DB LA SQUVBBÂINETE POPULAIRE
Rigoureusement 7 je n^aurais nul besoin de dire ce qae je crois de la souveraineté populaire ; si je la crois vraie ; si je la crois légitime ; si je la crois ou absolument y ou relativement légitime et vraie.
DB LA fOUVBBAUnré VOPOLAIEB. 217
Je prends une certaine constitution y et je Texamine. Je Tezamine non dans son priu^ ripe, mais dans les conséquences de ce principe.
Que ce principe soit bon on mauvais , fa* vorabletMi penùèieux, il a'importe. Il m'importerait peut-être beaucoup autre part; mai& ici, d'aucune façon.
Et même , que les conséquences , quoique ce soit elles que je cbercbe, soient ou paraissent heureuses ou funestes , à quelques uns ou à tous , ce n'est pas non plus de quoi la'occuper*. Mon seul intérêt dans cette discussion, est qu'elles soient justes.
Si le principe , ou du moins son étabkssèment était de mon faiti ce serait autre chose. Mais il n'en est pas, grâce à Dieu.
Disons toutefois quelques mots touchant ce principe.
L'homme a été créé sociable, et cette faculté révèle la fin première de sa création.
21B OUKIBBin.
Famille, triba, peuple, natiœit ce sent les degrés que pareoiirt sa race.
La société politiqve est sa destination primitive et essentielle , sur la terre.
Nulle société politique , A elle n^est pas gouvernée. Elle est parce qu'on lagonvome; on la gonvenie parce qu'elle est*
Ce qui gouverne une société politique , est nécessairement antre dbose qm'elle^mânie.
Gonvemer, c'est agir sur. Un peuple agit bien sur lui-même , mais aveuglément et à son insu. Il ne saurait agir de cette ac^on constante et éclairée qui est on doit être Faction du gouvernement.
L'organisation du peuple, comme peuple, et comme peuple gouverné , ne dérive donc pas de deux principes distincts , subordon-nés , successifs , engendrés l'un par Pantre.
Elle dérive d'un principe unique , et par conséquent égal, contemporain, uniforme.
Elle dérive de la sociabilité de Tbomme.
Le peuple n'est p8s la ^nie ei primitife source da gouyernement.
Il en ett VchfiU
Le peaple est Fob|et dn gouvetnemcol r non seulement pour en être gouverné » m$U pour en être bien gouverné*
Le peuple n'est'bien gouverné, qu'autant qu'il est gouverné selon lea beseîna que lui imposent les divers aeeidèns de son existence politique*
Et pmoe que ces accidens ne dépendent pas de sa volonté , les formes de son gou-* vemement ne peuvent pas non plus en dépendre.
M'est pas monarckie ou république, qui veut.
Le penpk n'est donc pas le mattre. Le principe de la souveraineté qui s'eaerce sur lui , est donc bors de lui.
L'bomme isolé a bien plus d'autorité sur lui-même, que n'en a le peuple; car TbouMne
2Mr GiuniBi xtft
peut TOttloir périr , et le peuple ne peut pas avoir eette volonté.
C'est pourquoi il ne peut résister longtemps à la forme de gouvernement que la nature des choses lui impose. Or ce n*est pas lui qui la crée, cette nature. des choses» que je sache.
Ha le nombre , et par conséquent la force, et s'il lui vient en fantaisie de faire abus de cette force , il peut bien faire aussi de téméraires essais d'établissement , qui subsistent le temps que Dieu veut. Alors voyant son ouvrage , il s'en glorifie , et ne doute plus qu'il ne soit en effet la vraie source de Tantorité. Mais l'expérience se fait à la laïque , et le plus souvent elle est dure». Après quoi , l'illusion dissipée , il est bien contraint d'avouer, que tout ce qu'il entreprend cobtre la force extérieure qui pèse sur lui , n'a ni fondement, ni durée.
Tel peuple ne peut pas plus se soustraire
DK LA SODVBBAIUBTÉ POPIJLAIRB. Tïi
à Idle forme et à tel principe de gouvernement , que tous les peuples ne peuvent se passer de toute sorte de gouv^emement.
Le peuple n'étant le mattre , ni de n'être pas gouverné 9 ni d'être gouverné d'une certaine façon, quelle plus forte preuve qu'il n'est pas vrai qu'il soit souverain ?
Il y a deux choses dans la souveraineté : sa source y et son exercice.
^ source , j'ai déjà dit où elle est.
Son exercice, en quel coin de la terre est-il possible pour le peuple ?
A quelles conditions de pauvreté , de simplicité , d'oisiveté , d'obscurité , n'est pas soumise cette exception , où qu'elle soit?
Tentends bien que la souveraineté n'est pas le gouvernement ; mais entendez-vous même qu'elle le comprend.
Comment imaginez-vous que vous puissiez être souverain, si vous ne gouvernez pas, et si vous ne pouvez même fonder un gouver-
neoKeaty qu'em satit&îsaiil ans exii^ences d'-une mflexiUe néDesmté quiTMissobjnguc, et qui T«BB étfeint?
Le peiifte, dites-rous, n'itislxtiie, ni ne gT>nyei'ne en réalité; mais si bien parle droit,
et airec l'aide d'une
Et qu'est-ce qu'un droit qu'on n'exerce pas, ou qu'on n'exerce que par une fiction, ou qu'on n'exerce que pour se nuire, ou qu'on n'exerce que par une impulsion qui vient d'ailleurs?
Le droit qui ne «'exeree» lu ne ise pourra ej:ercer, n'est pas un droit. Le droit de se nuire est le contraire d'un droit. Is droit réduit i un^ fiction, est un mexusonge et n'est pas. Le droit qui ne s'exerce que sous l'influence d'autrui, est le droit d'autrui.
La tulèle du miaecr n'-emifèdm yoimt que ice mineur n'ait des droits; car le teasps iriendra qu'il les poucra texeKer. il iomêen
DE LA saorimiBwii p<mpijlaibb. ns
à'itre «lueiir ; ses droite ne sont <{«'«& suspens. •
Mais la taèèla de VnsemBéf ImqufiUe dure aotaiit ^ne sa vie, aliaoriierait et effaeerait sea diMte, s'il n'y araîÉ des Mâtien» sains d'esprit, ^ui doî^aot les reeaeilUr et les exercer.
J'ai dit qae la dnoît de se ayake est te «ontfaim d'un dratt, parce que it dvoit n'«st tel qa'en vue de la conserration, qui en est ia seain nason cft te 8anlobj«t.
Oa la soirrerametéy le peapte a'cai a, si Ton peujt ainsi dire, que la paitie passii^; ualkmeut Tadive. Sou droit est d'êtin gouverné; non de gouverner.
il est an jet 4 nui, ileatsajet àl^iobéissance; car 11 nn peut pas eaister sna^ eUe* Et cette obéissance n'est pas i^'ohéisianoe de fad; cêlt sa yrbpR Bsituin Ini nMerdEt la fiacalté de eooananfler.
IiSpe«iAe a besoin de la sôuTemineté;
3» 'cBApma %iL
donc elle est quelque part : et il ne peut pas l'exercer ; donc elle est autre part.
La souveraineté, c'est la puissance. Puissance aveugle? Assurément non; car. une puissance aveugle perdrait ce que celle-là a chaige et mission de conserver, et se perdrait elle-même avec tout le reste»
C'est donc d'une puissance intelligente qu'il est question. Intelligente, pourquoi T seulement pour comprendre et pour contempler?
A quoi bon ? Non; intelligente pour qu'elle connaisse, délibère, compare, choisisse, décide, veuille.
Vouloir et pouvoir, deux attributs «sseotiels de la souveraineté.
Or, on concevrait que la foule pût ; mais on ne conçoit pas qu'elle veuille ; et qui ne peut pas vouloir, ne peut pas.
D'où vient cela? De ce qu'elle est foule; c'est-à-dire multiple, c'est-à-dire diverse, et que par conséquent sa volonté est elle-même
DB LA 100%'KIUUané IHlPOIiAIBB. 225
multiple et diverse. Or, plusieurs volontés se choquent, se contrarient, se balancent, se neutralisent. Plusieurs volontés sont le contraire de la volonté. La volonté des chose» opposées est l'exôlusion de toute chose. L'unanimité qui est Tunité de la pensée dans le grand nombre , y est impossible, et l'unité de la pensée est la première cou-' dition de la volonté.
Mais la volonté du plus grand nombre ! Pure promperie d'abord : cette volonté n'est jamais réellement connue, ni jamais réellement éclairée, ni jamais réellement libre. La volonté des fractions de la foulé , comme de la foule elle-même, manquera toujours des principaux caractères de la volonté : la spontanéité , la sincérité , la conviction.
Mais de plus, cette volonté à laquelle on se réduit, en suppose deux : à cdté de la volonté du plus grand nombre est la volonté du moins grand.
830 OUPITBBXII.
Et de cette dernière volonté qu'en allez* TOUS faire 1
Sera-t-elle souveraine aussi» la portion du peuple dont la volonté aura été méprisée^ et qui sera contrainte de subn: celle d'autrui!
Voil donc déjà que votre dogme politique n'est qu'un abus de mots» et que votre souveraineté universelle n'est qu'une souveraineté partielle» et que votre souveraineté du peuple n'est que l'oppression d'une partie du peuple et la domination de l'autre partie. C'est la servitude de beaucoup par plu* sieurs » au lieu de la subordination de tous à un seul. De votre souverain» il n'y en a qu'une part qui le soit; l'autre sert.
Mais de plus encore» les volontés sont changeantes et les majorités fluctueuses. Tel est aujourd'hui dans le plus grand nombre» qui sera demain dans le moindre. Telle volonté l'emporte un instant» qui l'instant d'après perd son ascendant et succombe.
DE LA SOOTBRAISBTlft POPULAIRE. 227
La souveraineté change donc aussi, allant et venant d'une volonté à la volonté opposée; alternativement exercée et subie par les mêmes hommes, en qui se succèdent le sujet et le prince , le maître et l'esclave.
Étrange et salutaire principe de gouvernement , qu'un principe naturellement variable et alternatif! Merveilleuse souveraineté dans l'essence de laquelle il est qu'elle se transforme et se déplace sans cesse , ne sachant où se reposer, et pouvant tomber tour à tour en une même journée , à la discrétion de deux puissances et de deux volontés nonseulement différentes , mais ennemies!
Mais de plus encore, la volonté et la puissance n'ont pas été données au souverain pour rester inertes . Elles ont leur vie et leur action , et celles-ci , c'est le commandement qui les suscite et les entretient.
Le commandement est. donc aussi parmi les attributs de la souveraineté.
328 GHAPRBB ;iU.
Or, comment le faut-il entendre? E$t-cc au peuple de commander? Qui obéira? est* ce au peuple d^obëir? Qui commandera? Auronspous de Tobéissance sans commandement, ou du commandement sans obéissance?
li'entendez-vous de telle façon que le peuple soit son propre maître , et en même temps son propre sujet? Qu'il s'obéisse ensemble et se commande à soi-même? Qu'il soit besoin d'une délibération de ce souverain collectif, à chaque action collective de ce sujet , prince et peuple?
Voua n'avez vous-même que du mépris pour cette conséquence exacte cependant et nécessaire de votre doctrine. Du mépris, pourquoi? Parce que vous y rencontrez l'impossible. Oh qu'il doit y avoir de vérité en effet dans un principe dont la plus naturelle conséquence ne se peut pas !
A quoi expédient donc anrezrvoue recours? Le peuple déléguera, dites-vous? Quoi , je
DE LA M>irrBAAniKn& FOPCLAIRB, 329
VOUS prie? Son autorité? son autorité sur lui-même? Il alira un mandataire j|ui ne sera point en sa dépendance , mais en la dépendance duquel il sera? Un mandataire qui sera son maître , et dont il ne le ëera plus ? Ne voyez-vous point que c*est encore un abus de mots , et que rien n'est plus opposé à la nature de la délégation et du mandat, que ce que vous qualifiez de ce nom?
Puis le mandat concédé, que sera le people? Sera->t^ii touj<)urs souverain, lui qui se coitfnlMderà plus ; toujours souverain, kii qui nfo c^ssern plus d' obéir? Est-il du smrveruiii'ifidii^iil^^ii de coibiiaânder?
Et où. rtsld^tf 'te ' sfottvei^neté dont le commandement est un principal attribut, pendant que le peuple réduit à Tobéissance n'aura d^autre condition que celle du sujet? Me direz-vous qu'elle sera dans le prince? Il est donc de l'essence de votre souveraineté populaire d'être babituellement ailleurs que
23a GBAFITaE XU.
dans le peuple? Obi la merveilleuse prérc^ative qu'on ne possède que pour la subir, et qu'on n'obtient que pour la laisser exercer par d'autres l
Me direz-vous qu'elle ne sera pas dans le prince? Elle ne sera donc nulle part? Admirable souveraineté dont le caractère est qu'elle ne soit qu'à peine une fois et un jour, pendant de longs siècles I
Confesse^-le donc h . la souveraineté populaire n'est que la négation de la souveraineté.
Vous en donnez l'apparence au peuple, pour en dtec au prince la réalité ; vous ôtez la réalité au prince sans pouvoir donner au peuple autre chose qu'une stiirile et fausse apparence, . . : .
DBS 8BRMBN8 8DGCBSS1F8.
Reprknons : le serment défini, il reste encore à savoir quand on peut le prêter , et dans quel objet.
Dans les temps et dans les pays ob se for* ment sucessivement plusieurs oi^anisations
212 CHAPITBE JUII.
d'État , si roi^anisation qui précède établit la souveraineté dans le peuple , et celle qui succède, la souveraineté dans le prince, le problème à peu de difficultés.
Il n'implique point que les sujets ayant fait un serment durant la première, fassent encore un autre serment à la formation de la seconde.
Quand la souveraineté est placée dans le peuple, les sermens du peuple envers son gouvernement ne sont, quoiqu'on fasse, que
des sermens d'obéissance, puisqu'ils ne pourraient aller jusqu'à la fidélité proprement dite , sans engager et déplacer la souveraineté.
Or, l'obéissance est rdalive au commandement. Qui ne commande plus ne peut plus exiger qu'on lui obéisse* Tout serment borné à l'.obéissance est naturellement temporaire. On en est relevé par la fi:n du com-
DES ftEBMBNS ttUGCBMirs. S3S
mandement, comme on est relevé du serment de fidélité par la mort.
Ce terme arrivé, et le serment n'existant, plus, ou n'obligeant plus, rien ne s'oppose à ce qu'on en fasse un nouveau ; pareil ou différent, peu importe.
Mais si l'oi^anisation qui précède place la souveraineté dans le prince , et que celle qui succède la place au contraire dans le peuple, l'embarras est considérable.
Il ne s'agit plus alors, comme dans le premier cas, de substituer seulement un serment de fidélité à un simple serment d'obéissance; c'est-à-dire un serment absolu et irrévocable , à un serment révocable et conditionnel.
Il s'agit de faire qu'un serment de fidélité, antérieur coexiste avec un serment postérieur d'obéissance, et qu'il n'en soit pas altéré.
Obéir à l'un sans cesser d'être fidété'à Vautve , cel» se^ ff(4.t*^îl l
234 CHAPItRB XIIL
Au premier aspect , cette proposition choque et révolte. Il faut pourtant examiner et approfondir.
La fidélité comprend le service et Tatta— chement.
C'est à l'attachement que se rapporte ce que la fidélité renferme de perpétuel. Cela est ainsi, parce que cela peut être , et que l'attachement dépend uniquement de la volonté.
Il n'en est pas de même du service. Ceci n'est plus un sentiment qui est toujours libre, mais une action qui peut ne l'être jamais.
Tant que l'action est possible , le service est dû. Quand elle n'est plus possible , il ne reste d'obligatoire dans la fidélité que ce qui est encore possible , c'est-à-dire l'attachement.
Ainsi, le prince commande; ses sujets le
DBS SEBUMS SDGCBSSIFS. 335
servent II cesse de commander; ses sujets cessent de servir.
Heureux ou malheureux, il -n'importe point. Ils servent pourvu qu'il commande. Mais s'il ne commande plus, comment se pourrait-il qu'ils servissent? ,
Leur serment ne les obligée pas à se commander eux-mêmes à la place de celui qui en a perdu le pouvoir.
S'il l'a perdu par la force^ c'est que la force de ceux qui ont méprisé leur serment, l'emporte sur la force de ceux qui l'ont respecté.
Hais quand ceux-ci se commanderaient à eux-mêmes, afin de continuer à servir, ils ne le pourraient sans rencontrer la même force qui a surmonté celle du prince , et par conséquent sans s'exposer à périr.
Or, pette extrémité qui peut devenir un devoir tant que le prince exerce ou défend