OEUVRES DES MORTS- — MONTAIGNE
DB LA 80L1TUDB FOBCiB.
Château de Ham, i83a.
Yratement ils fnrept bien lotis et favorablement partagés -, ceulx qai nac-
(i) Imiter Montaigne I imiter ses formes de oompositiom et même sa langue! Cest en jeu d'esprit un peu
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quirent et ont vescu en bon temps. Vous voyez bien que l'heur et malheur de l'humaine vie n'est poinct tant^ennostre vouloir et discrétion que aulcuns le disent. Je vouldrois bien les y veoir. La gracieulse bonté et haulte puissance de Dieu , font pour quelques-uns le temps si béning, qu'ils n'ont qu'à se laisser vivre , et puis gouster touste joye et esbattement. A ceulx là, s'il leur venoit en l'esprit quelque fantasie d'essayer de la contraire fortune , encore ne leur surgiroit elle que doulce et propice. Ce ne sont qu'enfants gastés que la providence berce et emmièle amoureusement tant que dure leur pérégrination en ce monde.Et n'y a pas si grand subiect de s'esmerveiller qu'en si droicte route ils ne trébuchent, ni se fourvoyent. Le bien faire n'est difficile à eulx qui n'ont
hasardeux. L'auteur avait supprimé ce chapitre ; mais je l'ai prsfisé de le rétablir. Ai^je eu tort?
( Note de r éditeur. )
DE h\ SOURVilB fORCés. 287
q[tte faire , ei à qm il suJBQit de a esveiUer et frotter les yeux après leur ouktée , pour que l'aise leur a^vâeane à play&ir et commandemeut. Ce seimit bieti môtacle qu'ils ne fussent gesside diroécturis et dé pAlienee, et ne souspeçonBeroisrjie gu^res qa'en une telle bonnasse^^ôn pust avoir velUité de vivre; ai|ltieaMBnt quTil ne^plaiat it Bieur
Non eget jnaurTfacvlitt', neque arcw, ffea venemUiê.gntMM êogitiis, Fusce pharetrd ( i ).
Mais à nous aultres malencontreux ^ qui n'avons troevé les rôuttes battues , ains tout enchargées de ronces et entrecoupées de fondrières 9 besoing est , si ne nous voulons dévoyer , de nous être affermis à poinct , et par advance munis de réconfort et advisemieni. restime quei bpmmA de. biea eu mon temp»». eat plu^ bomnie de bien tiroi» fpis , que nul du siècle passé. Novisex rébus aucti y
(a) HOEAGE.
cH4Pinai nu.
tttta et prasaenHa, quàm vetera et pericuhsa malunt. ( 1 ) Que voulez vous que puisse résouldre mn pauvre chrestien à qui il souffle dans les deux aureilles de deux veiits contraires et teiE^pestueux? Cettuy-^y lui crie, suis le fil de l'eau; cet aultre, rebrousse, et vas contremont : à qui croire? S'il faict entre temps fausse manœuvre, et mal oriente sa voile, ie ne m'en estonne, et Fabsous. Bien plus-tôt m*en estonnerois-ie , qu'en si grande perturbation, il seeut treuver et tenir son véritable chemin.
Ego y cui timebo ^ Providus auspex ,....
Oscinem cojvum prece sttscitabo , Solis ah çrtu (2}.
Le mieulx est de beaiicoup en ces occurrences, dé ne pas tant escouter de gents, « Et de se plastrer et boucher les aareilles
(l) HOAACB.
(a) Tacite.