‹ Pensées d'un prisonnierChapitre 30 sur 51 · SOI · texte numérisé non relu

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marchaient précipitamment » la lèTre contractée , et l'épaule haute. L'un disait : meryeilleuse habileté! L'autre disait : rare talentl

MO ^ CHâPRBB m.

fondement ; oà lé peuple, les grands et le prince ezercenl conjointement , sinon toute la puissance publique, au moins de cer--' taines parties de celte puissance ; où chacun des élémens principaux de la société a son action distincte et privée , qui tend artifi—

ciellement à l'intérêt général, par l'effort

même qu'elle fait pour l'intérêt particulier qui est son but naturel, il faut bien néces^ sairement chercher des termes complexes pour une organisation si étendue et ai corn-* pliquée.

Quand vous rappelez gouvernement re-présentatif, vous n'exprimez rien d'assez net. Vous dites trop et trop peu ; vous dites plusieurs choses et pas une seule. Il n'y a point , en effet , de gouvernement à qui cette dénomination ne convienne ; car il n'y en a point, quelle que soit sa forme apparente, qui ne représente l'état, qui n'ait une force et des iiltérêts qui sont uniquement la force et les

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iotérêts de l'État. Gela est vrai, même dans la monarchie absolue , parce que. le prince qui y tient en tutelle toutes les classes du peuple, lie gouverne et n'agit cependant que pour elles, même quand il croit gouverner et agir pour lui. Il fait ce qu'elles feraient ellesmêmes si les institutions du pays étaient différentes, ou que la nature des sociétés n'y mit point obstacle. Mais il ne fait en réalité que cela. Il n'est ce qu'il est que parce que le peuple ne peut pas l'être. Il est établi de droit naturel et antérieur , pour être l'intelligence et la voix commune de cet être collectif et multiple , composé de tant d'autrès êtres , qui a ses intérêts à part, et à qui la nature n'a point fait cependant d'organe spécial et direct. Il est celui en qui le peuple 86 confond et s'individualise ; il est la per-* sonne du peuple , et fictivement le peuple lui-même , qui serait sans lui , et sans lequel il ne serait pas. Voilà dans quel sens un

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grand prince a pu dire figurément : l'État, c'est moi ; quoique à proprement parler il eût fallu dire : moi, c'est l'État.

Cela est encore yéritable à l'extrémité op^ posée^ je veux dire dans la démocratie absolue; car il n'en est point, que je sache, où l'application du principe de ce gouvernement soit si complète et si étendue, que tout le monde y délibère réellement sur lea affaires publiques, y prenne une part égale à l'administration de l'État ; soit en même temps magistrat et peuple, gouvernant et gouverné , souverain et sujet. Quelque grand que soit le nombre de ceux qui décident , ce n'est pas même le plus grand nombre , à plus forte raison l'universalité. Ceux qui décident dans ces États, comme dans les autres, décident pour eux-mêmes et pour ceux qui ne décident pas. Leur volonté, qui n'est que celle de quelques-uns , est réputée celle de tous , mais n'est ainsi que par supposition.

DE Là DinOMIBATlOa OU «OCIYBRll EMEUT. SU

et par fiction. Leur mandat est-il nécessaire, naturel , favorable ? Je ne nie rien de tout cela ; mais ceux qui ont reçu ce mandat représentent ceux qui le donnent. Ce gouvernement est donc aussi un gouvernement de représentation , un gouvernement représentatif.

Je n'approuve pas davantage Thabitude de quelques personnes qui croient désigner plus exactement la nature de notre gouver- .nement mixte et à trois parties , en le nommant gouvernement constitutionnel. Car que signifient ces mots , si ce n'est un gouvernement dont la forme est réglée par une constitution? Mais premièrement, il y a des constitutions de toute sorte , et je ne verrais point de motif qui mit obstacle à ce qu'on dit de la Prusse ou de la Hongrie , par exemple , qu'elles ont un gouvernement constitutionnel. D'un autre côté , il n'y a point de peuple qui , ayant un gouvernement , n'ait par cela

su CHAPREB UU

même une constitution, et par .conséquent, un gouvernement constitutionnel. Il n'est guère plus exact de refuser le titre de constitution à celles qui ne sont pas écrites dans des chartes, que d'attribuer exclusivemeat le titre de gouvernement constitutionnel à ceux qui sont fondés sur un certain mode de constitution. Les constitutions ne peuvent dire qu'une seule chose, savoir : qu'on aura telles ou telles autres institutions ; et quand on a en effet ces institutions, il se peut bien qu'on soit mal constitué, mais il n'est certainement pas véritable qu'on ne le soit pas du tout. On a le meilleur et le plus irréfragable de tous les titres; on a la chose même que le titre promet et ne donne point. Aussi ne faut-il pas se borner à dire que les Etats dont la constitution n'est prouvée que par leuirs institutions, sont réellement constitués ; mais encore il faut dire qu'ils le sont plus réellement et plus sûrement que ceux

DB <^ DéBOlUHATIOB DU CMNJVBBSBMEHT. S15

doat la constitution est prouvée par des titres et par des écrits. Les personnes qui objecteraient qu'on peut changer des institutions, tomberaient dans un^ grande méprise , si eUes croyaient qu'il ne fût pas encore plus difficile de détruire des institutions garanties par le temps et par les habitudes àe% peuples 9 que des institutions fondées sur des constitutions ou sur dea écrits. Des exemples fameux l'ont assez prouvé.

De toutes les dénominations qu'on a essayé de mettre en usage , celle de gouvernement parlementaire serait celle que je croirais préférable. Car elle ne comprend pas seulement l'idée d'une constitution et d'une représentation ; elle comprend aussi l'idée d'une certaine sorte de constitution , et d'une certaine forme de représentation. 11 n'y a que celle du souverain qui n'y soit pas expri^ mée; et c'est encore un inconvénient : car il serait facile de se figurer une sorte de gou--

PENSÉES

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