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uAe graode renommée qui pusaent désormais imposer aux vives aversions que j'inspirais, le travaillai assidûment à acquérir ces deux avantages. J'y parvins ; mais ce ne fut qu'en sacrifiant aux idoles. Il fallait alors outrer toute chose; le mépris des préjugés, l'enthousiasme des libertés politiques , l'indifférence pour les liens les plus nécessaires de la société. Je fis , non par goût ou par lâcheté , mais par la nécessité même de mon ambition, ce que la fortune exigeait de moi. J'allai à elle caché sous les couleurs qui formaient alors le déguisement nécessaire de ses favoris.
Mais si je prétendais au pouvoir» n'imaginez pas que je le voulusse dégradé et anéanti. Je l'aimais d'une affection sérieuse et réfléchie. Ce n'était pas son imi^e seulement que je recherchais » mais sa force réelle et ses effets positifs. Je le voulais tel qu'il est, quand il est tout ce qu'il doit être. Qu'au-
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rais-je fait d'un pouvoir qui n'aurait pu rie»?
Vous le préfériez pouvant toute chose ? demanda M. Y avec un sourire.
Point du tout» répliqua M. de Z; mais sachant pourquoi le pouvoir a été étaUi, je lui souhaitais des facultés analogues à sa destination et à sa nature. Ten connaissais les besoins et les conditions. L'exemple des autres peuples m'avait appris que la liberté d'un grand Etat ne peut pas ressembler à celle d'une petite cité, et que le bon ordre» qui est le premier des besoins publics , ne s'obtient pas au même prix chez l'un et chez l'autre. Il me semblait que chaque sorte de gouvernement devait avoir ses conditions propres et naturelles : réalité, par exemplCi avec l'ostracisme, dans les Etats populaires^ et les distinctions d'individus et de classes dans les monarchies. Je croyais qu'il fallait des artSy et par conséquent du luxe, chez
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une nation riche» vaniteuse et spirituelle, qui s'émeut au bruit d'un bon mot ou d'une chanson. Je pensais enfin qu'il n'est peutêtre pas impossible de faire périr un grand peaple, mais qu'il l'eat à coup sûr de le renoQYeler quand il a Tieilli, de le rendre simple quand il est cultivé, vertueux quand il est corrompu, désintéressé quand il a contracté le goût des richesses; qu'en un mot, il n*y a pas de génie humain qui pût fonder des mœurs et des formes républicaines dans un pays et dans une nation à qui la nature et le temps ont donné des inclinations et des intérêts opposés.
Je laissais donc aller les folies et les entbonsiasmes du temps, certain que j'étais d'un retour à peu près complet et même prochain. Je croyais fortement que le délire qui nous agitait serait passager, et que nous reviendrions bientôt à notre galté insouciante et maligne, à notre docilité bruyante
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et frondease, à notre ardeur pour le luxe el pour le plaisir.
Me suis-je trompé? quand le moment de ce refliix est venu ^ j'ai recueilli le fruit de mes soins et de mes calculs. Mais le mouvement avait été trop profond. Les choses» c'est-à-dire les affaires, pouvaient encore s'accommoder de moi : cela était beaucoup moins facile pour les personnes. Celles dont je m'étais séparé avec tant d'éclat avaient trop d'injures & me reprocher, trop d'actes contraires à leurs préjugés et k leurs intérêts. Un rapprochement entre elles et moi ne pouvait jamais être complet, et surtout sin«cère.
Je ne pouvais leur confier ni mes desseins , ni moi-même. Je cherchai donc un appui, comme cela était naturel, parmi ceux qui ayant jugé les événemens de la même manière que moi, n'avaient jamais été dupes de rien, et s'étaient arrangés pour retirer de
chaque époque tout le profit qu'en pouvait raisounablement espérer un homme d'esprit. Ces gens beaucoup plus nombreux que tous ne pensez, ont eu le bon sens de ne prendre ni le passé ni le présent au pied de lajettre. Ils ont laissé dire tout le monde, et ont pendant ce temps fait leurs affaires mieux que personne.
Leur humeur, qui s'accommode fort bien avec l'état actuel de la France, les rendait singulièrement propres à former par leurs goâts, leur sagacité et leur |K>litesse, une sorte d'aristocratie moyenne qui me consolait de l'autre, etoù j'étais sûr de ne rencontrer jamais un accusateur* C'était proprement les hommes de mon temps et de mon système Ma vie était la leur, et ils avaient poursuivi la même fortune que moi. Aussi les aimais-je exclusivement; peut«-être parce qu'il n'y avait qu'eux qui m'aimassent; peut-être parée qu'ils avaient jugé le cours des affai-*
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Tes et moi-même» comme il conTenaîl, je crois» que nous le fussions.
Ib laissaient comme moi Tenthonsiasme aux têtes sans prudence, et ne gardaient pour eux que Tesprit, la raison et le jugement. Tespère que vous ne me trouverez pas trop méprisable pour avoir donné la préférence aux gens d'esprit sur les bonnes gens qui doués de talens sans doute» en avaient surtout la simplicité.
Je vous entends» dit M. Y, et ne vois qoe trop à ce compte que vous m'avez classé parmi les enthousiastes et les dupes. J'avoue pourtant» et je ne saurais croire qu'il faille en rougir, j'avoue que j'aimais avec un peu de passion la liberté....
Et l'égalité» reprit M. de Z» sorte de manie puérile et sotte» qui n'est qu'un misérable prétexte de la vanité» et qui» contrariant et blessant sans cesse le principe da gouvernement naturel de notre pays» devient^
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sans que l'on y prenne garde, une source inépuisable de convulsions et de cbangemens . Quant à la liberté, c'est une excellente chose , mais qui demande du discernement et de la mesure. Il faut en France beaucoup de libertés civiles, et beaucoup moins de libertés politiques. Les abus de la première sont bien moins à craindre que ceux de l'autre, parce que les écarts de la liberté civile de chacun sont inceâsamment contenus par la liberté civile de tous les autres; tandis que, dans Tezercice de la seconde, l'attaque et la résistance changent de place: ce n'est plus un seul contre tous; c'est au contraire tous contre un seul.
Cependant, demandaM. Y, n'aimiez-vous point, par exemple, la liberté de la presse ?
C'est selon, répondit M. de *Z. Je m'en suis setvi comme de beaucoup d'autres choses, sans l'estimer à un trop haut prix. D'ailleurs, ce n'est pas à proprement parler une
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institatioii^ mais un moyen d'mflaersiircettes qui fOttt établies. Il est facile à un homme de sens, avec beaucoup de philosophie on beaucoup d'intrigue , de se mettre à peu près au-dessus d'elle; et je Tai prouvé. Cela est plus difficile à un gouvernement qui commence. Il doit se résigner, je crois, à dominer la presse, ou à être dominé par elle. Or, on ne la domine qu'en la corrompant ou la com* primant.
Je l'ai cru comme vous pendant quelque temps, dit M. Y.
Oui, pendant que vous eierciex le pouvoir, continua M. de Z. Mais quand il fut question de l'ôter à ceux qui vous remplaçaient, vous retournâtes à vos anciennes idées : nouvelle preuve de ce que je disais tout à l'heure des effets de cette liberté.
Quelles sont donc, demaBda M. T, les libertés que voua laisseriez à la France?
le vousl'ai déjà dit, répondit M. deZ , beau*
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eoup de libertés civiles; mais ea même temps je prendrais mes mesures poar qu'elles ne d^énérassent pas en libertés politiques.
Le commerce est-il dans ce cas? dit M. T.
Lui principalement^ reprit M. de Z. Je crois qu'il doit être libre pour prospérer, et qu'il est bon qu'il prospère afin d'enricbir l'Etat. Qu'il nous enrichisse donc;-mais qu'il ne nous gouverne pas. Le génie du commerce est trop parcimonieux et trop curieux de détails. On s'y accoutume à des multitudes de fraudes et de ruses qui ne tendent jamais qu'à un misérable profit d'argent. Ce n'est pas ainsi que les Etats doivent être conduits. Rien ne ressemble moins à une banque et à un comptoir. Peut-être blessé-je, en parlant ainsi, quelques-uns de vos préjugés; mais rappelez vousCicéron (t): vous aurez sûre<^ ment plus de foi en son jugement qu'au mien.
(i) at^fiSeiù.
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L'homme d'état, quelque chose qu'il entreprenne, ne doit jamais avoir en vue que Tutilitë de son pays. Le commerçant , au contraire, quelque chose qu'il entreprenne pour son pays, a toujours en vue son propre intérêt. L'habitude a trop tourné ses idées au gain personnel. Les Médicis sont une grande exception^ peut-être aussi Jacques Cœur.
Mais je parle de la profession, et non pas du petit nombre de ceui qui se sont élevés aadessus d'elle, même en Texerçant.
Mais vous qui aimiez la liberté pour ellemême, d'oti vient que ceux qui Tout établie?...
•C'est parce que je l'aimais pour ellemême , répondit M. Y , c'est-à-dire pour les vertus qu'elle exige , et pour les avantages infinis qu'elle promet aux peuples, c'est pour cela que j'avais en exécration les malheureux qui l'ont souillée, et qui ont commis en son nom tant de rapines et d'assassinats.
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Avec un peu plus de philosophie et de logique 5 reprit M. de Z ^ vous auriez résenré votre indignation pour les crimes , et auriez traité avec un peu plus d'indulgence les hommes qui y voulant les mêmes choses que vous I n'avaient eu de plus que vous que le tort d'en vouloir aussi les moyens.
Me confondez-vous? s'écria M. Y....
A Dieu ne plaise, poursuivit M. de Z. ; mais il est pourtant certain que, pour dépouiller la noblesse et le clergé; pour abolir les dîmes et les redevances féodales ; pour détruire les oflBces et les privilèges , pour éta blir la liberté delà presse » la représentation permanente, la publicité des débats, le vote annuel de l'impôt; pour faire, en un mot, tout ce que vous aimiez, fl n'a fallu rien moins
que les guerres, lés emprisonnemens , les confiscations, les meurtres, les catastrophes que voua déplorez.
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Le sang dont on nous a inondés était le prix nécessaire de ces changemens. Il fallait donc y applaudir avec un peu plus de modération, ne fût-ce qu'à cause de ce qu'il en devait coûter pour les obtenir ; et il fallait peut-être en hair un peu moins les auteurs , ne fût-ce qu'à cause de l'alternative où ils s'étaient trouvés, ou d'abandonner leur ouvrage , ou de l'achever par les seuls moyens qui pussent avoir cette affreuse efficacité.
Les hair moins ! s'écria M. F.
Ou vous passionner un peu moins pour leurs œuvres, répéta M. de Z. Vous arrangiez singulièrement les choses, vos amis et vous : vous vouliez la révolution sans les révolutionnaires.
Et vous, reprit avec humeur M. Y, les révolutionnaires sans la révolution!
Dans ce moment, ils se séparèrent. Ik
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