DES DEUX JUSTICES
Hani , i83i
CoMiis la ptdilique a ses crimes , elle doit avoir aassi sa justice.
Ceux de ses crimes qui ne sont que des actions » trouUent plus la société qu'ils ne la corrompent.
GHAPITBB I.
Ceux qui ne se produisent que par des doctrines, la corrompent plus qu'ils ne la troublent* L^ trouble ne vient qu'après ; mais il est Vrai qu'il n'en est quelquefois que plus grand.
Les crimes ordinaires attaquent la société humaine dans ses plus profondes racines : dans la propriété , qui en est le lien ; dans le sentiment moral, qui en est la vie; dans l'horreur du sang , qui en prévient la dispersion.
Les crimes politiques n'attaquent de la société que ses formes extrêmes et extérieures.
Les premiers , crimes plus parfaits comme crimes , excluent la société même, puisqu'ils excluent et la vertu et le droit.
Les seconds, qui admettent la vertu, et quelquefois la supposent ; qui supposent la société , puisqu'ils veulent seulement en changer la forme, sont, comme crimes, plus incomplets et plus im
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Les crimes ordinaires , quelque vils qu'ils soient, le sont cependant moins en euxmêmes, que par leur cause et par leurs
moyens-
Le criminel surmonte ses craintes , et brave un péril. Ce sentiment, à le considérer isolément , n'est point bas.
Je ne parle pas de l'infamie. Il n'y a point de bassesse comparable à celle de l'homme à qui sa condition permet de connaître toute
l'énormité de ce supplice, et qui s'y expose.
A part cela, le crime n'est vil que par la lâcheté de ses trahisons et de ses surprises , et par la perversité de ses passions et de ses motifs.
Quand la haine, passion honteuse, recherche de honteuses satisfactions dans la perfidie et la' violence, qu'elle soit infâme!
Quand la paresse , la corruption du cœur
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actes , il ne serait ni jnsle ni sage qu'il n'y en eût aucune dans la répression.
On fausse et on énerve les lois, en les pliant violemment à des choses auxquelles leur espèce répugne et ne convient point.
Dans cette confusion de chàtimens et de crimes y ce qui serait à craindre ne serait pas que Topiuion des peuples abaiss&t ces derniers au niveau des autres; mais bien plutôt qu'en voyant assigner à tous un traitement uniforme, le peuple s'accoutumftt à donner aux crimes vils et honteux quelque partie de l'intérêt qu'il ne peut se défendre d'accorder à ceux qui ne le sont point. Les geôles sont mises en honneur par le séjour de l'homme de bien. Le sang du juste ne souille pas l'échafaud , il le purifie.
A côté des crimes de la politique , il y a ses fautes, et à qôté de ses fautes, de certaines idées de danger public qui s'attachent quelquefois à de certains noms.
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On pourvoiCaux premiers par les jugemens. Les antres, qni sont un mal différent, mais pourtant un mal dans l'État, il est bon qu'il y ait aussi quelques moyens d'y pourvoir. Athènes avait l'ostracisme ; Rome, l'exil volontaire; l'ancienne France, l'exil du roi. Si la liberté en prenait ombrage, ce serait à tort. Ce n'est pas la chose même qui est dangereuse pour ell« ; au contraire. Le véritable danger n'est que dans ses formes. Tout consiste à la régler de manière que ceux qni sont maîtres n'en puissent pas abuser. Sans cela , ce n'est qu'un moyen d'oppression ; mais avec cela, c'est une garantie de plus pour la liberté. Rome et Athènes l'avaient bien compris.
Il n'est pas si contraire à la justice et à la liberté qu'on pourrait le croire, d'avoir un moyen légal de tromper en de certains temps les préventions populaires, et l'effrénée vengeance des factions.
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Peut-être on exilerait un peu plus; mais on tuerait beaucoup moins. Lequel Tant mieux?
Je diviserais donc volontiers la justice politique en deux branches, si j'en étais maître : l'une qui ressemblerait par ses procédés et par ses formules , à la justice commune , et qui n'en différerait que par la nature de ses crimes et.de ses peines; Tautre, qui s'élèverait au-dessus « qui se proposerait antre chose, qui ne songerait point à punir, qui ne saurait ce que c'est que les supplices , et qui n'aurait en vue que le salut et la liberté de l'État.
Ces distinctions sont à peine utiles, à peine aperçues dans les temps de calme et dans les gouvernemens affermis. Mais aux époques de renouvellement et de subversion, on n'en éprouve que trop la nécessité.
OBAFITBa II.