LB8 ART
Décembre i833.
Ai-J^ blasphémé? Quand je parlais de cette merveilleuse inclinatioa des femmes pour les misères et pour les splendeurs de l'adversité , il m'est échappé quelques mots qui auront peut-être scandalisé les esprits
2A8 CHAPITEE XI.
chagrins. J*ai presque dit des arts qu*ib étaient frivoles, et donné, ou peut s'en faut, le conseil de les cultiver plus négligemment. Parlais-je ainsi à dessein? Oui, en vérité; et ce langage allait- il à un inepte dédfiin pour les arts ? Dieu m'en garde !
Non; je ne suis point un barbare. Je suis un pauvre ignorant qui , sans connaître les arts, me prosterne humblement devant leurs merveilles. On ne m'initia point à leurs mystères; mais j'en embrasse dévotieusement le culte extérieur. Je n'expliquerais point d'oii vient le charme prestigieux qu'ils répandent ; mais je cède avec volupté à leurs séductions.
Ils sont pour moi , comme à un villageois ardent et candide une beauté de haut rang, laquelle il admire d'un enthousiasme d'autant plus franc et naif, qu'il a moins d'aecès auprès d'elle, et soupçonne moins les artificieuses duperies de sa parure.
LIS AIITS. 249
Il ne m'arrive' jamais d'entendre une douce et gracieuse mélodie , sans que je tombe en dépit de ne la pouvoir pas imiter; ni de rencontrer une vraie et expressive peinture, sans me maudire de n'être pas peintre. Je songe souvent que j'aurais double plaisir à le tirer de moi-même , et de bien plus nombreuses sensations y si, comme je les ressens, je les excitais. Je songe encore d'autre chose: je songe que dans cette lutte otk je, suis engagé contre le malheur, les nobles arts me seraient de bons et généreux champions, qui me prêteraient de grand cœur mainforte en mes défaillances.
Mais le goût et la pratique des arts est-nce même chose ? Et dans la pratique à son tour, n'y a-t-il point quelque différence et quelques de^és ?
Je n'en condamne point le goût , tant s'en faut. Ce serait me condamner moi-même, et je ne suis point de cet^e humeur-là ; il
350 ciumBc II.
suffit des autres. Je ne le trouve pas seulemeut wdifféreat, mais louable; et pas seu* ment louable , mais désirable et essentiel. Il est» selon moi, de notre humaine organisation» de notre intelligente et sensuelle nature, lia musique, la danse j rimitatioui sont de notre instinet. Dieu les mit au nombre des voluptés qui nous seraient accordées pour balancer les maux delà vie.
Je tiens pour incomplets et pauvrement nés ceux à qui en ont été refusés TinteUigence et le sentiment. Ce n*est pas qu'il leur manque nn sens» non» sans doute; mais â chacun de leurs sens » il lui manque ^e qni en lait la plus déliée finesse et la perfection. Ils sont infirmes d'nne infiraûté moins appar rente » mais plus génémte* Ils ne sont point aveugles » ni sourds ; seulement ils voient et entendent moins et plus mal.
CMabieu je serais chagrin et désappointé de voir une femme belle et point ¥ulgaij;« »