la
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du grand nombre n*est jamais non plus si bien affermie qu'il soit superflu de l'entre* tenir.
Autre est d'annoncer à autrui ce qu'on croit, chose assurément fort indifférente; autre, de lui expliquer pourquoi on le croit, et de lui persuader de le croire.
La première et la plus vulgaire des doctrines, c'est Dieu. Faudra-t-il s'en taire, et me direz-vous encore de celle-ci : A quoi bon? C'est la plus ancienne de toutes > et il y a bien plus long-temps aussi qu'on la professe. En sommes-nous cependant arrivés au point qu'il soit devenu inutile de la professer?
Une autre doctrine très*vulgaire aussi est que la terre est faite de Dieu pour le monde; que les peuples sont faits de Dieu pour la terre ; que les pouvoirs politiques sont faits de Dieu pour les peuples. Cela est simple dans son expression, logique dans sa déduction, invincible dajnssa démonstration. Lessiëoles
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86 succèdent en le manifestant et le proclamant ; et les hommes se succèdent aussi en le co ntestaut et le repoussant. Suffit-il de la certi« tnde de la chose pour s'abstenir de répondre à ceux qui la ni6nt?
Une doctrine familière et simple est encore que l'unité et la fixité sont de la nature do pouvoir public y parce qu'elles lui sont nécessaires pour la conserration de l'État , qui est sa vraie et unique destination. A4-il manqué d'exemples fameux pour faire éclater la vérité de cette doctrine ? A-*t4l manqué d'hommes puissans en science pour la conr> firmer? Où en sommes-nous cependant?
Chaque jour s'épaissit le voile que la tourbe des ambitions vulgaires a jeté sur elle. Il est déjà tard pour le soulever; encore un peu de temps 9 il serait trop tard.
Les temps d'ignorance sont des temps de simplicité de cœuv et de bonne foi ; la dispute 7 est rare^ et le raisonnement moins néees-
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saire. Lea doctrines s*y résolvent en propositions. LeB doctes disent : Croyez, et Ton croit ; les forts : Obéissez , et l'on obéit.
D'autres âges viennent, que les lumières pénètrent, inais qu'elles échauffent et éblouis* sent. C'est letempsdel'examenetdudoute; ce n'est plus> et ce n'est pas encore celui de la conviction. On y croit moins , quoiqu'on sache plus ; mais c'est que, bien qu'on sache plus , on ne sait encore qu'imparfaitement. On ne sait que, ce qu'il en faut pour être inr certain de tout ; on croirait plus, au contraire, si l'on savait davantage et mieux.
C'est donc le temps où il importe le plus d'instruire et de discourir, puisqu'on n'y croit plus personne sur parole, et que la fausse science qu'on y a acquise détourne , plus que Tignorance même, de la vérité. Or, auquel de ces temps ressemble le nôtre?
L'enseignement doctrinal est certainement le meilleur ; car il se fonde sur la certitude.
DBS DOCTRHUA. IM
Il examiae , il discute , il compare , il approfondit, il démontre; il pénètre dans les esprits sans surprise et sans violence : Topinion qu'il inspire et qu'il persuade jette par degré de fortes racines , et s'ébranle ensuite moins facilement.
Mais c'est renseignement des esprits ca-^ pables d'application , et il y en a toujours un bon nombre qui ne sont propres ni à le recevoir ni à le donner.
Qu'on essaie d'émouvoir ceux-ci par des impressions et par des images; qu'on les entraîne par l'enthousiasme et par les passions , il le faut bien » puisque c'est le seul moyen de persuasion qui ait prise sur eux.
Je ne condamne donc point ce procédé : même je l'approuve. Seulement je dis qu'il est moins sage , moins efficace , moins satisfaisant pour l'esprit; je dis qu'il ne saurait être, non plus que l'autre, d'un usage absolu et universel.
lit GBApmui TH.
Comme il y a des esprits maUeutifs ou frivoles» il y a aunù des écrits superficiels, et qui doivent l'être. Excluez de ceuzfrci le sérieux des dissertations : ce sera fort bien. Car on ne les prend que pour le délassement et non pour l'étude ; on n'y cherche qu'une lecture facile, qui dispense de toute attention et de tout effort.
D'autres écrits on^ une autre forme et un autre but : ils se proposent bien toujours' de plaire; mais d'un plaisir plus profond, et par des moyens qui saisissent l'esprit moins vivement, mais plus fortement. Le frivole y serait aussi déplacé que le sérieux dans les autres.
La doctrine 9 comme je l'entends, est une chose bonne etutile; mais ce n'est pas comme tout le monde l'entend;. Ce mot est tombé de nos jours dans un grand décri : qu'est-ce que cela piouve? Ce qui n'avait guère besoin de nouvelles preuves ; savoir, la précipitation,
DSft DOCmiIBS. iss
la légèreté, rinconséqnence de nos jugemens. Parce qu'il y a eu de fausses doctrines , estce à dire que toute doctrine soit fausse? Parce qu'il s'est rencontré des esprits subtils qui s'enfonçaient méthodiquement dans toutes les obscurités de l'erreur i est'^e une raison pour les esprits droits de glisser désordonnément aux surfaces de la vérité?
Il y a des doctrines fausses , des doctrines spécieuses, des doctrines saines et vraies. Mensonge et vérité , tout a ses doctrines , et c'est la doctrine qui enseigne à les discerner.
En matière de gouvernement, les bonnes doctrines n'ont point tant d'obscurité qu'on le croit; c'est même un signe infaillible pour les reconnaître. Elles sont simples , parce qu'elles saifKi vraies , et vraies , parce qu'elles sont simples.
La nature n'admet et ne produit rien de confus. Ce qui est complexe, multiple, ar*-
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tificiettx, n*e8t paa vrai; car il n'est pas naturel.
C'est le (aux qui se replie sur Itti-même et qui se complique : il en a besoin pour se déguiser.
Il vous faut un exemple 1 Prenez la souveraineté populaire. Vous me demanderez ce qu'on en doit croire?. Et moi je vous dirai : Divisons. Qu'est-ce d'abord que la souveraineté? C'est la prééminence et la puissance; c'est de commander à tous , et de n'être commandé par personne ; d'être supérieur à tout le monde, et de n'avoir point de supérieur.
Maintenant , qu'est^e que le peuple? Cèst l'ensemble des hommes qui vivent sur le territoire de l'Etat. Et que font ces hommes? Ils travaillent 9 ils paient, ils servent, ils obéissent. Plaisant souverain , n'est-ce pas? Singulière façon d'exercer le commandement! Ne voi|8 hâtez point,
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Il y a eu une république dana le monde ^ qui y a fait un grand bruit. Cette république avait bien troitf eent mille esclaves ; mais ses citqyens n'étaient que vingt mille. Une fois convenu que les trois cent mille esclaves n'étaient pas du peuple , je ne vois aucune raison de nier que le peuple fût souverain. Pourquoi cela? Paroe qu'il n'était pas assez nombreux pourne pouvoir pas exercer la souveraineté» et qu'il l'exerçait^n effet. Il l'exerçait réellement , directement» sans fiction et sans illusion. Il décidait de la paix et de la guerre» donnait audience aux ambassadeurs, râlait l'emploi des deniers publics» prononçait des jugemens» discutait et faisaitses lois» nommait et révoquait ses magistrats et ses généraux: pauvre souverain sans doute» que subjuguaient et trompaient ses corrupteurs et ses orateurs » mais toutefois souverain.
Seulement, comme ce peuple de vingt-»
mille citoyens, n'aurait pas pu vivre sans le
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Don-peuple de troiscent mille esclaves, il faut dire que Fesclava^ des quinze seizièmes de la population était pour le dernier seizième, la condition de sa souveraineté.
Mettez au lieu de cela un peuple de trentetrois millions d'hommes , et un territoire de vingt^ept mille lieues carrées ; épuisezvous ensuite à combiner, oi^aniser et instituer; parlez-nous tant qu41 vous plaira de délégation , de fiction légale, de souveraineté dérivée : vous aurez beau faire, vos artifices ne seront jamais autre chose qu'un témoi» gnage éclatant de Tinanité de votre doctrine. Il ne vous faudrait pas tant de subterfuges si elle était vraie : vous me montreriez le peuple régnant. Le peuple, dans cet état, servira toujours, et ne sera jamais souverain. Et pourquoi cela? Par la raison toute simple et toute grossière, qu'il lui est matériellement impossible d'exercer la souveraineté, et que l'obstacle n'est point acrîdentel
61 temponûrey mais absolu, inhérent et perpétuel. Ce peuple sera Tobjet de la souveraineté 9 et la sôuverainelé sera hors de lui et snr lui.
Ne dites pas, le peuple est souTerain, mais tel peuple. Et ne dites pas non plus ^ le peuple , mais tel peuple n'est pas souverain.
Me trompé-je^ et cette doctrine-là n'est-elle pas simple 7 Elle est simple j. et il faut pourtant l'expliquer.
Plût à Dieu que nous fussions dans un temps oh l'on consentit à juger des choses par leurs résultats 1 il suffirait de dire pour la religion : compares la vie de Tincrédule et la vie de l'homme qui eroit; allez an lit de mort de l'un et de l'autre. Il suffirait de montrer, pour la morale, les désordres, les amertumes , les infirmités d'une vie perdue dans les passions et dans la débauche. Il suffirait de dire, pour la politique : ouvrez
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les yeux et voyez ; vous voulez choisir? Ressouvenez-vous.
Mais il n'en va plus de cette façon. Faitesen Fessai, vous verrez ce qui adviendra. Des milliers de raisonneurs se dresseront pont vous dire : t Qu'est ceci? Un simple acci- » dent ; attendez un peu , le bonheur viendra . V C'est la révolution, en tant que rëvolut tion , qui a fait le mal , et non en tant 9 qu'elle est de telle nature. Cette anarchiCt » cette instabilité , ces discordes , rien de f tout cela ne tient au principe ni à la forme f du gouvernement. Il ne ^ vous faut que f de la patience, et à ce principe, que de » la durée. Ses effets futurs l'emporteront t de beaucoup sur ceux du principe que vous c regrettez. »
Que répliquerez-vous si vous dédaignez les doctrines, si vous négligez les exemples , si vous renoncez au raisonnement? Il ne vous suffit plus' des faits actuels, puisqu'on les
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récuse; c'est dans l'avenir que Ton vous entraîne , et qu'il TOUS faut pénétrer. Il n'est question de rien moins que dfi démêler la vraie cause du mal 9 de montrer d'oti elle procède , de la faire voir essentielle, dura^ ble, infaillible. Et quel autre moyen vous reste-il pour cela, si ce n'est de fouiller dans les fondemens de la société, d'en étudier l'oi^anisation , d'en mettre à nu les faiblesses? quel autre moyen, que d'analyser les principes, et d'établir, par la différence de leur nature, la différence des fruits qu'ils doivent porter?
Ce n'est qu'aux fausses doctrines que doit répugpier le raisonnement. Les bonnes y gagnent toujours quelque chose, et il est rare de rencontrer des esprits tellement sûrs de leur fait, qu'ils soient f&chés d'avoir de noareUes raisons d'en être plus sûrs.
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