DE LA DIRECTION DD GOUVEHNEMBNT
;• :*• Février ifeig.
Il n'est pas rare d'entendre de tott hoanêtes gens qui veulent discourir de Fétat présent des affaires , et qui croient en parler avec sagesse , parce que leur langage a en effet je ne sais quel semblant de résigna*
DE LA DlRECTIOll DC fMNJVBRHBMBlIT. . IS
lion et d^ générosité f il n'est pas rare de les entendre dire : qne faire à cela? c'est peutêtre un malheur; mais voyez où est la nation: il faut marclMr aVec la nation.
Il n'est pas rare non plus de rencontrer d'autres gens qui » le cœur plein de senti mens tout contraires » et pénétrant un peu mieux la secrète signification des mots que les factions répandent et mettent en vogue , vous répètent aussi avec une merveilleuse affectation de sollicitude , ce refrain banal de l'hypocrisie et de la faiblesse : il faut marcher avec la nation.
Il est donc à propos d'examiner ce que signifient et ce que valent en réalité ces deux phraaes : être avec la nation ; marcher avec la nation * qu'on nous ddnne depuis quelque temps» et avec une perfidie si profonde et avec une conviction si ingénue ,
\ comme des axiomes de politique incontes*
I tables et presque sacrés.
lA GHàPRBB V.
Ouest la naUon? Question bieu ofl mal posëe, selon la conséquence qu'on prétend tirer de sa solution. Si Ton entend que l'examen étant fait et les dispositions du peuple ayant été reconnues favorableS|ilfaut segarder d'y faire aucun changement » on a pleinement raison,et peisonne ne songera vraisemblablement à le contester. Mais si l'on s'est mis dans l'esprit que les dispositions se trouyant mauvaises , il est expédient de les ménager , et même de les seconder telles qu'elles sont , ona adopté l'erreur la plus évidente etla plus funeste.
Il y a deux sortes de causes qui influent sur les dispositions d'une nation , outre ses mœurs et son caractère. Les unes sont des calamités , et ne dépendent pas toujours de la conduite du gouvernement. Les autres ne sont pas en elles-mêmes des calamités , mais dépendent du gouvernement^ et à tel point, qu'elles produisent infailliblement
DE LA DIBBCTIOH DO «SOimUlHBnBHT. 15
des calamités si sa conduite manque de sagesse. Parmi les premières, sont de certaines guenres, les grandes batailles perdues, les pestes 9 les famines^ la mort intempestive du souverain. Parmi les secondes, sont les dissentions qui divisent les sujets, les désordres de finances , les impôts mal combinés ou mal répartis , la licence des mœurs et des opinions, Taffaiblissement ou l'inertie des ressorts du gouvernement.
De là vient que lorsqu'on demande oà est la nation, la seule réponse à faire, si c'est un bomme du gouvernement^ qui interroge , eot le plus souvent celle-ci : la nation est ob vous l'avez mise*
Car de nier, en général , l'influence possible d'un gouvernement qui a de grands revenus , une bonne armée , une forte marine, un clei^é fidèle, de nombreux tribunaux, des légions d'administrateurs , des savans ,
des orateurs , des écrivains , des artistes , cela serait contraire au bon sens.
Mais nier , à une époque donnée » la réalité actuelle de cette influence , n'a rien qui puisse choquer la raison, pourvu qu'on accorde en même temps , qu'il n'en est ainsi que parce que le gouvernement n'a pas su ou voulu autrefois^ ne veut pas ou ne sait pas aujourd'hui profiter de ses avantages. Faute passée ou présente; ou tout à la fois, faute présente et passée; il n'y a point d'autre choix.
Les dispositions de la nation pourront donc bien être fortuitement une excuse pour telle ou telle autre personne du gouvernement élue et élevée d'hier. Mais pour le gouvernement prison soi et dans sa continuité, elles ne lui en sont point une. Au contraire : elles sont en réalité son œuvre et sa faute. Et ce n'est pas non plus un motif pour lui de s'y abandonner; bien loin de là, car quoiqu'il
DK LA DOUKrUON DU fiOVVSUIBlIBin'. 17
y (aille sahs Goaliredit des méaagMnens^'^b lliabiliBté, de la patience, et même apjmrèfm^ odeiKliieaitMup: de toutes cm cbuséa^y A^:m aëanmcîihb ie fwgvoiD de 'QB&dtfier progressif vêtaient le», pernteîeuseg inclinations d«pen« pie; et puisqn^il le peut, il le: doit.
Itire è un . gouYcrnelnent^ tnarchia avec • la mOiên^ d'est lui dare-abdiqaea&etTetirei^vous. Le gonvernemenit n'cet pas établi pour suivre> îaniivpoilt guider. Il nie va à la stritè de personne,' et tout le monde âucoittraiitedoit être à sa suite. Gouvernement signifie que Ton gouverne, et non qu'on eét gouvieiîié. Or, inarchto avec la natioki, dans la pensde de ceux dont je parie, signifié obéir à la nation. Si bifen que la France offHrait le speiS tàcle d'un état politique, merveilleusement renversé, oh le peuple remplii*ait le rôle du gouvernement, et le gouvernement le rôle du peuple.
Mais je me trompe, et ce n'est pas de quoi