DE LA RÉACTION
Toun, 7 août i83o.
Comme il n'y a rien de stable dans le monde, il n'y a rien aussi qui ne soit borné.
C'est d'où viennent à la fois les changemens et les retours des choses humaines.
L'esprit de l'homme est trop imparfait
DM LA aéMIVMW. 50
pour que sa yolooté aoit invamble. Il a« pénètre jamais assez profondément dans la vérilë pour être certain de l'avoir trouvée , et ne la plus ebercher où elle n'est pas.
Ses passions ont trop de vivacité posr être constantes , et pour se maintenir perpétuel * loMnt au même degré. Elles ont des jours d'accès et des jours de relâchement. Dana les premiers, l'homme veut; dans les «•c^nds» l'homme ne vent plus. Il n'a pourtMt pas changé, pour bien dire. Il est tel en soi» qu'avant oea variations. Ses vœux se sont détournés à d'autres objets ; mais lui , formé de nature pour le changement , ses change* mens mêmes prenvent qu'il ne change point.
L'homme est incertain dans ses vœux paroe qu'il est imparCait; il est imparfait parce qu'il est borné et passionné.
jusqu'il est ainsi » c'est nue <HHiséqiieQce naturelle et inévitable que les choses qui ont été abandonnées à sa volonté , soient danS:
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porte em luinnême le prineipe de sa réaction* On Croirait qu'il l*«xchil , et il la pré-pare.
|}o étaèlissomeiit nottveaii ne s'élève que suff d€8r«iiie8(i)>et ces ruines, jeunes et vivanftm f et souléTont incesyamment du' ièin de la terfe» ponr rejeter le lardéaM ipa'on veut leur faire porter. .
Il lui faut sans cesse de nouTeaiix et et** traordinaires efforts ; et ces efforts par les« quels il essaie de se mainlenûr, sont le plus souvent ce qui Ten eupécke. CesS par #ù il blesse et révolte ç par aà il Aésubnse 6t se perd. ■ Il périrait sans eux , et ne péift que plus «ûrement avM eux.
Vous lui demnndiex de l'Ordre » et ii l'exagère ;. de la liberté , et il la réduit* Or , i'oi^
(l) « Ct de vrajr» la nouvcUfté coa$te si cher jusqu'à » ceUe heure à ce pauvre estât ( et sî je ne sçais si nous en » sommes à la demièk^ enchite), ^'eu tont et partout » j'feil qtiuHf le partf. n N^NTHMHf^, £cU^ à sM'/èmfne,
DE LA WûààfCtfOm. 61
dre exagéré est un désordre^ el la liberté réduite , toute ^utre chose que la libefté*
La réaction vient donc de hri-même, et de sa propre origine, qui, parce qu'elle est nouvelle et douteuse , Poblige à des choses contraires attx motifs de sa ctéatiotu
Action ou réaction, c'est pour les opinions, la puissance, les mœurs, la consti« tulion elle-même^ l'état perpétuel de tous les Etats.
 ne considérer que le but , il ne se peut pas que toute réaction soit bonne; non plus que t^ute réaction soit mauvaise.
A ne considérer qu'une partie 4e leurs ré* sulta^, OA ne saurait dir^ qu'il y en ait une seule qui nesoil mau^vaise.
Le but étant pour l'ordinaire , de snbslii-*' imtr «A priâci)ii6 de i^ncmemfenl à un nntie, si le pffineipe établi est fasrorablè) la réadfton ne Test pas. Si le principe esl dé^
6ft ciupinB n.
fectueuxy la réaction est nécessairement favorable.
Mais cette substitution de principe n'est pas une cbose simple dans un État. Quand on a remplacé le roi par le peuple, ou le peuple par le roi, tout n'est pas fait, tant s'en faut. Il y a encore des multitudes de conditions secondaires à détruire; il y a des opinions reçues à niettre en décri;des opinions réprouvées à mettre en honneur. Il ne s'agit de rien moins que de refaire le jugement
même de la nation , et de lui inspirer en peu de jours une égale conviction du pour et du contre ; œuvre difficile, et qui tend d'ailleurs à la corruption des esprits.
C'est pourquoi je dis que la plus heureuse réaction est toujours funeste par quelque côté.
Cela est d'autant plus véritable que les grandes affaires de ce monde ne marchent point graduellement. Comme il n'y a qu'un
DB LA BiACTIOH. 65
puissant effort qui paisse y faire des changemens considérables y le changement fait et la barrière rompue , la puissance même de Teffort j qui ne se ralentit qu'à la longue , entraîne aussitôt les choses au-delà du but oà il faudrait s'arrêter.
L'empereur vint après les excès de la liberté et de l'anarchie ; ce fut principalement ce qui lui rendit le despotisme si facile. Les Bourbons revinrent après les excès du despotisme ; ce fut principalement ce qui rendit si difficile pour eux l'établissement d'une liberté modérée.
Au sortir de l'anarchie , on s'y croit encore , s'il reste quelque apparence de liberté. Après la tyiannie on ne se croit pas libre, s*il reste quelque ombre de subordination et de devoir.
DB LA P088B88IOIf.
• Toors^ia août i83t.
L'homme, Thomme intellectuel et rhomme physique n'a pas en lui de quoi se sufiure à soi-même.
Son existence ne se soutient et ne se complète que par les objets extérieurs.
DE LA POMIHIO!!. 07
L'usage de ces objets extérieurs est donc son premier besoin.
Pour user il faut posséder. C'est ce qui fait que la possession est Pinstint de l'homme.
Si l'homme était comme la brute, sans intelligence et sans prévoyance des besoins futurs f il se contenterait de la possession actuelle, d'une possessioa égale en durée au besoin dont le sentiment la lui aurait fait rechercher.
Mais l'homme a une certaine connaissance de l'ayenir. Il sait que les besoins qu'il ressent acluellement se renouvelleront et se perpétueront. Ses désirs, effet de ses besoins, doivent donc s'étendre comme eux.
Il est de sa nature de vouloir posséder autant que dureront ses besoins, et par consé* quent autant que sa vie.
La possession actuelle est l'instinct de l'homme physique; la possession continue est l'instinct de l'homme intellectuel.
08 CHAPRIUS X.
La possession actuelle n'est que la possession ; la possession continue est la propriété j la propriété , c'est la société.
L'homme isolé n'a d'autre titre et d'autre garant que sa force. La force individuelle suffit pour la possession actuelle. Elle ne suffît plus pour la possession continue. Ce qui peut devenir un titre pour tous, ne l'est évidemment pour aucun. La force individuelle , considérée comme titre , se supplantant incessamment et se détruisant ellemême , n'assure et ne garantit rien h qui que ce soit.
La possession continue ne peut-être garantie que par un titre continu comme elle. Ce titre continu > permanent et indestructible , il n'y a que la force de plusieurs qui puisse le constituer^
L'union des forces est donc dans l'instinct de l'homme intellectuel, comme la possession continue y est elle-même.
DB LA POMBMIOH. M
L'anion passagère ne serait pas une véritatable union. Elle ne remplirait pas sou objet. Elle ne satisferait pas au besoin qui la fait former. 11 n'y a que l'union durable qui le puisse; il n'y a que l'union organisée qui puisse être durable.
Or, qu'est-ce que l'union organisée?
L'bomme est prévoyant et intelligent; mais il ne l'est pas devenu : il a été créé tel. Il n'a pas appris l'intelligence ; au contraire, c'est par elle qu'il a tout appris .
Créé donc prévoyant et intelligent , il est ué capable de pressentir ses besoins futurs , capable des désirs qu'inspire ce pressentiment,: enclin à l'union, sans laquelle ces désirs ne seraient pas satisfaits. Il est naturellement social , parce qu'il est naturellement intelligent.
La soci^ est donc pour l'homme , de droit naturel et essentiel. A plus forte raison la possession continue , c'est-à-dire la
70 ' GHAPlTBfi X.
propriété, Test -elle elle-même , puisqu'elle est la eause et la fin de la société.
Mais l'état de société comporte plusieurs sortes de propriétés.
Il y en a pour lesqudles la société eat nécessaire ; il y en d'autres qui sont néceasai— res à la société.
Les premières sont les propriétés de rhpmme; celles pour la conservation desquelles la société s'est formée.
Les secondes sont les propriétés communes et publiques 3 qui se forment par l'oiga. nisation même de la société.
Diverses par leur objet et par leur nature on ne les possède aussi qu'à des conditions très diverses.
Les unes, on ne les possède que pour soi ; c'est la possession absolue.
Les autres , on les possède bien plus pour la aoeiété que pour soi : c'est la possession mixta» relative et conditionnelle.
DE Là POSSBaiHMi. 71
Les biens proprement dit sont de la première classe. Les magistratures sont de ia seconde.
La différence qui existe entre elles est considérable. Elle ne va pas cependant jusqu'au principe d'où elles dérivent.
Ce qu'on possède pour soi , on le possède d'un droit établi sur le besoin personnel de l'homme.
Ce qu'on possède pour la société , on le possède d'un droit établi sur le besoin propre de la société, qui est établie elle-même sur le besoin personnel de l'homme.
Les deux possessions ont des origines analogues, toutes deux naturelles, toutes deux primitives, toutes deux sacrées.
Car ce qui fait que le droit de propriété appliqué aux choses privées mérite tant d'être respecté, c'est que lui détruit, la société n'a plus d'objet et n'existe plus.
Or , il est difficile de dire que le droit de
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propriété appKqué aux choses qui constituent Foi^anisation de la société, et par conséquent son existence, importe moins à la société.
Les magistratures instituées pour les be soins de la société, varient comme eux. Elles Tarient dans leur objet , dans leur pouvoir , dans leurs conditions. Les unes sont passagères , d'autres viagères , d'autres transmissibles et héréditaires , selon ce qu'etige Vintérêt de la société.
Il en est d'un ordre inférieur, qu'il est avantageux de changer souvent. Il en est d'un ordre élevé, qu'il faudrait ne changer jamais.
Une raison simple et bornée , répugne à cette dernière vérité, qu'elle ne comprend point. Une raison plus forte et plus étendue, ne comprend pas qu'on puisse douter de cette vérité.
Quand il en doit coûter plus pour recher-
DB LA POMEMIOH. li
cher le plus digne» que pour supporter celui qui ne l'est pas , il est facile de voir où est Fintérêt de la société.
Pour les magistratures , ce sont les conditions de leur création qui forment la légitimité de leur possession ; comme pour les biens , ee sont les conditions de lenr établissèment. On ne les acquiert , et on ne les perd légitimement qu'autant qu'on les acquiert ou qu'on les perd conformément à ces conditions.
11 se pourrait néanmoins que toutes les maiMères de les perdre ou de les acquérir illégitimement ne fussent pas également illégitimes.
Qnand on viole le droit pour soi seul, pour contenter sa cupidité ou son ambition, c'est l'illégitimité absolue.
S'il était possible qu'on l'eût violé réellement malgré soi» et pour le seul intérêt de la société , comme le droit dont il s'agit n'a
là cMJumtm i.
en vue que le bien de la société, il n'y aurait plus que les moyens d'illégitimes ; Teffet De le serait pas.
Mais quant arrive-t-il qu'on ne viole le droit de la société que pour l'intérêt de la société? Ce n'est pas Denys, ce n'est pas Guillaume qui ont été dans ce cas. Qui estce donc?...
Ils le disent tous ; aucun ne dit vrai.