‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 7 sur 50 · SUITE DU MÊME SUJET : SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS, ETC · texte numérisé non relu

SUITE DU MÊME SUJET : SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS, ETC

L'attention peut-elle être séparée de la sensation ? Cette question a été l'objet de bien des méditations, et n'a pas été résolue de la même manière par tous les esprits. Des philosophes ont pensé que l'attention est inséparable de la sensation, et ils ont soutenu qu'elle n'es! que la sensation transformée. Nous pensons que la sensation peut être séparée de l'attion. En effet combien n'éprouvons-nous pas de sensations que nous n'apercevons pas, et qui demeurent étrangères aux actes de l'attention! Si on vous présente une page d'un livre écrit dans la langue des Arabes ou des Chinois, toutes les lettres vous font des impressions différentes sur l'organe de la vue, et occasionnent dans votre âme des sensations diverses, mais si confuses qu'elles offrent l'image du chaos. L'attention se concentre-t-elle sur une lettre, sur un mot parmi tous les autres, ce point devient distinct, tandis que les lettres et les mots environnants restent dans l'obscurité et la confusion. Disons-le donc hautement, la sensation et l'attention ne sont pas inséparables; et le fussent-elles, il n'y aurait pas pour cela identité dans leur nature ni unité de phénomène. La sensation resterait toujours ce qu'elle est essentiellement, un"

modification passive de l'âme, et l'attention une faculté de l'entendement.

D'ailleurs on peut admettre, si l'on veut, qu'une lumière ou réaction instinctive nous montre nos sensations et nous avertit suffisamment de leur présence : c'est ainsi que les enfants seraient avertis de celles qu'ils éprouvent. Mais nous sommes fondés à croire que l'attention proprement dite n'accompagne pas toujours la sensation, et que l'une est absolument eéparable de l'autre.

M. Cousin prétend que l'auteur du système que nous méditons n'a pas eu le droit de donner un nom commun aux sensations et aux autres sentiments qui en diffèrent, et d'appeler sentiments toutes ces modifications passives de l'âme.

M. Laromiguière, dans ses Leçons de Philosophie, répond, selon nous, d'une manière fort plausible. « Un nom commun, dit-il, donné a plusieurs choses est loin de prouver l'identité de leur nature. A ce compte toutes les choses qui existent seraient de même nature, puisque tout ce qui existe porte le nom commun d'être. Dieu, l'âme, le corps sont appelés du nom commun de substance. Est-ce à dire que la substance divine soit la même que celle de l'âme ou du corps, et que l'âme et le corps soient une seule et même substance? » Les dénominations communes expriment ce qu'il y a de commun dans les choses; leur nature est déterminée par ce qu'il y a de spécial, par la différence.

]V1. Laromiguière aux yeux d'un penseur peu attentif semble confondre les idées avec les sentiments; il vous dira : L'idée est un sentiment, l'idée

08 PENSÉES n'i'N CHOYA, \T CATIIOI.IÙLE.

est sentiment; et bieniot âpres: L'idée n'est pas un sentiment, n'est pas sentiment. Ces manières de parler chez ce philosophe se représentent assez souvent quand au fond, et quelquefois aussi pour l'expression. Les idées ont leur origine dans le sentiment; elles ont d'abord été sentiment, et rien que sentiment. Aussitôt après l'auteur nous avertit de ne pas confondre les idées avec les divers sentiments qui leur correspondent : de là on serait presque tenté de caoire que l'intelligence n'est en dernière analyse que la sensibilité.

Réfléchissons un peu, et nous verrons que cette difficulté n'est qu'apparente ; commençons par fixer le sens de plusieurs termes. Dans le langage de beaucoup de philosophes, sentir ou éprouver des sensations, sentiment ou sensation, c'est absolument la même chose. Dans le langage de M. Laromiguière, sentir et éprouver des sensations n'est pas la même chose. Toute sensation est sentiment, mais tout sentiment n'est pas sensation. Toute sen sation naît dans l'âme à la suite d'une impression causée dans ïe corps par des objets extérieurs; mais il y a d'autres manières de sentir. Je perçois distinctement que la sainteté, la justice souveraine, la toute-; uissance conviennent à Dieu. J'ai donc perçu des rapports de ressemblance et de convenance, mais je n'ai pu les percevoir ni les affirmer sans les avoir préalablement sentis, mais d'un sentiment intellectuel au dessus des lois de l'organisme. L'idée de la sainteté et l'idée de Dieu, 1 idée de la toutepuissance et celle de Dieu sont simultanément présentes clans l'.i e. A la présence simultanée' cfé ces

idées riait dans l'âme un sentiment d'une espèce particulière, un sentiment-rapport, qui bientôt détermine l'action des facultés intellectuelles pour produire le jugement. J'ai été affecté passivement, mais d'une autre manière que dans la sensation, puisque aucun objet extérieur et physique ne faisait d'impression sur moi. On voit dans ce langage que les mots sentir, sentiment ne doivent pas causer tant de craintes ni exciter tant de susceptibilités. Je puis même dire sans trop de hardiesse que juger c'est sentir.

Il faut donc bien remarquer que sentir, dans mon langage, n'est pas toujours éprouver une sensation. L'homme sent une multitude infiniment variée de rapports (1); il en sent beaucoup plus qu'il n'en perçoit : ils ne passent donc pas tous dans l'intelligence, il en reste donc un grand nombre dans la sensibilité pour n'en sortir jamais ; et voilà pourquoi l'homme est ignorant. Les sentiments-rapports qui passent dans l'intelligence il les perçoit; mais il eh affirme plus qu'il n'en perçoit, et voilà pourquoi il est sujet à l'erreur.

Sentir des rappoits, les percevoir, les affirmer, sont trois manières de juger qui se développent successivement. On ne perçoit pas ce qu'on n'a senti en aucune manière; on ne peut affirmer un vrai rapport qu'auparavant il n'ait été senti et perçu.

La distinction de ces trois manières de juger étant fondée sur la nature, il s'ensuit que le mot jugement doit exprimer trois choses réelles, et que

(1) Laromignière , cinquième leçon, deuxième partie.

par conséquent il doit avoir aussi trois acceptions réelles.

Les sentiments-sensalions et les autres sentiments, tant qu'ils ne sont que sentiments et que l'activité ne les a pas modifiés, restent dans l'obscurité et la confusion , ils offrent l'image du chaos. Cependant., comme nous l'avons remarqué en considérant l'attention dans son rapport d'union avec la sensation, on peut admettre, si l'on veut, qu'une lumière ou réaction instinctive accompagne toujours nos sentiments.

D'ailleurs il n'est pas nécessaire pour avoir une existence réelle que nos sentiments fassent dans l'âme une impression profonde, et qu'ils puissent tous êlre conservés dans la mémoire. L'enfant qui pleure dans Je berceau a le sentiment de sa faiblesse, et il dira bientôt : Je suis faible. Le lion qui fond sur sa proie dans le désert et la déchire avec fureur a le sentiment de sa force; mais il ne dira jamais : Je suis fort (i). Dans les deux cas il y a sentiment de rapport, car la faiblesse et la force sont des choses relatives, et pourtant ces sentiments ne sont pas confiés avec précision à la mémoire comme ceux que nous éprouvons, et que l'intelligence reconnaît et modifie.

Vous voyez qu'il est impossible de regarder toujours les sentiments de l'âme comme non existants pour nous, lors même qu'à proprement parler ils ne sont point passés dans l'intelligence.

Oln posé, je dis que le sentiment de rapport pur

(!) Laronrignière, Leçons de Philosophie.

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et simple est jugement, et que eetle aceeption du mot jugement est fondée sur la nature. 11 y a en effet entre sentiment-rapport et jugement une relation si intime ! 11 y a dans celui-là deux termes en rapport qui se confondent dans le sentiment. Cependant, comme ions les sentiments pendant qu'ils sont dans la simple nature de sentiment restent dans l'obscurité et In confusion, ou ne sont accompagnés que d'une lumière faible ou plutôt d'une sorte d'instinct, je n'appellerai point le sentimentrapport jugement; car un jugement ainsi confus ou qui n'est fondé que sur une lumière instinctive, qui n'affirme point une relation, n'est point un jugement dans le sens propre et rigoureux. Le sentiment qui nous occupe retiendra donc dans notre philosophie le nom de sentiment de rapport. Dans la perception de rapport on a deux idées ou deux termes dont on aperçoit la relation; on reste comme en contemplation devant les objets; on porte ainsi un jugement d'une espèce particulière. Mais nous allons plus loin ; souvent nous prononçons, nous affirmons qu'ils se conviennent ou ne se conviennent pas; nous jugeons par affirmation, et nous nous reposons ensuite dans la vue du rapport affirmé. Soit une vérité jugée : Dieu est créateur, par exemple : je vois comme une chaîne dont le premier anneau est le sentiment-rapport. Le premier anneau n'est pas modifié par un précédent; le second est modifié par le premier, et le troisième par le second. Le sentiment-rapport est le jugement dans son principe ou plutôt n'est point un jugement; la perception ou l'idée de rapport est le ju-

gement dans son principe moins éloigné (1) ; l'affirmation du rapport est le jugement proprement dit.

Les philosophes, ne voyant pour la plupart que la sensation dans le sentiment, n'ont pas voulu appeler jugement le sentiment-rapport. Nous ne l'appellerons pas ainsi non plus, mais c'est pour les raisons que nous avons apportées. La perception de rapport est communément appelée jugement par les philosophes ; c'est le jugement dans son principe moins éloigné ou prochain. L'affirmation d'un rapport est le jugement considéré en soi et non dans un principe plus ou moins éloigné. Maintenant vous voyez que l'objection n'a plus de force.

L'idée est un sentiment : oui, si je la considère dans son principe; l'idée n'est pas un sentiment : non, si je la considère en elle-même, c'est à dire comme produit de l'activité, d'une ou de plusieurs facultés de l'entendement.

On dit encore que l'idée, si l'on consulte son étymologie, est une image; aussi la plupart des

(1) Démêler, discerner, distinguer, connaître, avoir idée, c'est à dire distinguer un objet parmi d'autres objets, apercevoir une ou plusieurs dillérences, un ou plusieurs rapports , toutes ces expressions sont synonymes, et disent la même chose. Cependant ridée n'est pas la perception de rapport ou le jugement. Dans ridée il n'y a qu'un terme qui soit déterminé ; un seul terme est en regard d'un nombre indéfini de termes. Ainsi l'idée de ileur difl'ère de celle d'arbre , de ville , d'animal . etc. ; l'idée de fleur dans l'espèce est déterminée; tout le reste est indéterminé. Dans la perception de rapport, le sujet et l'attribut, les deux idées sont déterminées, l'idée est, si l'on peut parler ainsi, un certain jugement; cependant nous lui laisserons le nom d'idée ; mais la perception de rapport en est un d'une espèce toute spéciale et dilïérentc de l'idée , comme nous l'avons déjà dit.

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philosophes anciens et modernes et lecole tout entière déiinissent-ils l'idée, imago, r<pr<rsentatio objecti in mente existais. Voici à peu près les (réponses de M. Laromiguière : Les modifications de l'âme, ses manières d'être actiyes et passives ne peuvent être ni étendues ni figurées. Le raisonnement est plus composé que la comparaison, mais il n'est pas plus long ni plus large ; un sentiment quelconque n'est pas plus étendu qu'un autre, il n'est pas figuré, i. es idées-images n'ont rapport qu'aux objets extérieurs. L'idée-image, l'idée-représentation n'a lieu qu'autant que les objets de nos sensations sont étendus et ligurables- On apprécie des sons, mais on ne les imagine pas. Ce n'est qu'en donnant de l'extension aux mots qu'on parle de se représenter des sons, des odeurs, un raisonnement.

Il est des vérités que tout le monde admet, parce que soudain leur évidence saisit l'esprit : tels sont les premiers principes des sciences pour ceux qui les cultivent ; tel est encore le dogme de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'àme et d'une autre vie pour tout le genre humain. Les bons philosophes sont d'accord sur la simplicité et la spiritualité de l'àme, mais souvent ils ne le sont plus dès qu'il s'agit de déterminer ses facultés., leur nombre, la part précise attribuable à chacune dans la production des idées et divers actes de l'entendement ou de 1a volonté. Les systèmes nombreux d'idéologie inventés par les philosophes sont plus ou moins ingénieux, plus ou moins probables, mais ils ne sont point de véritables démonstrations ; ils ne sont point accompagnés de cette lumière vive et de ce

caractère de vérité qui imposent invinciblement la conviction. L'unanimité des philosophes sur les vérités premières et leurs perpétuelles divisions sur l'idéologie sont une preuve frappante de la vérité de ces assertions. Le système de M. Laromiguière n'est donc pas une démonstration rigoureuse; nous le donnons seulement comme une théorie ingénieuse qui rend raison de la cause et de l'origine de nos idées d'une manière très conforme à l'unité, à la simplicité de l'âme et à la dignité de l'homme.

Le sentiment-sensation et les autres sentiments appartiennent à la sensibilité, à la passivité de l'âme. Toutes nos connaissances, toutes les idées sensibles, intellectuelles et morales , toute l'intelligence en un mot est dans l'activité de l'âme; toutes nos connaissances sont un produit des facultés de l'entendement. Nous nous expliquons.

D'abord entendons bien la signification des mots principe, origine et cause. Principe et cause sont deux idées relatives, dit Laromiguière (i5e leçon, ir0 partie); la première à conséquence, l'autre à effet. C'est dans le ressort qu'est le, principe des mouvements d'une montre ; la cause c'est l'horloger.

Le phénomène par où tout commence et duquel tout dérive dans un système est le principe : on peut diie en quelque sorte qu'il fait partie d'une chaîne dont il est le premier anneau. Nous employons dans ce système le mot origine comme synonyme de principe.

Parlons maintenant de l'idée. « Croiriez-vous que pour exprimer cette seule chose que nous ap-

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pellcronsidée(i) les philosophes ;iient à leur disposition plus de vingt noms différents? Idée d'abord ; représentation* image, imagination 3 forme, espère, perception, apperception, concept, conception, appréhension, impression , sensation, sentiment, conscience , intuition, souvenir, pensée, notion, connaissance, ete. Je vous tais grâce du mot barbare cognition et de quelques autres encore.

« Que devait-il arriver de tant d'expressions diverses pour rendre une seule et même chose?

« L'impossibilité de s'entendre. »

On prévoit « qu'alors surtout les disputes redoubleraient, et qu'on disputerait encore longtemps après avoir perdu de vue l'objet de la dispute. »

Quelques philosophes se sont attiré de justes reproches, parce qu'ils ont eu la témérité de n'admettre comme principe de toutes les idées que la sensation, ou de les confondre avec elle ; d'autre.?, parce qu'ils les ont stupidement vues dans les impressions du cerveau. Ceux-ci n'ont vu dans l'homme que de la matière; ils l'ont dégradé, ils sont hors de la vérité. Ceux-là ont trop sensualisé, c'est à dire trop accordé à la sensation. Locke et ses disciples l'ont beaucoup trop étendue en la faisant principe de toutes les idées ; Condillac et les siens l'ont transportée là où elle n'est pas en voyant en elle toutes les idées et même les facultés. Tous ont trop rapproché l'homme intellectuel de la sensation, des organes des sens et de la matière. Ils

(1) Deuxième le«;on de philosophie, deuxième partie.

ont mal connu sa dignité ; ils sont hors de la vérité. (Voyez la page 110 et suivantes.)

De très estimables auteurs, Platon, S. Augustin, Malebranche, voient les idées du monde et de toutes ses parties dans l'essence même de la divinité. Nous respectons d'aussi grands noms, nous respectons les nobles sentiments qu'il ont eus de la dignilé de l'homme ; mais, sans manquer ni à ces puissants génies ni à la dignité de l'homme, nous pensons, nous affirmons, nous, pouvoir connaître les ouvrages de Dieu quand il nous les manifeste sans que lui-même se montre immédiatement à nous. Le système de Platon a été généralement abandonné.

D'autres philosophes ont dit : Faire venir les idées des sens est le produit d'une philosophie grossière ; les voir dans le sein de la divinité, c'est le rêve d'une imagination brillante; donc elles sont innées. Mais des idées existant en notre âme dès notre plus tendre enfance sans s'y montrer aussitôt, t -effaçant souvent, quoique gravées en nous par la main de la nature, sont, selon nous, chose peu facile à comprendre. Que si l'on entend que nous avons en nous-mêmes la simple faculté de les produire, tout le monde doit en ce sens admettre les idées innées. Vous avez vu des philosophes méconnaître la dignité de l'homme, ne voir en lui que de la matière organisée, et cela parce qu'ils professaient de mauvaises doctrines sur les principes des idées ou de l'intelligence humaine. Cette question à la vérité est difficile, mais les difficultés des opinions qu'elle a fait naître ne doivent pas vous rendre in-

différents sur l'origine de vos connaissances. Cette question surtout est d'une gravité immense, puisque des écoles fameuses se sont égarées à son occasion, et ont porté des coups terribles à la morale.

D'après Laromiguière, toutes les idées, soit sensibles, soit intellectuelles et morales, ont leur principe dans quelque sentiment : les idées sensibles dans un sentiment dépendant des lois de l'organisme sensitif, dans le sentiment-sensation ; les autres idées dans des sentiments au dessus des lois de l'organisme sensitif. Qui dit sentiment dit passivité, et qui dit passivité ne peut dire idée ; qui dit sentiment peut seulement dire principe d'idée. Qui dil idée dit produit de l'activité, car « l'idée (septième leçon de philosophie, deuxième partiej est le produit d'une opération ou d'un acte de l'entendement, le produit de l'exercice de quelqu'une de ses facultés : elle n'est ni une faculté, ni une opération, ni un acte. » Cela posé, je dis non ce que c'est que l'idée, ce qu'on entend, ce qu'on doit entendre, mais ce que nous entendons par ce mot. a L'idée (selon M. Laromiguière, deuxième leçon, deuxième partie) n'est autre chose qu'un sentiment démêlé d'avec d'autres sentiments, un sentiment distingué de tout autre sentiment, un sentiment distinct. » M. Ferréol Perrard exprime la même chose de la manière suivante — « Ou si l'on veut, dit-il, l'idée est le premier rayon de lumière qui suit l'exercice de l'activité de l'âme, la première connaissance qui résulte de la faculté de penser, ou, si l'on aime mieux, l'idée est un fait intellectuel dont nous avons la conscience , soit que

notre âme remarque une sensation, soit qu'elle agisse sur le sentiment de l'une de ses facultés, soit qu'elle démêle un sentiment de rapport, soit enfin que l'action de toutes nos facultés intellectuelles se porte sur un sentiment naturel ou moral. » (1) Si cette définition est goûtée, on saura ce que c'est que l'idée ou ce qu'on doit entendre par ce mot.

On dit que l'idée est une lumière de l'esprit, une vue lumineuse d'objets, qui est propre à l'entendement. Nous voulons bien admettre ces locutions métaphoriques. Comme la clarté d'un soleil brillant nous fait distinguer facilement les objets , de même la présence des idées nous fait distinguer les êtres. Mais une comparaison et une métaphore ne prouvent pas que l'idée soit, à proprement parler, une lumière spirituelle. Voici ce que la réflexion nous a fait découvrir à cet égard. Une ou plusieurs facultés entrent en action dans des circonstances données ; ensuite un sentiment est démêlé d'avec d'autres sentiments, et voilà une idée. (Rappelezvous ici la théorie des quatre espèces de sentiments desquels dérivent les quatre sortes d'idées.) La nature ne nous offre pas autre chose, quels que soient les noms dont nous décorions notre découverte.

La cause unique de toutes les idées, c'est l'activité, ce sont les facultés de l'entendement. En cela il n'y a rien qui ne soit noble pour l'homme et digne de sa grandeur. L'entendement puise dans la sensibilité pour former l'intelligence ; mais il sait

(1) Logique classique, d'après les principes de M. Laroiniguière, t. i.

s'éloigner à propos des objets des organes des sens, de la sensation, pour s'élever, dans une région plus pure, à des sentiments d'un ordre supérieur, source féconde des plus hautes vérités et des plus sublimes lumières. Je ne vois encore rien là qui ne satisfasse l'esprit et qui ne soit éminemment digne de l'homme.

Nous avons adopté le système de M. Laromiguière, parce que, indépendamment de son orthodoxie morale el religieuse universellement avouée, il nous a paru le plus philosophique et le plus rationnel de tous les systèmes idéologiques. C'est celui, dit un physiologiste distingué, qui présente le plus de clarté et d'exactitude ; et, malgré le préjugé général des physiologistes contre les métaphysiciens, Je même auteur affirme hautement que M. Lnromiguière « est aussi bon physiologiste que bon métaphysicien. »

On sait que M. de Fontanes, ancien grand-maître de l'Université, honora également de son suffrage la philosophie du savant professeur de la Faculté des lettres de l'Académie de Paris.

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