‹ Pensées d'un prisonnierChapitre 8 sur 51 · DB LA PIB8SB · texte numérisé non relu

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temps votre constitution proclame un principe qui, bien loin de contrarier ce langtige , le confirme et. le justifie; un principe tellement favorable à la stabilité des droits de chacun, qu'il se confonde, pour ainsi parler, avec elle, et n'en puisse pas être séparé : c'est alors que le problème sera résolu , s'il peut Fêtre; c'est alors que si vous faites dés lois contre la discussion des choses mises hors de discussion, et des lois qui ne soient pas contraires à la discussion des choses laissées à la discussion, le principe de vos lois ne choquant plus le principe de votre constitution, vos lois cesseront d'être impuissantes et inefficaces.

Le plus grave inconvénient de la presse n'est pas d'exciter au changement; car il y a des situations d'états si malheureuses, qu'ils périraient s'ils ne changeaient pas. Tout ce qui est propre à hâter ce changement est alors utile et favorable.

2ft aUPlTBE !▼.

Le grand vice et le plus dangereux inconvénient de la presse, c'est qu'elle excite perpétuellement au changement, et que^ lorsqu'on est sorti d'un état malheureux , elle y ramène.

Mais dans toute constitution fondée sur le principe de la souveraineté populaire, c&mme il est de droit que le peuple y parle , il est de droit aussi que quiconque est du peuple lui puisse parler.

Dans les autres constitutions, on peut accorder, favoriser > souffrir cette liberté j dans celle-là, on ne la peut pas refuser.

Elle n'est pas cessible ni aliénable. On ne la concède pas; elle appartient.. On ne la révoquerait pas sans changer la constitution. Elle est de la constitution même, et de sa substance.

On ne pourrait pas même l'altérer : car l'altérer, c'est la réduire; et qui larédnit, la fait autre; et qui la fait autre, la détruit.

DE LA PBB8MK. 25

On est ou on n'est pas libre. Qui n'est pas pleinement libre ^ ne Test pas du tout. Il aura des cboses qui seraient de la liberté s'il était libre, mais qui ne le font pas libre , parce qu'elles ne suffisent pas à la liberté. Il sera fort paisible , fort riche » fort heureax, si vous le voulez; mais libre, il ne le sera point. Or qu'il vaille mieux être heureux que libre , ou libre qu'heureux , ce n'est pas de quoi il est question,.

Si ce n'est pas son droit d'être pleinement libre , il n'a rien à dire. Mais si c'est son droit, que lui direz-vous ?

Dans les autres constitutions, comme cette liberté n'est pas un droit fondamental, essentiel et préexistant, on l'accorde , ou on la refuse; et comme on est en droit de la refuser si on en a la volonté et la puissance , à plus forte raison peut-on ne l'accorder qu'avec des conditions et des restrictions. On y

CVAVtVBB ▼.

DE LÀ GUBEBB CITILB.

Haniy i83a.

Dans le combat livré sur le lanicule, un soldat de Pompée tua son frère qui combattait pour Cinna. Quand il Teut tué, il le reconnut , et détestant sa victoire , il s'en punit lui-même en s'dtant la vie (1). Voilà

(i) Tacite, Eist.,\x9. 3, n* 5i.

OB LA «OnBE GIVILB. M

en ane seule action la plus vive image de la guerre civile.

La guerre civile est donc un fléap , et un horrible fléau; qui oserait en douter?*

Mais est-elle un crime? l'est-elle toujours, et pour qui Test-elle ?

Hélas! elle l'est toujours; mais pas toujours des deux côtés à la fois » ni pour tout le monde.

Elle ne devrait Têtre que du seul côté qui s tort; elle ne l'est» qu'on ait eu tort ou raison 9 qu'aux yeux du vainqueur » et dans la seule personne du vaincu.

Un roi vaincu tombe au pouvoir de celui qui lai disputait la couronne. Prince coupable I lui dit ce dernier... Il n'y a qu'une heure , répond le roi , qu'il a été décidé que ce n'est pas vous.

La guerre civile est, à bien peu d'exceptions près , inexcusable dans ceux qui attaqnenty toutes les fois que ce qu'ils attaquent

a ses fondemecs dans le droit , ou dans la longue possession qui en tient lieu (1).

Quanta ceux qui*ne l'entrepreennnt que pour se défendre, il y a bien des distinctions à faire, et des exceptions. Je n'ai lu

nulle part que l'on condamnât les guerres de Sertorius ; et Pompée qui combattait contre lui , fit tuer Perpenna qui l'avait tué.

Il semble que toute guerre civile entreprise pour renverser ce qui est en vertu du droit ou de la longue posseslsion , étant crimitielle , ceux qui la font dans le sens contraire, pour maintenir ce qui iest selon le droit ou la longue possession , ne remplissent en réalité qu'un devoir. Malheureusement , il est plus facile de s'entendre sur ce qui fait la possession , que aur ce qui constitue le droit.

(i) Fénélon.

DE LA «IBKBE GITILB. Si

Il semble aussi que ceux qui u'eutreprennent la guerre civile que pour obtenir des redressemens de griefs , qu'on peut faire redresser par d'autres moyens , allant à un but légitime par des voies qui ne lé sont point, se rendent» dans tous les cas, criminels. Malbeurensement , il n'est pas toujours facile de bien jnger en quels temps ces griefs peuvent être redressés par d'autres moyens.

Qui avait tort de Sylia ou de Marins ? peutêtre tous deux ; de Pompée ou de César ? peut-être tous deux ; d'Eiiménès ou d'Antigone? peut-être tous deux. Mais Gbarles tvait-il raison à Montihéry , contre Louis XI ; Coligny j à Meaux ou à Dreux , contre Henri III ; Mayenne, à Ivry, contre Henri IV; Montmorency , à Gastelnaudary , contre Loais XIII j le grand Coudé , à la porte Saint-Antoine , contre le grand roi ? Il ne fallait pas que Montmorency et Coudé fissent cette guerre! Sans doute; mais eux la fai-

sant , fallait-il aussi que leurs adversaires s'en abstinssent 7

L'insurrection est~elle jamais an devoir, et un saint devoir 2 On a, dit en France » il y a quarante ans » qu'elle pouvait rêtre« On en pensait tout autrement dans le même pays antérieurement. Dans ce temps, il n'était permis de se révolter, pour aucune cause (1).

Cette dernière opinion condamnait abso*

loment et indistinctement la guerre civile* Mais l'autre l'approuve et l'exalte , au moins dans de certains cas. Il ne reste plus qu'à rencontrer ces cas , et à les bien discerner : chose capitale , puisqu'il n'y va de rien moins quQ de toute «la différence qui existe entre une vertu héroïque et un forfait.

De la révolte à la guerre civile il y a bien loin.

La révolte est toujours coupable; mais de

(i) àrréi dupaiiement de Paiti en i6i5.

SI hk «UmiB €IfILB. Il

la guerre civile , on n'en peut pas toujours dire autant. C'est que les changemens tentés par un petit nombre , contre la volonté d'un très-grand nombre 9 ne peuvent manquer d'être injustes, au moins relativement. La révolte a contre elle l'illégalité de la forme , et Tinjustice probable du fond. Le seul moyen pour elle de se faire absoudre , est de s'élever jusqu'à la guerre civile. Les suffin^ies alors se partagent plus également , et la multitude de ceux qui veulent les changemens pour lesquels ils combattent , rend la justice de ces changemens plus probable , et moins certaine la justice de la résistance qu'on leur oppose.

Montesquieu (1) ne comptait que deux sortes de guerres civiles en France : celles dent la religion avait été le prétexte, et celles qui n'avaient eu que la légèreté de

(i) Grand, et die. des Roin^^ diap. x3.

H CHAPnWB V.

quelques grands pour motif. Il ne songeait 4u'à la fronde et à la réforme. Jl oubliait les guerres des deux premières races , ati Ton combattait pour l'empire. Il oubliait aussi les guerres de Cliarles YII , et il n'avait pas vu pelle pti^e réunissaient deui: des plus grande intérêts qui pui^se^t eji^citer les peuples : J'enthousiasme de la fidélité politique^ et le fanatisme de la liberté. Eût - il également condamné la guerre dans les dcigi partis?

. Le monde a eu quelquefois d'étranges spectacle^. Quand des multitudes d'honmies ont été réduits en servitude, et qu'il ne leur est resté de leurs droits naturels qu'à peine celui de vivre , s'ils reprennent enfin con-

fiance en leur courage , et qu'ils invoquent le dieu de la guerre, quel crime est le leur? La loi politique les condamne ! Oui , celle du maître. Mais la loi naturelle les absout, et il ne leur manque que la yictoire pour

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