‹ Pensées d'un prisonnierChapitre 36 sur 51 · XII. De la parole et de l'écriture · texte numérisé non relu

XII. De la parole et de l'écriture

Xm. De la solitude forcée.

PRINCE BT PRINCIPE.

Ham, i833.

Parce qu'on a besoin de raisonner, on distingue, et parce qu'on a besoin de distinguer, on distingue trop : c'est chose commune.

Homme et principe , qu'y a-t -il sous le

78 GHArann i.

ciel de moins identique et de moins pareil ? Principe? Vérité, simplicité et perpétuité. Homme? Double nature, erreur, ignorance, faiblesse, brève durée.

Et quand vous avez vu tout cela, vous vous êtes écrié : Qu'importe la personne? le principe seul m'importe et me toucbe.

Sans doute , on croirait au premier aspect qu'il en est ainsi ; et pourtant , dans le gouvernement des états , il s'en faut de peu que ces choses si dissemblables ne se confondent.

Gela est , et de plus il est nécessaire que cela soit. La science du gouvernement n'est pas comme les mystères d'Egypte ou de Grèce , ni même comme la philosophie d'Ariatote, dont Alexandre bl&mait et tegrettaii la divulgation. Elle ne se professe pas seule* ment pour Tamusement de l'esprit ; elle n'est pas réservée aux méditations des spéculatji|fie( des doctes : die s'exerce et s'applique ; elle

PBIIIGE BT MUBGIPB. 70

se révèle » au moins par ses effets i aux plus simples*

Souffrez donc qu'il y ait en elle aussi des' parties simples , extérieures et saisissables. N'entreprenez pas de la réduire à une vaine spiritualité, qui ne lui sied pas. Prétendezvous être les iconoclastes de la politique? C'est une croyance matérielle et vulgaire : il lui faut des signes.

Il y va même de son intérêt qu'il en soit ainsi; car l'action politique s'exerce plus sûrement et plus facilement sur le grand nombre, quand il s'attache au système de cette action. Qr il ne s'y attache point s'il ne la comprend ^ et il ne la comprend point si vous la réduisez à des abstractions.

Je vous les permets à mon tour,^ ces abstractions qui rendent raison des choses à ceux pour qui il est nécessaire d'en rendre raison. J'admets ces déductions et ces lhéo«rêmes , où se déploie la subtilité des so -

a2 GHAPITKE I.

trôae aa roi, et quand on a pn lui disputer le trône y il y a même raison pour vous disputer votre femme ou votre héritage.

Car l'inviolabilité du droit ne rempêche pas d'être simple ; au contraire , c'est ce qui le fait tel. Il n'y en a point deux, mais uu seul. S'il y en avait deux , ils se combattraient; l'un détruirait l'autre, et peut-être même se détruiraient-ils réciproquement.

Ob il y a deux droits , 11 n'y en a plus ; où il n'y a plus de droit , il n'y a plus de société.

Mais concevea&-vous le droit abstrait, saus une personne en qui il réside ? Le concevezvous sans cette personne, en excluant d'autres? Le concevez-vous produisant les salutaires effets qu'il produit?*

Le droit est ce qui appartient, et ce qui appartient n'a de réalité que par ses rapports avec la personne à qui il appartient. Le droit qui ne serait à personne ne serait pas

i>ni:ii<;e £.7 pBiaicxpr. 63

Ne dites doue plus, je le répète , que le droit soit tout ; car le droit, saus la personne, n'est rien.

Est-ce à dire qu'il faille tellemeut s'atlccher à cette personne, qu'on ne voie plus qu'elle, sans plus se ressou%'enir de son droit, qui aura fait que l'on s'y sera attaché? Non certes^ et il s'en faut bien ; car ce serait encore un excès, quoique contraire.

Ni l'on ne doit faire abstraction de son droit , quand on suit le prince ; ni l'on ne doit faire abstraction du prince , quand on embrasse son droit.

J'entends : le prince passe , le principe reste. Celui à qui est le droit le perd par sa mort , ou s'en dépouille par sa volonté. L'immutabilité du principe vous console de ce diaogement qui ne l'atteint pas , et vous répétez encore : Que m'importe?

Il TOUS importe beaucoup. Ou le prince était bon , et le changement est funeste ; ou

8ft CHAPRllE I.

le prince était mauvais y et le chaDgement est heureux. Réjouissez-vous donc , si vous en avez sujet ; mais ne dites pas : ceci m'est indifférent.

La stabilité du principe supplée à l'instabilité de la vie et des volontés. C'est la consolation, le dédommiagement I le remède; toutes cboses qui n'excluent ni le regret, ni le mal , mais qui les suivent au contraire et qui les supposent.

Heureux les peuples i dans les monarchies, quand ils aiment ceux à qui il appartient d'être, leurs princes ! Heureux les princes qui aiment leur peuple I

La raison pour laquelle il est bon aux peuples d'avoir dé l'amour pour leur prince, est qu'il leur est bon que leur prince ait aussi de l'amour pour eux. La domination leur est plus légère , parce qu'ils aiment celui qui l'exerce, et parce qu'il est aimé

PIIHCE BT PBIRCIPB. 85

de ceux sur qui il l'exerce , il la peut rendre encore pins l^ère.

Heureux ceux qui croient ; plus heureux ceux qui croient et qui aiment. La religion , loi du ciel, qui prescrit la foi , exige l'amour ; la politique j théogonie de la terre , exigé que Ton ait foi au principe abstrait, et amour pour le principe actif et vivant.

Qu'est-ce que la foi sans l'amour? Ce n'est plus même la foi. Ceux qui ne se passionnent pas pour le principe qu'ils croient, le croient moins; et qui croit moins ne croit pas assez.

Pourquoi croire au principe ? Parce qu'il est vrai. Pourquoi l'aimer? Parce qu'il est bienfaisant. Pourquoi aimer la personne?

Parce que c'est par elle que le bien qui vient de lui se produit.

DE L'INCONSÉQDENCB E5 uatikhe db bkvolutiok.

Juin, i05a.

Il y a des révolutîoQS de palais , où il n'est question que de faire passer la couronne d'une tête à Tautre. Je n'ai rien à dire de ces révolutions-là. A peine si j'accorde que ce soient des révolutions. Tout se pré-

DE l^'llIlCOSISÉQULaiCB L» HATlÉItE DE RËVOLUTlO.ir. 87

pare et s'accomplit dans un étroit espace , ci par un petit nombre de mains. Un prince et un nom différens , c'est toute l'affaire. Du reste rien; rien de changé, ou à peu près.

Il y a aussi des révolutions dont le théâtre est un peu plus vaste, quoiqu'il le soit encore assez peu, et les acteurs plus nombreux, quoiqu'ils le soient encore médiocrement. Je parle de celles que tentent quel-< quefois les grands pour les intérêts de leur ordre. Quelques privilèges de plus ou de moins , c'est à quoi se réduisent ces puissans efi'ortset ces formidables ligues* Au fond, tout reste, ou peu s'en faut , dans le même état. Je n'ai rien à dire non plus de ces sortes de révolutions.

Les véritables révolutions , selon moi ^ sont celles qui changent dans un état , le prin-^ cipe de son gouvernement et sa hiérarchie ; celles qui , dans un état populaire , élèveraient inopinément une aristocratie et un

S8 CHAPlTftE II.

prince; ou celles qui, renversant tout-à-coup l'aristocratie et le prince , institueraient à leur place un gouvernement populaire.

Celles-là sont des révolutions sérieuses y et dont le peuple entier se ressent ; elles valent que l'on y songe et que l'on en parle.

Encore faut-il faire entre elles quelque différence ; car , quoiqu'elles soient à plusieurs égards de même nature , elles ne nous importent ni elles ne nous intéressent au même degré. L'une d'elles est trop loin de nous : nous n'avons que faire d'en calculer les périls ; ce n'est pas l'allure de notre temps de transformer les républiques en royaumes.

Mais les royaumes en républiques , ce serait bien son allure. Disons donc quelques mots sans témérité comme sans contrainte» sur cette dernière méthode de révolutions. Parlons un moment de ceux qui , embrassant l'intérêt populaire , méditent partout où fls

DE L'UlCOllséQOBHCB EM HATIÉBE DE BÉfOLVrUM. 80

les rencontrent 9 la ruine des institutions monarchiques.

Les gens de révolution (on sait maintenant ce que signifient ces mots sous ma plume ) f les gens de révolutiou qui , victorieux n'importe comment > ne profitent pas de leur avantage pour changer de fond en comhle, je ne dis pas seulement le gouvernement^ mais l'état 9 ne savent évidemment ce qu'ils font.

De ces hommes-là , il en faut faire deux classes : les uns désintéressés et sincères , qui courent à un renversement d'empire comme à une fête , et ne cherchent que la révolution même dans une révolution ; gens fascinés , mais de bonne foi^ qu'on peut reprendre sans cesser de les estimer; qu'on peut estimer, sans toutefois cesser de les craindre.

Les autres y que je dirai plus rusés , et qui se diraient^ eux, plus habiles; gens d'es-

00 CaiPlTfiE 11.

prit en effet , si l'esprit consiste à faire partout sa part bonne , sans s'inquiéter aux dépens de qui; gens qui vous supputeront au plus juste ce qu'une bonne révolution peut rapporter aux entrepreneurs , et qui , pour ce qui les concerne , se garderaient bien d'y chercber autre cbose.

S'il fallait opter, j'avoue que mon choii serait bientôt fait. Si un arrêt du ciel faisait de moi un homme de révolution, je ne me mettrais point à coup sûr parmi les habiles. Quand ma modestie ne suflirait pas, il ne manquerait pas d'autres motifs pour m'en détourner.

Leurs destinées , d'ailleurs , ne sont pas si différentes qu'on pourrait le croire. Ils tendent tous , quoi qu'ils fassent, à la même fin. Gens de malice et de ruse , gens de loyauté et de conviction, tous subiront mêmes déaap* p^ointement et déconvenue.

Car enfin y réfléchissons-y. Voici que I'cbu-

DE l/nCON&^CENCE EN MATIÂRE DE RlÉvOLLTlOK. 01

vre commence. Il n'y a point deux manières d'aller à ce premier pas. Tous les ouvriers, quelles quesoient leurs vues secrètes» ne peuvent manquer d'être d'accord au début. Ou comme but , ou comme moyen , il faut , avant toute chose, s'être saisi du pouvoir public.

le sais bien que les uns ne le veulent saisir que pour le détruire, et que les autres ne demanderaient pas mieux , s'en étant saisis , que de le garder. Mais qu'on le change ou qu'on le conserve, dans les deux desseins, il faut l'acquérir.

On fait donc la guerre au pouvoir, et on la fait , à cette première époque , uniformément. On fait , de pleine intelligence et de bon et parfait accord , la guerre au prince qui l'exerce et qui le possède.

Mais c'est beaucoup moins à la personne du prince que ces gens en veulent, qu'à^sa prudence ou à son instinct, si on le préfère,

92 GIIAPITEB U.

qui le forceat à les éloigner de lui et de son pouvoir.

Ils ne haïssent point le prince comme homme; car» que leur importe un homme?

ils le haïssent comme principe ; comme image et comme symbole de ce principe ; comme obstacle à la substitution d'un nouveau principe.

C'est principalement contre ceux qu'appelle et rapproche l'instinct et l'intérêt de sa sdjretéy qu'est dirigée leur is^pression. Ils attaquent dans la personne du prince , non le prince dont ils ne peuvent ou ne veulent pas occiiper la place, mais les amis, les partisans, les agens du prince, qui sont la plus forte barrière au succès de leur ambition. . Or, les amis du prince sont de deux sortes: les amis de sa personne d'abord , qui ne sont jamais bien nombreux , et n'ont guère de puissance que par les reflets de la sienne ; puis les amis du principe sur lequel est fon-

DE L'UCOaaéQDBMCB ES MAHAmB DB BiTOLDTIOIf. 9S

dée cette puissance , lesquels devant naturellement comprendre » dans une monarchie, la plupart de ceux qui ont de grands biens , une ancienne illustration, une certaine sorte de capacité et d'intelligence, ne peuvent manquer d'être puissans par eux mêmes, soit que Ton considère leur nombre, soit, que Ton ait égard aux causes de leur consistance.

C'est là que sont , bien plus qu'à la cour et sur le trône lui-même , les vrais.et redoutables adversaires des gens de révolution.

Or, supposez l'œuvre de ceux-ci imparfaite, qu'arrivera-t-il? De quelque part que procède l'imperfection, il arrivera, de nécessité y que l'œuvre avortera et périra en fortpeu de temps.

Car on verra infailliblement l'une de ces deux choses : ou que les partisans du principe , si ce sont eux que l'on n'a pas dépouillés , feront usage de leur influence pour le

06 CHAPITBE U,

d'un roi, chose dont ils se soucient encore moins.

Quand leur succès irait jusqu'à faire subir une altération momentanée au principe du gouvernement 9 ce résultat si stérile et si fu- ^tif répendrait encore assez mal à la grandeur et à la hardiesse de leur dessein. Qu'im- ]porte d'oà vienne laroyauté^ à ceux qui n'en veulent point? Que leur font les mots solennek et mystérieux oùl s'enveloppent ses titres et son origine? Que leur .en revient-il, dans un temps d'incrédulité, qu'on la fasse on non descendre de Dieu ? fls savent de reste que son jour est venu, elle n'en sera ni plus respectée ni mieux défendue.

C'est une bien mince conquête qu'un prétexte, et surtout un prétexte de théorie et d'abstraction. Une garantie est passablement dérisoire, qui n'a son effet qu'à condition qu'on soit le plus fort. Soyez le plus fort, je doute qu'alors vous ayez grand besoin de

DE L'WGOflAAQVBRCE EN HATlAaB DB KKVOLOTMM. D7

la garantie; soyez le plus faible» je doute que la garantie vous soit d'un bien grand secours. Or, s'il doit toujours être question d'être le plus fort , quel avantage ou quel inconvénient y a- 1- il d'avoir ou de n'avoir pa& cette garantie? On a vu des pays bti on ne Favait pais» et où l'on s'en est passé. On en voit d'autres où on Ta , dit- on , et . oh on l'invoque inutilement. C'est que dans les premiers on s'est trouvé le plus fort^ et que danis les seconds on ne l'est pas encore devenu.

Je répète donc que les gens de révolution sont des dupes, s'ils n'acbèvent pas lorsqu'ils entreprennent ; moins dupes cependant que les peuples qui leur laissent entreprendre ce qu'ils ne peuvent achever sans les détruirCi ni commencer même sans les ruiner.

S'ils ne font pas table rase , il n'y a rien de fait ; si ce n'est le mal, souvent très-profond, qni s'attache à leurs tentatives.

tt6 CiMPlTAE IL

S'ils font tbble lase» à labpmie konre. IW dont conséquenSf hardis et habiles ; lubiie» à la yérité dans le mal 9 mais on&û'habiks.

Étouffant à la fois le principe» las èlemens àe ca principe y et Jes ëletnens secondaire» qui la vivifiant, ils se ménageât a« tnan» quelques chances d'un succès réel et durrahle*

Il est vrai que l'œuvre est prodigieuse^ aea périls notnbreux, ses difficultés infiiiitis«r Mais à quoi b^n entreprendre si Ton n'ose pas ce qu'on veut, ou si l'on ne peut paace qu'on ose ? (Jue sert de oommeacer un outtagg qui n'avance point, et oh l'on ne .^•rt janais des connmencenieas î ' Il est bien Vrai qu'il ne s'agirait de rien. uioins que de niveler^ et qu'on ae nivèle }u^ mais par la prospérité et par les rvche$ses> Le nivèlement tie se fait que par la ruine. Le niveau passe sur la tète du riehe pour l'u*baisser à la côtidltrou du pauvw; ea pusaaut

0K L'nCOHM^EHGB BH MAtllhu DE lAvOLimOB. Ol

sur la tête du pauvre, il ne Félèré poiut fl la candEti(yÀ du rièbe.Xe pauvre au eoîmtraive en devient plus pativrè. Il devient pluà pauVre de toute la fortikue du rielie ^e 1è tuxé lui distribuait.

Et c^est ee quifait^ au grand préjudieedea hommes de révolution, que leurs intérêt» sont opposés à ceux de tout le monde : aux intérêts du principe monarchique^ qu*ils doi^ vent détruire; aux intérêts de Tàristoeratie qu'ilis sont contraints d'éffaeer', aux intérêts du peuple dont ils dessèchent les mamelles i et qu'ils réduisent ft mourir de faimj

Leur entreprise conduit au malheur, même en avortant ; et si elle réussit , à la barbarie.

Au lieu d'avancer, comme ils le supposent, ils reculent. La civilisation, dans leurs mains , bien loin de poursuivre et de hâter ses progrès , rétrograderait.

Ce que sont leurs adversaires , à ce qu'ils prétendent, ce sont eux en réalité qui le

100 GHIFITBE II.

sont. Ils sont les véritables hommes do pas se ; non d'un passé récent, glorieux ^ paisible et poli ; mais d'un passé qui a précédé tous les autres ; d'un passé misérable, inculte, indompté ; d'un passé ignorant de la vraie nature et des premiers intérêts de l'homme : je veux dire sa; faiblesse et sa dépendance; je veux dire ses besoins, et par conséquent ses devoirs.

S'ils sont conséquens, voulant tout détruire , ils succombent ; s'ils ne détruisent pas tout, ils succombent encore, avec la honte d'être inconséquens.

lUw

DKS PJ^ATIS.

Août i6Ha.

Qd^l n'y ait aucune division dansunétat \ c'est une chose si rare et si difficile qu'elle peut être considérée conune un prodige. La diversité des religions, la rivalité des systèmes^ de philosophie et de politique , Tàm-

Itt CHAPIXBEIIL

bition des grands y l'enTie des classes moyennes , l'ignorance et la misère du peuple, tant d'autres causes encore contribuent à la formation des partis ! Les temps où il n'y en a point sont toujours de courte durée.

S'il n'y en a que deux , celui du gouvernement et un autre qui lui soit opposé, on u*a pas grand sujet de se plaindre. Cette situation, toute fâcheuse qu'elle est , est pourtant la moins fâcheuse de celles qui le sont.

Ces t quand il y en a trois , ou un plus grand nombre, que la société est véritablement menacée , et qu'on éprouve de tout côté un embarras exiiéi^sif.

Supposons donc une situation de cette espèce, et voirons aiielie conduite doit tenir le.çouveriiemçnt eiivers les partis, quelle conduite les partis doivent tenir entre eux et envers le gouvernement..

" Càmnc loi partîti ne «9 UnmMli^Wr^m

DCft MSTIS* lOS

pour trftvaîiterà 1a desCrudion du gouver* nement, le gouvernement, à som tour , doit travailler ^aus rel&ebe ii li^ destruction des partis* Les partis sont encourages dans cette entreprise par leur intérêt , et par celui de .la société teUc qu'ils la veulent; ]Le gauverner roent est porté à la sienne par son in^él^êt i çt par celui de la société telle qu'il l'entend.

Mm9^ .cojDumçnt détruire le jgouyçrneaieot p.arle^ partis, çk^^e» partis par l^ ^gouveroe^ ment? c'est là le prp))liimer

];)[opper.dc&. conseils au;^ gauv^nemkens , qn^JllQ Aup^r^ei; Ç'e§t à peine s'ila vqvs écoutent quand vous les aimez. Quand vous ne les aimez pas, est-il à croire qu'ils vous écoutent?

Sans doute; mais c'est justement pourq«N>i il n'y a pas tant de duperie à leur en donner^ au moins à ceux-ci. Il ne s'agit que dt Men.clioiflir^ «t. de me leur c» donner que

iM CHAnTMB m.

de boas : vous les en détbdrneK en les lenr donnant ( 1 ). ^

La destruction que doivent se proposer les gouvernemens relativement aux partis , n*a rien de commun avec celle que les partis peuvent se proposer relativement aux gouvernemens.

On ne tue pas un parti; mais on le divise, on le désarme, on Tapaise, on le subjugue, oc le confond. On n*en détruit pas les élémens ; mais on les dissoute

Les gouvernemens, au contraire, se peuvent changer, renverser, abolir, détruire.

Dans les partis, lesélémens sont toujours trop nombreux pour une véritable destruction. Ils ne le &ont jamais assez dans les

(i) Cétait un ancien proyerbe de$ Francs : «. Doanc toujours de bons conseils, soit à ton ami, soit à ton ennemi; car ton ami' les suivra, et ton ennemi les mér prisera. » ( Grégoire de Tours , Hist, detPntfncSj Ht. iq^)

DBft PAITM. iOS

gouvernemeiift , paur que la destructian proprement dite en soit impossible. -

Il y a bien en des temps où les partis iie se formant que pour l'intérêt de leurs cbefs, la d^truction des chefs équivalait à celle des partis; mais nous sommes loin de ces temps. '

Il faut bi^n prendre garde à cette diflërence; car elle doit influer sur la conduite à tenir dans les deux desseins. Ils ont des moyens communs de succès; maiis ils en;ônt aussi de parijienliers , et qui le sont m^me tellement que^ transportés d'un dessein à Tantre, an lieu de lé servir^ ils lui' nuisent;

C'est an temps à marquer cela. Tel moyen qui, dans de certaines conjonctures, éon* viendrait mieux ans partis» dans d'autres conjonctures y conviendrait mieux au gour vemenieht..

. Amsi, pour en donner un exemple, la patience est pins utile^aux gôuvernemens mal

établîi^t qvaBd les ]mib aoat en* décraifrsance ; et pluA atile» quand k gMflreraement décline 9 aiut partis ifol sont 6a ptt^^iAa.

laforoeétant toujours relative, ily a deux manièrea de deFenif fiart : Tune,. en aofuè^ rant éoit-mêrae de la fbree; l'autre , ea lata* saut à son adversaire^ le temps de perdre les sîeuaes,

VoAk d'^d vieut »4ajis la poUtique# L'ua«9e et l'aiilité de la patieuccu Voilà d'oà viflnt 4u'>elle m'est jauuus en mBnae temps >à Tusa^B dar {^ôureimement et des . parties ^ - Uyav dib^oaydeaajeflrtasdeforcBsdanala pioiitiqnei ia force matérièUeetiafooree^raorale oud'opiaion; leaeileadepoîiitvnaeid jieies cvolsrftttes Vrmifi de fautte* U s'arrive guàre qulapu gfocpremenieutict «un pavti mBtécielle#meut faibles; ^aiént une geande f eeea 4îopt^ nion; mais si cela pouvait arriver; jftf^aaaa^ tis.bieu quHls ueterdetaient-pas-'à acquérir, * par hlotiM d'o^uioa qu'ils peesàderaieni ,

^a l^e 4W1Ç t ^H quejqft^. AaiVI qvi*QA la

pran^ae , étant TpiUjqwe m^on d'atteindre lo but oà Fou tend, c'^i^t A ^k d'abord qu'il laiit .teadrq. £lle J9ii&;doit $^ qu'nii bwJt el|9*«ndiii€i I ji|Bt|ti'au jo^amant o^ sw progrès per ipetM^t d'en f^re w 91^760.

Qf'r dç q^eUe Aiçon peut^-on falt^r «is.pvQ** g]^7 Si c'est dii gouv^Ae^eat qi^'il s'figitt. il a pJwieura ^^b^ae» : 4 , M. proposa : Avitfif d'utiond «Hf^ iiM grMidtr «Memtiaaid^ groMîir IM? sai^tpt^. k JiatQJm:d^*o«4ix <}«£ awA ei»:-

poiis pdQ qp!ii% ateat die ^agCAiie > fi0 çmwuui naM^iifiitide' fdrm^rienttre. eu( .ealm, 4uprte atoir ipaiMla dirâiMi eMre le» part», laMr mer et la fomenter sans relâche daw ^e MW

de «temiite Iwti* lie» ^airtia Mae fQrOkeM J4WÛ9 mas mo^

IM GHAFintE III.

titf ou y 81 Ton veut, sans prétexte. Pour ce— lui-ci , c'est la liberté ; pour cet autre l'illégitimité du poikvoir; pour un troisième , les périls de la religion. Mais entre les partis qui combattent le gouvernement et- le parti qui s'attache avec ardeur à ses intérêts , il y a toujours un nombre considérable de personnes qui flottent incertaines , les unes plus près ,' les autres plus loin du gouyemement ou dés partis , selon la nature de leurs séntimens. Il est manifeste que si le gouvernement I au lieu d'affaiblis* les griefs des partis, en multiplie le nombre et la force , il se nui* ra doublement; d'abord en-i^mêntant Tirrîtation de ceux qui sviyent déjà lès partis, ensuite en rejetant dans leurs rangs plosieurs de ces personnes tièdes et tardives dont Tim* prudence de sa conduite aura vaincu rtiré*solution.

Combien d'amis imprévoyansde la^berté, que n'effarouchent ni l'origine, ni les for-

mn PAPT1& 109

mes t ni Fambition même du gouvernemenl, et qui ont besoin » poor le croire ennemi de la liberté , qu'il Tait violée I

Ccrmbien , qui » froidement et modérément attadiés à de certains systèmes et à de cer*tains principes de gouvernement, ne ferént jamais éclater ni mécontentement ni regrets, si l'injustice et l'injure , si là persécution et la violence ne les font pas sortir, malgré eux, de leurs habitudes de prudence et d'inaction I

Combien que leur soumission même aux préceptes de la religion détourne d'ajouter foi aux desseins de ses ennemis» jusqu'au jour où d'éclatantes impiétés les consternent à la fois et les désabusent !

Si donc, dans la situation que j'ai supposée, un gouvernement choquait la liberté, blessait la religion , opprimait les partisans des systèmes politiques qu'il n'approuve pas, il augmenterait infailliblement le nombre de

ifS ' CflAPlTHE lU.

contre le parti du gouvernement et contre les autres partis opposés , les alliances ne leur étant plus nécessaires, le gouvernement n*au« rait pasà les craindre, ni par conséquent àles prévenif . Je doute pourtant qu'il fallût Ten féliciter; car il . est vraisemblable que dans cette situation désespérée , impuissant, non-seulement contre un parti , mais contre chaque parti , sa chute serait imminente et inévitable. Son unique chance de salut alors serait , non plus dans les alliances qu'il empêcherait , mais dans celles qu'il lui faudrait f orm», k lui-même , et à tout prix , avec celai des partis contraires qui se montrerait le moins exigeant. Il , peut se rencontrer une époque où un gouvernement , qui montre en s'alliant à l'un des partis , qu'il se sent perdu , l'est encore plus certainement et plus promptement s'il refuse de s'y allier. Mais hors de là, et cette supposition difficile à réaliser étant écartée, un intérêt

DES PARTIS. il)

pressant et impérieux forçant les partis à s'unir, un intérêt non moins pressant et non moins impérieux conseille au gouvernement de les empêcher de s'unir. Si leur conservation dépend de leur alliance , c'est d'elle aussi ^ et par conséquent, que dépend leur destruction. Or il n'est rien qui importe davantée au gouvernement ; puisque leur conservation amène sa destruction , et leur des-

truction sa conservation.

Advienne donc, dans l'hypothèse que je me suis faite, que le gouvernement, hien loin de prévenir l'allianOe , ne l'ait pas même prévue; que, non content de ne pas la prévoir, il l'ait hâtée, favorisée, rendue plus facile et plus désirable, que faudra-t-il dire ? qu'il aura été mal habile? non assurément, car on ne doit jamais prononcer qu'avec une grande réserve sur la suffisance d'autrui ; mais qu'il aura été malheureux. Pour cela , il n'y aura guère moyen de s'y refuser.

114 CBAPiTBB III.

J'ai OUI dire souvent à des personnes qui n'y avaient peut- être pas assez réfléchi : < Il faut frapper des deux mains ; le gouvernement doit tenir la balance égale entre les partis , et jeter dans les deux bassins une épée. f On ne faisait pas attention aux in* convéniens de ce conseil. C'est un conseil qui a cela de particulier, qu'il n'est bon qu'à ceux auxquels il n'est plus nécessaire. Quand le gouvernement prédomine ^ quand il est tellement supérieur aux partis qu'il pourrait les frapper tous sans péril, il a bien mieux à faire que de les frapper, il doit les laisser mourir.

Suivez cependant le conseil ; ayez la balance 9 mais ôtez l'épée; montrez de l'uni-r formité et de l'impairtialité, mais dans votre modération : sans quoi vos violences impar* tialesy communes, et alternatives » si elles ont un instant l'effet d'épouvanter les partis, auront encore plus sûremeiit celui de to

ABS PABT1& 115

•rapprocher, de les unir,., et -de les tendre pla4. forts..

Ungoipyernementattx prises avec plusieurs partis.^ doit temporiser, donner des deux parts autant de sécurité et de protection y faire ,, autant qu'il se peut , que chaque parti ait moins de défiance de lui^ et en ait da-^ yantage des autres partis.

Ordinairement les moyens abondent pour cette entreprise. Car les partis n'était guère moins opposés entre eux par leurs intérêts et par leurs doctrines y qu'ils ne le sont à l'égard du gouTcmement , il ne s'agit le plus souyent que de ne pas contrarier le penchant naturel qu^ils ont à se .craindre et à se haïr. Aussi , la faute est-elle d'autant plus grossière , lorsqu'au lieu de fayoriser cette inclination , le gouyemement la contrarie et l'éteint».

ta

Admettons qu'il se soit formé deux partis ; l'un pour un certain système de liberté , le

116 CHAPITBE III.

secOlta -ptruiL-^a autre systëiuc ae uDerce, et pour les intérêts religieux : est-il si difficile d'entretenir chez ce dernier la croyance que le parti rival n'aspire qu'à la destruction de l'état , et chez le premier j que son adversaire ne médite que la tyrannie? Faut-il beaucoup de soins et d'habileté au gouvernement pour persuader à ceux-ci qu'il est, lui, moins ennemi de la liberté; à ceux-là, qu'il est plus ami de l'ordre que l'autre parti? Et quelle faute énorme et irrémissible, si c'est le gouvernement lui-même qui ait fait que la vérité se soit découverte , et qu'il ait été enfin reconnu, d'une et d'autre part', qu'on est , dans les deux partis ,' ou plus ami de l'ordre , ou plus ami de la liberté , qu'on ne l'avait cru ?

Il reste encore, comme je l'ai dit, un troisième point. La division est un moyen

si eflSicace et si décisif, qu'il y aurait une extrême imprudence à n'en pas essayer Tu-

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