte raison, dans le cas où un nerf est coupé, le faire pénétrer à travers les chairs qui touchent immédiatement le bout supérieur du nerf divisé. L'observation prouve que les choses ne se passent pas ainsi. Le fluide nerveux envoyé par la volonté la plus forte ne peut aller que jusqu'à la section du nerf et pas au-delà : toutes les parties auxquelles le bout inférieur du nerf coupé porte le mouvement ne demeurent pas moins paralysées, malgré le plus grand vouloir de la part du blessé.

Si le fluide nerveux est la seule cause des phénomènes magnétiques, pourquoi n'agit-il pas sur les

(1) Dictionnaire de Médecine, art. Magnétisme.

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animaux, (jiii ont des nerfs et qui par conséquent devraient aussi avoir du fluide nerveux? pourquoi des corps inanimés ou dépourvus de nerfs, comme un baquet ou un arbre, peuvent-ils devenir, suivant les magnétiseurs, des instruments des phénomènes magnétiques? il faut donc qu'ils se chargent do fluide nerveux que le magnétiseur leur communique, et qu'ils le lancent à leur tour sur les individus qui sont dans l 'atmosphère nerveuse de corps sans nerf, supposition tout à fait absurde et ridicule.

Les magnétiseurs nous assurent qu'ils peuvent

'ormir par un pur acte de leur volonté à distance, c'est à dire dans un grand éloignement de la personne ou à son insu et même à travers des cloisons; mais alors comment s'établit l'atmosphère nerveuse? On compare la vitesse et la pénétration du fluide nerveux ou magnétique à celles de la lumière, du fluide électrique, du calorique; mais des comparaisons ne sont pas des preuves, et puis la lumière ne traverse pas un mur.

M. le docteur Rostan engage ses lecteurs à lire les observations de Petétin. « Rien, dit-il, n'est assurément plus digne d'intérêt.

« Une jeune personne après avoir éprouvé de violentes convulsions était tombée en perte de connaissance ; elle était immobile , les yeux fermés, roulant dans leur orbite, et chantait avec enthousiasme; les membres, placés successivement dans des attitudes très pénibles, conservaient la position qu'on leur imprimait.

« Les excitants de toute espèce furent vainement

employés pour la tirer de cet état. C'est vainement qu'on cherchait à se faire entendre d'elle, qu'on la piquait, qu'on la pinçait, qu'on lui faisait flairer de l'ammoniaque, etc. : elle était absolument insensible à tous ces moyens ; les sens paraissaient complètement paralysés. Le hasard fit que le médecin glissa et tomba sur l'épigastre de la malade en prononçant ces mots : « Il est bien malheureux que je ne puisse empêcher cette femme de chanter! — - Eh! ne vous fâchez pas, M. le docteur, je ne chanterai plus, » répondit la malade. Le médecin continua à lui parler sans obtenir de réponse. ïl se replaça enfin dans la position où il était lorsqu'il avait été entendu, et il le fut encore. Nul doute que la malade n'entendit par l'estomac. Des expériences réitérées prouvèrent que le sens de l'ouïe était transporté dans cette région. Il faut lire les détails curieux de ce phénomène dans l'ouvrage même de M. Petétin. Celui-ci s'assura ensuite que le goût et l'odorat avaient aussi leur siège dans la mêm«' région : des mets divers présentés à l'épigastre avec les plus grandes précautions furent reconnus sans hésitation et sans erreur. Il en fut de même des odeurs, et, chose plus inexplicable encore, des formes et des couleurs. Ce médecin ayant appliqué successivement plusieurs cartes sur l'épigastre, la malade les nomma toutes successivement sans »e tromper; elle disait les voir lumineuses, plus grandes que dans l'état naturel et dans l'estomac. Il cite plusieurs observations analogues à celle-ci et au moins aussi surprenantes, et j'ai l'intime con-

HAGNÉTI&ME ANIMAL, ïil

victioD qu'il n'a pu les inventer. » (1) Voici ce (m'ajoute M. le professeur Richerand à cette observation de catalepsie hystérique si digne d'intérêt suivant M. Ilostan : « Afin de rendre les choses plus croyables il ajoute (Petétin) « qu'elle voyait l'inté- « rieur de son corps, devinait ce que renfermaient « 1» s poches des assistants, n taisait l'inventaire, « ne se trompait pas sur le nombre des pièces de

« monnaie contenues dans leur bourse » Enfin

pour exercer tout à t'ait la foi de ses lecteurs M. Petétin s'écrie : « O prodige inconcevable! formait-on ■ une penser sans la manifester par la parole, la ma- « Iode en était instruite aussitôt. » Dans le cas où les amis du merveilleux flou s reprocheraient de pousser trop loin le scepticisme, nous leur répondrons que M. Petétin est le seul témoin du miracle; qu'il est impossible d'après sa narration de due en quelle année et sur quelle personne se sont opérés les prodiges qu'il raconte, et que cet auteur enthousiaste pourrait bien avoir inventé ce conte pour confondre les incrédules qui se permettaient de tourner en dérision son système sur l'électricité du corps de l'homme. » (2) « Nous avons consulté sur cette observation étrange, dit M. le docteur Monfalcon, des médecins qui ont vu et suivi la malade; aucun d'eux n'a aperçu les miracles que Petétin s'est complu à décrire » Yoilà évidemment des phénomènes que l'on regarde comme magnétiques. Où est ici le fluide nerveux qui les a produits? de quel

(1) Dictionnaire de Médecine, t. un, art Magnétisme.

(2) Physiologie, t. n, art. Sensation.

individu est-il émané? sous l'influence de quelle volonté , par quelle intention , quel procédé, quel geste, quelle parole? Rien de tout cela n'a existé. Si ces faits sont véritables, que devient le magnétisme, car ils ne lui appartiennent pas; ils sont du domaine de la physiologie ou plutôt de la pathologie, et dès lors il n'y a plus de magnétisme!

Si ces mêmes faits sont faux, fictifs ou inventés, comme le pensent aujourd'hui tous les savants, hors M. Rostan, que doit-on penser de tous les phénomènes merveilleux du magnétisme, qui leur sont semblables en lout point? 11 n'y a qu'à les nier tout simplement les uns comme les autres.

De tout ce qui précède il résuite que le fluide magnétique ou plutôt le fluide nerveux, considéré comme agent du magnétisme animal, suivant M. Rostan, et l'atmosphère nerveuse du même auteur sont des êtres de raison, de pures hypothèses qu'aucun fait ne justifie et qu'aucune observation physiologique ne prouve rigoureusement.

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