‹ Pensées d'un prisonnierChapitre 28 sur 51 · Z ET T. 30S · texte numérisé non relu

Z ET T. 30S

qui ont usurpé et qui abusent. Je m'étais

mis du parti du pauvre et du faible.

Oui , continua M. Z, mais à l'époque oà les faibles et les pauvres étaient devenus les plus riches et les plus puissans.

Je n'imaginais pas , reprit M. T , que je dusse avoir A m'en justifier avec vous , et il me semblait que vous aviez généreusement embrassé vous-même cette noble cause.

Sans doute, sans doute, répondit M. del{, la même cause , mais non pas de la même manière que vous. Il y avait peut-être un peu plus d'imagination et d'ingénuité dans votre détermination; il y avait dans la mienne un peu plus de discrétion et de prévoyance; Toutes ces belles choses faisaient bondir votre cœur; vous brûliez de les voir pleinement établies et réalisées; c'était sérieusement votre espérance, votre volonté, votre but.

Et vous, demanda M. T, frappé de surprise ? '

29A CBAPITRB U.

Moi, continua M. de Z, je les prenais pour ce qu'elles sont : j'en faisais un moyen et un instrument. Vons arrangiez laboriensemient et poétiquement un conte de fée » et je faisais prosaïquement une froide page d'histoire. Vous confondiez quelques vérités avec beaucoup de chimères ; je retranchais les chimères et ne conservais que les vérités.

Jeté de bonne heure par le sentiment de mes forces, ou , si vous l'aimez mieux, par mon ambition, jeté dans la carrière des grandes affaires, je compris, après quelques hésitations , que le parti de la cour ne pouvait pas être le mien.Je suivis l'autre, n'imaginant pas d'abord qu'il pût être entraîné ai loin qu'il, le fut. Une fois lié avec lui, il me fut bientôt impossible de rétrograder. Le tourbillon l'emportait ; je me laissai emporter avec lui par le tourbillon. Qu'auraisje fait ? On n'eût plus voulu de moi chez les miens. Il n'y avait que de grands succès et

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